Le Bois Gourmand : L’art de la permaculture et la reconnexion au vivant

La permaculture est la fusion des mots « permanent » et « agriculture ». Elle vise à harmoniser les activités humaines à un milieu naturel durable. Les plantes ont développé, contre les maladies et autres ravageurs, des défenses naturelles qui leur ont permis de survivre à ce jour. Alors pourquoi utiliser aujourd’hui des pesticides et engrais de synthèse avec des conséquences tragiques sur notre santé et celle des animaux, de la terre et de l’eau? Le plus aberrant, c’est que ces méthodes propulsées par un arsenal de guerre dans une logique de guerre, réussissent à se tailler une place jusque sur le terrain de jeu d’enfants. Il faut dire que les gazons, souvent constitués de graminées à 100 %, encore omniprésents, représentent des monocultures à petite échelle.

L’évolution du règne végétal en harmonie avec le règne animal se base sur la biodiversité. Voilà ce qui convient à nos jardins. Inspirons-nous des forêts naturelles et autonomes qui se régénèrent, contribuant ainsi à la santé de la planète. Avec son intelligence et les savoirs ancestraux cumulés, l’humain sait concevoir des milieux abondants et minimiser les interventions requises pour faire de la terre un beau et grand jardin nourricier! Il n’appartient qu’à vous d’y contribuer en créant un contexte favorable à cet équilibre écologique où une faune bénéfique protège vos cultures des ravageurs envahisseurs. Bienvenue aux oiseaux, aux abeilles sauvages, aux libellules et aux coccinelles. En milieu naturel, on apprécie cette faune discrète mais essentielle composée de grenouilles, d’araignées, de couleuvres et de chauve-souris.

Schéma illustrant les strates d'une forêt-jardin permacole

Le Bois Gourmand : Un sanctuaire au cœur du Vexin

Dans le village de Théméricourt, à une heure de Paris, l’association Le Bois gourmand vous propose un moment de (re)connexion avec la nature sur son site labellisé « Petit patrimoine naturel » par la Région Île-de-France. Récemment labellisé, le site du Bois gourmand se niche au cœur de terres cultivées de manière conventionnelle : « un peu comme les Gaulois face aux Romains », sourit Richard, président de l’association. Sophie et lui, tous deux passionnés de permaculture, ont rejoint le projet en 2018. Ici, les plantes poussent au gré de la nature… ou presque. « Nous cultivons plusieurs variétés sur un sol très argileux, normalement destiné aux grandes cultures comme celles qui nous entourent. Mettre en place un système en permaculture et améliorer la qualité du sol demande du temps », nous explique Sophie, la cheffe planteuse qui s'occupe des cultures.

Le Bois gourmand a pour vocation de vivre une expérience de permaculture, en prenant soin de la Terre et des Hommes. Depuis 5 ans, l’association a réalisé des constructions légères (abri, toilettes sèches) et mis en place des écosystèmes avec l'installation de mares, de haies, d'arbres fruitiers, de cultures potagères. Dans une ambiance conviviale, les membres se réunissent essentiellement les lundi et jeudi pour entretenir et faire évoluer le lieu. Une association qui porte son nom a été créée en mars 2012. Elle a inauguré son local, un « espace gourmand », le 25 juin dernier. L’association a pour but de promouvoir la permaculture, « afin de démontrer que cette dernière offre un modèle viable et efficace », explique Alain Poret, le président du collectif. « Nous essayons aussi de créer un lieu d’échange et de convivialité, d’enseigner la préparation, la transformation et l’utilisation des plantes en général, d’offrir aux enseignants un outil pédagogique concernant la nature, la biodiversité, etc.», ajoute-t-il.

4 000 m² de nature au cœur du parc du Vexin

Dans ce grand jardin de 4 000 m², entre forêt sauvage et espaces cultivés, cohabitent pins, bouleaux, sureaux et noisetiers, mais aussi tomates, courges, oseille, rhubarbe ou épinards. Malgré le ciel chargé et les averses passagères, le groupe est au complet ce dimanche. Les 12 participants partent en cueillette. Luce, propriétaire du terrain, fondatrice de l’association et initiatrice des ateliers, anime la journée. La mission du jour pour les participants : trouver et cueillir plusieurs espèces comestibles, qui seront ensuite cuisinées ensemble.

« La permaculture c’est un esprit de protection et, surtout, d’observation », souligne Luce, pendant que les participants arpentent les allées à la recherche des ingrédients du déjeuner. « Idéalement, il faudrait observer un an avant de commencer quoi que ce soit. Mais l’humain est souvent pressé. La permaculture nous invite à ralentir, à se recentrer sur la nature, à apprendre à l’écouter, à l’observer. » Pour certains, c’est une première. Pour d’autres, une expérience renouvelée : « Le mieux, c’est de faire plusieurs ateliers pour avoir le temps de tout découvrir. Et puis, tout dépend de la saison : entre mars et avril, par exemple, on peut trouver de l’ail des ours dans les sous-bois », nous explique Nathalie, une habituée.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

La nature dans l’assiette : résilience et savoir-faire

Après une petite heure de recherche, le groupe se rassemble dans la cabane nichée au milieu du jardin. Tous déposent leurs récoltes et s’activent désormais aux fourneaux. Cassandre, 12 ans, surveille attentivement la cuisson de ses beignets de sureau sur le rocket stove, un poêle artisanal fabriqué à partir de boîtes de conserve imbriquées. Pendant ce temps, d’autres commencent la vaisselle. Ici, l’eau est précieuse. « On essaie vraiment de l’économiser. On a juste ce qu’il faut en eau potable, mais ça fonctionne. C’est une façon de rester résilient », explique Maylis qui co-anime la journée. Enfin, vient le moment de passer à table pour le petit groupe. L’atelier se termine par la dégustation collective, ponctuée d’échanges autour des plats préparés, comme les délicieux canapés d’orties de Luce Causse.

Les techniques de culture : de la butte à la forêt-jardin

Les buttes de culture en permaculture permettent de cultiver plus efficacement en améliorant la fertilité du sol, le drainage et la biodiversité. Inspirées de techniques naturelles comme la butte Hugelkultur, elles sont idéales pour optimiser un potager même sur des sols pauvres ou compacts. Sepp Holzer, un agriculteur autrichien, a popularisé le concept de culture sur buttes : les végétaux poussent sur un empilement de différentes couches de matériaux compostables en commençant par des bûches et des branches qui retiendront l’eau lors de leur décomposition.

Mais comment construire une butte de culture efficace ? La Hugelkultur repose sur une fosse peu profonde creusée dans laquelle on installe des rondins de bois et des branchages puis des couches alternées de matières humides et sèches. Toutes les techniques de permaculture ne sont pas adaptées à toutes les situations : ainsi, cultiver sur butte sera contreproductif si votre sol est déjà meuble et fertile ou si vous êtes dans une zone très aride.

Schéma de coupe d'une butte Hugelkultur

Pour aller plus loin, créer de la biodiversité signifie imiter l'écosystème de la forêt avec les 8 strates : la canopée, la couche d'arbres intermédiaires, les arbustes, les herbes annuelles, les plantes de couverture, la rhizosphère, la strate verticale (liane, vigne). Il s'agit de créer une mini-forêt de fruits, légumes, plantes aromatiques, culinaires et médicinales, avec une gestion différenciée, peu d'entretien, sans travail du sol, ni traitement, en maximisant l'espace, le soleil, l'eau, les nutriments du sol, en mélangeant les espèces.

Toute cette faune contribuera, en retour, à son bon fonctionnement naturel. Une fois installée, une forêt comestible bien conçue va demander de moins en moins d’entretien tout en produisant de plus en plus au fil du temps. Des arbres fruitiers assez classiques (pommiers, poirier, pruniers…) aux fruitiers plus méconnus ou sauvages, des plantes annuelles généreuses aux plantes vivaces, l’éventail de choix que nous fournit la nature est immense. Autre gros avantage d’une forêt jardin biodiversifiée, c’est que les plantes qui la composent sont en grande majorité des plantes pérennes (vivaces). Elles sont globalement beaucoup moins sensibles aux maladies que des plantes annuelles comme par exemple les légumes du potager.

Observation et conception : les clés de la réussite

L’observation sur le terrain est primordiale. Il faut notamment étudier le soleil, le vent, le sol, les plantes bio-indicatrices, la topographie, etc. Les principes de permaculture sont indispensables pour concevoir son jardin ou son potager. Il faut prendre en compte ses modes de reproductions et pollinisations. Pour les arbres fruitiers, par exemple, avoir les bons arbres pollinisateurs associés au fruitier choisi est fondamental pour obtenir de belles récoltes. Il faut également considérer ses associations positives ou négatives avec d’autres végétaux (allélopathie), bien que ces informations ne soient pas toujours évidentes à trouver.

Dans le cas d’une forêt jardin, la résilience peut se définir par sa capacité à survivre à un événement climatique soudain ou extrême, comme une canicule, une tempête ou encore un épisode de froid intense. Ces événements peuvent inhiber la croissance de nombreux végétaux et faire stagner votre projet en empêchant vos végétaux de se développer normalement, de prendre leur place et remplir leurs fonctions. Il existe aussi, pour les tout petits espaces, ce qu’on appelle des arbres colonnaires, dont la formation s’est faite en ne conservant qu’une seule branche que l’on guide dans le prolongement du tronc. Les trognes ou arbres têtards sont de véritables havres de paix pour la biodiversité.

Photo d'une haie brise-vent diversifiée

La « machine à compost » valorisera efficacement vos déchets organiques et vos eaux grises et/ou pluviales. Pour prévenir les ravageurs, on pense ici plus à des protections naturelles avec l’installation de haies défensives qui pourront dissuader ces animaux destructeurs de faire trop d’allers-venus dans votre forêt jardin tout en accueillant une biodiversité très riche, notamment en petits mammifères et oiseaux si précieux dans la régulation des insectes indésirables. Comme la forêt naturelle dont elle s’inspire, une forêt jardin bien conçue et mature sera un système agroforestier autonome avec une majorité de plantes vivaces que vous n’aurez plus besoin d’arroser manuellement, hors cas extrême.

Vers une autonomie partagée

Le projet du Bois Gourmand illustre parfaitement cette dynamique : « Nous essayons aussi de créer un lieu d’échange et de convivialité, d’enseigner la préparation, la transformation et l’utilisation des plantes en général, d’offrir aux enseignants un outil pédagogique concernant la nature, la biodiversité, etc. ». Faire des semis avec des graines achetées ou récoltées dans votre entourage, voire de vos consommations personnelles de fruits dont vous aurez récupéré les pépins ou noyaux, fait partie de cette démarche.

Le lien social et la solidarité sont au cœur de la permaculture : créer un lieu de rencontre, d'échange et de convivialité autour de la biodiversité, du jardin naturel et de l’alimentation à l’échelle locale. Construire et agir ensemble par le biais de chantiers participatifs hebdomadaires et partager équitablement la récolte sont les piliers qui permettent de pérenniser de tels espaces. En somme, la permaculture n'est pas seulement une technique de culture, c'est une manière d'habiter le monde, en observant, en apprenant et en agissant pour que la terre redevienne un grand jardin nourricier.

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