Le Laurier-Rose : Guide complet sur Nerium oleander

Le laurier-rose (Nerium oleander) trouve ses origines sur tout le pourtour méditerranéen, en Europe du sud, en Asie Mineure et en Afrique du Nord, où il pousse toujours près d'un cours d'eau temporairement asséché. Il s'est même naturalisé dans certaines zones comme la Corse, le Var, les Alpes-Maritimes ou la Sardaigne par exemple. Roi des jardins méditerranéens, il s'installe peu à peu dans toute la France grâce au réchauffement climatique. En France, on le voit désormais fleurir bien au nord de la Loire. En région parisienne, au pied d'un mur exposé au sud, il passe l'hiver sans problème depuis quelques années.

Illustration d'un laurier-rose en pleine floraison estivale

Fiche d’identité et caractéristiques botaniques

Le laurier-rose forme un arbrisseau touffu pouvant prendre l'allure d'un grand arbuste ou d'un petit arbre qui peut atteindre les 5 m de haut, avec un tronc divisé assez bas, des rameaux longs, grêles et dressés et une sève laiteuse qui exsude de l'arbuste lorsqu'on coupe une feuille ou un rameau. Ses feuilles persistantes, verticillées ou opposées, par 3, entières, lancéolées, étroites, aiguës, presque sessiles et coriaces, mesurent 10 à 15 cm de long pour 2 à 3 cm de large, et arborent une couleur vert cendré, assez foncé.

Son nom botanique, Nerium oleander, vient du grec. « Nerium » évoque l’eau car, à l’état naturel, il colonise volontiers les bords de rivières asséchées en été. « Oleander » rappelle la ressemblance de ses feuilles lancéolées avec celles de l’olivier. Il appartient à la famille des Apocynacées, la même que la pervenche ou le dipladenia. Il n’existe d’ailleurs qu’une seule espèce dans le genre Nerium, mais des dizaines de cultivars aux couleurs et aux tailles variées.

La floraison : star de l’été au jardin

Durant tout l’été, il décorera votre jardin grâce à l’apparition de fleurs en corolle à 5 lobes larges étalés et anguleux, groupées en cymes composées terminales, sur le bois de l’année. Ses fleurs en trompette, groupées en corymbes, peuvent être simples, doubles ou triples. Elles ressemblent aux fleurs de pervenche, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elles appartiennent à la même famille botanique. Le laurier-rose arbore une floraison mellifère plus ou moins parfumée. Il existe de nombreuses variétés à fleurs étoilées simples ou doubles, allant du rose au rouge, jaune, orangé, saumoné ou blanc.

Toxicité : les vrais risques

Mais attention, ne vous laissez pas prendre par sa beauté attractive car contrairement à certaines autres espèces du genre, le laurier-rose - surtout sa sève laiteuse - contient un glucoside cardiotonique, l'oléandrine, qui est hautement toxique, comme le mentionnait déjà Pline l'Ancien, au Ier siècle après J.-C. En cas d'ingestion, le laurier-rose se révèle très toxique et peut entraîner, chez certaines personnes, des réactions cutanées au simple contact du feuillage. D'ailleurs, on utilise parfois la plante macérée dans l'huile pour servir de raticide !

Toutes ses parties (feuilles, fleurs, tiges, sève, gousses) contiennent des glycosides cardiaques, notamment l’oléandrine et la nériine, qui agissent directement sur le rythme cardiaque. En 1808, lors de la campagne d’Espagne, des soldats de Napoléon auraient été gravement intoxiqués après avoir fait griller des brochettes sur des broches taillées dans du bois de laurier rose.

Et si on parlait de la toxicité des plantes ?!

Conseils de plantation et emplacement

Le laurier-rose se satisfait d’une terre de jardin fertile, fraiche, profonde et bien drainée et d'une exposition chaude, lui rappelant ses origines, et surtout ensoleillée même s'il tolère la mi-ombre dans le Midi. Le laurier-rose est un héliophile convaincu : il lui faut du soleil, encore du soleil, et toujours du soleil. Une exposition au sud ou à l’ouest est idéale. Évite les endroits balayés par les vents froids du nord. En plein vent, il souffre et fleurit beaucoup moins généreusement.

La plantation du laurier-rose s'effectue au printemps, vers mi-mai, quand les risques de gel ne sont plus à redouter, mais dans les régions aux hivers cléments, elle peut aussi se programmer en automne, vers septembre-octobre. En pot, tu peux planter presque toute l’année, mais le printemps reste le moment idéal pour favoriser un enracinement solide avant les chaleurs estivales. En région froide, le pot s’impose pour pouvoir rentrer la plante en hiver. Choisis un bac d’au moins 50 cm de diamètre et de profondeur, avec une couche drainante de billes d’argile au fond.

Entretien saisonnier et arrosage

Le laurier-rose ayant besoin d’un sol frais en profondeur, veillez à bien l’arroser durant ses premiers étés. Contrairement à sa réputation de plante ultra-résistante à la sécheresse, le laurier-rose a besoin d’eau pour fleurir abondamment. En pleine terre, arrose copieusement une fois par semaine les deux premières années. Ensuite, les racines plongent profondément et trouvent l’humidité seules. En pot, l’arrosage doit être régulier de mai à septembre. Vide toujours la soucoupe après l’arrosage : la stagnation d’eau est son ennemi principal.

Pour une floraison généreuse, mise sur la potasse plutôt que sur l’azote. Un engrais trop azoté produit un beau feuillage mais peu de fleurs. Un engrais de type NPK 10.10.30 appliqué deux fois par an, au printemps et début juillet, est idéal en pleine terre. En pot, toutes les deux semaines en période de floraison.

Taille et rajeunissement

Il est préférable de tailler le laurier-rose en fin d’hiver ou début de printemps en rabattant la moitié des rameaux ayant fleuri durant la saison. Si besoin, le laurier-rose supporte une taille sévère, il peut même être recépé mais en ayant la main légère car la taille annuelle n’a rien d’obligatoire. Vous pouvez pincer, c’est-à-dire raccourcir un peu l’extrémité de ses pousses au printemps. Cette manipulation provoquera l’apparition de plusieurs petites branches (ramification) qui multiplieront d’autant le nombre de grappes de fleurs en été.

Schéma montrant les zones de coupe pour la taille annuelle du laurier-rose

Hivernage et protection contre le gel

La rusticité du laurier-rose dépend à la fois de la variété et de l’âge du sujet. Une règle d’or : les jeunes plants supportent toujours moins le froid que les sujets adultes bien enracinés. Protège donc systématiquement les deux premiers hivers, quoi qu’il arrive. En pleine terre dans les régions douces, un paillage de 10 à 15 cm au pied suffit généralement à protéger les racines. Dans les régions plus froides, ajoute un voile d’hivernage autour du feuillage.

En pot, c’est encore plus important : le gel pénètre directement au travers du bac et atteint les racines bien plus vite qu’en pleine terre. Rentre tes pots dès que les températures descendent durablement sous -5 °C. L’idéal : une véranda non chauffée, un garage lumineux ou une serre froide.

Maladies et ravageurs

En sol mal drainé, la pourriture grise peut se développer sur le laurier-rose. La bactériose à Pseudomonas syringae est la maladie la plus redoutée de l’oléandre. Elle se manifeste par des chancres noirâtres déformants sur les jeunes pousses, les branches et les inflorescences. Une fois installée, elle est impossible à guérir. La prévention est donc la seule arme efficace : pulvérise de la bouillie bordelaise au printemps, puis tous les 2 à 3 mois selon le climat.

Les pucerons s’installent sur les jeunes pousses et provoquent l’enroulement des feuilles, suivi d’une fumagine noirâtre. Les cochenilles farineuses forment des amas blanchâtres cotonneux sur les tiges. Les plants stressés (manque d’eau, pot trop petit, excès d’azote) sont les premières victimes. Aspergez vos lauriers-roses à grande eau lors de certains arrosages en été pour nettoyer leur feuillage et éviter l'installation d'acariens.

Bouturage : multiplier son arbuste

Le marcottage aérien peut aussi se tenter au mois d’avril. Mais la plante se prête bien mieux aux boutures de tiges semi-ligneuses en mini-serre chauffée ou, simplement, dans un bocal d’eau, en été où elle ne tardera pas à faire des racines. Coupe une bouture semi-ligneuse de 15 à 20 cm sur un rameau sain, non fleuri. Porte tes gants : la sève est irritante. Retire les feuilles du bas en laissant 2 ou 3 feuilles au sommet. Plonge la bouture dans un verre d’eau claire, dans un endroit lumineux mais sans soleil direct. En 3 à 4 semaines, de petites racines apparaissent.

Ne pas confondre avec les autres « lauriers »

C’est une erreur fréquente, et parfois dangereuse. Le mot « laurier » recouvre en effet plusieurs plantes sans aucun lien botanique entre elles :

  1. Laurier rose (Nerium oleander) : Plante ornementale uniquement, hautement toxique. Il ne s’utilise jamais en cuisine.
  2. Laurier-sauce (Laurus nobilis) : L’herbe aromatique de cuisine. Feuilles plus courtes, elliptiques, à l’odeur aromatique distinctive quand on les froisse. Il n’a aucun lien botanique avec le laurier rose.
  3. Laurier-cerise (Prunus laurocerasus) : Arbuste de haie. Feuilles ovales, brillantes et épaisses. Ses feuilles et ses noyaux sont également toxiques par ingestion. Il n’a lui non plus aucun rapport avec le laurier rose.

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