Le lierre sur les façades : entre atouts écologiques et gestion rigoureuse

Le lierre est très répandu en France et peut rapidement recouvrir une façade entière. C’est probablement la plante grimpante la plus commune dans les jardins et les forêts de France. Vivace et résistant, le lierre peut aussi bien s’agripper aux troncs des arbres qu’aux grilles ainsi qu’aux murs. Sur certains bâtiments, il peut même recouvrir entièrement une façade. Certains peuvent apprécier cette idée et donc vouloir entretenir le lierre déjà présent, voire en planter. Mais sa présence n’est pas anodine et il convient de bien peser le pour et le contre.

Lierre grimpant sur une façade en pierre

Les bénéfices insoupçonnés de la végétalisation

La présence de cette plante peut présenter des avantages au-delà de l’esthétisme. L’intérêt principal du lierre est avant tout esthétique. Il permet de végétaliser une habitation, même si celle-ci n’a pas un grand jardin, et de créer un îlot de verdure. Il camouflera élégamment les façades disgracieuses, par exemple en parpaing nu. Le lierre et la vigne n’ont pas leur pareil pour sublimer une façade et donner beaucoup de charme à une maison.

Au-delà de l'aspect visuel, laisser grimper du lierre sur un mur a aussi un intérêt environnemental :

  • Régulation thermique : Il agit comme une seconde couche isolante, limitant la chaleur en été et protégeant du froid en hiver. En hiver, le lierre va protéger les murs contre la pluie et jouer le rôle d'un isolant. Au contraire, l'été, il réduit l'impact de l'ensoleillement sur la façade et la rafraîchit.
  • Protection du bâti : Le lierre est une protection naturelle pour la façade : c'est un rempart contre la corrosion engendrée par la pollution de la ville. Il peut même absorber une partie de l’humidité présente dans les murs, ainsi que certains polluants.
  • Biodiversité : Il est utile à la biodiversité en fournissant un refuge à de nombreuses petites bêtes ainsi qu’aux oiseaux. Le lierre grimpant constitue un véritable écosystème miniature. Sa floraison tardive, entre septembre et octobre, représente une source de nectar et de pollen précieuse pour les abeilles sauvages, les syrphes et les derniers papillons de la saison. Les baies noires qui mûrissent entre mars et mai nourrissent de nombreux oiseaux en fin d’hiver : merles, mésanges, moineaux et grives.

Lierre grimpant, un bijou pour la biodiversité

Les points de vigilance : risques et contraintes

Cependant, il faut l’entretenir et le surveiller pour éviter qu’il cause des dégâts. Si le lierre et la vigne peuvent laisser des traces sur les murs et causer des dégâts à la peinture à cause des crampons placés sur les tiges qui leur permettent de s’accrocher, ces végétaux n’abîment pas les façades en bon état. En revanche, ces plantes grimpantes peuvent soulever les tuiles des toits, obstruer les gouttières ou s’infiltrer dans les fissures d’un mur déjà fragilisé.

Ses petites racines s’accrochent avec de petites ventouses et en sécrétant une substance collante. En principe, elles ne peuvent donc pas créer de fissures. En revanche, elles profiteront de chaque interstice déjà existant dans les murs, entre les tuiles, dans les charpentes. À long terme, les dégâts peuvent être importants et favoriser l’infiltration de l’eau plutôt que de lutter contre l’humidité. Il ne faut pas non plus négliger le poids du lierre. Il peut progressivement fragiliser, voire plier une grille ou un garde-corps. Il peut aussi encombrer les gouttières.

Par ailleurs, le lierre est une plante toxique : attention, les feuilles ainsi que les fruits du lierre sont toxiques. Raison pour laquelle les rongeurs ne s’attaquent pas aux troncs d’arbres recouverts par le lierre. Soyez prudents !

Méthodes de culture et variétés

Au jardin, l’utilisation habituelle du lierre consiste à le faire pousser le long d’un mur pour en habiller le parement de ses feuilles persistantes. Il existe d’innombrables variétés de lierre. La plupart des variétés pour le jardin sont issues du lierre Hedera helix. Le lierre du Caucase (Hedera colchica) est moins répandu. On le reconnaît à ses grandes feuilles, aux bords recourbés vers l’arrière. « Glacier » et « Goldheart » sont deux variétés à feuilles panachées qui supportent l’hiver à l’extérieur sans dommages.

Le lierre est facile à multiplier à partir de boutures. Pour ce faire, coupez des pousses annuelles de manière à avoir deux nœuds pourvus de feuilles. Supprimez la feuille du bas. Placez trois boutures de ce genre dans un pot rempli de terreau de culture en veillant à ce que le nœud du bas soit bien recouvert de terre. Si vous glissez un sachet sur le pot, la terre restera bien humide jusqu’à ce que les pousses produisent des racines au bout de deux mois.

Schéma explicatif de la bouture du lierre

Une fois établi, le lierre demande peu d’entretien. Cette plante grimpante possède une première génération de rameaux conquérants qui partent à l’assaut du support en se fixant, grâce à leurs racines crampons, sur toutes les surfaces. Une fois constitué un réseau dense de rameaux, le lierre produit ensuite une seconde génération de branches dépourvues de racines et facilement reconnaissables à leurs feuilles moins découpées.

Entretien et gestion à long terme

Si vous souhaitez conserver le lierre sur vos murs, il convient donc de l’entretient, notamment par une taille régulière. Il faudra également vérifier régulièrement qu’il ne cause pas de dégâts. Si vous souhaitez en faire pousser, procédez préalablement aux réparations nécessaires pour ne laisser aucune faille. Elles n’ont pas à être esthétiques puisqu’elles seront dissimulées par les feuilles. Le plus sûr est encore de placer un treillis contre la façade afin de la protéger et de pouvoir entretenir le lierre plus facilement.

Si vous décidez un jour de le supprimer, il faudra ensuite nettoyer et repeindre le mur. Voici la marche à suivre pour retirer la plante :

  1. Arrosez abondamment le pied de la plante mais aussi les tiges fixées sur le mur pour ramollir les crampons situés sur les racines.
  2. Coupez les lianes principales à l’aide d’un sécateur.
  3. Tirez doucement sur les tiges secondaires pour les détacher du mur. Faites preuve de délicatesse parce que si le lierre et la vigne n’abîment pas les murs en tant que tel, les ôter peut causer des dégradations, notamment sur les vieux murs en pierre.
  4. Ôtez les dernières ventouses en les frottant avec une brosse si nécessaire.
  5. Enlevez le pied à l’aide d’une pelle en prenant soin de retirer les racines pour éviter que la plante ne repousse.

Pour vous faciliter la tâche, vous pouvez arroser votre pied de vigne ou votre lierre avec un désherbant naturel comme de l’eau bouillante, du vinaigre blanc ou du sel mélangé à de l’eau. Une surveillance régulière permet de profiter des bienfaits du lierre sans subir ses inconvénients. La coupe progressive en automne, lorsque la sève est moins active, limite le stress des végétaux.

Illustration de la taille annuelle du lierre sur un treillis

Idées reçues et réalités botaniques

Contrairement aux croyances populaires, le lierre ne parasite pas les arbres. Il développe ses propres racines dans le sol et réalise sa photosynthèse de manière autonome. Cette plante grimpante peut vivre plusieurs siècles et atteindre une trentaine de mètres de hauteur. Loin d’étouffer les arbres, le lierre les protège de multiples façons. Il forme une barrière thermique qui limite les chocs de température, protège l’écorce du gel hivernal et réduit la surchauffe estivale. Au pied des arbres, le lierre maintient l’humidité du sol et limite l’érosion.

Sur les murs en bon état, le lierre ne cause aucun dommage structurel. Ses crampons adhèrent uniquement à la surface sans pénétrer dans la maçonnerie. Le feuillage intercepte la pluie battante et filtre les polluants atmosphériques. Le lierre s’adapte à tous les types de sols et pousse aussi bien à l’ombre qu’au soleil. La plante est un allié insoupçonné pour la maison, à condition de comprendre son cycle de développement et de ne pas la laisser prendre le dessus sur les éléments fragiles de la construction. En complément des rideaux de feuillage, une autre idée consiste à réaliser des corniches végétales. Le lierre se marie harmonieusement avec d’autres plantes grimpantes comme la clématite, la vigne ornementale ou le houblon. En couvre-sol, le lierre forme rapidement un tapis persistant au pied des arbres ou dans les zones ombragées du jardin. Le lierre grimpant possède des capacités dépolluantes reconnues. Traditionnellement utilisé en phytothérapie, le lierre entre dans la composition de remèdes contre la toux et les affections respiratoires.

tags: #lierre #facade #verre