La lutte contre les mauvaises herbes (adventices) est certainement une des activités les plus coûteuses dans la culture du maïs, mais elle est absolument nécessaire. En effet, les mauvaises herbes concurrencent les plants de maïs pour l’eau, les nutriments et l’accès à la lumière du soleil, en particulier pendant les « phases critiques » de la culture. Si elles ne sont pas contrôlées, elles peuvent réduire le rendement du maïs jusqu’à 30 %. Avec une récolte mondiale estimée à 1,0 milliard de tonnes, le maïs est l'une des cultures les plus importantes au monde. Par conséquent, le désherbage, comme de manière générale la protection des cultures contre les phytopathogènes, doit être menée de manière intégrée, c’est-à-dire en mettant en œuvre différentes stratégies de contrôle.

Identification et diagnostic : la première étape de la lutte
Le profil des mauvaises herbes (c’est-à-dire les espèces rencontrées dans un champ donné) est le principal paramètre à prendre en compte pour choisir les méthodes de désherbage les plus appropriées. Les espèces de mauvaises herbes varient selon les régions/pays et les champs. Pour les reconnaître facilement, on peut utiliser un guide d’identification, en version papier ou électronique (de nombreuses applications pour smartphone sont déjà disponibles). Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la tenue de tels registres. Les agriculteurs doivent tenir un registre pour noter les espèces de mauvaises herbes qui poussent dans leur champ et leur population. Les outils de l’agriculture de précision peuvent également permettre de cartographier la répartition des espèces d’adventices dans un champ.
Parmi toutes les espèces, la Striga (Striga asiatica (L.) Kuntze) ou « herbe aux sorcières » se distingue comme un ennemi majeur du maïs, provoquant des pertes de rendement pouvant aller jusqu’à la perte totale de la récolte, notamment en Afrique. La résistance des adventices aux herbicides utilisés est un problème non négligeable à l’échelle mondiale. Sa gravité est variable selon les pays et les composés actifs de l’herbicide. En termes simples, la lutte intégrée consiste à utiliser différentes techniques, comme le travail du sol, les herbicides et d’autres mesures susceptibles d’avoir un effet sur les espèces d’adventices, leur densité, leur survie et la concurrence qu’elles représentent.
Stratégies de lutte chimique : principes et applications
Les herbicides sont des substances chimiques dont le choix dépend du spectre d'action. De la classe botanique des monocotylédones, les espèces les plus communes appartenant généralement à la famille des graminées sont les annuelles. D'autres espèces comme Commelina benghalensis, qui est une monocotylédone vivace, compliquent la gestion. Compte tenu de cette grande diversité, il est nécessaire d'utiliser au moins deux types d'herbicides avec jusqu'à cinq principes actifs pouvant être utilisés dès le moment précédant le semis, après le semis et après la levée des cultures.
Les agriculteurs utilisent généralement un mélange d’un herbicide à base de triazine, comme l’atrazine ou la terbuthylazine, pour lutter contre les mauvaises herbes à feuilles larges (adventices dicotylédones), et d’un chloroacétanilide comme l’alachlore, le métolachlore et l’acétochlore, pour lutter contre les graminées. Pour éviter l’apparition d’une résistance, il est conseillé de changer fréquemment d’herbicides (mode d’action). Par exemple, pour lutter contre le liseron des haies, qui génère des difficultés de désherbage sur la quasi-totalité des maïs en rotation courte, on utilisera des dérivés auxiniques type dicamba ou fluroxypyr en deux applications dissociées.
Mécanismes d'action des herbicides courants
- Glyphosate : Herbicide hautement translocable (systémique), inhibiteur de l'enzyme EPSPs. Largement utilisé en pré-semis, il nécessite parfois l'association d'autres herbicides là où des biotypes résistants sont présents.
- Glufosinate : Herbicide de contact (non translocable) agissant par l'inhibition de l'enzyme S-Glutamine.
- Atrazine : Transférable (systémique) en pré-levée et contact en post-levée. C'est un inhibiteur du photosystème II.
- Mésotrione et Témbotrione : Herbicides systémiques inhibiteurs de l'enzyme HPPD, essentiels pour la gestion des dicotylédones et de certaines graminées.
comment faire de l'herbicide dans un champ
Le désherbage mécanique et thermique
La lutte mécanique peut se faire à la bineuse jusqu’au stade 5-6 feuilles du maïs. Au-delà de ce stade, il y a un risque d’endommager les plantes lors du passage du tracteur. Les stratégies « combinées », associant intervention chimique et binage(s), procurent des niveaux d’efficacité et de sélectivité proches des stratégies « tout chimique ». Le moins contraignant consiste à dissocier l’application chimique du binage, en comparaison à un désherbinage (binage dans l’inter-rang et pulvérisation simultanée sur le rang).
Pour les options sans produits chimiques, le brûleur de mauvaises herbes, tel que le système E-Therm Selekt, représente une innovation majeure. Ce système assure un mélange optimisé de gaz et d’air pendant la combustion, protégeant celle-ci contre le vent. La chaleur est ainsi entièrement utilisée pour le contrôle thermique des jeunes mauvaises herbes, sans risque d’endommager les racines de la culture principale, contrairement à certains passages mécaniques.
Rotation des cultures et gestion des systèmes
La monoculture du maïs pratiquée dans un champ pendant de nombreuses années a un effet considérable sur le profil et la population des mauvaises herbes. L’introduction d’autres espèces végétales dans le champ permet de réduire considérablement la pression de sélection s’exerçant sur certaines espèces de mauvaises herbes. La rotation des cultures permet de lutter très efficacement contre des espèces comme Cyperus spp.
Il convient de sélectionner des espèces qui ne sont pas étroitement liées et dont les « ennemis » sont différents. Dans les scénarios où le maïs est semé après la récolte du blé, du soja ou des haricots, des herbicides de pré-levée peuvent être appliqués sur des terres exemptes de mauvaises herbes. L'utilisation d'outils d'agriculture de précision pour cartographier ces zones permet une application ciblée, réduisant ainsi les coûts et l'empreinte environnementale. Il est impératif de lire et suivre les instructions de l’étiquette, d’utiliser les équipements de protection individuelle et de bien nettoyer le pulvérisateur après chaque usage.