Le monde du polar français regorge d'intrigues captivantes et de personnages mémorables. Parmi eux, l'œuvre d'Hugo Buan et son commissaire Lucien Workan se distinguent par leur mélange d'humour, de suspense et d'ancrage local. Cet article explore les profondeurs de « Le Tueur aux Hortensias », réédition du roman « Hortensias Blues », en se penchant sur son intrigue policière, ses personnages emblématiques et les réflexions inattendues qu'il peut susciter autour du monde végétal.
L'Intrigue Policière : Au Cœur de la Bourgeoisie Rennaise
L'histoire se déroule dans le centre de Rennes, où un cabinet médical est décimé par un étrange tueur en série. Cette série de crimes particulièrement odieux plonge la ville dans l'effroi et met à rude épreuve les forces de l'ordre. L'enquête est confiée à Lucien Workan, un commissaire de police incontrôlable, toujours à la limite de l'illégalité. Ce personnage, petit-fils de résistant, est décrit comme insolent mais hilarant et terriblement attachant. Il va devoir naviguer au cœur de la bourgeoisie rennaise pour dénouer les fils enchevêtrés de cette affaire complexe.

Assisté par Leila, une jeune femme flic d'origine berbère, et flanqué de son adjoint Lerouyer, Workan mène l'enquête avec une force de caractère incroyable et une intuition digne des meilleurs limiers. Le récit met en lumière sa capacité à réussir là où son supérieur et la procureure de la République en charge du dossier ne l'attendaient plus. L'intrigue bien ficelée et le suspense tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page, comme en témoigne Gérard Collard de la librairie La Griffe Noire, qui qualifie l'ouvrage d'« hyper efficace, drôle, rempli d'humour ».
L'auteur, Hugo Buan, nous livre ici la première enquête du commissaire Workan, un fonctionnaire quelque peu en disgrâce auprès de sa hiérarchie, ce qui lui a valu d'être muté de Toulouse à Rennes, où il a laissé sa famille. Cette dimension personnelle ajoute de la profondeur au personnage et enrichit l'univers du roman.
Hugo Buan : Un Auteur Ancré en Bretagne
Né en 1947 à Saint-Malo, Hugo Buan est un auteur passionné de polars. Après une carrière professionnelle de dessinateur dans le Génie Civil, il publie en 2008 son premier roman, « Hortensias Blues », qui sera réédité sous le titre « Le Tueur aux Hortensias ». Il vit et écrit à Saint-Malo, ce qui lui confère une connaissance approfondie de la Bretagne, un élément souvent apprécié par les lecteurs de polars régionaux.
Les œuvres d'Hugo Buan sont saluées pour leur humour débordant et leur imagination, créant un univers policier unique et captivant. La maison d'édition qui publie ses ouvrages est également très appréciée par les lecteurs, qui louent les « auteurs talentueux… très agréables à lire » et la « découverte permanente des jolis coins de la Bretagne ». Un lecteur exprime son enthousiasme en affirmant : « J'ai des dizaines de livres d'auteurs différents… mais tous ceux de J.Failler !!! 😉 J’ai lu pratiquement tous les livres de Jean Failler. Je suis tombé sur cet éditeur simple et de bon conseil. J’ai fait une erreur sur ma première commande mais j’ai eu un très bon contact téléphonique et tout est rentré dans l’ordre rapidement. Quel plaisir d’avoir un contact rapide et pro au téléphone. J’ai donc passé ma commande chez eux et à mon avis ce ne sera pas la dernière… » Ces témoignages soulignent l'attachement des lecteurs aux auteurs bretons et aux enquêtes policières ancrées dans cette région.
Les Hortensias : Plus Qu'un Simple Décor ?
Au-delà de l'intrigue policière classique, le titre du roman, « Le Tueur aux Hortensias », invite à une réflexion sur la signification des plantes dans l'histoire. Il semble que le romancier français ait voulu susciter une vision des plantes animées de sensations, de raisonnements, mais également d'une faculté de communication avec les êtres humains. L'idée serait de forcer le trait pour nous inciter à abandonner une vision des plantes perçues comme des objets, et mettre l'accent sur leur caractère vivant, mais en ajoutant à l'éclairage apporté par le forestier une dimension de communication entre les plantes et les humains.
Cette approche peut être mise en parallèle avec les travaux et les réflexions présentées dans des ouvrages de vulgarisation scientifique, tels que « Les Émotions cachées des plantes » de Didier Van Cauwelaert. Ce livre séduit par sa magnifique photographie de couverture, véritable œuvre d'art qui montre une plante grimpante enlaçant le doux visage d'une statue de pierre.

Des Faits Troublants et des Interrogations Scientifiques
L'ouvrage de Van Cauwelaert relate une série de faits troublants, qui, bien que n'ayant pas reçu la confirmation scientifique requise, peuvent éclairer la dimension potentielle des hortensias dans l'imaginaire du roman. Ces faits pourraient s'expliquer autrement que par les mécanismes avancés, mais ils ouvrent des pistes de réflexion fascinantes. En effet, la mention de facultés erronément attribuées aux plantes risque de provoquer le rejet de toutes les découvertes scientifiques patiemment vérifiées qui établissent le caractère vivant, communiquant, raisonnant du monde végétal.
L'Expérience de Cleve Backster
Dans cette affaire, tout commence par un ingénieur américain, Cleve Backster, chargé de la mise au point de détecteurs de mensonges dans un laboratoire de la CIA en 1966. S'ennuyant vraisemblablement au boulot, il eut l'idée saugrenue de brancher les électrodes de son appareil sur une plante verte qu'il venait d'arroser. Backster nota avec stupéfaction que la plante réagissait à son projet - sans commencement d'exécution - de lui brûler une feuille, par ce qui aurait été catalogué chez un suspect humain comme un pic "d'excitation spectaculaire" (p. 73).
Ces découvertes, si elles sont exactes, soulèvent une question fondamentale : pourquoi ne sont-elles pas plus connues ? Dans le contexte du roman, si des hortensias avaient été abîmés par la bagarre liée aux crimes, un expert aurait pu suggérer de leur présenter différents suspects en mesurant leurs réactions avec un oscillographe, ajoutant une dimension énigmatique à l'enquête.
Cleve Backster - Bio-communication
Le Jardinier Mexicain et le Dialogue Végétal
Un autre exemple troublant est celui d'un jardinier mexicain dont la capacité à obtenir des rendements extraordinaires des plantes qu'il cultive, avec une technique peu conventionnelle, est remarquable. Il se contenterait de « couvrir ses plantes de compliments et de petits mots tendres » (p. 74). Comme « rien dans les analyses du sol, particulièrement aride, n'est en mesure d'expliquer une telle croissance, un tel rendement », les autorités mexicaines « ont envoyé José cultiver aux quatre coins du pays d'autres terres différentes avec sa méthode immuable : dialogue empreint d'humilité attentive, images mentales à vertus grossissantes, témoignages de respect, pensées d'amour et de reconnaissance. Partout, il obtenait les mêmes succès » (p. 74).
Pour Didier Van Cauwelaert, « qu'en conclure, sinon que toutes ces plantes (…) se "donnaient à fond" comme pour lui faire plaisir, comme pour mériter ses encouragements ? Se comportant bien plus comme un entraîneur que comme un exploitant agricole, il semble obtenir de ses équipes végétales le meilleur d'elles-mêmes en stimulant leurs capacités potentielles » (p. 74). Cette idée d'une interaction émotionnelle et communicative entre l'homme et la plante pourrait résonner avec le mystère des hortensias dans le roman policier.
Le Cauchemar Prémonitoire et la Mémoire Végétale
Didier Van Cauwelaert relate également un cauchemar personnel : en pleine nuit, il se réveille angoissé par l'image d'une fenêtre de sa chambre dans sa résidence de province, par laquelle le soleil pénètre à flots. Or, cette fenêtre ne laisse habituellement passer qu'une branche d'un noyer centenaire, qu'on repousse le soir pour la fermer, car on n'a jamais voulu le tailler. L'auteur s'interroge, et pense à un message télépathique que son ami sylvestre lui aurait fait parvenir pour l'avertir de sa mort imminente (p. 75).
On peut proposer une autre explication, plus psychanalytique, à ce cauchemar : le romancier, en tant que voisin, aurait été informé du projet d'abattage de l'arbre pour construire une piscine, mais aurait refoulé cette information désagréable, c'est-à-dire qu'il ne l'aurait pas oubliée, mais rangée dans une zone mémorielle inaccessible à sa conscience. Cette idée de mémoire et de perception inconsciente pourrait se transposer aux plantes, suggérant une forme de "témoignage végétal" dans une enquête criminelle.
Un témoignage personnel corrobore cette idée : « En témoigne l'impression de mon compagnon au sujet d'une plante d'appartement de style papyrus arborescent que j'avais trouvée jadis dans une petite poubelle murale d'un couloir de la faculté de droit à l'ULB. Depuis, elle lui semblait dépérir, d'autant peut-être qu'il m'avait menacée devant elle de la liquider la prochaine fois que je m'absenterais… Depuis une franche discussion, il semble qu'elle ait récupéré son énergie vitale, puisqu'elle fabrique de nouvelles feuilles. » Cette anecdote, bien que personnelle, illustre l'idée d'une interaction entre l'intention humaine et la vitalité végétale.
Un Autre Meurtre aux Hortensias : Une Résonance Historique
Il est intéressant de noter l'existence d'un autre roman policier portant le titre « Meurtre aux hortensias », dont l'intrigue se déroule dans les années 1850. Dans la ville de P., Juliette Wilson, une jeune veuve, ouvre la pension des Hortensias pour y louer des chambres. Hélas, un matin, l'un des pensionnaires est trouvé poignardé dans son lit. Or il était impossible à un étranger de s'introduire aux Hortensias dans le silence de la nuit sans que le chien aboie. Juliette est glacée d'horreur par la conclusion qui s'impose : l'assassin vit sous son toit ! Soucieuse de la réputation de son établissement, elle collabore de son mieux avec le commissaire Deville. Mais tous les locataires semblent avoir un secret qui corse l'enquête. Doubles identités qui révèlent, plus qu'une fuite, une tentative pour vivre. Et qui est vraiment Juliette Wilson elle-même ? Peut-être les commentaires des deux chats, dans des dialogues hauts en couleur, nous aideront-ils à le comprendre…

Cette coïncidence de titres, bien que les intrigues soient différentes, souligne l'imaginaire que peuvent susciter les hortensias dans la littérature policière, peut-être en raison de leur beauté délicate qui contraste avec la violence du crime, ou de leur symbolisme secret qui pourrait receler des indices cachés.
La Fascination pour les Enquêtes Policières en Bretagne
La Bretagne, avec ses paysages variés, son histoire riche et ses légendes, offre un cadre idéal pour les romans policiers. Les auteurs bretons, tels qu'Hugo Buan ou Jean Failler, excellent à intégrer les spécificités de la région dans leurs intrigues, offrant aux lecteurs une immersion totale. La popularité de ce genre en Bretagne témoigne d'un fort attachement à la culture locale et à la mise en valeur du patrimoine.
La « référence pour ceux qui aiment la Bretagne, les auteurs bretons et les enquêtes policières » est un gage de qualité pour les lecteurs en quête d'aventures captivantes. Les commentaires élogieux sur les maisons d'édition spécialisées dans ces ouvrages confirment l'existence d'une communauté de lecteurs fidèles et exigeants, toujours à la recherche de nouvelles découvertes.

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