La taille des arbres fruitiers a beau être expliquée avec toute la pédagogie possible, elle peut paraître bien compliquée au jardinier débutant comme au jardinier averti. Les schémas paraissent toujours simples et clairs dans les livres, mais une fois devant l’arbre, difficile de s’y retrouver. La taille des arbres fruitiers ne s'improvise pas. Avant de se précipiter sur le sécateur, il peut être sage de s’assurer qu’on s’apprête à couper au bon endroit. Les arbres fruitiers portent des organes végétatifs qui produisent des feuilles et du bois et des organes fructifères qui donneront naissance aux fleurs, puis aux fruits. Il s’agit de bien différencier les deux types de rameaux ou de bourgeons.

Les fondamentaux de l’anatomie fruitière
Pour comprendre la physiologie de l'arbre, il faut d'abord définir ce que l'on observe. En horticulture, le terme œil est souvent utilisé comme synonyme de bourgeon. Il désigne la future pousse ou la future zone de fructification sur le rameau. Un bourgeon à fruit (ou bourgeon à fleur) est généralement plus rond, plus gros et plus gonflé qu’un bourgeon à bois. Le bourgeon à bois est plus fin, allongé et pointu.
Le meilleur moment pour observer les bourgeons est la fin de l’hiver, lorsque les bourgeons commencent à gonfler. Sur un arbre fruitier, les bourgeons à fruit (ou yeux à fruit) sont souvent plus visibles car ils sont plus gonflés et légèrement détachés du rameau. Les bourgeons à bois (bourgeon à feuille), eux, restent plus fins et collés au bois. Ces organes stériles se répartissent tout le long du rameau à bois, à l’aisselle des pétioles. Après la taille, ils peuvent, selon le flux de sève qui les alimente, se transformer en dard, en brindille ou en rameau à bois. C’est surtout la position qu’ils occupent sur le rameau qui détermine leur évolution.
La physiologie des rameaux : bois contre fructification
Chez tous les fruitiers, le long rameau vertical, très vigoureux, est signe d’un déséquilibre entre croissance et fructification. Ce rameau à bois très vigoureux est né d’un excès de sève : supprimez-le sur empattement - au-dessus de l’endroit où il prend naissance -, car il est toujours indésirable. Sa grande vigueur ne permet pas une mise à fruit facile.
À l’opposé, la coursonne est une pousse relativement courte composée des différents organes décrits ci-dessus, dont des boutons à fleurs, en plus ou moins grand nombre, exception faite, bien évidemment du gourmand et du rameau à bois. Cette branche fruitière, aussi appelée coursonne, est un rameau taillé court de manière à favoriser l’apparition des fruits. La principale qualité d’une coursonne est d’être simple et forte.
Chez les fruitiers à noyaux, comme le prunier, le rameau porte des bourgeons floraux à la base et des bourgeons végétatifs à l’extrémité. Le prunier présente des bourgeons souvent faciles à observer. Ces bouquets regroupent plusieurs fleurs sur un même point du rameau. Les bourgeons à fruits du prunier se trouvent sur du bois de 2 ans minimum mais plus souvent 3 ans et plus.
Types de bourgeons (identification estivale)
Le rôle du dard et de la lambourde dans la mise à fruit
Le dard est l’intermédiaire entre un œil à bois et un œil à fruits. Il se trouve le long d’un rameau, légèrement détaché de celui-ci. Il porte à sa naissance quelques ridules attestant qu’il a porté à cet endroit des feuilles durant l’été précédent. Son extrémité est à la fois saillante et pointue. Il est parfois placé en extrémité d’un support de bois assez court appelé aussi lambourde. La vocation du dard est indécise. C’est la taille qui influencera sa destinée.
La lambourde est un organe ressemblant au dard portant à l’extrémité un bouton à fleur et, durant la végétation, une collerette de feuilles plus nombreuses. Après deux ou trois ans, l’œil terminal se développe et donne des fleurs, puis des fruits. Chez les fruitiers à pépins, la bourse est un organe bien renflé. Il a déjà porté des fruits l’année précédente et il est prêt à en porter de nouveau, élément à conserver ne pas tailler. Cet organe renflé sur lequel sont insérés les fruits porte normalement des productions fertiles comme les dards et les lambourdes.
La circulation de la sève et l’influence de la taille
La sève brute circule à partir des racines jusqu’aux feuilles où elle s’enrichit pour devenir la sève élaborée qui migre vers les lieux et organes d’utilisation jusqu’aux racines. La sève se dirige de préférence vers les extrémités des rameaux surtout les rameaux verticaux favorisant la formation de bois. Le but de la taille est de supprimer les gourmands et de favoriser la transformation des bourgeons à bois en dards et ensuite en bourgeons à fleurs.
En taillant, on peut contraindre la sève à se répartir équitablement sur l’ensemble de l’arbre. L’hormone de croissance appelée l’auxine, permet aux arbres de pousser en hauteur mais inhibe le développement des rameaux secondaires. Elle est localisée dans le bourgeon apical d’où le nom de dominance apicale. Si on raccourcit l’axe, on supprime le bourgeon apical et les bourgeons axillaires se développent.

Gestion des spécificités du prunier et autres arbres à noyau
Le prunier est indomptable mais beaucoup moins fragile que le reste des arbres à noyaux. Ses réactions à la taille sont parfois imprévisibles. Mais quand il est décidé, il se couvre de fruits à tel point qu’il est nécessaire d’étayer les branches. Le pêcher présente une particularité : ses bourgeons à fruits se forment principalement sur le bois d’un an. Le bouquet de mai, que l’on trouve sur les arbres fruitiers à noyau, est comparable au dard pour les arbres fruitiers à pépins. Cependant, il porte latéralement, en plus de l’œil à bois terminal, plusieurs boutons à fruit groupés.
La reconnaissance des bourgeons est une compétence essentielle pour bien tailler les arbres fruitiers. Une taille mal réalisée peut supprimer une partie de la future production de fruits. À l’inverse, conserver un bon équilibre entre bourgeons à bois et bourgeons à fruits permet de maintenir à la fois la croissance de l’arbre et sa production de fruits. En fonction de la charge de fruits prévue pour l’année, vous pouvez adapter votre taille. Une forte charge de fruits peut parfois permettre une taille un peu plus sévère.
L’impact de l’environnement sur la santé des bourgeons
Il est important de noter que des facteurs extérieurs influencent la survie des bourgeons et la qualité de la fructification. Par exemple, le puceron vert fait vriller les pétioles de telle sorte que les fruits tombent, aussi il tord les nouvelles pousses et amoche les feuilles. L'identification des organes doit donc se faire sur un arbre en bonne santé.
L’influence de la lumière et de l’air nourrit l’arbre (photosynthèse), dirige la ramure, induit la floraison, et assure le mûrissement plus uniforme des fruits. En général, on réalise les tailles d’entretien et de formation en hiver. Enfin, appliquez un mastic cicatrisant sur les plus grosses plaies de taille. Contrôlez régulièrement l’allure générale de l’arbre : la taille ne doit pas déséquilibrer votre arbre et doit lui conserver un bon port. Ces cordons doubles de pommier ‘Sainte-Germaine’ sont composés de deux branches charpentières âgées de plusieurs années. C’est la forme plate la plus simple.
Stratégies pour une taille efficace
Il est possible de tailler sans reconnaître les bourgeons, mais le risque est de supprimer des bourgeons à fruits et donc de réduire la production de l’année suivante. L’identification des bourgeons permet d’adapter la taille à la charge de fruits prévue.
Vous avez identifié les organes végétatifs et vous vous apprêtez à limiter leur vigueur en les taillant, voire même parfois en les supprimant. Cette opération a pour but avant tout de concentrer l’énergie de l’arbre vers la production d’organes fructifères. Le gourmand se reconnaît très facilement. C’est une pousse particulièrement active et vigoureuse implantée en général à la verticale de la charpentière. Le bois est luisant et la hauteur peut varier de 50 cm à 2 m. Attention, il peut polariser toute l’énergie d’un arbre et se nourrir au détriment de tout le reste, branches et fruits compris ! C’est aussi un élément stérile qu’il faut supprimer.
Les différentes tailles sur les fruitiers à pépins ont pour objectifs d’obtenir ce type de rameau. La coursonne évolue pendant plusieurs années et peut porter à la fois dards, bourses, brindilles et lambourdes. La brindille couronnée est un petit rameau semblable à la brindille. Il ne faut cependant pas les confondre car son œil terminal est un œil à fleurs, bien renflé. Peut être conservé si la brindille n’est ni trop fine ni trop longue, elle doit pouvoir supporter le poids d’un fruit.

L'entretien des formes fruitières
Sur cette arcure (courbure pour diriger les branches vers le bas) de poirier, sont regroupés les dards et boutons à fruit. Ce rameau, garni d’yeux à bois sur toute sa longueur, se termine également par un œil à bois. Sa longueur varie entre 30 et 50 cm. Après la taille de fructification, il devient une coursonne, qui portera les fruits. Ce dard à bois de un an sur poirier est une sorte d’œil pointu, triangulaire et plus gros qu’un œil à bois. Il peut donner naissance, selon le flux de sève qui l’alimente, à divers organes stérile ou fructifère. Il filtre la sève et favorise la mise à fruits rapide des productions portées. Le dard du poirier est brun foncé, alors que celui du pommier est duveteux. Pour ces arbres, il est entouré d’une rosette de 2 ou 3 feuilles.
Petit rameau flexible, la brindille ne dépasse pas une vingtaine de centimètres de longueur. En général, on la rencontre sur les variétés de faible vigueur. La transformation des yeux à bois en rameaux à fleurs est longue et exige deux ou trois ans. Au printemps, le pommier produit des bourgeons qui se transforment plus rapidement en boutons à fleur que ceux du poirier. Ils se situent couramment à l’extrémité de la brindille ou de la lambourde. Chacun porte à la base deux yeux à bois. Les boutons à fleur (ou à fruit) peuvent être terminaux ou naître latéralement sur le bois de un an.
L’abricotier est aussi très délicat à tailler. L’objectif de la taille est aussi d’obtenir des bouquets de mai. Il est encore plus sensible à la gomme que le pêcher, mais il fructifie beaucoup plus facilement. Les erreurs de taille sont plus facilement rattrapables. La gestion des bouquets de mai est aussi le secret de la productivité des abricotiers. Le pêcher est un arbre incroyable, à la fois fragile et puissant. Il pousse très vite, on ne peut se permettre de rater une seule taille. Il est très réactif et les conséquences d’une erreur de taille sont parfois irréversibles. Il est aussi très fragile, il est important de tailler avec des outils très propres et nettoyés après chaque changement d’arbre. La taille du pêcher nécessite beaucoup de réflexion et de sagesse. C’est un art à part entière. Un pêcher bien taillé se couvre de bouquets de mai.
La précision dans l'observation des bourgeons
L’œil à bois est un élément de la production de bois de l’arbre fruitier, le bourgeon est de forme de triangle très serré contre la branche. Il prend un aspect bien brillant, voire même duveteux. Une pousse peut naître de cet œil, certains restent dormants. La brindille est un rameau fin de 10 à 25 cm de longueur qui se termine par un œil à bois en forme de pinceau très fin. Chez les fruitiers à pépins, on observe le dard ayant évolué en rameau fertile. Il porte désormais un bourgeon à fleurs. Très proche du dard couronné, la lambourde s’en distingue car elle porte directement un bourgeon à fleurs à l’extrémité de son petit rameau.
Chez les fruitiers à pépins, on identifie le renflement et la cicatrice laissés sur le rameau par le ou les fruits portés l’année précédente. Le rameau portant une bourse reste fructifère pendant plusieurs années. C’est l’organe productif par excellence. Voici les bases à connaître pour réussir la taille des fruitiers : 4 points-clés à maîtriser pour un arbre fruitier bien équilibré, en bonne santé et capable de produire de beaux fruits !
Suivez nos explications en vidéo. Retrouvez toutes ces données dans notre fiche conseils Calendrier des tailles des arbres fruitiers. L'apparition des premiers bourgeons floraux varie selon les variétés et le mode de conduite. Chez le poirier, les bourgeons à fruits apparaissent presque systématiquement sur du bois de deux ans et plus. Chez l’amandier, les bourgeons à fleurs sont généralement très visibles en fin d’hiver car la floraison arrive tôt dans la saison. La nature est cyclique et la compréhension de ces cycles est la clé du succès au verger.