Face aux préoccupations environnementales croissantes, l'intérêt pour les bioplastiques, une alternative durable aux plastiques conventionnels, ne cesse de croître. Cependant, une question fondamentale demeure : ces bioplastiques sont-ils réellement et totalement biodégradables ? Doivent-ils être compostés ou simplement jetés avec les déchets ménagers ? Pour garantir un impact environnemental positif et une efficacité maximale, il est impératif de comprendre le mode de décomposition spécifique à chaque produit.
Malheureusement, une certaine confusion persiste quant à la gestion de ces bioplastiques en fin de vie. Pour y remédier, l'Union Européenne a mis en place un ensemble de certifications strictes concernant les processus de décomposition des produits durables. Désormais, un logo imprimé sur chaque produit bioplastique informe les consommateurs sur la manière adéquate de s'en débarrasser, apportant une clarté bienvenue et complétant les législations nationales, souvent lacunaires. En France, par exemple, un amendement stipule que pour être qualifié de « compostable », un produit doit pouvoir être composté de manière individuelle, excluant de facto les bioplastiques compostables uniquement à l'échelle industrielle de cette désignation.

Comprendre la compostabilité : au-delà des mots sur un emballage
La compostabilité réelle désigne la capacité d'un produit à se dégrader complètement dans des conditions précises, sans laisser de résidus plastiques ou de toxicité pour le sol. Il est crucial de noter qu'un produit compostable n'est pas un produit que l'on peut jeter sans réfléchir, ni n'importe où. La compostabilité ne se résume pas à un simple mot sur un emballage ; un produit durable ne se limite pas non plus à un produit bien utilisé. Il est essentiel de vérifier la certification, le type de compost concerné, la composition du produit et les conditions de dégradation annoncées pour assurer une fin de vie appropriée.
Le compost est le résultat d'une biodégradation en présence d'oxygène, où des déchets organiques se transforment progressivement en une matière proche du terreau, très utile pour nourrir les sols. Un produit compostable peut donc, sous certaines conditions, se décomposer et contribuer à la production de compost. Cependant, tous les produits compostables ne se compostent pas de la même manière, car il existe principalement deux types de compostage : le compostage industriel et le compostage domestique, également appelé compostage à la maison. C'est à ce niveau que les labels "Ok compost" et "Ok compost HOME" interviennent, apportant des précisions essentielles.
Distinguer les certifications : OK Compost et OK Compost HOME
Les certifications européennes "OK Compost" et "Home Compost" sont des indicateurs clés de la compostabilité d'un produit. Il est fondamental de les différencier pour adopter les bonnes pratiques.
Compostage VS Lombricompostage : quelles différences, lequel est le meilleur ?!
Le label OK Compost (ou OK Compost Industrial)
Le label "OK Compost", ou "OK Compost Industrial", est une certification écologique gérée et contrôlée par l'entreprise internationale Tüv Austria (anciennement Aib Vinçotte), l'organisme de référence en matière de certification de compostage. Ce label européen garantit qu'un produit est compostable industriellement. Il est présent sur des articles de vaisselle (couverts, assiettes, verres et verrines…) et des emballages écologiques compatibles avec le compostage industriel.
Concrètement, un produit portant ce label doit être composté dans un centre de compostage industriel ou professionnel, et non à domicile. La raison en est simple : le compostage industriel permet de décomposer de grandes quantités de déchets via un processus de fermentation accéléré, nécessitant des températures élevées, souvent comprises entre 55 et 60 °C. Dans ces centres spécialisés, les conditions (humidité, oxygène, brassage, durée de compostage) sont mieux contrôlées, ce qui permet une dégradation plus efficace des matières compostables. Un produit certifié "OK Compost Industrial" ne doit donc pas être placé dans le composteur de votre jardin, car il a besoin de ces conditions industrielles spécifiques pour se décomposer correctement. Le label "OK Compost Industrial" est lié à des exigences strictes de biodégradation et de désintégration dans des conditions contrôlées.
Pour obtenir la norme "OK Compost", divers tests sont pratiqués sur les articles composés à partir de bioplastique ou de fibres végétales :
- Un test de biodégradation.
- Un test de désintégration.
- Un test d'écotoxicité.
- Un test d'évaluation de la présence de métaux lourds et de fluor.
Le matériau composté doit être sans aucun danger pour l'environnement pour obtenir ce label. L'intérêt de cette certification est donc très important, tant pour le professionnel qui achète des produits écologiques que pour le consommateur final.
Le label OK Compost HOME
Le label "Home Compost", aussi appelé "OK Compost HOME", est distinct du label "OK Compost". Il renseigne à la fois sur le potentiel compostable d'un produit, mais également sur sa capacité à se décomposer au sein des composteurs domestiques. Ce label assure que le produit est compostable dans les 6 mois, y compris avec les températures plus basses d'un compost à domicile. Facile à retenir, le « Home » fait toute la différence.
Le compostage domestique est différent. Dans un composteur de jardin, la température est plus basse, moins régulière et moins contrôlée que sur une plateforme industrielle. Le processus est donc plus lent et plus exigeant pour les produits. C'est pour cela que le label "OK Compost HOME" existe. Un produit certifié "OK Compost HOME" est conçu pour se composter à des températures plus basses, dans un composteur domestique, à condition que celui-ci soit bien entretenu. Il doit donc répondre à des critères adaptés au compostage à la maison. Les articles comportant ce label sont particulièrement intéressants pour les restaurateurs et les traiteurs proposant des repas à emporter ou des livraisons à domicile. Dans les deux cas, la vaisselle et les emballages proposés permettent de limiter l'impact écologique lié à leur utilisation.
En résumé, un produit "OK Compost HOME" peut aller dans un composteur de jardin, alors qu'un produit uniquement "OK Compost Industrial" doit être orienté vers une filière de compostage industriel. Il est impératif de ne pas confondre les deux labels, car un produit compostable industriellement n'est pas automatiquement adapté au compostage domestique. Ce point est crucial, car la biodégradabilité dépend toujours de l'environnement : compost industriel, compost domestique, sol, eau, air, mer… Un produit biodégradable dans un contexte précis ne l'est pas forcément dans un autre. L'ADEME rappelle d'ailleurs que le terme "biodégradable" est souvent mal compris et qu'il ne signifie pas qu'un produit peut être jeté dans la nature.

Biodégradable et compostable : attention à la confusion
Les termes "biodégradable" et "compostable" sont souvent utilisés comme s'ils étaient interchangeables. Pourtant, ce n'est pas tout à fait le cas.
Une matière biodégradable peut se dégrader sous l'action de micro-organismes (bactéries, champignons, algues) dans des conditions spécifiques (températures, humidité, oxygène, lumière, etc.) et dans une durée de temps limitée. Par exemple, une bouteille en plastique met plus de 400 ans pour se décomposer, une canette en aluminium plus de 300 ans ; ce n'est donc pas considéré comme biodégradable. Cependant, un produit biodégradable ne signifie pas forcément qu'il est compostable. Il peut se dégrader, mais il ne fournira pas de compost de qualité, ni ne se dégradera rapidement dans n'importe quelles conditions.
Un produit compostable, quant à lui, doit répondre à des critères plus précis : il doit se décomposer dans un temps donné, dans un environnement défini, sans nuire à la qualité du compost. Le compost obtenu présente une faible concentration en métaux lourds et une absence d'écotoxicité. La norme européenne EN 13432, qui concerne la compostabilité des emballages, repose notamment sur plusieurs tests : biodégradation, désintégration, absence d'effet négatif sur les plantes et contrôle de certains métaux lourds. Le point clé à bien avoir en tête, c'est que les normes européennes de compostage (NF EN 13432) sont définies en conditions de compostage industriel. La dégradation dans un composteur maison est souvent plus lente, la température est moins élevée, et surtout les conditions humidité/température sont moins stables.
Une autre variation des normes "OK Compost", c'est le logo qui indique que le produit est biodégradable à 90 % dans le sol, en 2 ans. Des tests sont effectués pour contrôler l'éventuelle toxicité du produit sur la nature. Diffusé par l'organisme Din Certco, ce label européen équivaut à la norme EN 13432 en matière de biodégradabilité et compostabilité.

Le compostage domestique : une pratique écologique et citoyenne
Le compostage est une méthode ancienne qui consiste principalement à rassembler puis à transformer de façon accélérée les déchets organiques en une sorte de terreau, grâce notamment à l'action des micro-organismes du sol. Il s'agit d'une forme de recyclage des déchets organiques que produisent les hommes, et qui s'inspire essentiellement du cycle de transformation opéré par la nature.
Le compostage domestique individuel, en raison des faibles quantités de déchets concernées, n'est pas réglementé. Cependant, à partir de 2023, le tri des déchets organiques sera obligatoire en France, ce qui signifie que chaque foyer devra produire son propre compost. Cette mesure fait partie des dispositions de la loi contre le gaspillage alimentaire. Certaines communes ont d'ores et déjà anticipé l'entrée en vigueur de cette loi en mettant en place des bacs à compost dans l'espace public, rendant le compostage en ville désormais possible.
Plusieurs solutions s'offrent à vous au quotidien :
- Sans bac à compost : Vous pouvez jeter vos déchets organiques dans la poubelle dédiée ou vous renseigner auprès de votre ville pour connaître les options possibles de collecte de biodéchets.
- Petit composteur de cuisine ou d'appartement : Une excellente solution pour les citadins. Une fois le compost fait, il peut servir d'engrais pour vos plantes d'appartement ou de terrasse.
- Bac à compost dans votre jardin : Les produits "OK Compost HOME" se dégraderont avec vos déchets verts en tant qu'élément organique et viendront nourrir votre jardin.
- Bacs mis à disposition par votre ville : En y déposant vos produits compostables, vous contribuez aussi à l'embellissement des plantations de la ville !
La boucle est bouclée ! Les emballages recyclables, biodégradables, compostables… de plus en plus de fabricants adoptent une politique d'éco-conception, intégrant la fin de vie des matériaux dès la conception du produit durable.
Méthodes de compostage à la maison
Il existe différentes méthodes pour faire du compost à la maison, adaptées à divers environnements.
Le lombricomposteur (vermicomposteur)
Également appelé "vermicomposteur", le lombricomposteur est l'une des solutions les plus faciles pour faire du compost à la maison, particulièrement simple à mettre en œuvre. Ce système fonctionne principalement grâce à l'action de vers de terre inoffensifs qui se délectent de matières organiques et les digèrent sous forme de compost. Il s'agit d'une part du ver rouge de Californie ("Eisenia andrei") et d'autre part du ver tigré ("Eisenia fetida").
Pour réaliser cette méthode, on utilise généralement un ensemble de bacs en bois superposés (boîte à compost), percés sur le fond et munis d'un couvercle. Pour créer le composteur, il suffit de mélanger du terreau de rempotage ou un peu de compost mûr avec du carton humide déchiqueté en petits morceaux. On y ajoute aussi un peu de déchets de cuisine et on referme le tout avec une couverture en carton humide afin d'apprêter les vers pour une période d'acclimatation qui dure environ un mois. Le lombricomposteur peut être installé sur un balcon, une terrasse ou dans la cuisine (milieu aérobie).

Le composteur de cuisine Bokashi
Cette méthode de compostage d'origine japonaise est une excellente alternative pour le recyclage des déchets en milieu urbain. À la différence du lombricomposteur, cette méthode nécessite obligatoirement la présence d'un petit jardin dans la maison.
Pour le processus de compostage, on utilise principalement un activateur de fermentation à base de mélisse, de blé et de micro-organismes. La transformation des déchets se fait dans un contenant hermétique équipé d'un robinet, que l'on peut fabriquer soi-même ou acheter. Le compostage commence par un saupoudrage du fond du contenant avec une couche d'activateur. Il faut ensuite verser les déchets puis ajouter une nouvelle couche d'activateur, sans toutefois oublier de bien presser les déchets afin d'enlever l'air.
Le composteur extérieur traditionnel
Les composteurs extérieurs, qu'ils soient en bois ou en plastique recyclé, sont des solutions classiques pour le compostage en jardin. Ils permettent de traiter une plus grande quantité de biodéchets. Les tests réalisés pour la définition de la norme "OK Compost Home" ont été effectués dans des conditions de composteur traditionnel, de type composteur extérieur.
Il est important de noter qu'aucun test ne semble avoir été réalisé dans le cas d'un lombricomposteur ou d'un composteur de cuisine Bokashi concernant la dégradation des emballages "OK Compost Home", où les processus de compostage sont différents. Vous pouvez donc introduire votre emballage "OK Compost Home" en petite quantité et si possible découpé en morceaux dans votre composteur de jardin, mais il est déconseillé de le faire si vous possédez un lombricomposteur ou un Bokashi.
Quels déchets composter à la maison ?
Pour faire un bon compost, il est important de s'assurer de l'équilibre des matières qui sont apportées au tas. On distingue généralement les déchets "verts" (riches en azote et humides) et les déchets "bruns" (riches en carbone et secs).
Parmi les déchets de cuisine que l'on peut mettre dans un composteur, on retrouve :
- Restes de fruits et de légumes, épluchures.
- Coquilles d'œufs.
- Pain rassis.
- Marc de café.
- Feuilles de thé.
- Essuie-tout et mouchoirs en papier (non souillés par des produits chimiques).
- Restes carnés (en petite quantité et bien enfouis dans un composteur extérieur pour éviter les nuisibles).
Une attention particulière est à prendre en compte lorsqu'il s'agit du lombricompostage, car certains aliments ne sont pas adaptés aux vers. Il est préférable de se renseigner spécifiquement sur les listes de "déchets autorisés" pour chaque type de composteur.

Les fausses bonnes idées : sacs compostables et autres pièges
Vous trouverez parfois dans le commerce des sacs dits « compostables ». Ces sacs sont en partie fabriqués à partir de ressources renouvelables telles que l'amidon de maïs ou la canne à sucre. Cependant, la partie biosourcée doit représenter au minimum 30 % du sac, ce qui signifie que les 70 % restants peuvent être issus de matériaux pétrosourcés.
Il est fortement déconseillé d'introduire ces sacs dans votre compost, même s'il s'agit d'un composteur extérieur traditionnel. Premièrement, les sacs compostables ont un temps de dégradation élevé pour disparaître totalement. Deuxièmement, ces sacs contiennent en partie des matériaux plastiques qui vont donc se retrouver dans votre compost puis dans la terre lorsque vous utiliserez votre compost, introduisant ainsi des micro-plastiques. Par ailleurs, la présence de ces sacs peut gêner lors de l'étape de retournement du compost dans un composteur extérieur. À notre connaissance, aucun test n'a été réalisé concernant la dégradation de ces sacs dans un lombricomposteur ou un composteur de cuisine Bokashi. Le sac compostable est pour nous une fausse bonne idée.
Cas particulier des sacs en papier kraft : vous les retrouvez par exemple pour emballer vos fruits et légumes. Le papier kraft se composte dans tous les composteurs intérieurs ou extérieurs, en l'utilisant avec parcimonie. Il est préférable de déchirer en morceaux votre emballage en papier kraft avant de l'utiliser.
Ne pas jeter n'importe où : l'importance des certifications spécifiques
Les emballages "OK Compost Home" ne doivent pas être enterrés directement dans le sol ni jetés dans l'eau. Il existe pour cela des certifications distinctes : "OK Biodegradable Soil" et "OK Biodegradable Water", qui sont très rares. Cela souligne l'importance de ne pas jeter ces produits dans la nature. Un produit compostable n'est pas un produit qu'on peut jeter n'importe où ; il doit être orienté vers la bonne filière et utilisé dans les bonnes conditions de compostage. Un produit peut sembler écologique pendant son usage, tout en devenant incohérent une fois jeté. La fin de vie fait partie intégrante de la conception d'un produit durable.
L'impact du tri et du compostage
Penser à trier ou composter nos emballages avant de les jeter, c'est un excellent réflexe ! Le recyclage permet de diminuer la quantité de matières premières utilisées en donnant une nouvelle vie à vos emballages. En France en 2020, environ 68 % des emballages ménagers ont été recyclés. Le compostage est complémentaire au recyclage : il permet de transformer les emballages en matériaux fertiles, ce qui leur évite d'être incinérés ou mis en décharge.
La mise en décharge ou l'incinération des biodéchets, ou déchets organiques, est particulièrement néfaste. En décharge, le tassement des déchets provoque la fermentation des déchets alimentaires dans un milieu privé d'air. Cette fermentation en milieu anaérobie (sans air) entraîne la méthanisation, qui émet du méthane dans l'atmosphère. Or, le méthane a un pouvoir de réchauffement global de plus de 25 fois supérieur au dioxyde de carbone (CO2), il est donc à éviter. Par ailleurs, l'incinération des biodéchets produit également des gaz à effet de serre, notamment du CO2. Le compostage, en revanche, est un processus aérobie qui produit du compost bénéfique pour les sols, réduisant ainsi l'impact environnemental de nos déchets.
Compostage VS Lombricompostage : quelles différences, lequel est le meilleur ?!
En conclusion, utiliser de la vaisselle compostable est un engagement concret que les restaurateurs et les traiteurs peuvent prendre dans le cadre de leur transition écologique. Si vous avez le souhait de pratiquer votre activité tout en respectant l'environnement, vous devez être bien renseigné sur les différents types de produits écologiques disponibles sur le marché et sur leurs différents labels. Le compostage en intérieur s'adresse à tous les foyers, que ce soit en famille, dans un logement étudiant ou dans une maison de retraite ; il est possible de composter partout où l'on produit des déchets. Le compost est également un allié précieux pour les amoureux des plantes.