La gestion de l'eau est devenue un enjeu central pour le secteur agricole, et plus particulièrement pour le maraîchage. Mme Sabine Drexler souligne que seule une stratégie déterminée de réduction des prélèvements et d'utilisation raisonnée de la ressource est susceptible d'apporter une solution de long terme. La réduction des prélèvements est la condition du retour à l'équilibre dans les zones en tension et de la restauration du bon état des masses d'eau. Si la réalité du changement climatique est indéniable et affecte d'ores et déjà les ressources en eau, notre modèle agricole demeure largement dépendant de l'utilisation de cette ressource. L'accès à l'eau, dans le respect des équilibres naturels et d'une gestion durable, est donc un gage de pérennité des exploitations agricoles, de maintien de productions et de compétitivité de l'agriculture.

Le contexte climatique et les stratégies nationales
Dans le contexte actuel de changement climatique, les territoires seront de plus en plus confrontés à une diminution des régimes de pluies et des périodes de chaleur et de sécheresse de plus en plus précoces, longues et marquées. Ces conditions climatiques auront notamment pour conséquence d'affecter l'ensemble des productions agricoles, et ce partout sur le territoire national. Dans ce contexte, les stratégies de l'ensemble des usagers de l'eau doivent s'adapter vers une gestion plus sobre et efficiente de l'eau.
Le Gouvernement est pleinement mobilisé et œuvre en faveur des enjeux de gestion de l'eau et de disponibilité de l'eau. Le Varenne agricole de l'eau et de l'adaptation au changement climatique (VAECC), dont les travaux se sont achevés en 2022, a acté des mesures à mettre en œuvre afin d'anticiper les effets du changement climatique sur l'agriculture pour mieux la protéger et l'adapter. Ces mesures, suivies par une délégation interministérielle, ont vocation à se doter d'outils d'anticipation et de protection dans le cadre de la politique globale de gestion des aléas climatiques ; renforcer la résilience de l'agriculture en agissant notamment sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et l'efficience de l'eau d'irrigation ; partager une vision raisonnée des besoins et de l'accès aux ressources en eau mobilisables pour l'agriculture sur le long terme.
Le plan d'action pour une gestion résiliente et concertée de l'eau (dit « plan eau ») annoncé le 30 mars 2023 par le Président de la République comporte plusieurs mesures pour optimiser la disponibilité de la ressource en eau. L'objectif posé est de réduire globalement les prélèvements de 10 % d'ici 2030. Pour le secteur agricole, cet objectif de sobriété consiste à ne pas augmenter les prélèvements à horizon 2030 par rapport à l'actuel niveau. Compte tenu de l'impact du changement climatique sur les différentes cultures et de la nécessité d'assurer la production agricole dont dépend l'alimentation, cet objectif autorise l'augmentation des surfaces irriguées, avec, en corollaire, une réduction de la consommation moyenne d'eau à l'hectare irrigué.
La réalité du terrain : le cas du maraîchage
Le terme maraîchage désignait l’activité des jardiniers qui cultivaient autour de Paris et des grandes villes en général située sur des marais. Si aujourd’hui, les fermes maraîchères se sont éloignées des marais, la gestion de l’eau est un facteur clé de réussite. Sept fermes maraîchères de Lorraine se sont réunies au sein d’un GIEE AGIR : « Association pour une Gestion de l’Irrigation Responsable » afin d’échanger sur leurs pratiques. La problématique réside dans le facteur limitant en termes de ressource en eau engendrant d’une part des investissements supplémentaires (bassin de rétention) et une obligation de prioriser les cultures irriguées et de trouver des astuces.
Ainsi une attention toute particulière est portée sur les semis directs (carotte…), le repiquage et les légumes sensibles (radis, navet, épinard, salade…). La pose de voile d’hivernage P17 sur un semis de carotte permet de maintenir l’humidité au sol et diminue ainsi les interventions. Certains privilégient des plantations de choux plus tardifs en saison avec des cycles plus courts. À l’installation, le maraîcher doit définir ses besoins en termes de volume à l’année et de pic de besoin en période estivale. Ces éléments détermineront sa stratégie d’approvisionnement en eau et de dimensionnement de son réseau d’irrigation. On évalue les besoins annuels en irrigation de 1500 à 3000 m3/ha/an, en comptabilisant une surface sous abris de 10%. Ce qui revient à une centaine de jours entre 15 et 30 m3 et des pics à 60 m3 par grosse sécheresse.
Outils de pilotage et techniques d'optimisation
Pour piloter l'irrigation, deux notions sont essentielles :
- L’ETP (Evapo-transpiration potentielle) : Elle représente la perte en eau d’un sol selon différents paramètres tels que le vent, la température, le rayonnement, l’humidité… On trouve sa valeur en tapant sur un moteur de recherche « meteo60, etp, votre commune ». L’ETP est donnée en mm et pour un sol bien pourvu en eau.
- Le Kc (Coefficient cultural) : C’est le coefficient qui est déterminé selon le stade et le type de culture. La fréquence et les doses apportées vont dépendre du volume de la réserve en eau facilement utilisable (RFU) du sol, c’est-à-dire l’eau qui est suffisamment peu liée aux particules de sol pour être facilement absorbée par les racines.
En maraîchage diversifié, vu la multitude d’espèces cultivées, le nombre de séries différentes par espèce, l’application de ces méthodes est extrêmement complexe, elle sert néanmoins de boussole. Pour optimiser l'irrigation, il est conseillé d'installer du paillage au sol, d'éliminer les adventices pour limiter la concurrence, d'utiliser davantage de goutte-à-goutte, d'implanter des « brises vent » et d'installer des ombrages.
Installer un système goutte-à-goutte pour potager - Truffaut
Cadre réglementaire et prélèvements
La réglementation concerne la quantité d’eau prélevée et la qualité de l’eau utilisée. Chaque projet de création d’un forage pour prélever de l’eau souterraine doit faire l’objet d’une déclaration préalable (cerfa n°13837*02) en mairie par lettre recommandée et accusé de réception. Quand le dossier est constitué et jugé recevable, la DDT émet un récédissé de déclaration de forage. Le foreur effectue un pompage d’essai qui permet de vérifier la productivité du forage.
En ce qui concerne les usages :
- L’eau d’irrigation : L’eau utilisée pour irriguer ou immerger les végétaux doit être propre ou potable. Elle ne doit pas constituer un vecteur de contamination des produits. Seule l’eau d’irrigation en aspersion pour les légumes feuilles et fruits est contrôlée.
- L’eau de lavage : La dernière eau de lavage doit être de l’eau potable. La réglementation n’oblige en aucun cas le lavage des légumes-feuilles avant la vente.
- La réutilisation des eaux traitées (REUT) : Pour faire baisser la tension sur la ressource en eau, la réutilisation des eaux traitées fait partie de la panoplie de solutions que nous devons développer au sein des territoires notamment en matière d’irrigation agricole. L’arrêté définit la qualité des eaux nécessaire aux projets de REUT en fonction des usages et introduit la notion de « barrière ».
Gestion des infrastructures et financements
Le financement public d'infrastructures d'irrigation de terres agricoles doit être conditionné à des engagements de pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement et à la réduction des quantités d'eau utilisée. Dans ce cadre, plusieurs dispositifs sont déployés et permettent d'accompagner financièrement les exploitations agricoles, gérés par FranceAgriMer.
La récupération et le stockage d'eau de pluie constituent également un levier majeur. Les modes de récupération incluent les toitures des bâtiments agricoles, les serres « tunnel simple » ou les serres « multi chapelle ». Si le prélèvement est inférieur à 1000 m3, il n'est pas soumis à une demande d'autorisation. Si le débit instantané n'est pas suffisant (< 6m3 par heure), il y a un besoin de stockage d'eau (bassin, poche ou cuves).

Il existe toutefois des débats vifs sur la gestion quantitative. Greenpeace publie un rapport d’enquête qui analyse le système de gouvernance qui préside à la gestion quantitative de la ressource en eau en France, et notamment à la gestion de l’irrigation. Le projet de loi d’urgence agricole a suscité des réactions contrastées, notamment sur la question du développement du stockage de l’eau et des méga-bassines, sujets qui cristallisent les tensions entre les instances de gestion et les organisations environnementales.
Responsabilité environnementale et cours d'eau
Toute intervention sur un cours d’eau (entretien, travaux, curage…) ou à proximité (utilisation d’engrais, de produits phytosanitaires…) est soumise aux obligations du Code de l’environnement. La végétation sur les berges des cours d'eau joue un rôle à la fois de maintien des berges, de protection contre les influences latérales, de ralentissement de l’eau et d’auto-épuration. Le propriétaire riverain est tenu à un entretien régulier du cours d'eau (article L215-14 du code de l'environnement).
Conformément à la directive européenne du 12 décembre 1991, la France est dans l’obligation de mettre en œuvre des mesures de protection des eaux contre la pollution par les nitrates d’origine agricole. Le respect de la réglementation concernant les nitrates est obligatoire pour les parcelles agricoles situées en Zone Vulnérable (ZV). Chaque projet est unique, et il est essentiel de vérifier l’ensemble du cadre réglementaire en contactant la Chambre d’agriculture ou les services de la DDT pour s'assurer que les prélèvements et les ouvrages respectent les équilibres des usages et des écosystèmes.
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