Pourquoi la température grimpe : comprendre les mécanismes du réchauffement et des extrêmes météorologiques

La perception des températures extrêmes ne se limite plus à une simple lecture de thermomètre. Si les variations saisonnières ont toujours existé, l’accélération du réchauffement climatique modifie profondément notre compréhension des phénomènes météorologiques. Des plaines arides du Texas aux sommets des Pyrénées, l’augmentation des températures globales, couplée à des mécanismes atmosphériques complexes, redéfinit notre quotidien et notre capacité à évaluer les dangers environnementaux.

Schéma illustrant l'effet de serre et le piégeage de la chaleur solaire par l'atmosphère

Les limites de la mesure : au-delà du thermomètre

Un été étouffant ? Au Texas, cela n'a rien d'exceptionnel. Essayez donc de discuter avec un habitant de la hausse de 1,5 °C de température moyenne globale à cause du réchauffement climatique accéléré par les activités humaines, et il vous rira au nez. À moins que… À partir de l'analyse des données météo texanes pour les mois de juin, juillet et août 2023, une nouvelle étude publiée le 15 mars 2024 dans la revue Environmental Research Letters a mis en évidence un problème lié à la communication au public des dangers de la hausse des températures.

En effet, d'après son auteur David Romps, physicien de l'atmosphère à l'université de Californie à Berkeley, le thermomètre seul ne reflète pas avec précision le stress thermique affectant les humains. Même la température ressentie ou "indice de chaleur", qui tient compte de l'humidité relative et donc de la capacité à se rafraîchir en transpirant, donnerait une estimation trop basse du stress thermique.

Le réchauffement climatique affecte l'interaction entre l'humidité et la température. La température au thermomètre mouillé est celle qu'un thermomètre mesure lorsqu'il est entouré d'un chiffon humide, ce qui permet de prendre en compte les effets refroidissants de la sueur. "L'indice de chaleur ressemble beaucoup au thermomètre mouillé, mais il ajoute la chaleur métabolique de l'être humain que le thermomètre ne prend pas en compte", détaille le chercheur dans un communiqué.

Dès 2022, ce scientifique avait cosigné un précédent article dénonçant l'inexactitude du calcul réalisé par la plupart des agences gouvernementales lorsqu'il s'agissait des températures et de l'humidité extrêmes que nous connaissons aujourd'hui. Au risque, pour le public, de sous-estimer la probabilité de souffrir d'hyperthermie (coup de chaleur), voire celui d'en mourir. Au fil des décennies, le principal prévisionniste météorologique du pays, le National Weather Service de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), a fait face à l'absence de valeurs calculées pour les fortes chaleurs et l'humidité - l'indice de chaleur (heat index) ayant été défini en 1979 - en extrapolant l'inconnu à partir des valeurs connues.

Pourtant, à travers ses travaux, David Romps explique que le réchauffement climatique affecte l'interaction entre l'humidité et la température. Alors que par le passé, l'humidité relative avait tendance à diminuer lorsque la température augmentait, permettant au corps de transpirer davantage et donc de se rafraîchir, avec le changement climatique en revanche, l'humidité relative reste à peu près constante à mesure que la température grimpe, réduisant l'efficacité de la transpiration pour refroidir le corps.

Houston, nous avons un problème : l'indice de chaleur extrême

Le focus sur le Texas est éloquent. Si les températures ont atteint des sommets à différents endroits et moments de l'État l'été dernier, un lieu en particulier, l'aéroport Ellington de Houston, est sorti du lot : le 23 juillet 2023, l'étude calcule que l'indice de chaleur y était de 75 °C, dont 6 °C à cause du réchauffement climatique.

Alors, que faire ? "Pour moi, la chose la plus évidente à faire est d'arrêter le réchauffement supplémentaire, car la situation ne va pas s'améliorer si nous ne cessons pas de brûler des combustibles fossiles", prône le Pr Romps. "C'est le message n° 1, sans aucun doute." Le chercheur conseille également à ceux qui se trouvent dans des situations de chaleur extrême et qui n'ont pas accès à l'air conditionné, "d'utiliser l'ombre et l'eau comme amis". "Vous pouvez vous enduire d'eau. Prenez un chiffon mouillé, passez-le sous le robinet, mouillez votre peau et mettez-vous devant un ventilateur", recommande-t-il.

Le dôme de chaleur : un mécanisme de blocage atmosphérique

Avec l’augmentation des températures et la multiplication des vagues de chaleur et des canicules, un terme revient souvent dans les prévisions météo : le dôme de chaleur. Un dôme de chaleur est une masse d’air chaud qui s’installe sur une région et reste piégée en raison des hautes pressions atmosphériques en surface comme en altitude, qui agissent comme un couvercle, empêchant l’air chaud de s’échapper et forçant l’air plus frais et les perturbations à contourner la zone concernée. Il n'y a pas de brassage dans cette zone, où l'air se comprime et donc se réchauffe, un peu comme dans une serre.

Canicule : un dôme de chaleur, c'est quoi ?

Pour mieux comprendre le phénomène du dôme de chaleur, il est essentiel d'expliquer comment fonctionnent les hautes pressions. En météorologie, la pression atmosphérique est mesurée en hectopascals (hPa). Typiquement, une zone de haute pression, aussi appelée anticyclone, présente des valeurs supérieures à 1013.25 hPa, qui représente la pression atmosphérique standard au niveau de la mer. Dans certaines zones de haute pression très intenses, cette valeur peut monter jusqu'à 1030 hPa, voire davantage.

Le mécanisme sous-jacent qui sous-tend la formation du dôme de chaleur suit plusieurs étapes :

  1. Stabilité de l'air : Les hautes pressions sont caractérisées par un air descendant qui, lors de sa descente, se réchauffe, ce qui le rend plus stable et réduit la formation de nuages et de précipitations. C'est la raison pour laquelle les anticyclones sont souvent associés à un temps clair.
  2. Effet de "couvercle" : L'air chaud au sol, qui normalement s'élève, se retrouve "coincé" sous cette masse d'air descendante. C'est ce mécanisme qui crée le fameux "dôme" de chaleur. Lorsque l'anticyclone est particulièrement fort, cet effet de couvercle est encore plus prononcé.
  3. Réchauffement amplifié : Sous un anticyclone, sans nuages pour réfléchir la lumière du soleil, le sol reçoit davantage de rayonnement solaire direct, ce qui le réchauffe encore plus.

La durée d’un dôme de chaleur peut varier de quelques jours à plusieurs semaines. L’effet le plus direct est une hausse significative des températures, souvent accompagnées de records. De façon indirecte, un dôme de chaleur peut donc affecter l’agriculture, la production d’électricité et les ressources en eau.

Effets régionaux : le vent de Foehn et les anomalies thermiques

Le 22 janvier 1943, la température est passée de -20 °C à 7 °C, en l'espace de deux minutes seulement. Cette incroyable hausse du mercure est liée à l'arrivée du vent Chinook. Un changement aussi extrême a eu des conséquences : des fenêtres se sont mises à craquer et à se fissurer, et un coup de gel instantané a été observé en raison du vent. Le Chinook est un vent chaud et sec qui souffle en Amérique du Nord, assez similaire au Foehn qui souffle en France. À la base, il s'agit d'un vent très humide qui provient de l'océan Pacifique, et qui s'assèche en s'élevant au-dessus des sommets sur la côte ouest. Lorsqu'il redescend dans les vallées, ce vent se réchauffe et il provoque alors une brusque montée de la température.

Un phénomène similaire a été observé à Perpignan le 11 mars, où le thermomètre a grimpé jusqu'à 23°C en pleine nuit, seize degrés plus « chaud » que les normales de saison. Cette « anomalie » s'explique par un effet de foehn : après le passage d'une tempête, la tramontane s'est renforcée, provoquant une accumulation d'air sec au pied des Pyrénées, ce qui a fait s'emballer les températures.

La dynamique verticale et les fluctuations printanières

Pourquoi la température baisse-t-elle avec l’altitude ? En montagne, il n’est pas rare d’avoir chaud en vallée et de frissonner au sommet, même en été. Ce n’est pas parce qu’on se rapproche du soleil qu’il fait plus chaud. Au contraire ! L’atmosphère terrestre agit comme une couverture chauffée par la Terre. En météorologie, on parle de gradient thermique vertical. Plus on monte, plus il fait froid. Ce phénomène naturel est une clé essentielle pour comprendre le climat de montagne.

Parallèlement, les printemps sont marqués par des fluctuations importantes, comme ce pic de chaleur début avril suivi d'une chute brutale. "Une dépression passe sur l’Atlantique et provoque la tempête Kathleen sur l’Irlande. Comme c’est une dépression creuse, elle agit aussi comme une pompe à chaleur en propulsant l’air chaud venu du sud sur nos régions", contextualise Guillaume Séchet, météorologiste. "Cette masse d’air chaud subsaharien qui transporte aussi du sable se retrouve bloquée au nord et renforce la chaleur sur la France après avoir traversé la Méditerranée", complète Gilles Matricon, météorologue.

Le changement climatique joue ici un rôle prépondérant. "Il y a toujours eu un effet yo-yo au printemps, et ces épisodes chauds ont toujours existé, rappelle l’expert, mais l’air du Sahara serait plus bas sans le réchauffement climatique et les pics prennent de l’ampleur."

Impact sociétal et adaptation face à la récurrence

Dans un climat qui se réchauffe, les événements chauds vont être soit plus fréquents, soit plus intenses. À Lyon, par exemple, lors d'épisodes de canicule, le thermomètre peut grimper jusqu'à 38°C, ce qui n’est pas facile à supporter. "On essaie de trouver des petits coins à l'ombre mais faut s'arrêter régulièrement", confie un passant. La canicule, inhabituelle pour une troisième semaine d'août, rappelle celle du début de l'été.

Carte thermique montrant les zones de vigilance canicule en France

En montagne, les vacanciers en ont aussi fait les frais. À Combloux, la température atteint les 30°C à plus de 1000 mètres d'altitude. La vague de chaleur est partie pour durer et s'étendre au nord et à l'est. Avec des épisodes de ce type de plus en plus fréquents et précoces, la question de l’adaptation se pose. Le dôme de chaleur, longtemps considéré comme un phénomène exceptionnel, tend à devenir un marqueur récurrent des étés européens. Sa mécanique est connue, mais sa répétition interroge. En milieu urbain, en agriculture, ou dans les hôpitaux, chaque vague impose son lot de contraintes.

La température dépend de plusieurs facteurs, notamment la pression, l’humidité, l’ensoleillement, le vent. Le relief et la nature du sol ont également une influence sur la température à un endroit donné. La température moyenne à la surface de la Terre augmente depuis le 19e siècle. En France, la température a augmenté de 1,9 °C depuis 1900. Cette tendance longue, rythmée par des événements extrêmes, impose une vigilance accrue et une compréhension fine des interactions atmosphériques pour mieux protéger les populations les plus fragiles.

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