
Dans la quête incessante de meilleures récoltes et de vergers plus florissants, de nombreux jardiniers se tournent vers les rayons des jardineries, à la recherche du dernier engrais miracle. Cependant, la solution à nos problèmes réside souvent dans le retour aux pratiques d'antan, des méthodes écologiques et efficaces transmises de génération en génération. L'une de ces pratiques traditionnelles, plébiscitée par les jardiniers, est l'utilisation du fumier pour enrichir nos sols. Ce matériau naturel et riche en nutriments pourrait bien être le secret pour donner un coup de fouet à nos vergers, en améliorant la structure du sol et en fournissant des éléments nutritifs essentiels.
Comprendre le Fumier : Une Richesse Naturelle pour le Sol
Le fumier est un mélange d'excréments solides et d'urine d'animaux de ferme ou d'élevage, mêlés le plus souvent à une litière constituée de paille, de copeaux de bois ou d'autres matières végétales. Il est très riche en matières organiques, de l'ordre de 30%, et est un précieux fournisseur d'éléments nutritifs pour le sol. En tant que matière vivante, le fumier évolue avec le temps, et sa forme influence grandement son utilisation et son efficacité.
Les Différentes Formes de Fumier
Tous les fumiers ne se valent pas, et leur efficacité dépend de leur état de décomposition et du moment où vous les utilisez.
Le Fumier Frais
Le fumier frais est celui qui vient directement d'être produit par les animaux, non composté. Il est encore très actif, produit de la chaleur et dégage de l'ammoniac. Cette concentration d'ammoniac peut brûler les racines si le fumier est utilisé trop tôt ou directement au pied des cultures. C'est pourquoi un fumier frais ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures, et ne doit jamais être enfoui frais car sa fermentation souterraine dégage des substances toxiques pour les racines des plantes. Disposé en petits tas irréguliers, le fumier frais se décompose mal et subit des pertes élevées en azote, le rendant inefficace. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier, il est recommandé de faire un bio-essai simple en semant quelques graines de pois ou de haricots dans un mélange contenant du fumier.

Le Fumier Demi-Mûr (Composté 3 à 6 mois)
Le fumier demi-mûr a déjà commencé à se transformer, mais reste encore un peu instable. Il dégage moins de chaleur que le fumier frais, mais il faut quand même éviter de l'utiliser au contact direct des jeunes plants. Il est partiellement décomposé et peut encore libérer trop d'azote, ou à l'inverse le bloquer.
Le Fumier Mûr (Composté 6 à 12 mois)
Le fumier mûr est la forme la plus polyvalente. Il est bien décomposé, inodore, facile à manipuler et ne présente plus de risque pour les racines. Ce type de fumier s'est décomposé naturellement, devenant sombre, grumeleux, facile à manipuler à la main, sans morceaux reconnaissables de paille ou de crottin.
Le Fumier Déshydraté (Vendu en Sac)
C'est un fumier séché, souvent compressé en granulés. Il est propre, pratique à stocker, mais plus cher. Son action est plus douce, car les micro-organismes doivent le réactiver avec l'humidité du sol. Les granulés de fumier sont issus de fumier composté, et sont inodores et concentrés, ce qui en fait une bonne alternative au fumier frais, notamment en ville. Il suffit qu'il se réhydrate pour se diffuser lentement dans le sol.
Le Rapport Carbone/Azote (C/N) : Un Paramètre Essentiel
Un des paramètres essentiels à connaître est le rapport carbone/azote (C/N). Avec de la paille, ce rapport est assez équilibré (autour de 27 à 30). Avec des copeaux de bois, ce rapport peut grimper jusqu’à 60. Ce rapport est important car un fumier trop riche en carbone bloque temporairement l'azote du sol. Les micro-organismes puisent l'azote pour dégrader la matière, au détriment de vos plantes. C'est pourquoi un fumier frais ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures.
Les Avantages Multiples du Fumier dans les Vergers
L'utilisation du fumier, en particulier celui de cheval, pour enrichir vos sols est non seulement une technique éprouvée au fil des siècles, mais aussi une manière écologique et efficace d'améliorer votre jardin. Il amende le sol, c'est-à-dire qu'il en améliore la structure et la texture, et joue un rôle fertilisant de par sa haute teneur en azote, potassium et phosphore, mais aussi en minéraux.
Amélioration de la Structure du Sol
Le fumier agit d'abord comme un excellent amendement organique. Il améliore la structure du sol. Ainsi, suivant le type et la qualité du fumier, une terre argileuse peut être allégée, favorisant l'aération et limitant la formation de croûtes de battance. Une terre légère sera densifiée. Logiquement, le sol augmente sa porosité à l'air et sa rétention à l'eau et aux substances fertilisantes.
Comment utiliser le fumier au potager ? (Améliorer son sol potager Ep.02)
Stimulation de la Vie du Sol
Le fumier de cheval, par exemple, participe à stimuler la vie du sol, puisque les vers de terre, les champignons et les bactéries se nourrissent volontiers des matières organiques qu'il apporte. Il améliore l'activité biologique du sol car la microfaune y trouve de quoi se nourrir.
Apport Lent et Équilibré de Nutriments
Dans le fumier, les éléments nutritifs sont présents sous forme organique et se libèrent lentement, au fur et à mesure que la matière se décompose. Cela permet d'éviter les excès, les brûlures et les lessivages. Il apporte des éléments essentiels comme l'azote, le phosphore et la potasse, ainsi que du calcium et du magnésium, qui jouent un rôle dans l'équilibre du sol et la croissance des plantes. Sa faible concentration en minéraux ouvre la porte à apporter de grandes quantités, ce qui permet de jouer sur la fertilité physique en amenant deux, trois ou même quatre kilos au mètre carré pour les cultures les plus exigeantes. Les minéraux qu'il contient vont se libérer dans le sol sur une année, deux années pour l'azote.
Création d'une Couche Chaude
Si le fumier est utilisé frais, il produit naturellement de la chaleur en se décomposant. Cette chaleur peut être mise à profit pour créer ce qu'on appelle une couche chaude : on dépose une épaisse couche de fumier sous un châssis ou une mini-serre. On obtient ainsi des andains sur lesquels on peut déposer des bacs à semis au printemps, qui bénéficieront alors d'un chauffage naturel.
Types de Fumier et Leurs Spécificités
On différencie les fumiers en fonction de leur provenance et de leur forme de production. Chaque type de fumier possède des caractéristiques propres qui influencent son utilisation.
Fumier de Cheval
Le fumier de cheval est une bénédiction pour votre sol. Riche, structurant et facile à trouver, il booste la fertilité de votre potager sans produit chimique. C'est un amendement complet, qui est peu concentré en minéraux essentiels, contenant par exemple 0.6 % d’azote. C'est ce carbone qui va améliorer la texture de notre sol, la structure, le rendre plus meuble, léger, poreux. Sans compter qu’il sollicitera la vie biologique qui va se régaler de manger, décomposer ces molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels. Le fumier de cheval ou d’âne est essentiellement constitué de crottins, donc de matières sèches qui en font un fumier dit « chaud ». Riche en azote et en potassium, il est relativement léger. S'il est composté, il peut s'utiliser à toute période de l'année car les molécules qu'il contient sont complexes et se libèrent très lentement dans le sol, éliminant tout risque de brûlure.
Fumier de Bovins
Le fumier de bovins est composé de bouses et de paille, riche en matières organiques (azote et potassium) de par la grande quantité d’herbe absorbée par les vaches. De plus, c’est un fumier qui apporte une grosse quantité d’humus au sol. Il est souvent utilisé pour sa plus grande disponibilité, bien qu'il soit moins riche en nutriments que le fumier de cheval.
Fumier d'Ovins (Moutons et Chèvres)
Le fumier d’ovins est le fumier le plus riche en potasse.
Fumier de Volailles
Le fumier de volailles est composé de fientes de poules ou d’autres animaux de basse-cour et de litière. C’est le fumier le plus riche en azote qui ne doit jamais être utilisé tel quel.
Précautions et Bonnes Pratiques pour l'Utilisation du Fumier
Le fumier est une ressource puissante, mais il ne s'utilise pas à la légère. Mal géré, il peut nuire aux plantes, déséquilibrer le sol ou même contaminer vos cultures. L'utilisation sans compostage peut faire plus de mal que de bien car il contient de l'ammoniac, très concentré juste après la collecte. Un fumier trop riche en azote peut provoquer une faim d'azote. Il peut aussi transporter des parasites (strongles) ou des bactéries pathogènes comme E. coli.
L'Importance du Compostage
Le compostage n’est pas une option : c’est la clé pour transformer un fumier brut en un amendement stable, sain et efficace. Pour réduire les risques de parasites et bactéries, le fumier doit atteindre au moins 55 °C pendant 3 jours lors du compostage. L'idéal est de le monter en tas sur bien un mètre de hauteur et qu'il soit humide, comme une éponge essorée. Il faudra ensuite le recouvrir pour éviter toute déperdition d'azote par volatilisation et le brasser, l'aérer tous les 15 jours, pour harmoniser sa décomposition et l'oxygéner. Un fumier bien composté ne sent plus l’urine ni l’ammoniac, il devient sombre, grumeleux, facile à manipuler à la main, sans morceaux reconnaissables de paille ou de crottin.
Stockage et Réglementation
Le fumier, comme tout effluent d'élevage, est strictement encadré par la réglementation. Dans certaines zones dites vulnérables (notamment aux nitrates), vous êtes limité à 170 kg d'azote par hectare et par an, ce qui correspond à environ 25 à 30 tonnes de fumier frais par hectare, selon sa composition. Le fumier doit être stocké dans de bonnes conditions, de préférence sur une fumière étanche, protégée de la pluie, pour éviter les écoulements polluants.
Bio-Essai et Origine du Fumier
Autre souci potentiel, les vermifuges ou herbicides parfois présents dans le crottin. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier, faites un bio-essai simple : semez quelques graines de pois ou de haricots dans un mélange contenant du fumier. Certains résidus d’herbicides (aminopyralid, clopyralid) sont invisibles à l’œil nu mais très persistants.
Quand et Comment Utiliser le Fumier dans les Vergers
Utiliser du fumier au verger, ce n'est pas juste l'épandre et espérer que cela fonctionne. La bonne période et la bonne méthode d'application sont cruciales pour maximiser ses bienfaits.
Périodes d'Application
À l'Automne
C'est le bon timing pour le fumier frais ou demi-mûr. Vous pouvez l’épandre sur les parcelles libérées après récolte. En verger biologique, le fumier s’apporte de préférence à l’automne ou en fin d’hiver, sur sol ressuyé, en couche modérée au pied de l’arbre. Le fumier frais s'épand simplement sur le sol du potager nu en automne ou en hiver. Il formera une couverture chaude qui va agir comme un épais paillage, perturbant considérablement la croissance des adventices, et se décomposera doucement jusqu'au printemps pour amender et enrichir le sol.
En Fin d'Hiver ou Début de Printemps
Utilisez du compost mûr, bien décomposé. Au printemps, que vous bêchiez ou passiez simplement la grelinette, le fumier décomposé sera intégré naturellement. Le fumier mûr ou composté s’épand au printemps, juste avant la plantation ou le semis des premières plantes potagères. Il suffit de légèrement l’incorporer à la terre avec une griffe. Le fumier pelletisé et composté peut être épandu directement avant la plantation, puis enfoui légèrement.
En Été
Le fumier composté peut servir de paillage nourrissant. Étalez une couche de 3 à 5 cm autour des tomates, courgettes ou poivrons.

Quantités et Méthodes d'Application
La dose à utiliser dépend surtout de l'état de décomposition du fumier et des besoins des arbres fruitiers.
Fumier Frais
Comptez 2 à 3 kg par m², soit environ 20 à 30 tonnes à l’hectare. Ce type de fumier ne doit jamais être utilisé juste avant une plantation. L'application d'une couche de fumier de 2 à 3 centimètres est considérée comme idéale, ce qui se traduit par environ 10 à 15 kg de fumier par mètre carré de terrain. Il faut éviter d'enterrer le fumier trop profondément. Au printemps, il suffit de travailler la plate-bande avec un croc et de planter directement.
Fumier Composté
Ici, la matière est déjà transformée. 1 à 2 kg par m² suffisent pour enrichir le sol avant les plantations de printemps. Pour les cultures en pots ou en bacs, le volume de terre étant limité, il vaut mieux réduire les quantités. Une petite poignée mélangée au terreau, ou un surfaçage léger, est largement suffisant. Pour un arbre adulte, une brouette bien remplie de compost ou de fumier composté, répartie sur la zone sous la couronne, est généralement suffisante. Pour un jeune arbre, on diminue la dose en restant attentif à la vigueur des rameaux et à la couleur du feuillage. Inutile d’en mettre chaque année : un apport tous les 3 à 5 ans suffit souvent pour un arbre bien installé.
Fumier Déshydraté
Ce type de fumier est plus concentré. Il suffit souvent de 0,5 à 1 kg par m², ou quelques poignées autour de chaque plant. Il n’est pas utile de l’apporter longtemps à l’avance car il se désagrège rapidement lorsqu’il est mouillé. On compte généralement 1 à 5 kg/ 10 m², selon les besoins des plantes et la composition du fumier, plus ou moins riche en azote.
Fertilisation à la Plantation (Fumure de Fond)
En début de vie, les arbres fruitiers ont des besoins particulièrement importants en azote (un élément nécessaire à leur croissance). Lors de la plantation, il faut mettre du compost (bien décomposé) au fond du trou de plantation, recouvrir les racines avec de la terre de profondeur mélangée avec du compost, puis combler avec de la terre de surface également mélangée à du compost. Si le sol est carencé en azote, on pourra compléter cette fumure de fond par un engrais organique azoté, comme du tourteau de ricin.
Fertilisation d'Entretien
En pleine production, les besoins en azote des arbres fruitiers, même s'ils restent importants, diminuent. Les racines des arbres fruitiers sont alors capables de puiser cet élément plus en profondeur. Au contraire, les besoins en potasse et phosphore (des éléments importants pour la floraison et la fructification) deviennent plus conséquents. Tous les 2 à 5 ans, selon la richesse du sol, apporter à l'automne du compost (décomposé ou non) ou du fumier (même peu décomposé) en quantité suffisante (une brouette par arbre, ce sera parfait) au pied de l'arbre (désherber au préalable). Les vers de terre se chargeront de l'enfouir progressivement et favoriseront ainsi la vie du sol. Évitez d’apporter du compost tous les ans, ce qui aurait pour conséquence un enracinement peu profond, l’arbre se contentant alors de la fumure mise à sa disposition en surface. Pour un bon enracinement, il est préférable de laisser l’arbre développer ses racines en profondeur.
Quand le Fumier n'est Pas la Solution Idéale
Même s'il est très utile, le fumier de cheval n'est pas toujours la solution idéale. Dans certaines situations, il peut compliquer les choses plutôt que d'aider.
Sol Déjà Riche
Si votre sol est déjà noir, souple et riche en humus, ajouter du fumier peut être superflu, voire contre-productif.
Sols Lourds et Argileux
Sur un sol lourd et argileux, un fumier mal décomposé risque d’amplifier le phénomène de compaction.
Cultures Peu Gourmandes
Toutes les plantes ne tolèrent pas bien les sols enrichis en matière organique. Les légumes-racines comme les carottes, les navets ou les radis réagissent mal à un excès de fertilité, préférant un sol léger, peu enrichi. Un apport massif juste avant les semis de légumes racines à croissance rapide favoriserait le développement du feuillage au détriment de la partie comestible.
Compléments à la Fertilisation au Fumier
Le fumier et le compost fournissent au sol du jardin de nombreux éléments nutritifs. Pour que vos cultures maraîchères soient bien nourries, il faut parfois encore ajouter de l'engrais pour légumes ou d'autres amendements.
Pré-Verger et Engrais Verts
Plutôt que de travailler le sol du verger, on préférera laisser la végétation spontanée couvrir le sol du verger. Il est également possible de faire une culture d’engrais verts. L’idéal est un mélange comportant notamment quelques fleurs printanières pour une bonne pollinisation de vos arbres fruitiers. Ces techniques auront pour avantages de limiter l’érosion, d’augmenter le taux d’humus du sol et d’augmenter ainsi l’assimilabilité des oligo-éléments présents dans le sol.
Mulching et Paillage Permanent
Le mulching consiste en une couverture permanente du sol avec de la paille ou autres résidus végétaux (notamment les herbes fauchées du pré-verger…). Suite à un apport de compost, on dispose le mulch en couche de 15 à 20 cm sous la couronne de l’arbre. En se décomposant, le mulch complétera les apports de compost, tout en le protégeant. Un mulching a également pour avantage de maintenir une certaine fraîcheur au pied de l'arbre ou encore d'amortir la chute des fruits. Un bon mulch se transformera peu à peu en un riche humus. Cependant, ce mulch, en devenant nourriture pour l’arbre, aura également pour effet d’attirer superficiellement les racines des jeunes arbres, les rendant ainsi plus fragiles. Pour éviter cela et permettre un enracinement en profondeur, pendant les premières années de croissance de l’arbre, on utilisera de préférence des matériaux de couverture libérant peu d’éléments minéraux (paille brute par exemple). Attention aux rongeurs !
Purins de Plantes
Les préparations à base d’ortie ou de consoude auront également un effet bénéfique sur les cultures fruitières, notamment par les oligo-éléments qu’ils contiennent. Il s'agit de compléments de fertilisation, nourrissant directement la plante mais ne pouvant en aucun cas se substituer à une fertilisation organique qui elle va nourrir le sol.
Engrais Organiques Spécifiques
Dans un sol carencé en phosphore, on pourra compléter la fumure avec un engrais organique riche en phosphore (farine de poudre d’os par exemple) en même temps que l’apport de compost. Dans un sol manquant de potasse, apporter au printemps un engrais organique riche en potasse (cendres de bois, consoude ou vinasse de betterave par exemple).
Besoins en Éléments Nutritifs des Arbres Fruitiers
Les éléments nutritifs sont multiples et complémentaires pour la bonne santé et la productivité des arbres fruitiers.
Azote (N)
L’azote constitue l’élément de base pour la formation des parties vertes de la plante (rameaux et feuilles) mais également des bourgeons et boutons floraux. L’azote est également essentiel pour le grossissement des fruits. Une carence en azote se manifeste par une croissance très faible, voire stoppée, des feuilles petites et des taches orangées le long de leurs nervures centrales, ainsi que des jeunes rameaux qui peuvent se dessécher. Des apports importants et réguliers de compost suffiront en général à combler ce type de carence. On pourra également arroser au pied avec du purin d’ortie ou du purin de consoude dilué à 10 %.
Phosphore (P)
Le phosphore joue un rôle majeur dans le processus de mise à fruit (nouaison). Il est aussi important pour une bonne maturité et assure la saveur du fruit. En cas de carence, la face inférieure des feuilles présente une nervure pourpre, les feuilles sont petites et ternes et les bourgeons ont tendance à se dessécher. La carence en phosphore est relativement rare, des apports réguliers de compost suffisent généralement à l'éviter. Quelques arrosages au pied de purin de consoude (dilué à 10 %) seront également bénéfiques. On pourra éventuellement effectuer un apport complémentaire de farine de poudre d’os.
Potasse (K)
La potasse permet l’aoûtement des rameaux et la formation des fleurs. La richesse en sucre du fruit dépend également de la potasse. Une carence en potasse se manifeste par des feuilles qui se recroquevillent et leurs bords sont brun foncé (particulièrement observable sur les pommiers). Les fruits se conservent mal. Une fertilisation régulière à base de compost évite ce type de carence. Il peut toutefois parfois être utile d’apporter de la potasse sous forme organique : cendres de bois, vinasse de betteraves… Le purin de consoude fait là aussi des miracles.

Calcium (Ca)
De par son action sur la vie physique du sol, le calcium est également un élément majeur pour l’équilibre d’un verger. Les carences en calcium s’observent en terrain acide ou suite à un apport trop important de matières organiques mal décomposées (utiliser de préférence du compost mûr) qui bloqueront l’assimilation par la plante. Les fruits restent verts en cas de carence. Une fumure à base d’algues marines peut s’avérer utile dans un sol acide.
Éléments Secondaires et Oligo-Éléments
Le soufre, le magnésium et le sodium, même s'ils jouent un rôle moins important, sont néanmoins indispensables au bon équilibre du verger. Les oligo-éléments (fer, cuivre, zinc, bore, manganèse, molybdène, chlore, cobalt…) sont captés en grande partie dans l'air, mais leur présence dans le sol est également fondamentale. Les carences en magnésium sont fréquentes sur les pommiers, les poiriers, les pêchers ou les cerisiers, dues à un excès de potasse ou un manque de matières organiques. Le compost, en permettant aux oligo-éléments présents dans le sol d’être assimilables par la plante, joue là aussi un rôle prépondérant.
Observer et Adapter : La Clé du Succès
La fertilisation biologique des arbres fruitiers n’est finalement pas une affaire de recettes compliquées, mais plutôt de bon sens et d’observation. La même dose de compost n’aura pas le même effet dans un sol sableux pauvre que dans une bonne terre limono-argileuse. Prenez le temps d’observer votre sol avant de multiplier les apports.
Adapter les Apports au Type de Sol
En sol léger, privilégier des apports plus fréquents mais modérés de compost et de mulch pour limiter les pertes. En sol lourd et humide, alléger les doses, améliorer le drainage et utiliser le pré-verger et les engrais verts.
Surveiller la Vigueur des Arbres
En verger biologique, la clé n’est pas d’apporter beaucoup, mais de trouver un rythme adapté à la vigueur des arbres et à la richesse du sol. Pour un jeune arbre en formation, il faut surveiller la croissance et ajuster les apports de compost si la vigueur est faible. Pour un arbre adulte bien installé, un apport de compost ou de fumier tous les 3 à 5 ans suffit souvent largement. Si le sol est très pauvre ou le verger très sollicité, il faut resserrer le rythme, mais toujours en observant l’état des arbres avant de décider. Les excès sont souvent plus problématiques que les manques.