Le désherbage, terme professionnel désignant le retrait de documents des collections des bibliothèques, est une pratique courante et nécessaire pour maintenir la pertinence, l'actualité et la qualité des fonds documentaires. À Rennes, cette opération se manifeste sous diverses formes, allant de la gestion interne des collections à des initiatives de médiation culturelle innovantes, tout en suscitant parfois des débats passionnés.

La Nécessité du Désherbage : Gérer et Renouveler les Collections
Les bibliothèques, qu'elles soient universitaires ou municipales, doivent désherber régulièrement leurs collections. Cette nécessité de gestion se fait d'autant plus pressante que la place vient à manquer dans un certain nombre d'établissements. Cela concerne non seulement les rayonnages accueillant des documents en libre accès, mais aussi les magasins et réserves des établissements, qui ne peuvent pas croître indéfiniment. Par ailleurs, l’évolution des usages et le recul des consultations de documents en bibliothèques plaident pour la recherche d’un meilleur équilibre entre la place accordée aux collections et celle réservée aux autres usages de la bibliothèque. Il faut aujourd'hui, pour offrir une plus grande convivialité, des espaces et de meilleures conditions d'accueil.
Les fonds patrimoniaux des établissements demeurent inaliénables, ce qui n'est pas le cas des collections courantes des bibliothèques, qui « doivent être considérées comme relevant du domaine privé des personnes publiques », selon les recommandations du Guide de gestion des documents patrimoniaux en bibliothèques territoriales publié par le ministère de la Culture. Ainsi, la gestion des collections implique un cycle de vie bien défini pour les ouvrages : on achète des nouveautés, on rachète les abîmés, le livre est traité, puis disposé dans les rayonnages. Il vit ensuite sa vie, étant emprunté, consulté et retourné. Vient enfin le moment de l'évaluer : est-il encore en bon état ? Son contenu est-il encore pertinent ? C'est là qu'intervient le « désherbage » : on trie, on répare, on relocalise. À l'issue de cela, l'ouvrage est soit donné, racheté ou recyclé.
Les Bibliothèques Universitaires (BU) de Rennes, notamment la BU Beaulieu, la BU Centre et la BU Villejean Santé, sont ouvertes à toutes et tous, personnels, étudiants et grand public. Elles doivent régulièrement procéder à des opérations de « désherbage » pour maintenir les collections à jour, en bon état et maîtriser leur accroissement.
Le Désherbage et le Service de Médiation et d’Acquisition-Échange (SMAE)
Le désherbage est une source importante pour le Service de Médiation et d'Acquisition-Échange (SMAE) des bibliothèques de Rennes. L’équipe du SMAE est composée de 8 personnes : une responsable, quatre assistants (deux pour le fonds jeunesse, deux pour le fonds adulte), deux adjoints et un contrat aidé. Étant en quelque sorte la 12e bibliothèque du réseau, le service dispose d'un local et d'un fonds propre avec des collections adulte et jeunesse. L'essentiel du fonds (environ 90 000 documents, avec des ouvrages en plusieurs exemplaires) est composé d'acquisitions qui permettent d'alimenter les points lecture de la ville. Les référents viennent dans le local du SMAE sélectionner les livres en concertation avec l'équipe du SMAE. Le choix des livres s'effectue, ainsi, en concertation avec chaque référent.
En partenariat avec les bailleurs sociaux, des points lecture permettent d'atteindre un public éloigné des bibliothèques. Concrètement, l'agent de proximité met à disposition les livres apportés par l'équipe du SMAE en assurant une permanence de prêt/retour. Le bilan s'avère très positif pour ces actions qui ont lieu deux fois par an et qui sont l'occasion de créer un moment de convivialité et d'échange entre les habitants autour du livre. Le fonds est composé de livres issus du désherbage. Un salon de lecture présente des livres pour enfants, des guides de voyages, des revues qui appellent à l'évasion et à la détente.
Le SMAE travaille en partenariat avec les référents des structures qui accueillent les livres et se charge de former les volontaires et bénévoles pour qu'ils soient médiateurs, créateurs d'événements dans leur structure. Par exemple, « Dire, Lire, Écrire » permet aux professeurs des écoles de faire venir un auteur ou illustrateur dans leur classe. L'Atelier Littéraire et Artistique (ALEA) cible les écoles, du CE2 au CM2, avec l'objectif de construire un projet comme la création d'un livre puis sa restitution sous forme de spectacle. Le SMAE coordonne enfin des festivals tels que « Les P'tits bouquineurs », une biennale visant à promouvoir l'illustration jeunesse dans les écoles, collèges et bibliothèques, invitant 8 ou 9 illustrateurs.
Qu'est ce que la médiation culturelle ? (Introduction)
Le Désherbage et l'Émergence des Bibliothèques de Rue
Le désherbage est également une source majeure de livres pour les bibliothèques de rue à Rennes, un phénomène en pleine expansion. Selon un rapport de l'Inspection générale des bibliothèques, 11 millions de Français ne disposeraient pas d'un établissement de prêt de proximité, soit une bibliothèque à moins de 15 minutes de chez eux. Cela représente 17 % de la population. À Rennes, les bibliothèques de rue sont une réponse à cette problématique.
La première bibliothèque de rue rennaise, jardin Gérard-Philippe, dans le quartier Francisco Ferrer, a été créée par l'association Bel Air en 2010. Océane Vidament, étudiante de 19 ans et utilisatrice de cette bibliothèque depuis quatre ans, témoigne : « Comme c'est à côté de chez moi, je regarde toujours ici avant d'acheter un livre. On trouve de tout ! » Elle apprécie l'absence d'inscription et de délai pour rendre le livre, ce qui renforce l'accessibilité. Aujourd'hui, il existe quatre bibliothèques de rue à Rennes. Si la Ville aménage l'endroit, ce sont des structures locales qui la font fonctionner, chacune à leur façon. Les livres proviennent principalement du « désherbage » de la bibliothèque municipale, de dons de particuliers et du troc. Après un « tri léger » des bénévoles (pour écarter les ouvrages à caractère pornographique ou sources de prosélytisme religieux par exemple), les livres sont mis en rayon et parfois estampillés « Ne m'achetez pas, ne me vendez pas. » Au Square Fernand-Jacq, la règle est affichée sur les murs : « Si tu veux un livre, poses-en un. » Le but est de faire tourner les bouquins, même s'il n'y a pas de contrôle.
Ces projets, qui se généralisent, devaient être réalisés entre 2016 et 2017. À Rennes, quartier Alphonse-Guérin, la bibliothèque de rue est gérée par l’association de quartier. Le coût de revient d'une bibliothèque de rue « simple », composée d'un module recto-verso, est de 13 000 €. Pour deux vitrines recto-verso, la facture s'élève à 25 000 €.

Les Croque-Livres : La Lecture à Hauteur d'Enfants
Une autre initiative liée au désherbage est l'implantation des « croque-livres » à Rennes. L'idée vient du Québec et l'association Bug compte bien développer le concept. Les croque-livres sont des boîtes à livres, installées dans la rue, à hauteur d'enfants, sur des chemins qu'ils empruntent. Ce ne sont pas juste des boîtes d'échange de livres, mais de « petits monstres qui se nourrissent de livres ». Les enfants peuvent se les approprier en dessinant dessus. Ce projet, porté par l'association Bug, a été sélectionné dans le cadre de la Fabrique citoyenne et est financé par la municipalité. Un croque-livres coûte environ 180 €. Le but est ensuite de les vendre à des collectivités, des associations.
La Sensibilité du Désherbage : Entre Nécessité et Controverse
Pratique indispensable, le désherbage demeure néanmoins un sujet sensible. Il peut susciter des réactions négatives de la part du public, des élus, et même de collègues qui, pour différentes raisons, sont parfois réticents à retirer des ouvrages des collections.
Un événement marquant a illustré cette sensibilité à Rennes. Mercredi 17 juin, environ 4 000 livres des bibliothèques municipales ont été trouvés dans des bennes à ordure d'une déchetterie proche de la Plaine de Baud. Cette affaire, relayée à deux reprises par Ouest France, a provoqué l'émoi des habitants et de nombreuses réactions sur Internet. Cette opération de « désherbage », courante en bibliothèque, a manifestement connu quelques erreurs d'aiguillage. Parmi les livres destinés à la destruction se trouvaient certains titres, encore d'actualité, qui n'auraient pas dû se trouver dans la benne. La directrice des bibliothèques, Marine Bedel, a reconnu qu'un grand nombre de documents avaient dû être traités dans des « délais raccourcis ».
Les Rennais étaient partagés entre le plaisir de la chasse au trésor - certains en ont même profité pour revendre leur butin - et la colère de constater un tel gâchis. La plupart des messages sur Internet portaient sur les dons d'ouvrages à faire aux associations (ce que font toutes les bibliothèques) et sur le recyclage des livres. La fameuse benne, où se trouvaient des centaines de livres, a été mise à l'abri dans un garage fermé avant de gagner plus discrètement l'incinérateur.
Alain Coquart, conseiller municipal délégué aux musées, à l'édition et à la lecture publique, a expliqué que « toutes les bibliothèques retirent périodiquement de leurs collections des documents qui ne correspondent plus aux critères d'actualité ». C'est ce que l'on appelle « le désherbage ». Grosso modo, près de 15 000 ouvrages, sur une collection totale de 300 000 livres, sont renouvelés chaque année. Ces livres sont jugés trop abîmés ou ne sont plus demandés par les lecteurs. L'élu a affirmé que les livres trouvés dans la benne étaient « abîmés ou dont le contenu est dépassé ». Cependant, sur place, il a été constaté que la très grande majorité des livres n'étaient pas abîmés. Des Rennais ont même « récolté » près de 500 BD, les trouvant « nickel ». Quant au contenu dépassé, la notion est apparue assez floue, d'autant que des dizaines de Rennais se sont rués sur les ouvrages. Alain Coquart a concédé que « peut-être que certains ouvrages ont échappé à la vigilance des professionnels chargés du tri ».
Concernant l'émotion suscitée par la découverte des livres à la déchetterie, il a déclaré : « Nous la comprenons. Elle témoigne d'un attachement et d'un respect du livre et des littératures que nous partageons. » La question de solutions alternatives a été posée. L'élu a annoncé qu'une première braderie serait organisée au premier trimestre 2010, une initiative déjà pratiquée par de nombreuses collectivités avec des livres vendus 1 € pièce. Interrogé sur la raison pour laquelle cela n'avait pas été fait cette semaine-là, il a répondu que cela « demandait une logistique dont nous ne disposions pas ». Quant aux dons aux associations, l'élu s'est retranché derrière la « Charte du don de livre », signifiant qu'on ne peut pas donner n'importe quoi à n'importe qui. La décision de déplacer la benne dans un garage fermé pour empêcher les gens de se servir a suscité l'incompréhension, comme en témoigne une étudiante : « Ils préfèrent les brûler que les donner ? Je ne comprends vraiment pas ! » Un employé chargé de surveiller les lieux a simplement affirmé avoir reçu des ordres.

Innovations et Aménagements des Bibliothèques Universitaires
En parallèle des opérations de désherbage, les Bibliothèques Universitaires de Rennes continuent d'évoluer et d'améliorer leurs services. Dans le cadre des démarches de développement durable et des actions sociales engagées par l'Université de Rennes, les trois BU proposent une partie des livres issus du désherbage en don aux étudiantes et étudiants, en partenariat avec l'association Récup' Campus. Ce don inclut romans, anciennes éditions de manuels universitaires, livres de vulgarisation scientifique ou de sciences humaines, et BD.
Des travaux sont en cours à la BU Villejean Santé depuis la mi-mai, en vue de l'aménagement de nouveaux espaces : création de salles de groupe et d’une salle de repos, embellissement de la salle Alexander Fleming et de la salle informatique. Toutes les salles de la BU sont fermées au public à l'exception de la salle Martin Winckler (100 places), où se trouve une sélection des livres les plus empruntés (préparation EDN, référentiels des collèges, internat de pharmacie). Les autres services (prêt de matériel, prêt entre bibliothèques) restent disponibles. La réouverture de l'intégralité de la BU devrait en principe avoir lieu début octobre.
De plus, un nouveau projet, le « Beau lieu » (nom provisoire), répond à un appel à projets lancé en juin 2020 pour soutenir la création de nouveaux espaces d’apprentissage favorisant les échanges et le travail collaboratif. Le campus de Beaulieu, gestionnaire des salles informatiques en libre-service du bâtiment 40 situées à proximité de la BU, a validé la transformation de quatre de ces salles, soit 300 m². Deux espaces distincts sont prévus : un espace dédié au travail collaboratif, d'une capacité de 50 personnes, et un espace pédagogique pour des enseignements en mode projet grâce à un mobilier modulable et à des équipements numériques, composé de deux parties d'une capacité d'environ 25 personnes chacune. Ce nouvel espace, voisin de la BU Beaulieu, devrait ouvrir ses portes en novembre 2024.
Les BU proposent également des horaires étendus. Ces horaires prennent le relais de l'ouverture de la BU à 19h du lundi au vendredi, à 17h30 le samedi. Même si elles sont situées dans la BU, les salles ouvertes en horaires étendus sont avant tout des espaces de travail. Aucun service de bibliothèque (emprunt, inscription, prêt de matériel) n'est proposé. Les boîtes de retour, situées à l'extérieur des BU, peuvent être utilisées pour rendre les livres. De plus, les BU sont ouvertes tous les dimanches (sauf périodes de fermeture des BU et jours fériés) de 13h à 19h à la BU Centre. La BU Beaulieu et la BU Villejean Santé seront ouvertes 5 dimanches en fin d'année : 17 novembre, 24 novembre, 1er décembre, 8 décembre et 15 décembre. Cependant, seules les rez-de-chaussée de la BU Beaulieu et de la BU Villejean Santé sont ouverts en horaires étendus. Pour la BU Centre, après 19h (ou 17h30 le samedi) et le dimanche, l'accès se fait au 1 rue de la Borderie.
Le « dindon », présenté comme un nouveau gallinacé préféré, est élevé en partenariat avec l'épicerie gratuite et est nourri régulièrement par les bibliothécaires qui sillonnent les 23 km de rayonnages des BU et entretiennent tout au long de l'année les collections, afin de proposer des ouvrages actualisés et en bon état. Les « sortants » ne sont pas perdants, car ils se retrouvent sous son aile, et potentiellement chez les usagers.
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