La Sauldre entre Pruniers et Saugirard : Entre Mythes, Histoire et Évasion Naturelle

La région solognote, parsemée d'étangs et de forêts, recèle des lieux dont le nom évoque des récits anciens et des paysages façonnés par le temps et l'ingéniosité humaine. Parmi eux, le lieu-dit Saugirard, à cheval sur plusieurs communes, et la Sauldre elle-même, véritable fil conducteur historique et naturel, offrent une richesse insoupçonnée entre Pruniers-en-Sologne et ses environs.

Carte de la Sologne avec la Sauldre

Saugirard : Un Nom, Plusieurs Histoires

Saugirard est un lieu-dit particulier pour plusieurs raisons. D'abord, sa situation est peu commune : il s'étend des deux côtés de la Sauldre et sur les communes de Pruniers-en-Sologne, Selles-sur-Cher et Gièvres. Mais c'est bien l'histoire du nom qui en fait un lieu unique en son genre.

Il ne s'agit pas là d'histoire avec un grand « H » mais plutôt de tradition orale. Annick Perrot, ancien conservateur du musée Pasteur à Paris et présidente des Amis du musée de Sologne, habite Saugirard depuis 40 ans. La légende du lieu-dit est arrivée jusqu'à ses oreilles par le biais de Daniel Bisson, ancien maire de Pruniers aujourd'hui décédé. Voici en quelques mots ce que lui a narré l'ancien élu : « Il était une fois un seigneur nommé Girard, établi du côté de Pruniers. L'homme avait pour habitude de rejoindre sa belle en traversant un gué sur la Sauldre entre Selles et Pruniers. Mais un jour, la rivière lui sembla bien haute pour traverser à pied. Il prit alors une grande perche pour faire un saut par-dessus le cours d'eau. Malheureusement, il échoua dans sa tentative, tomba dans la rivière et s'y noya. C'est ainsi que ce lieu fut appelé Saugirard, comme étant l'endroit où Girard fit son saut, fatal.» « C'est de la tradition orale, sûrement améliorée au fil des années», sourit Annick Perrot en terminant son récit.

Illustration d'un seigneur tentant de traverser une rivière à la perche

Cette version n'est pas la seule. À partir de l'étude du mot Saugirard, d'autres hypothèses ont été avancées. « En gaulois, " saulx " veut dire " saule " comme l'arbre », lance Annick Perrot. « Le début du nom Saugirard peut aussi venir de " sault " qui en ancien français vient de " saltus " qui désigne une " forêt " ou une " région non cultivée ". Mais " saltus " a aussi un deuxième sens : " bond, bondissement ".» Toutes ces versions supplémentaires ont le désavantage d'être moins romantiques et surtout de ne pas expliquer la fin du nom Saugirard.

Une Ancienneté Confirmée : Le Lien Templier

Revenons donc à notre première explication. À quelle époque ce Girard aurait-il réalisé son bond fatal ? Impossible de le dire, mais il serait fait mention du nom du hameau pour la première fois en 1177. Le site " www.templier.net " rapporte en effet les travaux qu'un historien a menés au XIXe siècle à propos de Saugirard. Celui-ci indique que « la terre et seigneurie de Saugirard étaient possédées en commun au XIIe siècle, par les Templiers et le seigneur Étienne Bochard de Selles. Mais celui-ci […] fit abandon aux Templiers de tout ce qu'il pouvait avoir à Saugirard, " apud Saltum Girardi ", par ses lettres datées de l'année 1177.» Le domaine de Saugirard a longtemps appartenu à l'Ordre des Templiers. Cette mention latine "apud Saltum Girardi" renforce l'hypothèse d'un "saut de Girard" ou d'un "bond de Girard", témoignant de la pérennité de cette interprétation au fil des siècles.

Sceau des Templiers

Pruniers-en-Sologne : Un Paradis pour les Randonneurs

Au-delà de l'histoire et des légendes, la région de Pruniers-en-Sologne et les rives de la Sauldre offrent un cadre idyllique pour l'exploration et la découverte. Les amateurs de pleine nature trouveront leur bonheur parmi un réseau dense de sentiers.

Il y a plus de 28 sentiers de randonnée répertoriés directement autour de Pruniers-en-Sologne, offrant une variété d'expériences. La région plus large de la Sologne dispose d'un impressionnant réseau de plus de 240 kilomètres de sentiers praticables, ce qui en fait une destination de choix pour les passionnés de marche et de nature.

Un Terrain Diversifié pour Tous les Goûts

Le terrain de randonnée autour de Pruniers-en-Sologne est diversifié, caractérisé par de nombreux étangs et zones humides pittoresques, de vastes forêts comme le Bois de Marmagne, et des prairies et plaines ouvertes. Vous trouverez des chemins sereins, principalement plats, adaptés pour profiter de l'environnement naturel. Ces paysages variés sont le reflet de la Sologne profonde, où l'eau et la forêt se rencontrent pour créer des écosystèmes riches et préservés.

Vue aérienne des étangs et forêts de Sologne

Randonnées Faciles et Familiales

Oui, Pruniers-en-Sologne offre plusieurs itinéraires faciles adaptés aux familles. Par exemple, la boucle de l'Étang des Landes depuis Marmagne est un sentier facile de 6,6 km qui fait le tour de l'Étang des Landes, offrant de belles vues sur l'étang et les bois. Cette boucle, accessible à tous, permet de s'immerger dans la tranquillité de la nature solognote. Une autre option accessible est le "Sentier des mares au Domaine du Chêne", spécialement conçu pour être accessible aux personnes à mobilité réduite, avec des panneaux d'interprétation. Cette initiative met en lumière l'engagement de la région pour rendre la nature accessible à un public plus large.

Quand Partir en Randonnée ?

La région de Sologne offre une beauté distincte tout au long de l'année. Le printemps est idéal pour apprécier la flore et la faune vibrantes, avec la floraison des arbres et l'éveil de la nature. Tandis que l'automne met en valeur les forêts de feuillus dans toute leur splendeur colorée, offrant des paysages dignes de tableaux. Même l'hiver offre des couleurs uniques à l'aube et au crépuscule, ce qui en fait une période captivante pour les randonneurs, avec des ambiances mystérieuses et une lumière particulière.

Les Boucles de Randonnée : Un Choix Pratique

Oui, de nombreux sentiers autour de Pruniers-en-Sologne sont circulaires, vous permettant de commencer et de finir au même point. Des exemples incluent la boucle de l'Étang des Landes depuis Longueville et la boucle de l'Étang d'Otefond depuis Aux écuries de Romorantin, toutes deux offrant des allers-retours panoramiques. Ces itinéraires circulaires sont particulièrement appréciés pour leur commodité et la diversité des paysages qu'ils proposent.

La Richesse de la Faune et de la Flore Solognotes

Les randonneurs peuvent s'attendre à rencontrer des caractéristiques naturelles importantes telles que les nombreux étangs (comme l'Étang d'Otefond, l'Étang des Landes et l'Étang Bezard), les forêts denses de Sologne et les prairies ouvertes. La région est également riche en biodiversité, offrant des opportunités d'observation des oiseaux et d'observation d'animaux sauvages comme les cerfs, les sangliers et les lièvres. La Sologne est un véritable sanctuaire pour la faune, et une randonnée permet souvent de croiser ses discrets habitants.

FAUNE ET FLORE DE SOLOGNE

Des Défis pour les Randonneurs Expérimentés

Bien que de nombreux sentiers soient faciles à modérés, il existe des options pour des excursions plus longues. Par exemple, la boucle du Château de Romorantin depuis Romorantin-Lanthenay est un sentier modéré de 12,6 km qui prend environ 3 heures 14 minutes à parcourir, offrant une expérience plus étendue à travers la région. Ces itinéraires plus longs permettent d'explorer davantage la diversité des paysages solognots.

L'Avis des Randonneurs

Les itinéraires à Pruniers-en-Sologne sont très bien notés par la communauté komoot, avec un score moyen de 4,1 étoiles sur plus de 20 avis. Les randonneurs louent souvent l'environnement naturel tranquille, les chemins bien entretenus et l'opportunité de découvrir les paysages diversifiés de la Sologne. Ces retours positifs attestent de la qualité des infrastructures et de la beauté des lieux.

Randonnées au Fil de l'Eau

Oui, la proximité du Canal du Berry et du Cher offre des opportunités de promenades et de pistes cyclables le long des cours d'eau, ajoutant une autre dimension à l'expérience de randonnée dans la région. Ces parcours aquatiques sont particulièrement agréables, offrant des vues différentes et une atmosphère apaisante.

Le Canal de la Sauldre : Un Héritage Historique et Ingénieux

Au-delà de sa beauté naturelle, la région présente un patrimoine architectural remarquable. Vous pourriez rencontrer des châteaux privés en briques nichés dans le paysage verdoyant, témoins d'une riche histoire seigneuriale. Mais un élément singulier et majeur de l'histoire locale est le Canal de la Sauldre, un ouvrage d'ingénierie colossal du XIXe siècle.

Canal de la Sauldre avec une péniche d'époque

Le Canal de la Sauldre, "sans queue ni tête", relie Blancafort à Lamotte-Beuvron. Il fut construit ainsi que l'Etang du Puits à partir de 1848 et mis en service en 1869. Il servit à transporter la marne du Pays-Fort afin d'amender les terres agricoles de Sologne. Exemple des grands travaux du XIXème siècle, le canal de la Sauldre est avant tout un témoignage, une trace du passé. Le canal de la Sauldre mesure 47 km. Il relie Blancafort à Lamotte-Beuvron au gré de 22 écluses et d'un dénivelé d'environ 60 mètres.

Des Visions Précurseurs et une Volonté Politique

Léonard DE VINCI et LAVOISIER notamment avaient rêvé d'une voie d'eau navigable à travers la Sologne, mais c'est NAPOLEON III qui en déclenchera la réalisation.

Dès le début du XVIe siècle, Léonard de Vinci a imaginé un canal à travers la Sologne et en a tracé la première esquisse, preuve de la pertinence de ce projet bien avant sa concrétisation. En 1786, la société d'Agriculture avait mis au concours un projet d'amélioration de la Sologne. Le mémoire couronné fut celui d'Autroche, dans lequel l'auteur exposait que l'une des principales causes de la détresse de la Sologne était la surcharge des impôts. Il démontrait ensuite qu'il fallait développer les prairies artificielles et naturelles, il conseillait de réduire le nombre d'étangs à niveau d'eau constant. En 1787, Lavoisier déclarait devant l'Assemblée provinciale de l'Orléanais : « L'insalubrité de la Sologne tient à l'imperméabilité de son sol et à la stagnation des eaux qui forment de cette province une espèce de marais pendant l'hiver. Le remède n'est pas inconnu, ni difficile. » Ces visions multiples soulignaient déjà la nécessité d'améliorer la Sologne et de maîtriser son hydrologie.

La Construction du Canal : Un Projet Social et Technique

Les Ateliers Nationaux, en 1848, avaient lancé le chantier dans la précipitation et permis que se réalisent 13 km dont finalement seule la partie entre Le Coudray et les Bouffards (Brinon) sera utilisée. Le canal sera creusé pour l'essentiel entre 1852 et 1860, reliant Blancafort et Le Coudray, soit 29 km. Le réservoir de l'Etang du Puits fut achevé en 1862.

La vocation quasi unique du canal était d'amender les terres de SOLOGNE par le transport de marne extraite des carrières du Pays Fort. Il servira aussi à transporter des briques et des cailloux. L'activité connaîtra son apogée à la fin du siècle dernier, mais le développement des routes et des voies ferrées y portera un coup fatal.

Les Ateliers Nationaux ont joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de ce projet. Sans eux, rien ne serait arrivé. En 1848, les ouvriers des «Ateliers nationaux» commencèrent la construction du canal. Avec l'avènement de la Seconde République en 1848, un grave problème se posa au gouvernement, celui de l'emploi de milliers d'ouvriers qui se trouvaient en chômage par suite d'une situation économique pas brillante dans la capitale. Leur éloignement de la ville de Paris fut rapidement envisagé et c'est ainsi qu'en mai 1848, les premiers ouvriers des Ateliers Nationaux débarquèrent en gare de Lamotte-Beuvron où on ne les attendait pas et où rien n'était prévu pour leur hébergement. Ils étaient une trentaine. En peu de temps, ils furent 1.500 et le problème de leur emploi se posa aussitôt aux pouvoirs publics. C'est pourquoi, sans plan préalable, on commença le creusement du canal de la Sauldre dont le fossé, aujourd'hui couvert de broussailles, est encore visible au sud du canal actuel. Rapidement, le crédit d'un million de francs voté par le parlement fut épuisé et le déficit de l'exploitation atteignit 200.000 francs, comblé par un crédit supplémentaire. Le canal fut tracé suivant un nouveau plan tel que nous le voyons de nos jours. En 1869, environ 30 kilomètres étaient terminés, de Blancafort au Coudray, au nord de Pierrefitte-sur-Sauldre, alimentés par l'eau de la Sauldre et l'Etang du Puits aménagé pour la circonstance. En 1873, le canal atteignait enfin Lamotte-Beuvron. Sa longueur totale est de 47 kilomètres.

Infographie montrant le tracé du Canal de la Sauldre et ses écluses

Le 6 mars 1858, le Conseil général des Ponts et Chaussées rejeta le plan Machart prévoyant l'intégration du canal de la Sauldre à un canal joignant la Loire au Cher à travers la Sologne, ce qui montre les hésitations et les défis techniques rencontrés lors de sa conception. Le 28 décembre 1926, le canal fut déclassé, marquant la fin de son ère commerciale.

La Vie des Bateliers sur le Canal de la Sauldre

Les bateaux qui circulaient sur le canal étaient au nombre de 16, appartenant à cinq exploitants des marnières. Ils transportaient de la marne mais aussi du bois et divers matériaux de construction, aux différentes gares établies le long du canal. Les transports par bateaux coûtaient 0,30 franc par tonne et par kilomètre.

Longtemps, le travail du batelier relevait de la besogne épuisante. La péniche chargée par les carriers, les deux bateliers devaient, jusqu'en 1895-1900 environ, la tirer chacun par une corde, en marchant au long du chemin de halage de part et d'autre du canal. Il leur fallait 6 jours pour effectuer un aller-retour Blancafort - Lamotte-Beuvron : soit un parcours moyen de 15 km par jour. Ces conditions de travail étaient rudes, exigeant une force physique considérable.

À partir de 1900, le mode de traction se transforma : les hommes furent remplacés par des ânes, mais ce sont les bateliers qui devaient les acheter, ce qui représentait environ 15 jours de travail. Il s'agissait le plus souvent, de vieilles bêtes qui avaient servi sur le canal de Briare et qu'on achetait à la Foire. Ainsi, grâce aux ânes, les bateliers effectuaient le même trajet en 4 jours et voyaient leurs conditions de travail s'améliorer très sensiblement. Les bateliers commençaient leur journée de travail au lever du soleil, et transportaient leur cargaison de marne chargée à Blancafort ; à chaque écluse, ils donnaient un coup de trompe ou faisaient claquer sèchement leur fouet afin de prévenir l'éclusière. L'écluse franchie, le « berrichon » tracté par son âne poursuivait lentement la navigation jusqu'à la suivante ou à une gare. Là, les bateliers devaient décharger la marne, ce qui représentait environ 10 à 11 heures de travail. Il restait alors à retourner vers Blancafort pour prendre une nouvelle cargaison.

L'été, les paysans cessaient de marner en raison des grands travaux agricoles. Bateliers et carriers s'engageaient comme journaliers ou ouvriers pour la fenaison et la moisson, adaptant ainsi leur activité aux saisons. «Au coup de sifflet, quand les wagonnets étaient chargés, les ouvriers poussaient chacun le leur ; le premier partait, les autres suivaient, on aurait dit un train.» Les péniches, quant à elles, étaient construites en bois sans écurie mais avec une cabine à l'arrière qui servait de logement. L'organisation du travail sur le canal impliquait un ingénieur chef, 18 éclusières, et deux bateliers par péniche, l'un marchant à côté de l'âne, l'autre étant sur le bateau au gouvernail.

Ce voyage dans l'histoire de la Sauldre et de ses environs, de la légende de Saugirard aux défis de la construction du canal, révèle la richesse d'un territoire où la nature, l'ingéniosité humaine et le passé se conjuguent pour offrir un patrimoine d'une valeur inestimable.

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