L’Art des Lianes : Entre le Lierre Commun et la Vigne de Coignet, des alliées pour votre environnement

Dans le paysage végétal de nos communes, certaines plantes sont souvent stigmatisées, méconnues, voire confondues avec des espèces envahissantes. Pourtant, le lierre commun (Hedera helix) et la vigne de Coignet (Vitis coignetiae) recèlent des atouts considérables pour la biodiversité, le climat urbain et l’esthétique paysagère. Comprendre leur biologie, leurs usages et leurs besoins est essentiel pour transformer ces lianes en ressources majeures.

Illustration comparative d'un mur habillé de lierre persistant et d'un autre recouvert par le feuillage flamboyant d'une vigne de Coignet en automne

Le Lierre Commun : Une présence persistante et protectrice

Le lierre commun ou lierre grimpant (Hedera helix) est une liane assez répandue en Europe. C’est probablement également le cas dans votre commune où il s’est surement installé un peu partout. Souvent stigmatisée et peu appréciée, cette plante recèle pourtant d’atouts considérables sur les plans de la biodiversité et des changements climatiques.

Une biologie fascinante, loin des idées reçues

Le lierre est une plante qui suscite souvent des débats sur son impact sur les arbres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le lierre n'est pas une plante parasite. Il utilise les arbres auxquels il s’accroche uniquement comme support et concurrence rarement le houppier - le sommet de l’arbre - en restant sur sa partie centrale. Le lierre présente donc un risque structurel pour les arbres déjà fragilisés (tronc pourrissant ou endommagé). Par contre, il n’est pas problématique pour les arbres en bon état sanitaire. Dans certains cas, il se révèle même être un allié bénéfique.

Il est déconseillé de planter du lierre au pied des jeunes arbres, en particulier ceux de moins de 5 ans, car cela pourrait entraver leur croissance. Au lieu de cela, il est préférable de laisser le lierre s'installer naturellement sur des arbres matures propices. Du point de vue botanique, l’appellation « grimpant » est précise : le lierre ne forme pas de vrilles et il ne s’enroule pas autour d’un support. C’est une plante grimpante qui se fixe uniquement à l’aide de ses racines à crampons.

Un allié pour la ville et la biodiversité

Le caractère grimpant du lierre en fait également une plante intéressante pour la conception d’un mur végétal. La plante ne présente pas de dangers pour les murs dont les joints sont en bon état ; en effet, il va s’accrocher aux aspérités sans pouvoir l’endommager. Des études scientifiques, telles que celles de Coombes et al. (2018), démontrent que le « thermal blanketing » (couverture thermique) par le lierre peut protéger la pierre des bâtiments contre les gels dommageables.

Parmi ses autres vertus :

  • Dépolluant urbain : Il permet de dépolluer l’air urbain des particules fines, et ce, toute l’année, grâce à son feuillage persistant lui permettant de faire de la photosynthèse en hiver.
  • Bénéfices pour les pollinisateurs : Sa floraison tardive (de septembre à novembre) est extrêmement importante pour les derniers pollinisateurs de la saison. On y retrouve très souvent de nombreuses espèces de papillons, de mouches, de guêpes et d’abeilles.
  • Refuge pour la faune : Sa fructification tardive et longue est très intéressante pour les oiseaux qui y trouvent aussi un refuge dans les rameaux aériens.

La Vigne de Coignet : L’exubérance automnale

La vigne de Coignet (Vitis coignetiae) est une plante grimpante vivace de la famille des Vitacées, originaire du Japon et de Corée. Cette liane ligneuse et très vigoureuse porte de grandes feuilles caduques de 25 à 30 cm, vert foncé avec des nervures très marquées, qui peu à peu se parent d’orangé puis de rouge flamboyant dès les premiers frimas.

Caractéristiques et culture

Cette liane, très ornementale en automne, s'accroche au moyen de ses vrilles sur de multiples supports. Si elle se plaît chez vous, elle peut atteindre aisément 15 mètres de hauteur et couvrir une façade, un vieux mur ou habiller un arbre mort afin de lui donner une seconde vie. Elle supporte très bien un sol calcaire et est très rustique, survivant à des températures de -20°C.

Attention toutefois : cette vigne produit de petites baies bleu/noir non comestibles en automne qui peuvent, en tombant, tacher le sol. Évitez de la planter devant une entrée ou sur une pergola couvrant une terrasse.

Créer un support pour plantes grimpantes : plein soleil - Truffaut

Distinctions botaniques et choix variétaux

Il est crucial de ne pas confondre le lierre avec la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia), qui est une espèce exotique envahissante et une menace pour l'environnement. Cette dernière grimpe également grâce à des crampons mais c’est une plante caduque qui perd ses feuilles en hiver.

Diversité du genre Hedera

Membre de la famille des Araliacées, le lierre est prolifique. Parmi les variétés remarquables :

  • Hedera helix ‘Green Ripple’ : Pour un feuillage exubérant, de grandes feuilles très nervurées, vert vif et luisant.
  • Hedera helix ‘Goldchild’ : Très lumineux avec son feuillage trilobé et triangulaire, gris-vert margé de jaune.
  • Hedera colchica : Le lierre de Colchide, aux dimensions impressionnantes, idéal pour couvrir de vastes espaces à l'ombre.

Soins et entretien

Bien que le lierre soit résistant, une taille peut s’avérer nécessaire une à deux fois par an pour des raisons esthétiques ou en cas d’envahissement. Elle pourra survenir au tout début du printemps et à la fin de l’été. Supprimez toutes les parties abîmées et raccourcissez les rameaux pour aérer le sujet. Trop d’intervention est souvent néfaste au lierre : les feuilles noircissent si vous arrosez trop, et les feuilles panachées perdent leur éclat si vous fertilisez excessivement.

La vigne de Coignet, quant à elle, demande une taille plus rigoureuse : rabattez les rameaux latéraux au-dessus du troisième bourgeon en février et supprimez le bois mort. En juillet, taillez l'extrémité des tiges pour contenir la plante si nécessaire.

Schéma explicatif montrant la différence entre les racines à crampons du lierre et les vrilles de la vigne de Coignet

Une perspective historique et médicinale

De nombreux auteurs de l’antiquité évoquent déjà le lierre. Dans l’ancienne Égypte, il est consacré à Osiris, dieu de la fécondité. Dans la mythologie grecque et romaine, le lierre était, avec la vigne, l’attribut des dieux du vin, Dionysos et Bacchus.

L’usage médicinal du lierre est répandu depuis longtemps. Le laboratoire Bioforce utilise un extrait à base d’alcool fait à partir des pousses fraîches et non ligneuses de la plante en fleurs. On l’utilise pour calmer les brûlures minimes, les coups de soleil naissants et autres petites lésions cutanées, bien que l’usage interne doive être strictement contrôlé par un professionnel de santé en raison de la toxicité de certaines parties de la plante.

En somme, qu’il s’agisse de la structure pérenne offerte par le lierre ou du spectacle saisonnier de la vigne de Coignet, ces lianes, lorsqu'elles sont choisies et entretenues avec discernement, sont des alliées précieuses pour une gestion durable et esthétique des espaces verts.

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