L'adaptation des cultures fruitières à leur environnement pédoclimatique est un phénomène qui ne peut s'analyser que sur le long terme. Elle conditionne étroitement la répartition géographique des espèces à l'échelle mondiale comme au sein d'un même pays ou d'une région. La répartition géographique actuelle a contribué à cristalliser la présence d'entreprises de production et de transformation, qui à leur tour ont participé au façonnement des territoires et de leur histoire. Dans le contexte du changement climatique en cours, l'ampleur et la nature des capacités d'adaptation des cultures fruitières sont donc des questionnements majeurs pour l'ensemble des agents économiques (producteurs, industries agroalimentaires ou d'agro-fournitures) qui, au sein d'un territoire donné, sont impliqués dans ces filières.

Évolutions climatiques et vulnérabilités des vergers
Selon le rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, le réchauffement climatique atteindra 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle dès les années 2030-2035, alors que la température a déjà grimpé de près de 1,2°C en moyenne. En France, le changement climatique a de graves conséquences sur la production de fruits. Les scenarii de changement climatique diffusés par différentes équipes de chercheurs montrent une augmentation des températures moyennes annuelles et une « méditerranéisation » du climat du Sud de la France à l'horizon 2030 et 2050, accompagnées de nouveaux stress thermiques et hydriques sur les filières existantes.
Le stress hydrique et les sécheresses estivales
La principale conclusion concerne le manque d'eau. On voit qu'il va y avoir un stress hydrique qui va se faire ressentir avec un déficit hydrique de 38% sur l'ensemble du territoire et jusqu'à 47% dans le Tarn. Les sécheresses entraînent des chutes de fruits et une réduction de leur calibre. Lorsque les arbres sont exposés au stress hydrique, les stomates des fruits et des feuilles se ferment, provoquant une inhibition de la transpiration ; la chaleur latente de vaporisation ne peut pas être éliminée, et la température du fruit et des arbres augmente. En conséquence, il est nécessaire d'irriguer le sol pendant les périodes où il y a un risque de coup de soleil sur les fruits en particulier pour les jeunes arbres et les basses tiges.
L'impact du gel printanier et des hivers doux
Paradoxalement, les gelées ne vont pas se réduire. L'hiver va moins se réchauffer que l'été et donc un hiver qui se réchauffe moins c'est un hiver qui va continuer à porter des risques de gels printaniers. Ainsi, 86% des productions de fruits vont rester exposées au gel printanier, cela ne va pas se réduire. Des hivers toujours plus doux perturbent la dormance et la floraison de certaines espèces comme l'abricotier ou le cerisier. L'élévation des températures fait avancer les dates de floraison pour la plupart des espèces. En trente ans, pommiers et cerisiers ont par exemple ‘gagné’ 8 à 10 jours. Face au radoucissement, les arbres d’une même espèce n’ont pas tous la même réaction : certains seront en fleurs plus tôt que d’autres. Résultat : ceux ayant besoin d’un congénère fleuri pour se polliniser n’en trouvent pas forcement à proximité, au moment clé de la pollinisation.

Conséquences physiologiques et qualité des fruits
Les étés plus chauds et secs dégradent la qualité des fruits avec des risques de coups de soleil, déformation, manque de coloration, avance de maturité, manque de saveur. Le coup de soleil est un trouble où la peau du fruit devient brune à cause de températures extrêmement élevées. Les fruits exposés au sud et proches de l’apex sont les plus colorés et les plus riches en sucres ainsi qu’en vitamines. Mais aussi les plus impactés par les coups de soleil.
Curieusement, la couleur des pommes dépend également de la température. Pour obtenir une pomme entièrement rouge, les températures doivent rester fraîches, car si elles grimpent au-dessus d’environ 40 °C dans les 40 jours avant la récolte, la synthèse des pigments est inhibée. En conditions très sèches, les parcelles irriguées attirent les insectes piqueurs/suceurs comme les pucerons, les cicadelles ou encore les punaises faisant de plus en plus de piqûres sur pommes et poires. Le plus préoccupant est la punaise diabolique (Halyomorpha Halis).
Stratégies d'adaptation et leviers agronomiques
L'adaptation au changement climatique est inscrite formellement au titre des chantiers prioritaires du Gouvernement. Les filières agricoles se sont toutes engagées, à travers la signature d'une charte, à décliner des plans d'actions à conduire d'ici 2025 afin d'adapter l'ensemble des exploitations et les entreprises.
Diversification des espèces et des variétés
L'étude montre que l'arboriculture française dispose de marges de manœuvre pour s'adapter au changement climatique, à condition que les évolutions du potentiel économique de production sur le territoire soient bien identifiées. Certaines régions verront à l’avenir leur potentiel économique de production s’éroder. À l’horizon 2040, seule une diversification des espèces cultivées est envisageable. Les nouvelles espèces à introduire pourraient être, entre autres, les agrumes, la grenade, la figue de barbarie, les olives, les nèfles, les kakis, les pistaches, la mangue et l’avocat. Cette diversification sera complexe à mettre en œuvre car elle impliquera un soutien technique important et la structuration de nouvelles filières sur le territoire.
Innovations techniques et gestion des vergers
L'agroforesterie (comme appliqué au verger de la ferme du lycée de Brémontier-Merval) et le mélange des espèces sont des voies à développer pour augmenter la biodiversité et avoir un maximum de résilience. Pour se protéger des attaques des insectes, de la grêle et de la pluie, on peut poser des filets et des bâches anti-pluie. Des équipements coûteux, mais très efficaces et qui vont devenir essentiels pour les professionnels.
L'application d'engrais et de compost à l'automne ou en hiver réduit la tolérance au gel. Déplacer l'application d'engrais au printemps réduit la mortalité des bourgeons. En posant des paillages, nous réduisons le besoin d'arrosage.
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Dynamiques territoriales et perspectives à long terme
La répartition géographique actuelle a contribué à cristalliser la présence d'entreprises de production et de transformation, qui à leur tour ont participé au façonnement des territoires et de leur histoire. Les régions favorables à la culture des pommes en France devraient progressivement se déplacer vers le nord ou en altitude. Des cartes prédictives définissant des zones de culture adaptées pour divers arbres fruitiers du futur, sont à établir à l’échelle régionale pour informer les habitants.
Le prolongement des évolutions tendancielles de la production et des importations de fruits et légumes pourrait entraîner un croisement des courbes à l'horizon 2030, accentuant ainsi la dépendance du marché aux produits importés. Renforcer la sécurité financière des exploitations est un enjeu majeur. L'implantation d'une nouvelle espèce est une opportunité pour créer de la valeur ajoutée sur une exploitation et de sécuriser le système de production. Ces aspects permettent, par exemple, de limiter l'impact d'un aléa climatique et de répartir les risques économiques en apportant de la sécurité financière sur une exploitation. Diversifier les productions, c'est aussi étaler les temps de travaux, moins faire appel à une importante main-d'oeuvre extérieure et favoriser des emplois pérennes sur les exploitations.
Les spécialistes, qui ont évalué le bilan carbone d'un verger sur une vie entière de 20 ans, considèrent que le bilan est positif et peut être évalué à 4 tonnes de carbone stockées par hectare de verger. Mais ce carbone ne doit pas « partir en fumée ». En effet aujourd'hui lors du renouvellement d'un verger, la pratique la plus courante est le brûlage des arbres. Le bénéfice acquis est alors perdu.

Prédominants, jadis, dans nos vergers, les arbres hautes tiges ont été massivement remplacés par des fruitiers basses tiges dans les années 70. Et ce, afin d'en faciliter la culture et la récolte par des engins agricoles alors en plein développement. S'ils sont moins productifs à l'hectare, les arbres hautes tiges sont bien plus résistants aux aléas climatiques que les basses tiges. Enfin, n'oublions pas de nous attaquer à la source principale de ces bouleversements : nos émissions de CO2. 400 pommiers sauvages (malus sylvestris) ont été plantés en décembre 2020 sur le plateau de Saclay (91). Ce site expérimental, qui accueillera des chercheurs de l'Europe entière mais aussi des scolaires, doit aider à mesurer l'impact du changement climatique sur la nature.
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