
Le Groupe de Reconnaissance et d’Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP) représente une unité d'élite au sein des sapeurs-pompiers, spécifiquement formée pour opérer dans des environnements où les moyens de secours traditionnels s'avèrent inefficaces, inadaptés ou dangereux. Loin de ses origines, mariage de la spéléologie et de la montagne, le GRIMP a su évoluer pour répondre à un spectre toujours plus large de situations d'urgence, s'adaptant aux réalités territoriales et aux défis contemporains. En Charente et Charente-Maritime, cette adaptation est particulièrement visible, transformant le GRIMP en un véritable "couteau suisse" du secours.
L'Évolution Opérationnelle face aux Nouveaux Défis
Le commandant Éric Gellato, chef du centre d'incendie et de secours de Mireuil-La Rochelle et expert du milieu périlleux, observe avec justesse que "en Charente-Maritime, on n'a pas de montagne, peu de falaises." Pourtant, les pompiers du GRIMP y interviennent une cinquantaine de fois par an. Cette fréquence témoigne d'une évolution opérationnelle significative. Autrefois moins sollicité pour les interventions sur immeubles, le GRIMP est désormais au cœur de situations urbaines complexes.
Exercice en haut d'une tour TDF pour le GRIMP de la Somme
Cette transformation est en partie due aux "maux de la société de consommation". De plus en plus, des personnes en surpoids nécessitent une évacuation par l'extérieur, les sorties horizontales par l'intérieur étant rendues impossibles par l'optimisation de l'espace, des caves aux combles, due au prix de l'immobilier. Ces scénarios, comme en témoigne un exercice où une civière descendait du troisième étage de l'ancien CFA, illustrent la nécessité d'une expertise unique. Une civière peut être utilisée pour évacuer des personnes de 200 kilos, avec une norme allant jusqu'à 1,5 tonne.
Le Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Charente-Maritime a développé une technique d'évacuation en façade il y a une dizaine d'années, en expérimentant le matériel utilisé par les artisans pour déposer les huisseries en extérieur. Le gain de temps et d'efficacité est indéniable, permettant de sortir la victime en trente minutes maximum.
Une Expertise Élargie : Au-delà des Évacuations
L'étendue des compétences du GRIMP va bien au-delà des seules évacuations. Les hommes du GRIMP sont également des acteurs majeurs face aux conséquences du réchauffement climatique. En 1999, une nouvelle activité est apparue : sécuriser les toits ravagés par les tempêtes. Les hommes du GRIMP étaient les seuls capables de le faire. Cette polyvalence a été prouvée lors de catastrophes comme le naufrage de l'« Erika », où le commandant Gellato est intervenu pour remonter le pétrole du pied des falaises de Belle-Île. Après la tempête Klaus dans les Landes, les hommes du GRIMP ont bâché tous les clochers arrachés, ce qui leur a valu le surnom de "Grimp du Vatican". Le GRIMP est en 2021 un "couteau suisse" du secours.
Le rôle du GRIMP est crucial lorsque les vents soufflent fort. Par exemple, le jeudi 30 avril, vers 14h, à La Rochelle, de fortes bourrasques de vent ont endommagé de nombreuses toitures (chutes de tuiles et de cheminées) et fait chuter des arbres. Une quarantaine de sapeurs-pompiers du SDIS 17, incluant le GRIMP, sont intervenus pour sécuriser les toits, utilisant la grande échelle pour opérer. Le GRIMP, unité spécialisée dans la reconnaissance et le sauvetage dans les milieux naturels et artificiels particulièrement dangereux, a dû intervenir pour sécuriser les toitures.
Le GRIMP 16 : Une Force Aguerrie en Charente
En Charente, le Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP 16) regroupe 32 pompiers, professionnels et volontaires, deux médecins et deux infirmiers. Ce groupe, dont le conseiller technique départemental est Sylvain Alaux, effectue en moyenne 30 interventions par an, avec déjà 16 depuis le début d'une année récente. Ils sont sollicités lorsque les moyens traditionnels des pompiers sont inefficaces, inadaptés ou dangereux.

Les pompiers du GRIMP en Charente sont répartis sur trois casernes : Angoulême, La Couronne et Cognac. Leur expertise s'étend à divers types de secours, notamment les opérations en montagne (bien que moins fréquentes en Charente), les sauvetages en milieu périlleux et les interventions en hauteur.
Entraînements et Compétitions : Maintenir l'Excellence
Le GRIMP s'entraîne en moyenne une dizaine de jours par an pour maintenir son niveau technique. Ces entraînements sont cruciaux pour affiner les compétences et coordonner les actions pour des interventions rapides et efficaces.
Un exemple de ces entraînements est la simulation d'un arrêt cardiaque sur un ouvrier couvreur, dans le cadre de l'église de Montbron, soulignant l'importance de la préparation des pompiers spécialisés du GRIMP. Cette formation fait partie intégrante de la préparation des pompiers du GRIMP en Charente. Le SMPM (Secours en Milieu Périlleux et Montagne), désormais bien ancré dans la communauté charentaise en tant qu'unité de secours d'élite, continue de se préparer avec dévouement pour assurer la sécurité des résidents et des travailleurs de la région, quel que soit le défi qui se présente.
Le GRIMP de Charente participe également à des défis internationaux, comme le « Grimpday », un challenge international de sauvetage sur cordes disputé à Namur en Belgique, l'équivalent du championnat du monde de la discipline. Cette compétition unique en son genre regroupe près de quarante équipes venues de 16 pays différents, des pompiers, militaires, policiers et aussi des spéléologues, des équipes civiles. Une équipe de huit pompiers charentais s'est préparée intensivement, multipliant les entraînements spécifiques sur leur temps libre. Les critères de notation lors de cette épreuve incluent le respect des règles de sécurité, la communication au sein de l'équipe, la fluidité et bien sûr, le temps. L'objectif premier est d'échanger avec les autres équipes et de s'inspirer des meilleures pratiques. Le lieutenant-colonel Bruno Bardin souligne que cette spécialité est très utile et que le fait que le GRIMP gagne en compétence profite à tous.
Interventions sur Éoliennes : Un Terrain d'Action Inattendu

Les éoliennes, symboles d'énergie nouvelle, représentent un terrain d'intervention de plus en plus fréquent pour le GRIMP. Un exercice notable a eu lieu à Salles-de-Villefagnan, où le GRIMP de la Charente a simulé une intervention "à bord d'une éolienne". Cet exercice a débuté par une reconnaissance approfondie, nécessitant d'éplucher la documentation et de rechercher les points d'ancrage en lien avec les employés d'Abowind, l'entreprise exploitante. L'équipe, composée de deux chefs d'unité et de cinq sauveteurs (l'ensemble du GRIMP compte 25 hommes, dont un infirmier), a ensuite lancé l'exercice.
Les pompiers ont accroché et déroulé une corde de 100 mètres. Un d'eux est sorti, précédant le brancard où patientait la "victime" (le maire de la commune, Gérard Sorton, qui a brillamment réussi sa descente en rappel des 85 mètres). La descente s'est déroulée sereinement, les sauveteurs étant calmes et attentifs, malgré la difficulté et l'importance d'une telle manœuvre. Mathieu Beuve-Méry, responsable exploitation pour la France chez Abowind, et son collègue, ont eux-mêmes pratiqué cet exercice en interne maintes fois et connaissent sa difficulté.
Un treuil de 250 kg est installé dans la nacelle de l'éolienne, permettant le transfert de pièces de rechange, de moteurs électriques, hydrauliques, d'outillage, et dans le cas d'exercices du GRIMP, la montée des matériels de secours. Cependant, Cyril Lelong précise qu'il ne serait en aucun cas utilisé pour descendre une victime, la mécanique étant parfois fragile. Les éoliennes sont contrôlées tous les trois mois, et tous les six mois, des interventions plus détaillées sont réalisées, comme le contrôle des serrages et des charbons. Des opérations plus lourdes, comme l'échange d'un transformateur, peuvent également être programmées.
Exercice en haut d'une tour TDF pour le GRIMP de la Somme
Ce type d'intervention met en lumière la diversité des compétences requises pour les sapeurs-pompiers du GRIMP. Le maire de Salles-de-Villefagnan a exprimé son admiration, déclarant avoir vécu le parc éolien "à 120 pour cent, une impression de bien-être, comme un parachutiste". Il est rassurant de savoir qu'il existe en Charente des sapeurs-pompiers de tout premier plan, et parmi eux, un groupe de recherches et d'intervention en milieu périlleux (GRIMP), aguerri et capable des missions les plus délicates.
Obsession de la Vérification et Perfectionnement Continu
L'obsession de la vérification, de la répétition, de l'assurance est la marque de fabrique du GRIMP. Ces 24 pompiers spécialisés se distinguent par la couleur de leur casque : rouge pour les équipiers, blanc pour les chefs d'unité. Emmanuel Valmary et David Le Tutour, à la direction des opérations d'un exercice au sommet de la tour Victor-Hugo à Agen, ont rappelé que ces formations mensuelles sont essentielles pour maintenir les compétences et se perfectionner.
L'opération consistait à établir un premier bilan de la victime pour le transmettre au centre 15, à la conditionner dans la civière et à l'évacuer horizontalement, accompagnée par un pompier, le long de la façade, quinze étages plus bas. En moins d'une minute, l'unité spécialisée, dont chacun connaît son rôle, déploie l'équipement nécessaire : cordes, systèmes d'ancrage, mousquetons, talkies-walkies, matériel médical.
La montée en puissance de l'unité en fait désormais un incontournable du Sdis 47. Le Grimp 47 a récemment été sollicité pour la dépose de la croix de l'église Saint-Hilaire à Agen, menaçant de s'effondrer après le passage de la tempête Nils. Cette capacité à intervenir sur des structures menaçantes démontre une fois de plus la polyvalence et la technicité des équipes du GRIMP, toujours prêtes à faire face aux défis les plus complexes pour la sécurité de tous.