Le Figuier commun ou Figuier domestique (Ficus carica L.) est un arbre fruitier fascinant, dont l'histoire et le fonctionnement biologique défient souvent l'intuition commune. La figue est un fruit pour le marchand de quatre saisons comme pour le convive à table parce qu'elle se récolte comme une pomme et comme elle, elle est sucrée. Pourtant, ce que nous nommons « fruit » est en réalité une inflorescence complexe, un écosystème miniature où se joue une symbiose millénaire entre un végétal et un minuscule insecte.

L'anatomie d'une inflorescence inversée
Contrairement à la majorité des arbres fruitiers dont les fleurs s'épanouissent à l'air libre, le figuier dissimule ses organes reproducteurs. La figue est en réalité une inflorescence arrondie et évasée, contenue dans un sycone, attachée à la branche par son plus petit côté. À l'intérieur de ce sycone en creux, se trouvent les fleurs unisexuées du figuier. Les fleurs mâles sont réparties autour de l'ostiole, tandis que les fleurs femelles sont plus profondément installées.
L'inflorescence est « ouverte » par un « œil » à l'opposé de l'accroche, appelé ostiole. Ce sont ces fleurs qui produisent les petits grains, les akènes, que l'on retrouve également chez les fraises du fraisier. Cette structure interne, bien que protégée, rend la pollinisation particulièrement complexe.
La symbiose obligatoire : le rôle du Blastophaga psenes
Dans le sud, autour de la Méditerranée, chaque pied de figuier produit, à trois moments de l'année, des bourgeons floraux qui peuvent se développer en figue. La fécondation et par suite le développement des figues dépendent d'une petite « guêpe » de sexe femelle, le Blastophaga psenes L., qui seule peut apporter le pollen dans la figue. Cet Hyménoptère appartient à la famille des Agaonidae.

Le cycle est une véritable prouesse de la nature. La femelle qui pénètre dans la figue est déjà fécondée. Elle apporte des grains de pollen d'un autre Caprifiguier. La présence de bractées qui recouvrent le pore d'entrée et les écailles qui garnissent le conduit qui mène à la cavité emprisonne l'insecte qui ne peut plus ressortir. Souvent, il a perdu ses ailes en se frayant un passage à l'intérieur de la figue. L'Hyménoptère dépose ses œufs près de l'ovule des fleurs grâce à une tarière dont la longueur est adaptée à la longueur du style des fleurs femelles du Caprifiguier.
Si la fécondation des fleurs femelles du figuier dépend du Blastophaga, le développement de ce dernier dépend de la présence de figues du Caprifiguier. Le fait que tout au long de l'année les Caprifiguiers produisent des figues permet au Blastophaga, qui n'a d'autre niche de développement, de toujours trouver la plante hôte adaptée.
Différenciation entre Caprifiguiers et figuiers femelles
Il existe deux types de figuiers au sein de la même espèce :
- Les Caprifiguiers : Ils portent des inflorescences ayant des fleurs unisexuées des deux sexes (mâles et femelles). Ces figues ne donnent que peu ou pas du tout de graines viables, car elles servent de « couveuse » pour l'insecte.
- Les figuiers femelles (ou domestiques) : Ils ne possèdent que des figues avec des fleurs femelles. Lorsque les fleurs femelles arrivent à maturité, les Blastophaga pénètrent aussi bien dans ces figues que dans celles des Caprifiguiers. Les fleurs femelles sont fécondées par le pollen des Caprifiguiers. La fécondation induit le développement du réceptacle qui se transforme en la figue charnue que nous connaissons.
Blastophaga البلاستوفاجا : le pollinisateur du figuier | the fig tree pollinator | ملقح شجرة التين
Il est intéressant de noter que le style des fleurs femelles du figuier domestique est trop long pour permettre à l'insecte de pondre ses œufs. Ainsi, les fruits des fleurs femelles ne seront pas consommés par les larves, garantissant la production de figues comestibles.
Anomalies et curiosités botaniques
Parfois, la nature nous offre des spectacles déconcertants. Lors d'observations botaniques, il est possible de découvrir des figues se développant avec des fleurs à ciel ouvert. En fait, au stade de développement observé, ce que l'on voit, ce ne sont pas des fleurs, mais des fruits. Chaque fruit est une drupe résultant d'une fleur qui a conservé sa structure générale, bien que légèrement déformée et nettement ramollie.
Cela soulève des questions sur la morphologie des bourgeons axillaires. Habituellement, lorsque deux figues se développent à l'aisselle de la même feuille, il existe un bourgeon végétatif rudimentaire. L'étude de ces malformations permet de mieux comprendre la complexité architecturale du figuier, un arbre dont la croissance plagiotrope (à l'horizontale) permet aux rameaux de s'étaler indéfiniment.
L'histoire et la culture du figuier
L'utilisation des figues est attestée dans des sites néolithiques (7800-6600 avant J.-C.). Les figuiers étaient cultivés en Mésopotamie vers 2750 avant J.-C. L'aire de répartition s'étend de l'Inde aux Canaries. L'histoire du figuier présente beaucoup d'analogies avec celle de l'olivier en ce qui concerne ses origines et ses limites géographiques.
En France, la pratique du gavage aux figues est sans doute contemporaine de l'époque romaine. Le foie ainsi produit s'appelait Jecur ficatum, littéralement « foie aux figues ». À la fin du XVe siècle, naquit l'expression « mi-figue - mi-raisin ». Le figuier est donc un arbre mythique, symbole de fertilité dans la mythologie grecque, arbre de Dionysos et de Priape.
Pratiques horticoles et gestion des variétés
Les peuples méditerranéens avaient observé que le voisinage des figuiers sauvages était favorable aux fruits des
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