Le lierre et l'arbre : Démêler le vrai du faux sur une relation complexe

Le lierre, ou Hedera helix, est une liane arbustive sempervirente qui suscite de vifs débats quant à son impact sur les arbres. Longtemps perçu comme un parasite nuisible, les études scientifiques modernes révèlent une interaction bien plus nuancée, oscillant entre des effets bénéfiques, neutres et, dans certains contextes spécifiques, potentiellement délétères. Cette plante ancienne, qui a côtoyé les dinosaures et a su s’adapter aux modifications climatiques, possède une longévité remarquable pouvant atteindre plusieurs centaines d'années. Son nom latin, Hedera helix, ne doit pas être confondu avec le lierre terrestre, qui appartient à une famille botanique différente. Le lierre existe sous deux formes distinctes : une forme rampante au sol et une forme grimpante ou buissonnante dressée.

Lierre grimpant sur un tronc d'arbre

Les multiples visages du lierre : De la forme juvénile à la maturité reproductrice

Le lierre présente deux formes morphologiques et fonctionnelles complètement différentes. La première est une forme rampante au sol, caractérisée par des tapis denses et inextricables de tiges qui s’enracinent à l’aide de racines adventives au contact des tiges avec le sol. Ces tiges juvéniles rampantes recherchent les situations ombragées et prospèrent notamment dans les sous-bois. Elles ont la capacité de se diriger vers le secteur le plus sombre présent à l’horizon, une aptitude appelée skototropisme, ce qui les mène souvent vers l'ombre d'un grand arbre ou d'un mur.

La seconde forme est grimpante ou buissonnante dressée. Elle s’accroche sur un support tel qu'un mur, un arbre ou une paroi rocheuse à l’aide de racines-crampons. Ces racines-crampons, dont le fonctionnement est étonnant, permettent au lierre de former de véritables troncs collés au support. Quand il atteint la cime et la lumière, il développe des branches ramifiées. Seule cette forme adulte, en situation éclairée, peut fleurir et produire des fruits. Ses feuilles sont grandes, ovales, entières et disposées selon une spirale, rappelant celles du poirier.

Le passage de la forme juvénile à la forme adulte ne se fait que si le lierre réussit à atteindre un support sur lequel il peut s’accrocher et accéder à la lumière. Les arbres, entre autres supports, représentent donc un élément clé dans la vie du lierre, sans lesquels il ne peut pas se reproduire sexuellement, au moins, et donc disperser ses descendants sous forme de graines.

La dissémination et l'établissement du lierre

Tout pied de lierre a pour origine, au départ, la germination d’une graine, même s’il devient très vite impossible de savoir « d’où il est parti » quand ses tiges se mettent à courir en tous sens et à s’étaler. La jeune plantule présente d’abord deux cotylédons ovales entiers avant de développer les premières feuilles lobées, puis des rameaux latéraux qui vont s’étaler au sol.

Les graines du lierre sont déposées par des passereaux qui ont consommé les fruits charnus et rejeté les graines intactes dans leurs excréments. En milieu naturel, les graines peuvent « atterrir » un peu n’importe où, là où l’oiseau frugivore se sera posé pour faire ses besoins, notamment sur un mur mais très rarement juste au pied d’un arbre, car les oiseaux se perchent plutôt loin du tronc, sur les branches latérales ou dans la cime.

Une étude menée en Italie apporte des détails sur les choix du lierre en matière d’arbres supports. Clairement, le lierre préfère les gros arbres plutôt isolés, qui doivent projeter une ombre facile à repérer. Les plus gros arbres portent souvent plusieurs lierres différents qui entrent en compétition entre eux, car la croissance du tronc du lierre dépend de la place disponible sur le tronc support. Ainsi, en milieu très favorable comme dans les forêts alluviales, on observe des troncs d’arbres enveloppés à leur base par un lacis de troncs de lierres au point qu’on ne sait plus très bien qui porte qui ! L’espèce et l’âge de l’arbre semblent peu importer, pourvu qu’il soit gros et avec une écorce rugueuse qui facilite l’adhésion des crampons.

Schéma du cycle de vie du lierre, de la germination à la floraison

Une réputation injustifiée : Démystification du "parasite"

Le procès du lierre semble avoir été rendu il y a bien longtemps. Dès 77 après Jésus-Christ, Pline l’Ancien assurait au livre XVI de son Histoire naturelle : « Le lierre tue les arbres ». Le ton était donné et ce discours va perdurer au cours des siècles suivants : le lierre est un parasite ou un nuisible pour les arbres ! Et cela dure toujours, comme en témoignent tristement les nombreux troncs de lierre rageusement sectionnés à la tronçonneuse, une pratique très enracinée à la campagne et dans le milieu des forestiers. Il faudra attendre l’aube du vingtième siècle pour entendre des voix modératrices dire « peut-être que ce n’est pas si simple et que même le lierre aurait des effets bénéfiques ! ».

Cependant, le lierre n’est pas un parasite. C’est une liane, il n’a donc pas de tronc et, incapable de porter son propre poids, il a besoin d’un support. Il rampe ainsi au sol pendant la première partie de sa vie, puis s’approche de la lumière en grimpant sur un support, arbre ou autre, et seulement alors il fleurit et fructifie. Il s’accroche à son support par de petites racines collantes courtes et brunes, qui n’absorbent ni eau ni nourriture. Le lierre ne puise pas son énergie chez les autres ; il ne se sert de son hôte que comme « terrain d’escapade », « ascenseur » vers plus de luminosité. Il grimpe vers les sommets grâce à ses racines crampons sans jamais abîmer les surfaces des plantes hôtes. Les racines du lierre sont superficielles, quand celles des arbres poussent en profondeur, ce qui limite la compétition pour les ressources souterraines.

Le lierre n’enserre pas non plus les arbres à la manière d’un figuier étrangleur, car ses tiges qui grimpent sur un même tronc sont peu liées les unes aux autres. Les figuiers dits étrangleurs, eux, vivent dans la forêt équatoriale, où la compétition pour la lumière est beaucoup plus intense que dans la forêt tempérée. À la mort de l’arbre porteur, le figuier, qui peut soutenir son propre poids, hérite de sa place au soleil dans la canopée et de l’apport nutritif lié à la décomposition de son tronc. Le lierre, au contraire, a tout à perdre de la mort de son support, puisqu’il se retrouve alors, sauf exception, précipité à terre et dans l’impossibilité de continuer son cycle de croissance et de reproduction.

Une étude menée dans la vallée alluviale du Rhin, un milieu très favorable au lierre, montre que le rythme de croissance des arbres (estimé avec les cernes de croissance) porteurs de lierre ou non, côte à côte, était identique, indiquant donc un effet neutre au minimum. Une expérimentation originale ancienne vient confirmer ce fait : en 1870, en Angleterre, A. Daniel a mené une étude sur l'impact du lierre sur la croissance des arbres.

Le LIERRE étouffe les arbres ?! La Chronique du Vivant

Les bénéfices insoupçonnés du lierre pour les arbres et l'écosystème

Bien au-delà des idées reçues, le lierre offre une multitude d'avantages pour les arbres et l'environnement forestier. Ces aspects positifs, souvent ignorés, méritent d'être pleinement reconnus.

Régulation thermique et protection physique

Le lierre est un excellent isolant. Tout comme il protège les sols en rampant, il protège les troncs des excès climatiques en les recouvrant. Le gel, les rayons ardents du soleil, les grêlons ou les pluies violentes ont ainsi moins d’emprise sur le végétal recouvert. Des études récentes sur l’usage des murs végétaux comme moyen d’isolation thermique et de réduction des demandes en air conditionné ont conduit à s’intéresser évidemment au lierre pour sa capacité à coloniser les murs. Sur une façade en briques, on a comparé l’effet thermique en hiver en comparant les zones couvertes de lierre avec celles non couvertes. La température externe du mur augmente de 0,5°C quand il y a du lierre qui amortit les fluctuations ; la nuit, les murs couverts étaient en moyenne 1,4°C plus chauds que les autres, mais au milieu de la journée, ils étaient 1,7°C plus frais.

Ces résultats nous amènent à suggérer un effet positif thermique du lierre installé sur un arbre. Il protégerait le tronc des effets de froid excessif, rappelons qu’en hiver les arbres sont en vie ralentie, mais aussi et peut-être surtout il rafraîchirait le tronc en cas d’épisode caniculaire en été et préviendrait de certains effets délétères de tels épisodes, appelés à s’intensifier. Le manchon de lierre jouerait donc un rôle de régulateur thermique vis-à-vis de l’arbre.

D’autres observations pointent aussi un effet protecteur de ce manteau envers certaines attaques ; ainsi en Angleterre, des observateurs ont noté que pendant le pic d’épidémie de graphiose de l’orme, les arbres couverts de lierre étaient moins atteints car peut-être moins accessibles aux scolytes foreurs d’écorce qui transmettent la maladie. On pourrait aussi penser que cela protège les arbres contre les attaques des pics ou entretient contre le tronc la présence de toute une faune d’insectes dont une partie pourrait bénéficier à la protection des arbres. Ses propriétés antifongiques débarrassent ainsi les troncs d’arbres de champignons invasifs qui pourraient s’en prendre à l’aubier et même au duramen. De plus, le lierre est très habile pour capturer l’humidité par les feuilles et peut décharger les arbres d’un trop-plein d’humidité qui favorise certains agents pathogènes.

Enrichissement du sol et cycle des nutriments

Bien que persistant, le lierre voit un renouvellement des feuilles tous les 3-4 ans. En fin de vie, les feuilles se dessèchent, tombent et se décomposent au pied de l’arbre ; le lierre contribue à l’enrichissement des sols en apportant sa part de nutriments. Pour expliquer cette apparente absence d’effet négatif, il faut s’intéresser au feuillage du lierre. Chez cet arbuste sempervirent, les feuilles coriaces persistent de 3 à 4 ans avant de sécher et tomber. La période de renouvellement des feuilles se situe en fin de printemps avec l’émergence des nouvelles feuilles toutes fraîches. Les feuilles adultes connaissent alors une baisse de leur taux de chlorophylle qui revient à la normale 3 à 4 semaines plus tard : les plus âgées tombent donc à cette occasion et non pas de manière échelonnée toute l’année comme les aiguilles des résineux.

Et la chute peut être très conséquente quand on voit dans certains milieux le nombre d’arbres couverts de lierre et le volume qu’occupent ces derniers. Dans une forêt alluviale, l’apport est estimé à 0,8 tonnes par hectare de feuilles qui vont donc se décomposer à contretemps des autres, pendant la saison de croissance des arbres porteurs. Cette décomposition permet de séparer les éléments minéraux des molécules organiques, et de les recycler lors de la nutrition minérale des plantes. Une autre étude dans le même milieu montre que la décomposition de cette litière de feuilles de lierre et la libération associée de minéraux pendant les quatre mois de la saison de croissance dépend de la nature des arbres supports. Ainsi, sous les chênes, la décomposition des feuilles de lierre est plus lente que sous des frênes ou des peupliers et les taux de libération de nitrates, de phosphore et de magnésium issus de la décomposition sont diminués. Par contre, le taux de libération du potassium semble indépendant de la nature des arbres.

De plus, en raison de leur croissance à l’horizontale, les lianes prélèvent les éléments minéraux loin des troncs, et la chute des feuilles relocalise ces minéraux au pied des arbres. Il a été montré en forêt subtropicale que la chute des feuilles des lianes fournissait proportionnellement plus de litière, et une litière de meilleure qualité que celle des arbres.

Un refuge vital pour la biodiversité

Le lierre est un allié précieux pour la faune. Son feuillage persistant accueille un grand nombre d’insectes, d’arachnides et de petits reptiles qui trouvent refuge sous son feuillage. Des oiseaux nichent sur les lianes les plus robustes et se régalent des baies hivernales. Il offre également gîte et couvert à un grand nombre de butineurs, en particulier les abeilles.

Abeilles butinant les fleurs de lierre en automne

En automne, quand le lierre est en fleur, à une période où les floraisons sont rares, c’est une véritable « ruche » avec des milliers d’abeilles, de guêpes, de syrphes, de papillons, etc., qui viennent se nourrir de nectar et de pollen à ses fleurs minuscules. Dernière plante à fleurir avant l’hiver dans bien des endroits, le lierre favorise la survie hivernale de très nombreux insectes pollinisateurs, dont une visiteuse spécialisée, l’abeille du lierre. Pierre Deom dans La Hulotte n°106 « Les trois vies du Lierre » rapporte qu’au moins 200 espèces d’insectes se nourrissent du nectar des fleurs du lierre. En automne, le lierre peut constituer jusqu’à 90 % des ressources alimentaires des abeilles. Ce nectar et ce pollen qu’elles recueillent sur le lierre leur permettent de produire un miel qui cristallise trop vite pour que nous le mangions mais qui les nourrit, elles, tout au long de l’hiver. De la même manière, la Collette du lierre est une abeille sauvage qui lui est inféodée.

Après la floraison vient la fructification, toujours à contre-saison par rapport aux plantes dominantes : les fruits sont à maturité en décembre-janvier. Ils sont comestibles pour les oiseaux, bien que pas très recherchés. Mais quand l’hiver est rude et que les autres sources de nourriture sont épuisées, les merles, grives et autres passereaux y trouvent de quoi survivre. Et par la même occasion, ces derniers reproduisent la plante en rejetant ses graines dans leurs déjections.

Associé à un chêne, le lierre abrite « plus de 700 organismes vivants différents (tous les règnes et espèces confondus) », selon Jean-Claude Beaumont, de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux. Grâce à son feuillage persistant, de couleur vert foncé quand il n’est pas juvénile, et grâce aux nœuds que forment ses racines, le lierre est un abri et le lieu d’hibernation de nombreuses espèces telles le Papillon citron ou la Coccinelle à 7 points. Il accroît ainsi la population d’auxiliaires du verger, qui sont prédatrices des ravageurs. Il abrite une grande quantité de mouches, notamment des Syrphes, dont les larves se nourrissent de pucerons, de guêpes, de frelons, des coléoptères. Et puisqu’il abrite une grande quantité d’insectes, il est normal que le lierre abrite aussi leurs prédateurs, les oiseaux. C’est pourquoi la grive, le merle noir, le rouge-gorge, les moineaux domestiques, le Hibou moyen-duc, les chauves-souris peuvent y nicher ou seulement y dormir, tandis que quantités de passereaux s’y nourrissent, et jusqu’aux lérots, renards et martres.

Enfin, parmi ses qualités incontestables, il faut ajouter que le lierre est un dépolluant atmosphérique très efficace.

Quand le lierre devient-il un défi ? Les rares cas problématiques

Malgré ses nombreux bienfaits, le lierre peut, dans des circonstances spécifiques, présenter des inconvénients pour les arbres. Cependant, il est important de souligner que ces effets négatifs sont loin d'être systématiques et sont souvent amplifiés par des facteurs préexistants chez l'arbre.

Compétition pour la lumière dans la canopée

Si un lierre installé sur un arbre réussit à atteindre la canopée, il accède alors à la lumière totale et va déployer ses ramures et son feuillage. Clairement, il va entrer en compétition pour la lumière avec l’arbre et prendre le dessus du fait de son feuillage permanent qui va ombrager le feuillage de l’hôte. Mais ceci ne semble se produire que sur des arbres affaiblis, en « fin de vie » avec une cime qui s’éclaircit et laisse la voie libre au lierre. D’aucuns disent donc que ce n’est pas un effet vraiment négatif, juste une accélération du déclin entamé. Voir un arbre mort couvert de lierre n’est donc pas la preuve que c’est le lierre qui l’a tué !

La lumière est la seule source de matière et d’énergie des plantes par le processus de photosynthèse. Les feuilles des arbres et celles du lierre sont en compétition pour la lumière dans les parties hautes des arbres. Cependant, le lierre, dont les feuilles sont plutôt situées près du tronc et des grosses branches de l’arbre, supporte en outre très bien l’ombre. Les feuilles de l’arbre sont davantage situées sur les extrémités des rameaux, en pleine lumière. Cette compétition est donc plutôt en faveur de l’arbre, sauf si son feuillage est déjà très clairsemé, comme c’est le cas pour les arbres affaiblis par l’âge ou la maladie.

Risques liés au poids et à la prise au vent

Un autre effet collatéral du lierre installé vers la cime concerne le risque de faire casser l’arbre lors d’épisodes de vent fort ou de gel intense. En effet, la boule volumineuse d’un lierre installée dans la cime avec son feuillage présent même en hiver offre une prise au vent accrue et devient très lourde en cas de formation de glace sur les feuilles. Le risque est encore plus fort avec les essences à bois tendre (peupliers, saules, frênes) ou avec les arbres âgés. Dans les ripisylves ou forêts alluviales où le lierre prospère, plusieurs d’entre eux peuvent souvent coloniser un même arbre, créant alors un risque encore plus fort de casse. Ainsi se créent des vides provoqués par les coups de vent (des chablis), sièges idéaux pour la régénération naturelle : des semences d’arbres pourront germer et renouveler la population.

Cependant, le lierre peut peser très lourd, contraignant l’arbre à produire davantage de bois, ce qui lui coûte des ressources. Et la présence de lierre augmente beaucoup la surface de feuillage sur laquelle le vent appuie, comme sur une voile : cette prise au vent peut devenir importante au point de briser ou déraciner l’arbre. Le lierre peut aussi fragiliser par son poids et ses enlacements quelque peu envahissants les sujets les plus jeunes et les espèces les plus frêles. En effet, dans sa quête effrénée de lumière, un lierre qui atteint la cime d’un arbre va peu à peu s’enrouler sur le branchage supérieur. Les branches peuvent ne pas y résister et casser. L’arbre ainsi surchargé et donc significativement plus lourd peut aussi être plus vulnérable en cas de vents violents ou de chute de neige, sans compter que les feuilles du lierre occultent également la lumière du soleil.

Il peut arriver que le lierre, par son poids, soit à l’origine de casse de branches ou de chute de l’arbre support, mais cela est probablement lié à une faiblesse intrinsèque à l’arbre. En fait, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, le lierre est rarement responsable de l’affaiblissement de son support. Si vous notez qu’un arbre recouvert de lierre est mourant ou mort, c’est qu’il l’était avant ou que le lierre n’a fait au plus qu’accélérer un processus déjà en marche, une fragilité déjà présente.

Compétition pour l'eau et les sels minéraux du sol ?

Le lierre peut-il nuire aux arbres, même s’il ne s’en nourrit pas ? Il puise l’eau et les sels minéraux par les racines de sa partie rampante qui, contrairement aux racines de la partie grimpante, ne sont pas transformées en crampons. Il pourrait donc être en compétition avec les arbres dans le sol pour ces ressources. Mais le lierre garde son feuillage toute l’année, et une étude a montré qu’il utilise l’eau surtout lors des journées douces de fin d’hiver et de printemps, quand les arbres à feuilles caduques n’en ont pas besoin parce qu’ils sont en repos hivernal. De plus, le lierre perd ses feuilles tout au long de l’année, et non pas en une seule fois comme les arbres à feuilles caduques. En se décomposant, ces feuilles apportent dans le sol des minéraux qui semblent pouvoir être utilisés rapidement par les arbres voisins et favoriser leur croissance.

Le cas des murs et monuments

Il en est de même pour les murs sur lesquels s’accrochent le lierre. Si le mur présente des signes de fatigue comme des fissures, le lierre aura tendance à écarter celles-ci par la force de développement de ses crampons. Une étude sur l’impact du lierre sur les monuments de Rome rapporte quelques citations des grands auteurs de l’Antiquité à propos du lierre. Théophraste avait observé dans son Histoire des Plantes la capacité du lierre à s’accrocher : « Il produit des racines à partir de ses tiges entre les feuilles, à l’aide desquelles il s’accroche aux arbres et aux murs ».

Gérer la présence du lierre : Entre laisser faire et intervenir

La question de savoir s'il faut laisser le lierre sur les arbres ou s’en débarrasser fait débat depuis longtemps. Certains voient le lierre comme un bon partenaire, un allié de l’arbre et de la faune. D’autres le considèrent comme un parasite. La voie du milieu le présente comme un opportuniste utile. Tous lui reconnaissent des qualités esthétiques exceptionnelles. Au final, comme diraient certains journalistes, « chacun se fera son idée » mais tout indique que pendant une longue période qui dure des dizaines d’années (tant qu’il n’a pas atteint la cime) le lierre présente bien des avantages indéniables pour les arbres et que ses effets négatifs concernent surtout des arbres « condamnés ».

Illustration des différentes méthodes de taille du lierre sur un arbre

Contrôler la croissance du lierre

Dans les cas où le lierre pourrait fragiliser un arbre, plutôt que de songer à l’arracher, vous pouvez préférer contrôler sa croissance. Taillez-le à hauteur d’homme - une hauteur de 2 m pas plus facilite l’entretien. Renouvelez cette taille chaque printemps et désépaississez-le avec une cisaille tout aussi régulièrement.

Se débarrasser du lierre

Si vous souhaitez vous en débarrasser totalement, vous pouvez procéder de diverses manières. Détachez aisément à la main les plus jeunes lianes en commençant à la base et en montant sans vous presser aussi haut que vous le pouvez. Procédez de même mais au sécateur pour les lianes les plus épaisses, en prenant garde de ne pas blesser l’écorce. Vous pouvez également choisir une méthode plus simple et moins physique : l’hiver venu, sectionnez l’ensemble des lianes au sécateur au pied de l’arbre. Elles sécheront en quelques semaines et vous pourrez, dès le printemps suivant, les détacher plus facilement. Pour les parties hautes et inaccessibles, coupées de leur racine elles vont se dessécher et peu à peu se détacher.

Planter du lierre : Choix et précautions

Si vous restez adepte des qualités esthétiques du lierre et préférez habiller vos arbres mal en point que les abattre, réfléchissez en amont à la faisabilité de votre projet. Le lierre peut effectivement être un fantastique habillage mais c’est aussi un manteau lourd qui, comme nous l’avons déjà mentionné, alourdira son support. Fragilisé par le surpoids, un support « bancal » risque de finir par céder. Ne prenez par exemple pas le risque d’alourdir un arbre qui pourrait provoquer des dégâts en tombant.

Ces précautions prises, vous êtes impatient de profiter de ce nouveau décor au jardin. Si le lierre n’est pas déjà naturellement installé, donnez un coup de pouce à vos envies paysagères en plantant vous-même quelques variétés bien choisies et maîtrisez leur évolution à votre guise en taillant plus ou moins régulièrement, plus ou moins vigoureusement. Sur de vieilles souches et quelques vestiges de troncs, pour une couverture rapide, choisissez une variété de lierres communs, tous très couvrants et poussant rapidement. Vous les choisirez en fonction de votre zone géographique.

En climat froid, préférez le très rustique ‘Shamrock’ qui supportera des températures en-deçà de -20°C et illuminera le décor de son petit feuillage trilobé vert vif, à moins que vous ne préfériez le feuillage plus imposant et la grande capacité de couverture du ‘Green Ripple’. Plus inattendu mais exceptionnellement vigoureux, le lierre de Colchide couvrira des zones ombragées entières de ses longues lianes et de ses grandes feuilles en forme de cœur. Il apportera romantisme et luminosité à un coin un peu délaissé du jardin qui ne demandera plus qu’à être réinvesti.

Le LIERRE étouffe les arbres ?! La Chronique du Vivant

Le lierre : Un allié insoupçonné de l'écosystème forestier

La nature dans toute sa richesse et sa diversité, que l’on appelle communément biodiversité, est un jeu d’interactions constantes où les relations d’entraide sont aussi importantes que celles de concurrence. Si le lierre est en concurrence pour la lumière avec d’autres plantes, il ne fait que répondre à sa nature : le lierre fleurit à la fin de l’été quand il a assez de lumière. S’il fleurissait à la même période que la plupart des arbres, soit au printemps et au début de l’été, il serait un rude concurrent attirant à lui force insectes pollinisateurs, au détriment des arbres. Mais ce n’est pas le cas. Sagement, il attend le début de l’automne pour fleurir, offrant ainsi le manger à de très nombreux insectes butineurs qui sont bien contents de pouvoir compter sur lui pour faire leurs dernières réserves de provisions. C’est le cas des abeilles domestiques et l’une des raisons pour lesquelles il est primordial de conserver du lierre grimpant sur des arbres ou des murs, car ce n’est qu’à cette condition qu’il peut fleurir et nourrir les abeilles.

Qu’elles aident à nourrir les arbres ou qu’elles en fassent tomber certains, ouvrant ainsi la place pour d’autres, les lianes ont une influence considérable sur l’écologie forestière, et les spécialistes estiment que leur action est globalement favorable à la biodiversité forestière. Ainsi, une étude rapportée dans l’excellente revue La Hulotte, qui consacre ses numéros 106 et 107 au lierre, porte quant à elle sur la qualité du bois : un propriétaire forestier avait fait éliminer systématiquement le lierre sur une de ses parcelles pendant soixante-quinze ans, et était arrivé à la conclusion que la qualité de bois n’était pas différente entre les parcelles avec lierre et les parcelles sans lierre. Ce qui ne nous renseigne pas sur les différences de mortalité entre les arbres, mais donne pour indication que les forestiers n’ont pas d’intérêt à arracher le lierre pour favoriser la vente du bois.

Alors le lierre tue-t-il les arbres ? Ça arrive, mais pas systématiquement, et, en tous cas, il ne les parasite pas. Parfois le lierre favorise son arbre support. Lierre et arbre entretiennent des interactions complexes, comme le sont les interactions dans les écosystèmes, pas entièrement nuisibles, pas entièrement bénéfiques… Avant donc de détruire le lierre voyons un peu s’il est utile à d’autres espèces de l’écosystème.

Infographie récapitulant les bénéfices du lierre pour la biodiversité

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