La tonte des moutons ne se résume pas à une simple récolte de fibres textiles ; c'est un acte d'hygiène vétérinaire, une nécessité biologique pour les animaux domestiques et un pilier de la gestion pastorale moderne. Alors que l’être humain a commencé à élever des moutons il y a plus de 5000 ans, cet animal est devenu domestique, c’est-à-dire qu’il dépend de l’homme. Dès lors, il ne perd plus sa laine d’une manière naturelle, il a besoin qu’on la lui tonde. En règle générale, chaque mouton adulte est tondu une fois par an.

Les fondements biologiques : Pourquoi la tonte est-elle indispensable ?
La laine pousse en continu. Il est donc nécessaire de tondre une ou deux fois par an votre mouton pour lui éviter des souffrances inutiles. Contrairement aux espèces sauvages et à quelques exceptions, la plupart des moutons domestiques ne perdent pas naturellement leur toison. À noter que certains moutons rustiques ne nécessitent pas d’être tondus.
Lorsqu'un mouton n'est pas tondu, les conséquences peuvent être dramatiques. La laine du mouton est une fibre dont la pousse est continue. Un mouton que l’on ne tondrait pas se retrouverait enveloppé d’un cocon de laine feutrée, sale, humide et moisie. L’accumulation de laine est évidemment propice au développement des maladies. L’amas maintient une certaine humidité et se révèle être un nid à parasites. Prudence donc. Baarack fut la star des réseaux sociaux lorsqu’il fut retrouvé. Après 5 ans d’errance, l’animal a été délivré de son énorme duvet. Quelque 35 kilos de laine ont été tondus. N’attendez donc pas aussi longtemps pour soigner votre mouton, il en souffrira à coup sûr.
L’animal tolère des températures extérieures entre 10 et 25°C. Au-dessus, il risque d’avoir trop chaud. À 10°C, il n’aura pas froid même s’il est tondu, à condition qu’il soit à l’abri du vent et des intempéries naturellement. Au-dessus de 25°, il recherche l’ombre, ne mange plus et chaume. En été, les moutons se portent mieux avec moins de laine.
Le bien-être animal comme priorité absolue
La tonte n’est pas un acte douloureux pour le mouton. Si l’acte est exécuté par des mains expertes, cela prend une poignée de minutes seulement. Le stress de l’animal est alors limité. Il existe certaines méthodes de tonte, certains gestes précis et codifiés. L’association des tondeurs de moutons est garante de ce savoir-faire. Pour l’immobiliser en douceur et limiter son stress, le mouton est généralement assis ou calé sur le flanc. La méthode de tonte pratiquée par les professionnels permet à l’animal de se laisser aller et de ne pas trouver d’appuis pour se relever. Le mouton n’est pas entravé, il est donc libre de ses mouvements. Le tondeur n’utilise pas la force pour contenir l’animal et on constate que le mouton est tranquille.
D’autre part, la tonte peut perturber la naissance des petits qui risquent de s’étouffer ou de rester coincés au moment de la mise bas. Tondre les brebis avant l’agnelage permet à l’agneau de trouver plus facilement les mamelles et lui évite de téter en vain des mèches de laine. La brebis tondue se met à l’abri du vent et du froid et protège mieux ses petits. En outre, elle mange avec plus d’appétit ce qui lui permet de produire plus de lait.
Périodicité et conditions climatiques : Le rôle du printemps
La période idéale pour sortir la tondeuse pour votre mouton est certainement le printemps. En règle générale, cette étape intervient au printemps entre avril et mai, voire parfois en juin si le climat est moins clément et plus pluvieux. Cela risquerait de rendre difficile la tonte en raison de l’humidité des toisons. Chez Ecomouton, nous tondons nos moutons d’Ouessant entre mai et juillet, dans le courant du printemps et avant les potentielles fortes chaleurs et épisodes caniculaires.
La tonte du cheptel des Moutons de l’Ouest a lieu tous les ans, aux mois de mai et juin. Plus il fait chaud et plus les moutons produisent du suint, graisse que sécrète la peau du mouton, ce qui rend le passage des peignes dans la toison plus simple. Certains éleveurs décident d’attendre fin mai ou le mois de juin pour tondre les moutons, pour profiter de la production de suint plus intense.
Les techniques de tonte
Les techniques et le matériel : De l'artisanat à l'industrie
Il est capital de soigner votre mouton, car sa laine pousse en continu. Vous pouvez très bien tondre votre mouton vous-même, après avoir pris vos renseignements et tout le matériel nécessaire : tondeuse, peigne, service d’affûtage pour peigne, huile lubrifiante et spray pour tondeuse. Il existe même des formations, pour réaliser la tonte sans stress pour vous et le mouton et surtout sans le blesser.
Aujourd’hui, les tondeurs professionnels utilisent des tondeuses électriques ou pneumatiques. Chez Les Moutons de l’Ouest, nous faisons régulièrement appel à des tondeurs spécialisés dans la tonte “aux forces”, avec des ciseaux manuels. Certains tondeurs préfèrent la méthode “artisanale” aux “forces”, ciseaux manuels nécessitant plus d’énergie mais permettant un travail plus minutieux. La technique la plus rapide reste la tonte à la tondeuse électrique, utilisée notamment dans le cadre de larges troupeaux pour faciliter et accélérer le processus.
Les experts estiment que l’animal ne doit pas être nourri 24h avant la tonte. Avec un matériel huilé et en parfait état de marche, vous pouvez commencer la tonte. Il est conseillé de mettre le mouton sur le dos pour commencer par le ventre. Puis, vous le basculez sur un côté, puis sur l’autre.
Organisation et logistique des grands troupeaux
La tonte des moutons en éco-pâturage, répartis dans toute la France, sur les nombreux sites de nos clients, requiert une grande organisation et de la logistique ! Des tondeurs sont réservés longtemps en avance. Les moutons, déployés sur les sites en Île-de-France, sont ramenés sur notre site de Yèbles. Le tondeur s’occupe alors de plusieurs centaines de moutons en quelques jours. La tonte s’effectue en extérieur. La météo doit alors être clémente sous peine de report. Concernant les autres régions de France, le tondeur se déplace de site en site. Plus ponctuellement, lorsqu’il existe des petits cheptels et que le berger sait tondre, celui-ci s’en charge.
Tondre plus de 1000 animaux sur de nombreux sites d’éco-pâturage est un vrai défi en termes d’organisation ! Nous profitons d’avoir regroupé les moutons lors de la tonte pour tailler les ongles. C’est la manucure du mouton ! Lorsqu’ils ont accès à des zones où le sol est dur, les onglons s’entretiennent naturellement et il n’y a quasiment pas de parage à faire.
Valorisation de la laine : Au-delà du textile
Quand la laine est de bonne qualité, cette matière naturelle réputée est utilisée évidemment dans la fabrication de nombreux objets et vêtements. Aujourd’hui, 80 % de la laine française est envoyée en Chine, faute de filière locale suffisamment structurée. Un mouton produit en moyenne 2 à 5 kg de laine par an, selon sa race.
Chez Ecomouton, la période de tonte correspondant à la période d’agnelage, la laine des brebis allaitantes n’est pas de très bonne qualité. Elle ne peut donc pas être utilisée pour la conception de textile, chaussures ou couvertures. Pour ne pas la jeter, mais aussi lui offrir une seconde vie, Ecomouton a passé un partenariat avec une entreprise qui utilise la laine comme paillage sur des espaces verts. La laine remplace les feutres de géotextiles et empêche ainsi la mauvaise herbe de pousser. La laine, étant un déchet organique, elle ne possède que des qualités en jardinerie : elle se désagrège au fil du temps sans polluer, elle garde le sol humide, elle nourrit le sol. Dans le cadre d’une agriculture biologique et respectueuse de l’environnement, l’utilisation d’engrais naturels issus de la laine de mouton apparaît comme une solution durable.

Évolution historique de la tonte
Les premières traces de domestication des moutons remontent à environ 10 000 ans, au Moyen-Orient. Dans l’Égypte antique, la tonte se faisait à l’aide de couteaux rudimentaires ou de coquillages tranchants. Les fresques égyptiennes montrent des scènes de tonte et d’utilisation de la laine pour la fabrication de textiles. Au fil des siècles, la sélection des moutons à laine s’est intensifiée, rendant la tonte de plus en plus indispensable. En Europe médiévale, les forces en fer (grands ciseaux à lames courbes) sont devenues l’outil principal pour la tonte. La laine devenait une ressource économique majeure, notamment en Angleterre où elle était un moteur du commerce.
Avec l’industrialisation du XIXe siècle, la tonte des moutons a connu une avancée majeure grâce à l’invention de la tondeuse mécanique en 1888 par Frederick York Wolseley. Cette invention a révolutionné l’industrie lainière, permettant aux tondeurs d’effectuer leur travail plus rapidement et avec plus de précision. Dans les années 1950, la tonte des moutons est devenue un métier à part entière, avec la formation de tondeurs spécialisés. À l’ère du bien-être animal, la tonte a évolué vers des pratiques plus éthiques. Les tondeurs sont formés pour manipuler les moutons avec douceur et limiter leur stress. Autrefois, la tonte était réalisée à la main à l’aide de ciseaux ou de forces (grands ciseaux spécifiques). Cette méthode, bien que plus longue, nécessitait un savoir-faire minutieux. Aujourd’hui, la tonte est une pratique hautement spécialisée. Les tondeurs professionnels peuvent tondre plusieurs centaines de moutons par jour, avec une rapidité et une précision impressionnante.
Hygiène et santé préventive
On peut considérer que la tonte est un acte d’hygiène vétérinaire qui évite l’apparition de parasites externes (tiques, myiase, gales, mélophages…). Une toison abondante peut devenir encombrante et trop chaude pour les moutons. Un autre avantage de la tonte est de pouvoir surveiller la potentielle prolifération de parasites dans les fibres de laine. En fonction des milieux de vie, une toison dense et donc sujette à une certaine humidité, peut cacher des agents de la gale ou encore des poux ou larves d’autres parasites.
La tonte est également le moment opportun pour juger de la bonne santé du mouton, en vérifiant sa peau ou son poids. De la même manière qu’une toison abondante peut cacher des parasites, celle-ci peut cacher une maigreur ou une grosseur anormale chez un mouton. La tonte de l’arrière train, ou écussonnage, soulage l’animal des parties crottées. Après la tonte, les bêtes sont plus propres, plus légères et plus dynamiques. Des études montrent que les animaux tondus sont plus actifs et plus enclins à se déplacer librement. La tonte des moutons est bien plus qu’un simple geste agricole : elle est essentielle pour la santé et le bien-être des animaux.