Le citronnier (Citrus limon), également appelé limonnier, est un agrume aux feuilles persistantes, oblongues lancéolées, dont le limbe est nettement articulé avec le pétiole, ce dernier n'étant pas ailé. Cet arbre peut vivre environ 80 ans et est une essence à odeur forte. Bien que pour beaucoup d'Européens, les agrumes soient le symbole de la Méditerranée, ils sont presque tous originaires d'Asie et généralement cultivés entre les 40e parallèles Nord et Sud. En France, la culture du citronnier est principalement cantonnée à la Côte d'Azur, notamment dans la région de Menton, et en Corse. De nombreux passionnés perpétuent une tradition qui remonte à plus de 300 ans, comme en témoigne la collection d'agrumes de l'orangerie de Versailles.
Exigences Climatiques et du Sol pour une Culture Réussie
Originaires de régions tropicales où la pluviométrie atteint 1000 à 2000 mm/an, les citronniers apprécient un sol toujours frais mais bien drainé. Ils ont des racines superficielles et n'aiment pas la présence d'herbes ou d'autres plantes qui leur font concurrence pour les ressources. Ils affectionnent les sols légèrement acides ou neutres et ne craignent pas d'être exposés plein sud, même par forte canicule. Cependant, les facteurs limitants à leur culture sont le climat (ils n'aiment ni le froid, ni l'excès ou le manque d'eau), le type de sol, les maladies et les ravageurs.
Sensibilité au Froid
Le citronnier est sensible aux températures basses. Entre -4 °C et -6 °C, les jeunes pousses flétrissent. La reprise de la plante se fait alors sur du bois d'autant plus vieux que le gel a été sévère. En culture en pot, la mise en hivernage doit être faite avec prudence, dans une pièce hors-gel et non à côté d'un radiateur, pour éviter des conditions hivernales peu contraignantes qui seraient peu favorables à l'induction florale.

Gestion de l'Eau : Un Équilibre Délicat
La gestion de l'eau est un véritable casse-tête pour les jardiniers amateurs. En plein champ ou en pot, les agrumes doivent être irrigués en période sèche. Néanmoins, l'apport d'eau doit être raisonnable. Comme de nombreuses espèces végétales, les agrumes sont sensibles à l'excès d'eau, d'autant que leur feuillage est pérenne, ce qui signifie que la plante est active toute l'année. Les arbres à feuillage caduc sont capables de supporter des périodes d'inondation prolongées lorsqu'ils sont en repos hivernal, mais ce n'est pas le cas des citronniers.
L'excès d'eau conduit à la mortalité du système racinaire par asphyxie (privation d'oxygène). Contrairement à un manque d'eau, à moins qu'il ne soit particulièrement prolongé, l'excès d'eau a un impact définitif sur le système racinaire qui peut conduire à la mort de l'arbre. Il est donc beaucoup plus difficile de faire mourir un agrume de sécheresse que d'excès d'eau. Les symptômes d'un excès d'eau sont une inclinaison des feuilles vers le bas, une perte de brillance, parfois un jaunissement, puis un dessèchement et une chute des feuilles et enfin un dessèchement des rameaux.

Les symptômes d'un manque d'eau sont au contraire une incurvation des limbes vers le haut, comme si la feuille se fermait sur elle-même, puis également dessèchement et chute. La présence d'une soucoupe sous le pot est à proscrire car l'eau retenue peut provoquer l'asphyxie des racines. L'eau doit être apportée régulièrement et avec modération durant la saison estivale et doit être limitée durant l'hivernage sans être totalement suspendue. Un dessèchement de la surface du substrat avant de déclencher un apport d'eau est un bon indicateur de gestion.

Au printemps et en hiver, les arrosages d'agrumes doivent être copieux. Pour les cultures en appartement où l'atmosphère est très sèche, il est nécessaire de nettoyer les feuilles à l'aide d'une éponge afin de retirer la poussière qui peut finir par asphyxier la plante. Il est également recommandé de renouveler l'air quotidiennement en évitant les courants d'air qui dessèchent la motte et les feuilles.
L'Importance du Substrat et le Calcaire
Les conditions d'enracinement et les caractéristiques du sol sont fondamentales. Les sols les plus favorables sont composés de 5 à 20 % d'argile, de 15 à 20 % de limons, de 20 à 30 % de sable fin et de 30 à 50 % de sable grossier car ils concilient à la fois une bonne rétention d'eau et une porosité suffisante pour aérer les racines. Si les agrumes sont cultivés en pot, la composition du substrat doit être comparable au sol « idéal ». La proportion de sable fin et grossier doit constituer environ la moitié du substrat. Le pot doit être plus grand que dans le cas d'une culture en intérieur, pour pouvoir affronter les rigueurs du climat.
Les sols calcaires ou à forte salinité constituent la limitation majeure à la culture des agrumes dans le monde. Dans de telles conditions, l'assimilation du fer est limitée et, par conséquent, la croissance des plantes et la production de fruits. Cette carence en fer est appelée « chlorose ferrique ». Les symptômes sont un jaunissement des feuilles à l'exception des nervures qui restent vert foncé.
Si les agrumes sont cultivés en pots, il est important d'éviter de les arroser avec une eau calcaire ou « dure » car les mêmes symptômes de chlorose ferrique peuvent apparaître, même si le substrat de culture n'est pas calcaire. Il est préférable de les irriguer avec de l'eau de pluie ou de corriger le pH de l'eau (valeur optimale entre 6.5 et 7).
Comparatif Greffes d'agrume
Porte-greffes Tolérants au Calcaire
Dans les situations de sols calcaires, comme en Languedoc-Roussillon et en Provence, il est important de choisir des variétés greffées sur des porte-greffes tolérants au calcaire :
- Citrus volkameriania : Tolérant aux sols secs, calcaires et salins, il induit une bonne vigueur à la variété. Il est bien adapté aux citronniers, mais attention aux excès d'eau.
- Citrus macrophylla : Tolérant aux sols calcaires et supportant des teneurs en chlorures élevées, il induit une bonne vigueur mais est sensible à deux maladies : la tristeza et la cachexie.
- Le mandarinier Cléopâtre : Bien adapté aux sols calcaires et salins mais induisant une faible productivité.
- Le bigaradier commun (ou Oranger amer) : Le plus ancien des porte-greffes pour les agrumes, il s'adapte bien à tous les types de sols, y compris calcaires, et présente une bonne affinité avec l'ensemble des variétés mais est sensible à la tristeza (hormis pour l'association bigaradier-citronnier).
En revanche, Poncirus trifoliata et, dans une moindre mesure, certains de ses hybrides (les citranges, Carrizo, Troyer, C-35, …) sont à éviter en sol calcaire.
Maladies et Ravageurs du Citronnier
En culture, le citronnier est très sensible à une maladie cryptogamique, le mal secco, particulièrement dans les régions à hiver froid. Il est donc important de choisir des variétés résistantes.
Les cochenilles et araignées rouges apprécient les atmosphères chaudes et sèches que l'on rencontre en hiver dans les appartements chauffés. Éviter absolument la proximité d’un radiateur et renouveler l’air quotidiennement est crucial pour prévenir leur apparition.
La Floraison et la Fructification
Les agrumes ont une floraison abondante, notamment les mandariniers et clémentiniers. Il n'est pas rare de compter 150 à 200 000 fleurs sur un arbre adulte. Pourtant, le pourcentage de fleurs qui donnera un fruit mûr est extrêmement faible : au mieux 5 % ! Si la floraison est particulièrement importante, ce pourcentage peut chuter jusqu'à 1 ‰. C'est un phénomène naturel qui est appelé chute physiologique. Il débute dès la nouaison (chute des pétales) et intervient surtout au début de la croissance des fruits, de début juin à mi-juillet ; on appelle également ce phénomène « chute de juin ». Les jeunes fruits jaunissent, se dessèchent, noircissent et tombent. Ce phénomène correspond vraisemblablement à une régulation physiologique d'ajustement du nombre de fruits en croissance à la disponibilité en éléments nutritifs, à l'échelle de la plante. Les fleurs les plus précoces, ou situées en position terminale de pousses feuillées, ont une probabilité de chute physiologique plus faible.

Faible Floraison ou Absence de Floraison
Les jeunes arbres passent par une phase de non-production de fleurs appelée « phase juvénile ». La floraison n'a en général pas lieu dans les 3 ans qui suivent le greffage et reste faible les deux années suivantes.
Le phénomène de floraison est dû à la succession de deux processus : l'initiation florale, qui par la réception d'un ensemble de signaux permet à un bourgeon végétatif de passer au stade de bourgeon fructifère et la différenciation florale (formation des ébauches des différents organes floraux). Chez les agrumes, l'induction florale est provoquée par un stress, le plus souvent environnemental. Sous un climat méditerranéen, ce sont les températures basses hivernales qui génèrent ce stress. La différenciation florale sera initiée dès que les températures redeviennent favorables (en mars) conduisant au développement des fleurs mi-mai. Sous un climat tropical, c'est la saison sèche. La différenciation florale interviendra dès le retour des pluies (ou de l'irrigation) et conduira à la floraison deux mois plus tard.
Lorsque les agrumes sont conduits en pot et mis en hivernage, il est donc important de réduire fortement l'irrigation durant l'hiver pour provoquer un stress hydrique. La floraison interviendra alors environ deux mois après la reprise des apports d'eau. Attention, ce stress ne doit pas mettre en danger la plante, il faut donc agir avec prudence. Une végétation abondante, des pousses vigoureuses, une couleur des feuilles d'un vert intense sont les signes de conditions de culture hivernales peu contraignantes pour l'arbre et donc peu favorables à l'induction florale. Mais attention, la présence de fleurs ne garantit pas la production de fruits.
La récolte des fruits, les citrons, se fait tout au long de l'année selon les variétés et les conditions.
Taille du Citronnier
La taille est une étape importante pour la bonne santé et la productivité du citronnier.
Taille de Formation
La taille de formation peut s'effectuer dès la première année en coupant les jeunes pousses de plus de 30 cm. Cela permet de donner une structure à l'arbre.
Taille de Fructification
La taille de fructification, quant à elle, est effectuée à la fin de l'hiver lorsque les gelées ne sont plus à craindre. De manière générale, la taille des agrumes s'effectue uniquement pour limiter la prolifération des rameaux et conserver une forme ronde et harmonieuse de l'ensemble de la plante. Si la plante devient trop touffue, la taille s'effectuera au printemps juste avant sa sortie.
Protéger le Citronnier en Extérieur
Pour les citronniers cultivés en extérieur, il est essentiel de les abriter des vents qui peuvent dessécher la motte ou malmener les fruits. En hiver, protégez le pot et les racines avec de la laine de roche et enveloppez la plante avec un voile d'hivernage.
En été, arrosez également le feuillage en insistant sur la partie inférieure des feuilles, et ce, en fin de journée lorsque le soleil ne risque plus de griller le feuillage.
Les Salins et l'Exploitation du Sel : Une Autre Richesse de la Terre
Le mot "salin" peut également faire référence aux marais salants, des écosystèmes où le sel est récolté. Si les citronniers symbolisent la Méditerranée par leurs fruits, les salins représentent une autre facette de la richesse naturelle et économique de certaines régions, notamment en France, comme en Vendée, sur l'île de Ré, ou en Camargue.
Les Salins de Vendée
En Vendée, les marais salants, comme ceux de la Guittière à Talmont-Saint-Hilaire et les Salines du Breuil à Beauvoir-sur-Mer, sont devenus des lieux de découverte pour le grand public. Des sauniers partagent leur passion et leur savoir-faire, expliquant l'histoire des marais, leur lien avec la biodiversité locale et le travail de récolte du sel. Des visites agro-touristiques gratuites sont souvent organisées, permettant aux curieux de comprendre comment le sel est fabriqué et récolté, et même d'observer le travail des sauniers.
Les Salins de l'Île de Ré
Sur l'île de Ré, la culture du sel est une tradition historique qui a fait vivre le territoire du Moyen Âge jusqu'à la fin du XIXe siècle. Progressivement abandonnées au cours du XXe siècle, les salines ont laissé place aux marais et vasières qui forment la réserve naturelle de Lilleau des Niges, accueillant de précieuses populations d'oiseaux migrateurs.
Depuis quelques années, la jeune génération fait revivre cette tradition. Des salines reprennent leur activité, et le métier est partagé avec le public à travers des visites de salines, des dégustations et des démonstrations de récolte du sel. Au cœur du dédale de marais, en bordure du Fier d'Ars, l'écomusée du marais salant invite les vacanciers à plonger dans l'histoire de cette culture ancestrale. L'écomusée, installé sur les salines de Loix, propose une exposition sur l'histoire des marais salants et les techniques de production du sel, avec une maquette expliquant le fonctionnement des marais et de leurs différents bassins. Une seconde partie de la visite se déroule en plein air, à la découverte de la flore des marais (salicorne, moutarde et statis) et de sa faune spécifique (aigrettes, bernaches, tadornes, selon la saison). Une boutique propose également des produits dérivés du sel.
La coopérative des Sauniers de l'île de Ré, créée en 1942, joue un rôle crucial dans la pérennité de la saliculture en mutualisant les moyens de ses 70 adhérents pour le stockage, le conditionnement et la commercialisation du sel. Elle est à l'origine de la marque "Les Sauniers de l'île de Ré", sous laquelle sont distribués divers produits tels que le gros sel, le sel fin, la fleur de sel, le sel aux aromates, les salicornes et les caramels.
L'île de Ré offre également d'autres attractions naturelles et culturelles, comme la réserve naturelle de Lilleau des Niges pour l'observation d'oiseaux et les balades, le phare des Baleines, le port de Saint-Martin-de-Ré et ses ruelles fleuries, ainsi que de nombreux marchés et un réseau étendu de pistes cyclables reliant les 10 villages rétais. Les activités nautiques et la pêche à pied sont également très prisées, permettant de découvrir la biodiversité des estrans rétais.

Les Salins de Camargue
La Camargue, delta du Rhône situé entre Salin de Giraud et les Saintes Maries de la mer, est un réservoir exceptionnel et unique de biodiversité en France. Cette région, à cheval sur les Bouches du Rhône et le Gard (Petite Camargue ou Camargue gardoise), est une zone humide protégée par un parc naturel régional. Le nord est dominé par l'eau douce et la culture du riz, tandis que le sud est sous l'influence du sel avec les marais salants de Salin de Giraud et d'Aigues Mortes.
La Camargue est un paradis pour les oiseaux, avec environ 350 espèces sédentaires ou migratrices, ce qui en fait une zone d'importance internationale pour la protection des oiseaux. Le "circuit du sel et des flamants roses" est une manière populaire d'explorer cette région, allant de Salin de Giraud à la digue à la mer et à Beauduc.
Le village de Salin de Giraud, bien qu'ayant connu une activité plus importante par le passé, a été créé de toutes pièces pour les besoins de l'exploitation du sel et de la fabrication de la soude. L'habitat a été édifié sur le modèle des cités ouvrières du nord de la France, avec le quartier Péchiney et le quartier du belge Solvay, aujourd'hui propriétés du groupe "Salins". Historiquement, le sel était exploité ici depuis l'Antiquité, étant un produit de première nécessité et une monnaie d'échange avant d'être soumis à l'impôt de la Gabelle.

Le site industriel de Salin de Giraud, désormais propriété du groupe Les Salins, s'est fortement mécanisé. Aujourd'hui, 50 personnes travaillent dans la saline qui représente 6000 hectares avec une production de 340 000 tonnes de sel par an. L'eau de mer est prélevée en mer et circule dans différents bassins grâce à un système de pompage. Elle est ensuite dirigée vers les tables salantes, parcelles d'eau de mer rose nacrée grâce à la forte concentration en mollusque rose qui donne leur couleur aux flamants roses. Saturée en sel, l'eau s'évapore. La couleur rose nacrée de l'eau dans les bassins est due à la présence d'une algue microscopique, la Dunaliella salina, riche en Bêta Carotène, dont sont friands les flamants et qui leur donne leur jolie couleur rose. C'est aussi un site de nidification des Sternes.
Le village de Salin de Giraud présente des exemples d'architecture industrielle, comme la Mairie Annexe installée dans le Cercle Solvay rénové, et l'église orthodoxe de la dormition de la Vierge. Les quartiers Solvay et Péchiney témoignent de l'histoire ouvrière du lieu. Des balades à pied commentées sont organisées entre avril et fin septembre pour découvrir l'histoire du village. L'accès au site des "Salins" est privé pour les véhicules, mais les piétons peuvent le visiter. Pour se rendre en Camargue, le bac de Barcarin, reliant les deux rives du Rhône entre Port Saint Louis du Rhône et Salin de Giraud, est une façon pittoresque d'aborder la région.
Comparatif Greffes d'agrume
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