L'art japonais, riche d'une histoire millénaire et profondément ancré dans des traditions ancestrales, a su, au fil des siècles, développer une esthétique unique. Initialement influencé par la Chine et la Corée, notamment par l'acquisition de la culture et l'écriture chinoise ainsi que par l'arrivée du Bouddhisme, il a progressivement forgé ses propres formes et techniques, prenant le dessus dans tous les domaines artistiques. De la protohistoire nippone, qui débute dès le 7ème siècle avant notre ère avec des céramiques décorées de motifs s'apparentant à de la ficelle, aux périodes d'Asuka et d'Hukaho (552-710) où l'influence sino-coréenne se renforça avec l'acceptation officielle du bouddhisme, chaque ère a marqué l'évolution de cet art. L'architecture Shinto, quant à elle, a su conserver son style protohistorique dans les sanctuaires et structures sur pieux de bois.

L'époque de Nara (710-794) fut une période où l'art, grandement encouragé, continuait de suivre des modèles d'origines chinoises. Bien que des palais impériaux il ne reste que les fondations et quelque 200 sculptures, le "Grand Bouddha" de Todai-ji, une monumentale sculpture de bronze de 16 mètres de haut, demeure particulièrement impressionnant. L'utilisation de nouveaux matériaux tels que le vernis sec et la terre cuite permit alors la création de formes aussi monumentales que dramatiques.
La Période Heian (794-1185), nommée d'après la capitale nouvellement construite Heian-kyo (aujourd'hui Kyoto), vit les sculpteurs présenter de nouvelles manières de représenter le "Bouddha tout puissant" à travers des sculptures de bois très lourdes et massives. La japonisation de l'art continua durant la deuxième moitié de cette période, et l'art sculptural gagna en élégance et émotivité gracieuse. La peinture de l'époque nous est transmise presque exclusivement à travers le célèbre pavillon du Phénix du temple de Byodo-in, avec des œuvres aux couleurs douces et un penchant pour la beauté délicate et la rondeur des lignes.
La Période de Kamakura (1185-1336) marqua l'émergence d'un nouveau centre culturel avec la création du shogunat de Kamakura. La rigueur et l'esprit belliqueux déterminèrent cette époque florissante de la chevalerie japonaise. Le sculpteur Kokei et ses successeurs créèrent des œuvres avec de profondes incisions, des corps musclés et des yeux en cristaux incrustés, conférant un effet naturaliste saisissant. L'introduction du Bouddhisme zen eut d'abord un impact sur l'architecture, avant de s'étendre à la peinture.
La Période de Muromachi (1336-1773), qui tient son nom du quartier de Kyoto où les Shoguns Ashikaga résidaient, vit l'architecture profane reprendre le style Shoin des cloîtres Zen, un style que l'on retrouve encore aujourd'hui dans la base de la maison japonaise. Également influencés par le style Zen, des salons de thés ainsi qu'un art raffiné de la conception de jardin apparurent. Les prêtres Zen entretinrent la peinture à l'encre japonaise.
L'Époque Momoyama (1573-1603), nommée d'après le palais du général Toyotomi Hdeyoshi sur la colline Mo-myama près de Kyoto, fut caractérisée par le luxe et le goût pour l'apparat. L'art servait alors des fins purement représentatives, détaché de toute attache religieuse. Malheureusement, la plupart des châteaux luxueux de cette époque ont été détruits, à l'exception de quelques-uns. Le luxe se manifestait alors dans de riches sculptures sur bois et des ferrures en métal.
La Période d'Edo (1603-1848) fut une époque de paix de 250 ans durant laquelle la culture et l'art bourgeois apparurent. Les villas et les salons de thé étaient construits dans un style simple et raffiné. La peinture décorative vécut un nouvel essor. La technique des plaques, d'abord colorées à la main, fut améliorée grâce à l'ajout de plaques à deux couleurs pour l'impression en quadrichromie. La céramique se détacha de l'influence sino-coréenne et développa un style caractéristique du Japon. Les fours d'Okochi livraient une porcelaine de meilleure qualité et plus noble, contrairement à la porcelaine imari qui n'était pas faite pour l'exportation. Un nouvel art de la sculpture, le Netsuke, apparut, porté à la ceinture comme contrepoids à l'Inro (boîte à médicaments) ou à la blague à tabac.
L'Ère Meiji (1868-1912) fut celle de l'occidentalisation dans tous les domaines de la vie. La peinture se développa selon les modèles européens, puis se réconcilia peu à peu avec son ancienne tradition. À Tokyo, l'académie d'art reprit en 1888 la promotion de la peinture japonaise. C'est dans ce riche contexte artistique que s'inscrit l'œuvre magistrale d'Utagawa Hiroshige, et particulièrement son estampe emblématique du parc des pruniers.
L'Estampe d'Hiroshige : Une Fenêtre sur le Passé d'Edo
Entre 1856 et 1858, Utagawa Hiroshige (né en 1797 à Edo et mort le 12 octobre 1858 à Edo), entreprit la réalisation de l'une des séries majeures qui allait marquer sa carrière : Les Cent Vues d'Edo. Ainsi, en novembre 1857, fut réalisée l'une des estampes les plus célèbres de cette série : "Le jardin des pruniers de Kameido" (亀戸梅屋舗, Kameido Umeyashiki). Cette œuvre, qui allait devenir emblématique, capture l'essence d'un lieu aujourd'hui disparu, mais dont l'écho perdure à travers l'art.
Le quartier de Kameido, situé à l'est de la capitale japonaise, porte en lui une histoire géologique et toponymique fascinante. On dit qu'auparavant ce quartier était une île ayant la forme d'une carapace de tortue, « Kame » en japonais, d'où son nom. Avec le temps, l'île aurait fusionné avec la plage et hérité le nom de Kame-jima. Cette origine insulaire confère au lieu une aura particulière, un lien avec les forces naturelles qui ont modelé le paysage. Plus tard fut érigé le fameux sanctuaire Kameido Tenjin, dédié à Tenjin, le dieu de la connaissance et des études, et ce lieu sacré marquait à l'est la limite entre les quartiers construits de la ville d'Edo et les champs cultivés. Il fut d'ailleurs l'objet d'une autre estampe de Hiroshige.
Plusieurs théories existent quant aux vergers en floraison qui ont inspiré Hiroshige. La plus courante étant que le riche commerçant Iseya Hikoemon aurait planté de sublimes pruniers dans les jardins de sa résidence secondaire. L'hypothèse la plus défendue par les habitants du quartier parle d'un riche commerçant du nom de Iseya Hikoemon qui possédait une résidence secondaire à Kameido. Il fit planter de nombreux pruniers, dont la floraison était si belle que l'endroit prit peu à peu le surnom d'Ume yashiki, littéralement « la résidence des pruniers ». Peu importe l'origine exacte de ces jardins, il est indéniable qu'ils ont attiré beaucoup de curieux et ont fourni à Hiroshige l'inspiration nécessaire pour créer son chef-d'œuvre. Les cartes de l'époque de Hiroshige mentionnent bien le fameux verger, et l'endroit recevait la visite de nombreux Tokyoïtes venus admirer l'endroit à la saison des pruniers en fleurs.
Le prunier représenté par l'artiste japonais avait le nom de Garyūume, « dragon au repos », un nom qu'il devait à son tronc grimpant et sinueux, évoquant la posture majestueuse d'un dragon endormi. La variété Garyûbai, qui signifie « dragon rampant » au vu de son apparence, devint particulièrement célèbre. D'ailleurs, on dit que son nom lui a été donné par Tokugawa Mitsukuni, seigneur de Mito et petit-fils du premier shôgun d'Edo Tokugawa Ieyasu. Malheureusement, cet arbre remarquable a été emporté par une inondation en 1910, emportant avec lui une partie de l'histoire de ce lieu.
La Description du Verger : Un Tableau Sensoriel et une Composition Révolutionnaire
La Liste des lieux célèbres d'Edo décrit ce verger avec une richesse qui permet d'imaginer sa splendeur : « Il ressemble vraiment à un dragon à terre. Les branches s'entrecroisent et semblent se transformer en un nouveau tronc. L'arbre s'étend vers la droite et la gauche. L'arôme des fleurs fait oublier celui des orchidées, le blanc lumineux des fleurs serrées l'une contre l'autre emporte le soir. » Cette description sensorielle met en avant non seulement la beauté visuelle de l'arbre, mais aussi son parfum envoûtant, capable de surpasser même celui des orchidées, et la manière dont la lumière du soir transformait la blancheur lumineuse des fleurs en un spectacle captivant.

Plusieurs particularités font la célébrité de cette estampe. Tout d'abord, il s'agit de ses couleurs. Le blanc, le rose et le rouge de son ciel se superposent en subtile gradation, marquant le spectateur par sa simplicité réaliste. Cette palette chromatique, loin d'être criarde, évoque une atmosphère douce et harmonieuse, en parfaite adéquation avec la sérénité du sujet.
Toutefois, l'élément le plus phénoménal de cette œuvre est sa composition. En effet, à une époque où la photographie n'existait pas encore et où les angles de représentation étaient plutôt classiques, il était rare de voir des visuels coupés en plusieurs plans, surtout aussi forts. Hiroshige a osé une perspective audacieuse, fragmentant la scène pour créer une dynamique visuelle inédite. Cette approche novatrice a non seulement marqué son époque, mais a également ouvert la voie à de futures expérimentations artistiques. C'est ce langage visuel fort qui s'inscrit dans notre mémoire, indépendamment de notre volonté, tel un morceau de musique répété en boucle dans les publicités, émissions et cinéma. Une vision, fascinante en personne, est difficile à reproduire de façon fidèle en photographie, mais elle a été représentée par d'innombrables photographes, peintres et passionnés.
L'Héritage de l'Estampe : L'Influence sur Van Gogh et le Japonisme
Ces éléments novateurs ont poussé, en 1887, l'un des admirateurs les plus connus de Hiroshige à produire une copie de cette estampe sur toile. Il s'agit de Vincent Van Gogh (né le 29 mars 1853 à Groot-Zundert, aux Pays-Bas et mort le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise, en France). L'attrait de Van Gogh pour l'art japonais, particulièrement le style ukiyo-e, est bien documenté.
Au milieu du 19ème siècle, après l'ouverture du Japon à l'Occident, le japonisme, un style artistique, se développe en France. Attiré par celui-ci, Van Gogh achète ses premières estampes à Anvers. Vincent copie les estampes à la peinture à l'huile, cherchant à capturer l'essence de ces œuvres qui le fascinaient. Certains éléments sont repris à l'identique, d'autres personnalisés, témoignant de son interprétation unique. En observant de près les travaux du peintre hollandais, on reconnaît une évolution vers les couleurs plus franches et les contours marqués si caractéristiques des estampes japonaises.
Sa copie de "Le jardin des pruniers de Kameido", intitulée "Japonaiserie : Pruniers en fleurs", est un témoignage poignant de l'influence transnationale de l'art. L'œuvre de Hiroshige, à travers le regard de Van Gogh, a touché un public encore plus large, transcendant les frontières culturelles et temporelles. C'est une danse d'embranchement végétal sur fond d'un ciel rose orangé, source d'une histoire d'inspirations infinies, qui a commencé plus tôt qu'on ne le pense et qui n'est pas prête de s'arrêter. Finalement, une œuvre, une fois réalisée, vient s'inscrire dans la nature, dialoguant avec elle et inspirant à son tour.
Quand on parle des "Cent vues d'Edo" de Hiroshige, nombreux sont les gens qui pensent précisément à l'image d'une peinture de Van Gogh. Cela est dû à la copie qu'en a fait l'artiste hollandais sous le titre « Japonaiserie : Pruniers en fleurs ». En revanche, très peu de gens connaissent les détails du verger de pruniers de Kameido représenté par Hiroshige dans son estampe « Kameido Ume yashiki ».
La méthode dite en "giclée" est un procédé d'impression digitale qui offre une impression de haute définition et en grand format. Elle utilise une imprimante à jet, projetant de fines gouttelettes d'encres spéciales de couleurs différentes, à base de colorant ou de pigment (généralement entre 6 et 12). Les couleurs sont résistantes à la lumière, c'est-à-dire aux UV qui pourraient dégrader leur pigmentation, permettant de reproduire fidèlement la richesse chromatique des œuvres originales, et ainsi de préserver l'éclat des couleurs des estampes d'Hiroshige, comme le blanc lumineux des fleurs et le rose et rouge du ciel.
Les Pruniers au Japon : Tradition, Culture et Festivals
Au-delà de l'estampe d'Hiroshige, les pruniers occupent une place importante dans la culture japonaise. Dès la fin du mois de janvier, les pruniers commencent à fleurir à Tokyo, marquant la première floraison de l'année, avant même l'arrivée officielle du printemps. Il est important de ne pas les confondre avec les cerisiers, dont la floraison est plus tardive et tout aussi célébrée. Les pruniers annoncent l'arrivée du printemps sur l'archipel japonais. Ainsi, chaque année, à partir de fin janvier et jusqu'à fin mars, on peut observer les fleurs de pruniers (ume, 梅), cousines discrètes des fameuses fleurs de cerisiers. Pour admirer les fleurs du verger de pruniers de Kameido, il est vrai que les sorties destinées à admirer les fleurs de pruniers ne sont peut-être pas aussi populaires que celles consacrées aux fleurs de cerisiers. Néanmoins, bien plus tôt en saison, quand le froid est encore vif, il y a un charme certain à apprécier les pruniers dans leur espace doucement parfumé.
Les pruniers, appelés Ume (梅) en japonais, sont originaires de Chine et ont été importés au Japon vers le VIIIe siècle. Au fil des siècles, de nombreuses variétés ont été développées et cultivées sur l'archipel. Le prunier est considéré comme un arbre qui éloigne le mal, une croyance ancestrale qui lui confère une symbolique protectrice.
Traditionnellement, les Japonais consomment les prunes sous forme de Umeboshi (梅干). Il s'agit de petites prunes que l'on fait macérer, au goût salé et acidulé, appréciées dans la cuisine de tous les jours pour leur saveur unique et pour leurs vertus médicinales reconnues.
À Tokyo et dans le reste du pays, cette floraison est célébrée par des festivals traditionnels religieux, les Ume Matsuri. Ces événements sont souvent organisés dans les temples, les sanctuaires ou les parcs dédiés aux pruniers. En plus des cérémonies religieuses, on y trouve des stands appelés yataï où il est possible de se restaurer. Laissez-vous tenter par des yakisoba ou des okonomiyaki, des spécialités culinaires japonaises qui accompagnent parfaitement ces festivités. La teinte des fleurs varie du blanc au rouge foncé en passant par toutes les tonalités de rose, offrant un spectacle visuel diversifié et enchanteur.
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À la Recherche des Vestiges et des Lieux de Floraison Actuels
Malheureusement, le verger de pruniers de Kameido tel que représenté par Hiroshige n'existe plus. Les inondations exceptionnelles en 1910 ont fait périr tous les pruniers et l'endroit fut laissé à l'abandon. De nos jours, une petite stèle où il est écrit « Vestiges du verger de pruniers » existe, sur une berge de la rivière Kitajikken-gawa, dans le district n°3 de Kameido. Dans une étroite ruelle, on peut y trouver un petit sanctuaire shinto appelé Ume yashiki Fushimi Inari, qui correspondrait à la localisation de l'ancien verger. Plusieurs pruniers y poussent d'ailleurs encore, et les habitants du quartier assurent qu'il s'agit bien de la variété « dragon rampant ». Le sanctuaire Ume yashiki Fushimi Inari près des vestiges de l'ancien site Kameido Ume yashiki témoigne de la persistance de ce lieu dans la mémoire collective.
Le photographe Kichiya a immortalisé les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d'estampes d'Utagawa Hiroshige "Cent vues d'Edo", du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. Voici la 30e entrée de la série, intitulée « Le verger de pruniers de Kameido ». Van Gogh l'avait rendu célèbre dans le monde entier en adaptant ce motif sur l'une de ses toiles, mais aujourd'hui, le verger n'existe plus. La recherche des pruniers de Van Gogh et de Hiroshige mène à une exploration des lieux qui ont inspiré ces artistes.
Et si le verger de pruniers peint par Hiroshige n'existe plus, le sanctuaire Kameido Tenjin, situé non loin de ses vestiges, n'en demeure pas moins un lieu bien connu pour en admirer à Tokyo. Pas moins de 300 pruniers de toutes variétés sont plantés dans l'enceinte du sanctuaire et déploient sans faille leur splendide floraison chaque année.
Outre cette estampe, Hiroshige en a peint une autre tout aussi célèbre : Le verger de pruniers de Kamata. Celui-ci existe toujours actuellement, et c'est pour ainsi dire un « lieu sacré » pour les amateurs de pruniers. Il est vivement recommandé d'aller les contempler lorsqu'ils fleurissent, en gardant toujours avec soi la vision de l'estampe de Hiroshige en tête.
D'autres jardins à Tokyo offrent également la possibilité d'admirer la floraison des pruniers. Dans la ville de Koganei se trouve un beau parc dans lequel il fait bon flâner. Situé dans le quartier de Shiodome, le jardin Hamarikyu doit absolument figurer sur votre liste. Cette oasis est nichée entre les gratte-ciels, d'un côté, et la baie de Tokyo, de l'autre. Le temple Ikegami Honmonji, dans l'arrondissement d'Ota, est l'un des plus grands temples de la capitale. Le petit sanctuaire shinto, situé à côté du parc de Ueno, est très fréquenté par les étudiants qui viennent prier pour réussir leurs examens. Situé dans l'arrondissement de Koto, ce magnifique sanctuaire est surtout connu pour ses glycines, mais il abrite également des pruniers. Le jardin Koishikawa Korakuen, dessiné au XVIIe siècle, est le plus ancien jardin de Tokyo. Cet ancien jardin impérial a un espace dédié aux pruniers non loin de l'embarcadère des bateaux pour Asakusa. Ce parc de Tokyo est planté de plus de 650 pruniers et compte 120 espèces, dont l'étonnante sorte « Omoi no mama » qui fleurit rose et blanc. Le sanctuaire Ume yashiki Fushimi Inari, situé dans une ruelle étroite de Kameido, est un lieu poétique qui rappelle l'ancien verger. Plusieurs pruniers y poussent d'ailleurs encore.
Le titre de l'estampe « Kameido Ume yashiki », a été repris par un centre commercial afin de profiter du potentiel que lui confère son histoire et sa richesse culturelle. Il se trouve à 500 mètres environ des vestiges du verger historique, au carrefour du district n°4 de Kameido, avec à l'intérieur un centre d'informations touristiques, une boutique de souvenirs, une petite scène de conteurs publics, une galerie de verres traditionnels, etc.

Les Cent Vues d'Edo : Une Œuvre Majeure et son Influence Continue
Les "Cent vues d'Edo" sont à l'origine un recueil d'estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant »), l'un des chefs-d'œuvre d'Utagawa Hiroshige (1797-1858), qui eut une énorme influence sur Van Gogh ou Monet. De 1856 à 1858, l'année de sa mort, l'artiste se consacre à la réalisation de 119 peintures de paysages d'Edo, alors capitale shogunale, au fil des saisons. Avec ses compositions audacieuses, ses vues « aériennes » et ses couleurs vives, l'ensemble est d'une extraordinaire créativité et est acclamé depuis lors comme un chef d'œuvre dans le monde entier. Les pruniers de Hiroshige sont une excellente entrée en matière pour découvrir la culture populaire d'Edo.
Les Cent Vues d'Edo, avec leur précision et leur sens de l'observation, offrent un aperçu inestimable de la vie quotidienne et des paysages d'Edo à l'époque. Chaque estampe est une fenêtre ouverte sur un instantané de la ville, capturant l'essence des lieux et des saisons. La série permet de comprendre l'organisation spatiale de la capitale, les activités de ses habitants, et l'importance des éléments naturels dans leur environnement. Par exemple, la représentation des pruniers en fleurs dans le jardin de Kameido n'est pas seulement une belle image, c'est aussi un témoignage des coutumes et des moments de loisirs des Tokyoïtes.
L'impact de cette série ne se limite pas à son contenu documentaire. L'innovation artistique d'Hiroshige, notamment dans l'utilisation de perspectives plongeantes ou de premiers plans audacieux, a profondément influencé l'art occidental. Les artistes européens, tels que Van Gogh et Monet, ont découvert dans ces estampes une nouvelle manière d'appréhender la composition, la couleur et la lumière. Le japonisme, mouvement artistique né de cet engouement pour l'art japonais, a ainsi transformé la peinture européenne, la poussant vers plus de liberté et d'expérimentation. L'estampe du parc des pruniers de Kameido est un exemple frappant de cette influence, ayant inspiré directement la "Japonaiserie : Pruniers en fleurs" de Van Gogh. Cet échange culturel témoigne de la puissance universelle de l'art et de sa capacité à transcender les frontières géographiques et temporelles.