Le Blé Tendre : Pilier de l'Agriculture et de l'Alimentation

Champ de blé tendre au lever du soleil

Le blé tendre, scientifiquement identifié sous le nom de Triticum aestivum, est bien plus qu'une simple céréale ; il représente un pilier fondamental de l'agriculture et un composant essentiel de l'alimentation humaine et animale à l'échelle mondiale. En France, il est la principale espèce cultivée, avec près de 5 millions d'hectares dédiés à sa culture, marquant ainsi les paysages agricoles, particulièrement dans la moitié nord du pays. Son importance est double : qu'il soit destiné à l'autoconsommation ou à la vente, le blé tendre soutient l'économie agricole grâce à ses vastes débouchés, allant de l'alimentation humaine et animale aux usages industriels, notamment les amidonneries et la production de bioéthanol.

L'Odyssée du Blé : Origines et Domestication

Le Croissant Fertile, Berceau des Céréales

Les racines du blé tendre plongent dans le Croissant Fertile, une région historique du Moyen-Orient, considérée comme le berceau des premières civilisations. La domestication des céréales a été un élément fondateur des premières civilisations humaines, au sortir de la préhistoire, il y a environ 10 000 ans, dans cette région du Proche-Orient. Cette transformation a marqué un tournant décisif pour les sociétés humaines, leur permettant de produire leur propre nourriture et de s'affranchir des aléas de la cueillette. L'expansion des civilisations a disséminé le blé tendre à travers l'Europe et l'Asie, où il a rapidement occupé une place centrale dans l'alimentation et l'économie. Pendant le Moyen Âge, sa culture était déjà bien établie en Europe, formant la base de nombreux systèmes agricoles médiévaux.

L’ancêtre du blé est l’égilope, une grande céréale à un rang de grains, particulièrement rustique mais peu productive, que l'on rencontre encore au Moyen-Orient. La culture du blé est beaucoup moins difficile que celle du riz, ne demandant ni aménagement spécifique du champ ni un lourd travail d’entretien. Entre la période des labours-semis et celle de la moisson, les travaux sont plutôt réduits. Après la récolte, le blé, à la différence du riz, ne demande pas d’opération particulière comme le décorticage. La culture du blé s’est imposée en raison de cette facilité de culture, mais aussi parce que l’essentiel des progrès agricoles a été expérimenté sur lui.

Une Évolution Génétique Complexe

Le blé appartient au genre Triticum, une plante herbacée annuelle de la famille des Poacées. Sa tige, appelée chaume, est cylindrique et peut atteindre jusqu'à un mètre de hauteur. Les feuilles sont linéaires et allongées, disposées de manière alterne et engainante. L'inflorescence, l'épi, se forme au sommet de la tige et est composée de fleurs regroupées en épillets. Les graines, de forme ovale à allongée, mesurent environ 6 à 8 millimètres et varient du beige au brun clair.

Le blé tendre moderne est le fruit d'une remarquable construction génétique, résultant de fusions successives d'espèces. Le premier événement majeur fut la domestication de deux blés sauvages, l'engrain et l'amidonnier, il y a environ 10 500 ans. Le second événement, intervenu il y a environ 9 000 ans, fut une hybridation spontanée entre un blé tétraploïde cultivé (l'amidonnier) et une graminée sauvage, Aegilops squarrosa (Aegilops tauschii). Ce processus a abouti à un blé hexaploïde, le blé tendre (Triticum aestivum), qui possède 42 chromosomes (trois génomes, deux issus de l’amidonnier et un de l’Aegilops, et trois fois sept paires de chromosomes). Parallèlement, l’amidonnier donnera le blé dur, Triticum durum. Les chercheurs, notamment en France, ont joué un rôle clé dans la compréhension et la recréation de ces processus de synthèse du blé.

Diagramme des étapes de l'hybridation du blé

Le matériel héréditaire des plantes est constitué d’ADN, organisé en chromosomes inclus dans le noyau de chacune des cellules de l’individu. Tout caractère héréditaire dépend de l’activité d’unités réparties sur la molécule d’ADN et appelées « gènes ». Chaque gène occupe une position définie sur un chromosome. Le nombre de chromosomes des cellules somatiques d’un individu (symbolisé par le paramètre 2n) est toujours un multiple d’un nombre de base (x), variable avec l’espèce. Chez bon nombre d’entre elles, les cellules de l’individu contiennent 2n=2x chromosomes, on dit qu’elles sont diploïdes. Mais il n’est pas rare chez les plantes cultivées qu’une espèce possède 3, 4 exemplaires ou plus du nombre de base de chromosomes (triploïde, tétraploïde…). Lors d’un croisement, chaque parent donne un jeu de chromosomes (n) à l’hybride qui est obtenu.

Les travaux de génétique contemporaine montrent que la génétique de la domestication des céréales est assez simple. En fait, la domestication a été facilitée pour des espèces qui avaient des caractères phénotypiques favorables et des dispositions génétiques ou reproductives favorisant le maintien d’un type cultivé. Parce qu’elles possédaient des particularités génétiques simples préexistantes et que celles-ci ont été mises à profit par des pratiques agronomiques simples également.

Caractéristiques et Valeur Nutritionnelle du Blé Tendre

Une Céréale aux Multiples Atouts

Le blé tendre se distingue par sa grande adaptabilité à une multitude de sols, ce qui lui permet d'offrir des rendements en grain importants. Il est le blé le plus panifiable, grâce à sa teneur élevée en gluten, une protéine essentielle pour la fabrication du pain et de nombreux produits de boulangerie, formant une structure élastique et collante une fois hydratée.

La structure de la graine est particulièrement intéressante : elle est composée principalement d'amidon, entouré par une couche de son riche en fibres, et d'un germe. Le son de blé, les couches externes du grain, est particulièrement apprécié pour sa haute teneur en fibres alimentaires, en vitamines B, en minéraux (fer, magnésium, zinc) et en antioxydants. Le germe, quant à lui, bien que fragile et sujet au rancissement, est une source concentrée de nutriments.

Profil Nutritionnel Détaillé

Sur le plan nutritionnel, le blé tendre est une source précieuse de glucides complexes, constituant environ 70 à 75 % de son poids. Il apporte également entre 10 et 15 % de protéines végétales. Il est une excellente source de vitamines du groupe B, notamment B1, B2, B3 et acide folique, qui sont cruciales pour le métabolisme énergétique et la santé du système nerveux. De plus, il fournit des minéraux essentiels tels que le fer, le potassium, le zinc et le phosphore. Le phosphore, en particulier, est vital pour le maintien d'une ossature et de dents saines, ainsi que pour le métabolisme énergétique. Le potassium contribue au bon fonctionnement musculaire et nerveux, régule l'équilibre hydrique et aide à maintenir une pression sanguine normale.

Comparé à d'autres céréales comme le maïs et le riz, le blé tendre se démarque par sa teneur plus élevée en protéines végétales. Cependant, il est important de noter que le processus de transformation du blé tendre en farine blanche raffinée entraîne une perte significative de nutriments. En effet, le son et le germe, qui concentrent la majorité des fibres, des vitamines et des minéraux, sont retirés. La farine de blé entier, en conservant ces deux composants, offre une valeur nutritionnelle considérablement plus élevée. Pour ceux qui recherchent une teneur encore plus élevée en fibres, le petit épeautre constitue une alternative intéressante.

Il est crucial de mentionner la présence de gluten dans le blé tendre. Bien que bénéfique pour la panification, le gluten peut provoquer des réactions indésirables chez certaines personnes, notamment celles atteintes de la maladie cœliaque, une maladie auto-immune où l'ingestion de gluten endommage l'intestin grêle. Ces personnes doivent suivre un régime strict sans gluten.

Pratiques Agricoles et Gestion des Cultures

Le Cycle Cultural : Du Semis à la Récolte

La réussite de la culture du blé tendre repose sur une vigilance accrue à plusieurs étapes clés du cycle cultural.

Le Semis : Une Fenêtre Cruciale

La période de semis est déterminante et varie selon qu'il s'agisse de blé d'hiver ou de blé de printemps. Le semis du blé d'hiver commence généralement fin octobre et peut s'étendre jusqu'à la mi-novembre, en fonction des régions et des conditions climatiques. Ce type de blé nécessite une période de froid (vernalisation) pour une bonne floraison ultérieure. Le blé de printemps, plus sensible aux basses températures, est semé de février à mars. Le choix de la variété de blé doit impérativement correspondre aux contraintes de sol et de climat, ainsi qu'aux débouchés visés (meunerie, export, alimentation animale). Les plages d'implantation sont préconisées en fonction des données pédo-climatiques locales et doivent être adaptées à la terre de l'agriculteur. La date de semis des variétés dépend de leur précocité et de leur alternatité.

Gestion des Adventices et Fertilisation

Le salissement des cultures de céréales, et particulièrement du blé, est une préoccupation croissante. Un désherbage d'automne est souvent nécessaire pour limiter le développement des adventices. Des herbicides comme le chlortoluron sont fréquemment utilisés dans ce but.

La fertilisation, notamment azotée, joue un rôle primordial. Les besoins du blé en azote sont estimés à environ 3 kg par quintal. Le fractionnement des apports azotés en trois fois (au tallage, au stade épi 1 cm, et entre les stades "2 nœuds" et "dernière feuille étalée") permet de suivre au plus près les besoins de la plante tout au long de son cycle. Cette approche optimise l'efficience de l'azote apporté tout en respectant l'environnement et contribue à améliorer le rendement et la qualité du blé, notamment son taux de protéine. Le pilotage du troisième apport, par des outils de diagnostic, permet d'ajuster la dose en fonction de la variété, du type de sol et des besoins spécifiques de la céréale, augmentant ainsi la teneur en protéine. Des outils comme xarvio® Field Manager aident à moduler les apports d'azote pour une agriculture de précision.

Les Défis Sanitaires et Physiologiques

L'hiver est une période déterminante pour le tallage, une composante essentielle du rendement du blé. En sortie d'hiver, le stade "épi 1 cm" marque le passage entre la phase de végétation et de reproduction. À ce stade, il est crucial d'éviter le risque de gel d'épi, qui peut être contrôlé en adaptant la précocité montaison de la variété et la date de semis aux conditions climatiques et aux types de sol.

Le jaunissement des feuilles en sortie d'hiver peut être dû à un manque de fertilisation, notamment en azote, ou à d'autres causes comme la mosaïque. La lutte contre les maladies du blé, qui peuvent affecter les feuilles, les épis et les tiges, combine des interventions chimiques au printemps avec des mesures agronomiques et un choix variétal judicieux en amont. Pour des maladies comme la septoriose et les rouilles, la résistance variétale permet de limiter le nombre de passages de produits phytosanitaires, dans une démarche encouragée par les Certificats d'Économie de Produits Phytosanitaires (CEPP). L'oïdium, une maladie qui se manifeste par des pustules blanches poudreuses sur les feuilles, tiges et épis, peut attaquer toutes les céréales. Les pustules foncent et prennent une couleur grise ou brune au fur et à mesure de leur croissance.

Il existe de nombreuses espèces du genre Fusarium qui affectent les céréales, formant un complexe de maladies qui infectent les grains, les semis et les plants adultes. M. nivale est le principal agent pathogène du groupe ; il provoque une fonte des semis, qui entraîne la mort des pousses et un éclaircissage.

Les symptômes de la rouille brune se manifestent souvent en automne sur les cultures à semis précoce, sous la forme de pustules de couleur orange à brune. Lors des infections de début d’automne, les pustules individuelles peuvent être confondues avec celles de la rouille jaune. Plus tard dans la saison, le diagnostic est facilité car les pustules brunes tendent à être disséminées de façon aléatoire par opposition aux symptômes de la rouille jaune, qui se présentent davantage sous forme de rayures. Les symptômes apparaissent essentiellement sur les feuilles. Lors des attaques sévères, des pustules peuvent également être observées sur la tige et les glumes. L’infection des glumes par la rouille brune peut entraîner une diminution de poids spécifique. Lorsque les feuilles entrent en sénescence, un « ilot vert » se développe autour de chaque pustule.

L’ergot de seigle est plus fréquent que l’ergot de blé, encore que le développement de cette maladie augmente d’année en année aussi bien sur le blé tendre que sur le blé dur. Il se rencontre également souvent sur les graminées sauvages telles que le dactyle, le vulpin, l’ivraie. L’ergot contient des amines qui lui donnent une odeur nauséabonde. Il contient aussi des alcaloïdes dont l’ergotine, auxquels il doit sa toxicité.

La cécidomyie orange est un ravageur qui peut limiter les rendements et la qualité des grains dans certaines régions. Cet insecte pond dans les fleurs au stade de la floraison, et ses larves se développent au détriment du grain. Le choix d'une variété résistante à la cécidomyie est une solution pour s'épargner ce risque.

Schéma des maladies courantes du blé

La Récolte : Savoir Capter le Bon Moment

La date de récolte dépend de la précocité de la plante, de la date de semis et des conditions climatiques. Une sécheresse en fin de cycle peut avancer la récolte et diminuer la taille des grains.

La qualité du grain est un critère essentiel pour sa commercialisation. Elle est évaluée lors de la récolte à travers le poids spécifique (PS), le taux de protéine, la force boulangère et le temps de chute de Hagberg. Pour garantir une bonne conservation, le taux d'humidité du grain ne doit pas dépasser 15 %. Des conditions pluvieuses lors de la récolte peuvent dégrader le PS et le temps de chute de Hagberg. Tout grain stocké est susceptible de subir une dégradation de ses qualités technologiques, alimentaires et sanitaires, notamment par des bactéries, virus, parasites, substances chimiques ou corps étrangers. Les insectes engendrent une altération des grains et sont source de souillures et de contaminations : ce sont des vecteurs de germes. Malgré une lutte de plus en plus technique leur éradication semble impossible. Les principaux risques de dégradation des grains stockés sont essentiellement fonction de l’humidité relative et de la température de conservation : la connaissance de ces deux paramètres permet d’apprécier l’aptitude au stockage. Lorsque l’humidité du grain est abaissée au niveau du seuil de stabilisation, ce dernier ne contient plus d’eau libre ; son activité respiratoire est très faible et il se comporte presque comme une matière inerte. À ce niveau, une augmentation de l’humidité de 1,5 point multiplie par deux l’intensité respiratoire du grain et la quantité de chaleur dégagée. Les moisissures ne peuvent se développer qu’avec une humidité relative de l’air interstitiel supérieure à 65-70 %. Au-delà de 23 % d’humidité du grain, les moisissures se développent même à des températures très basses et au-delà de 16 % certaines peuvent encore se développer si la température est supérieure à 20 °C.

La Culture du Blé sur Blé : Enjeux et Solutions

Plusieurs secteurs céréaliers de France, parmi les bassins de production du blé à bons potentiels tels que la Normandie, les Hauts-de-France, le Centre - Val de Loire et l’Île-de-France, ont fréquemment recours à la succession de deux blés dans leur rotation. Un blé après une première récolte de blé sur la même parcelle enregistre des pertes de rendement systématiques. Elles sont plus ou moins importantes selon les années et les lieux par rapport à un blé derrière une tête d’assolement. Des facteurs biotiques peuvent expliquer cet écart de rendement entre un « blé de blé » et un « blé de précédent » : les maladies et notamment le piétin échaudage, les ravageurs, les adventices, principalement les graminées annuelles à germination automnale préférentielle. Compte tenu de l’importance des surfaces concernées, la question du choix variétal revient régulièrement.

Depuis 2005, ARVALIS - Institut du végétal et ses partenaires mettent en place des essais pour évaluer les variétés de blé tendre en précédent blé. Le risque de piétin échaudage étant important dans des essais en blé de blé, les variétés testées sont protégées par le traitement de semence Latitude qui réduit les effets de cette maladie. Les différences de rendement entre les variétés sont très marquées par l’année climatique. Des essais réalisés de 2013 à 2015 ont montré que, parmi les variétés testées en blé sur blé avec Latitude depuis au moins deux ans, Hystar, Barok et Fructidor ressortent avec de bons rendements et une bonne régularité. Dans ces situations, Cellule obtient de bons résultats en moyenne sur trois ans malgré une contre-performance en 2013. Rubisko, Diamento et Galactic obtiennent des rendements proches de la moyenne. L’implantation de ces variétés en blé sur blé est possible mais plus risquée.

L’analyse des résultats de ces essais ne permet pas à elle seule de déterminer s’il existe une différence significative entre les classements variétaux obtenus en blé assolé et en blé sur blé (interaction variété x précédent). Afin de répondre à cette question, une étude a débuté en 2015 en utilisant des données historiques issues d’essais variétés en blé assolé et en blé sur blé dans des contextes agronomiques comparables. En intégrant les données des essais 2015 et à venir, la poursuite de cette étude permettra de confirmer ce premier résultat et d’évaluer les enjeux de cette interaction.

Diversité des Variétés et Stratégies de Sélection

L'Éventail des Blés

Le blé tendre, ou froment (Triticum aestivum), est l'une des espèces de blé les plus importantes. Plus de 350 variétés différentes de blé sont aujourd’hui cultivées en France, dont plus de 300 variétés de blé tendre. Il existe une grande diversité de variétés inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés en France, proposées par une vingtaine d'entreprises de sélection. La sélection moderne, initiée à la fin du XIXe siècle, s'est concentrée sur trois critères principaux : la résistance aux maladies et aux aléas climatiques, la richesse en protéines (notamment le gluten pour la panification), et le rendement.

Parmi les différents types de blés, on distingue :

  • Le blé tendre (Triticum aestivum) : Également appelé froment, il est le plus cultivé, notamment sous les moyennes latitudes. Il est principalement utilisé pour produire de la farine panifiable. Ses grains se séparent facilement de leurs enveloppes lors du battage.
  • Le blé dur (Triticum turgidum subsp. durum) : Principalement cultivé en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient, il est très utilisé dans la région méditerranéenne. Bien qu'il soit utilisé pour la fabrication de pâtes, l'idée que toutes les pâtes sont issues du blé tendre est fausse. T. turgidum est également très cultivée (variétés de blés durs) et est plus adaptée à des climats secs.
  • Les blés à grains vêtus : Parmi eux, l'épeautre (Triticum aestivum subsp. spelta) est particulièrement apprécié en agriculture biologique pour sa rusticité et sa qualité panifiable. Les amidonniers ou épeautre de Tartarie (Triticum turgidum subsp. turanicum) sont également notables.
  • Les blés compacts (blé hérisson) : Caractérisés par des épis très serrés et courts.

Les variétés sont de plus en plus précoces à l’épiaison, ce qui génère des cycles plus courts, limitant les risques d’échaudage et de déficit hydrique. La taille des plantes est de plus en plus petite. La tolérance aux maladies est constante. Le potentiel de rendement des nouvelles variétés a ainsi progressé dans le même temps, comblant tout juste en moyenne l’effet des contraintes climatiques. L’efficience de l’azote est bien meilleure pour les variétés actuelles. À même dose d’azote, les variétés récentes procurent un meilleur rendement que les anciennes. La remarque est la même vis-à-vis des maladies. Concernant la conduite de la culture en bas niveau d’intrants (- 40 % en densité de semis, - 30 % d’azote et protection fongicide déclenchée sur les variétés assez tolérantes), on ne constate pas de différence significative dans le classement des variétés. Les dix variétés les plus semées couvraient environ 43 % des surfaces en 2013, au lieu de 45 % en 2012 : cette tendance à la diversification variétale semble ainsi se confirmer entre 2012 et 2013. Les variétés récentes comme Arezzo (2008) et surtout Pakito (2011) connaissent une bonne progression. Les dix premières variétés sont des blés panifiables, et parmi celles-ci, sept sont des blés panifiables supérieurs ; quatre des dix premières variétés sont recommandées par la meunerie (VRM), c’est-à-dire utilisables comme variétés pures, et trois sont classées blés panifiables pour la meunerie (BPMF), c’est-à-dire utilisables en mélange.

Le Processus de Sélection Variétale

La sélection est un travail de longue haleine. Généralement, la mise au point d’une nouvelle variété demande au moins une dizaine d’années.

Sélection Massale et Généalogique

Historiquement, la sélection a sans doute été pratiquée par les premiers agriculteurs pour les plantes potagères ou le maïs, mais peu vraisemblablement pour le blé qui demande des quantités de semences élevées. Les agriculteurs choisissaient dans la population les plus beaux épis qui correspondaient le mieux au type qu’ils recherchaient et les multipliaient pour en faire des semences.

La sélection généalogique est un perfectionnement de la sélection massale : au lieu de multiplier en mélange les plus beaux épis, on cultive séparément chaque épi, on suit sa descendance pendant plusieurs années, on ne garde que les meilleures lignées, les mieux adaptées au climat local. Les variétés qui sont obtenues de cette façon sont fortement homozygotes après plusieurs générations d’autofécondation. La descendance d’une plante ressemblera beaucoup à la plante dont elle est originaire.

La Sélection Moderne et les Croisements

La sélection moderne a véritablement débuté dans les années 1880 avec les premières variétés issues de croisements. Les populations de pays sont progressivement remplacées par les nouvelles variétés obtenues par des agriculteurs sélectionneurs qui deviennent par la suite sélectionneurs. Aucune variété n’étant parfaite, on va choisir parmi les géniteurs disponibles ceux qui pourront corriger ses défauts et essayer de regrouper dans un même individu les qualités des parents en effectuant un ou plusieurs croisements (croisement simple avec deux parents, trois voies avec trois, ou double avec quatre). Les géniteurs peuvent être des variétés inscrites en France ou à l’étranger, des lignées en cours de sélection ou des ressources génétiques.

Les fleurs des céréales sont dites hermaphrodites, c’est-à-dire que la fleur est bisexuée et possède des étamines et des carpelles fonctionnels. Pour réaliser un croisement, il est nécessaire d’éliminer les étamines sur l’individu qui sera utilisé comme parent femelle, sinon la fleur va s’autoféconder. On garde les deux fleurs les plus développées sur les épillets du centre de l’épi, on coupe à mi-hauteur les glumes et on arrache les trois étamines de chaque fleur avant leur maturité. Après deux ou trois jours, l’épi castré est pollinisé par le pollen de la variété choisie comme mâle.

Les espèces de blé tendre sont dites autogames, ce qui veut dire qu’un individu va dans la majorité des cas s’autoféconder.Le processus de sélection après croisement est le suivant :

  • Les grains obtenus (F1) sont semés sur une ligne de pépinière : pour un hybride simple issu de « lignées fixées », les plantes sont homogènes.
  • Les grains récoltés (F2) sont semés en mélange et constituent la population de départ.Lorsque la lignée révèle un bon potentiel sur plusieurs années et est bien fixée, elle est déposée à l’inscription. Pendant deux ans, elle va être comparée aux témoins officiels dans un réseau d’essais géré par le GEVES (Groupe d’Étude et de contrôle des Variétés et des Semences). Si la lignée apporte un progrès par rapport aux témoins, elle sera inscrite au catalogue officiel. Elle sera ensuite multipliée et commercialisée.

La Sélection par Haplo-Diploïdisation

La sélection par haplo-diploïdisation est une méthode qui implique la production de plantes haploïdes (n chromosomes) in vitro. Ces plantes sont obtenues à partir de grains de pollen ou d’ovules et n’auront donc que la moitié des chromosomes. Pour obtenir à nouveau des plantes diploïdes et fertiles, on utilise la colchicine qui permet de doubler le nombre de chromosomes. Cette méthode permet d’obtenir des « lignées fixées » plus rapidement (on peut gagner 2 à 3 années par rapport à une sélection classique basée sur des autofécondations). Le coût financier est important, mais les obtenteurs ont maintenant systématiquement recours à ces techniques pour une partie des descendances de croisement.

Schéma de production d'haploïdes doublés

Légende : la production d’haploïdes doublés : après pollinisation d’épis castrés par du pollen de maïs, développement de cellules haploïdes de l’ovule en embryon (a), mais sans albumen nourricier. Nécessité de prélever ces embryons 10-15 jours après la pollinisation (b) et de les cultiver in vitro (c).

Marqueurs Moléculaires et Génomique

Ces dix dernières années ont vu le développement rapide des méthodes d’analyse du génome. En parallèle de l’obtention de la séquence des blés cultivés (celle du blé tendre a été publiée en 2018), les technologies de marquage moléculaire ont rapidement évolué. Un marqueur moléculaire permet de connaître la séquence d’ADN qui est présente à un endroit du génome et donc de déterminer si des individus sont identiques ou différents à cet endroit. Les technologies actuelles permettent d’analyser en quelques heures des centaines d’individus pour des dizaines de milliers de marqueurs moléculaires. Elles permettent de sélectionner les individus d’une descendance qui sont par exemple porteurs d’un gène de résistance à une maladie ou un insecte.

Le Programme d'Innovation Variétale INRAE / AgriObtentions

Le programme d’innovation variétale INRAE / AgriObtentions est orienté vers la création de variétés de blé tendre adaptées à une agriculture durable. Il repose sur un réseau d’unités impliquées dans la définition des objectifs de sélection, la réalisation des croisements, le suivi des pépinières, l’implantation des essais, la réalisation des analyses de qualité et la synthèse des résultats. Les unités d’Estrées-Mons (UE GCIE), de Rennes (UMR IGEPP) et de Clermont (UMR GDEC) coordonnent avec Agri-Obtentions le programme. Encouragée par le plan Ecophyto et le plan Ambition Bio, la part du blé tendre cultivé en Agriculture Biologique (AB) est en augmentation. INRAE a été, jusqu’en 2020, l’unique sélectionneur français ayant inscrit des variétés adaptées à l’AB. On peut citer particulièrement les variétés Skerzzo et Hendrix qui ont été les pionnières en 2011.

Associations Variétales : Une Stratégie pour une Agriculture Durable

Pour réduire principalement le poste fongicide, on crée une diversité génétique intraparcellaire en associant plusieurs variétés (3 à 4 de préférence, à part égale ou non, ou éventuellement au prorata des PMG) ayant des résistances aux maladies complémentaires. Dans ce mélange, la sensibilité d'une variété à une maladie est compensée par une résistance plus élevée des autres variétés à cette maladie. Le choix des variétés s'effectue aussi sur les caractères de précocité, hauteur, etc., afin de pouvoir récolter le mélange dans de bonnes conditions. Les semences des différentes variétés doivent être mélangées avant le semis.

Exemples de Mise en Œuvre

  • Associations variétales testées en agriculture biologique par les Chambres d'Agriculture des Pays de Loire (et comparés aux mêmes variétés en culture pure) : Attlass / Renan / Saturnus ou Caphorn / Renan / Attlass.
  • Autre exemple tiré d'une expérimentation de l'INRA visant à réduire les traitements fongicides, en particulier contre la rouille brune et les septorioses : une association binaire, Soissons + Delfi, et une association ternaire, Soissons + Delfi + Pactole.

Des essais longue durée comme celui de La Cage "système de culture durable et intégré" (INRA Grignon) et le réseau "Blé rustiques" (Arvalis - INRA - CA) étudient ces pratiques. Le mélange peut être constitué pour résister le mieux possible aux maladies attendues en fonction du précédent, par exemple privilégier la résistance à la fusariose si le précédent est du maïs. Cette approche est principalement testée pour le blé tendre.

Critères d'Association pour le Blé Tendre Hiver :

  1. Même débouché.
  2. Cycles synchrones (pas de différences de précocité).
  3. Même hauteur de tige.
  4. Proportion élevée de variétés résistantes et résistances complémentaires aux différentes maladies.

Des pratiques similaires sont observées pour l'orge d'hiver et de printemps à l'étranger, avec des critères d'association vraisemblablement proches de ceux du blé tendre. Pour d'autres céréales comme l'avoine, le blé dur, l'engrain, le petit épeautre, l'épeautre, le seigle et le triticale, les critères d'association sont moins ou peu travaillés, mais sont également susceptibles d'être similaires à ceux du blé tendre.

Bénéfices des Associations Variétales

Les associations variétales permettent de préserver les résistances variétales et entraînent une diminution des émissions de CO2 par réduction du nombre de passages d'engins. En général, le rendement du mélange est augmenté par rapport à la moyenne des variétés pures qui composent le mélange. Pour le blé tendre, des études montrent une augmentation de 3 % du rendement. Les mélanges de variétés sont couramment utilisés dans des itinéraires à bas niveau d'intrants, combinés aux autres leviers agronomiques (date de semis, densité de semis, pas de régulateur, diminution fongicide insecticide, azote) ; ils permettent de réduire l'utilisation d'intrants. Le mélange entraîne une diminution des charges phytosanitaires et un maintien ou une amélioration du rendement, variable selon les conditions climatiques de l'année et les prix de vente de la culture. Les maladies étant retardées et freinées, le risque "d'accident cryptogamique majeur" est nettement diminué.

Cependant, le mélange de variétés n'est pas aujourd'hui bien accepté par les organismes stockeurs pour des raisons de composition du mélange à la récolte et de traçabilité, et il peut parfois être déclassé. Cependant, certains essais conduits avec des variétés de blé tendre panifiable supérieur ont permis d'obtenir des notes de panification équivalentes à celles des cultures monovariétales.

Débouchés et Enjeux Contemporains

Les Multiples Usages du Blé Tendre

Les débouchés du blé tendre sont vastes et diversifiés :

  • Alimentation humaine : C'est un débouché majeur, notamment en France où la meunerie est un secteur important. La farine de blé tendre est la base du pain, des pâtisseries, des biscuits et de nombreux autres produits. On estime qu'en moyenne, 35 millions de tonnes de blé tendre sont produites chaque année en France, dont une part significative est exportée pour l'alimentation humaine. La qualité technologique des produits finis dépend des variétés utilisées.
  • Alimentation animale : L'alimentation animale constitue la principale utilisation du blé en France. Les grains sont écrasés en farine pour être intégrés à des rations destinées aux volailles, porcs, ovins et bovins. Le blé tendre fourrager, avec sa teneur énergétique élevée, est particulièrement adapté à cet usage.
  • Usages industriels : Le blé tendre est utilisé dans les amidonneries pour la production d'amidon, et dans la fabrication de bioéthanol. Il entre également dans la composition de céréales pour le petit-déjeuner, de barres énergétiques et de snacks sains.

Comment c’est fait : La farine de blé —fabrication industrielle étape par étape dans les méga-usines

Pour être commercialisée, la production de blé doit répondre à des exigences sanitaires strictes, avec des contrôles portant sur les mycotoxines, les métaux lourds et les résidus de produits phytosanitaires. La qualité du grain est évaluée selon une grille de classement basée sur la qualité physique, incluant le poids spécifique, le taux de protéines, la force boulangère et le temps de chute de Hagberg.

La paille, co-produit de la récolte du blé, peut être un élément intéressant, bien que d'autres céréales comme l'orge ou le triticale soient parfois considérées comme plus adaptées pour cet usage spécifique. La paille est conditionnée en bottes ou balles pour servir de litière pour les animaux, se transformant en fumier, ou pour pailler les légumes du potager.

Le Blé Face aux Défis de l'Avenir

La diversité biologique, en constante évolution, se caractérise par différents niveaux d’organisation : écosystèmes, espèces, populations (variétés ou races), et individus. Au sein des espèces, chaque individu a des caractéristiques génétiques différentes. Depuis les débuts de l’agriculture, l’homme puise dans la diversité du vivant et crée des variétés adaptées à ses besoins. La biodiversité est donc un patrimoine précieux pour l’agriculture. Des dispositifs de conservation et de gestion de la biodiversité (Bureau des Ressources Génétiques par exemple) existent pour transmettre aux générations toutes ces variétés. Aujourd’hui, alors que la diversité génétique des blés a été quelque peu érodée au gré des processus de domestication et de sélection, il convient de décrire et valoriser la diversité génétique des Blés pour mieux la préserver et permettre son renouvellement en lien avec les pratiques agricoles et les changements globaux.

Changement Climatique et Rendements

Le réchauffement climatique représente un défi majeur pour la production de blé. L'accumulation de périodes sèches et chaudes entraîne une augmentation des fluctuations des rendements. Les estimations suggèrent une diminution de la production mondiale de blé de 6 % par degré Celsius d'augmentation de la température. Même en respectant la limite de réchauffement de deux degrés Celsius, les rendements mondiaux par superficie cultivée seront affectés négativement.

Face à ces enjeux, l'agriculture doit s'adapter. Le suivi de la consommation d'eau des cultures de blé d'hiver, par exemple, permet de mieux comprendre le bilan hydrique du sol et de gérer les ressources. Des recherches ont montré que les besoins en eau des cultures peuvent être couverts par les réserves profondes du sol, y compris en couches très profondes (> 170 cm), même en période de sécheresse marquée. Les racines de blé peuvent descendre à plus de 75 cm de profondeur pour s'approvisionner en eau lors de conditions exceptionnelles.

Biodiversité et Durabilité

Les progrès de la génétique et des marqueurs moléculaires permettent d'évaluer et de suivre l'évolution de la biodiversité variétale. Cette diversité, qui a lentement augmenté de la préhistoire au XIXe siècle, a connu une régression avec le passage d'une sélection paysanne à une sélection généalogique réalisée par de… La Contribution Recherche et Innovation Variétale (CRIV), prélevée sur toutes les céréales collectées, finance la recherche variétale afin de développer des solutions adaptées aux changements climatiques, à l'évolution de la demande et aux divers débouchés.

Les blés rustiques désignent des variétés mieux adaptées aux systèmes d'agriculture biologique ou raisonnée, nécessitant moins d'intrants chimiques. Ces variétés offrent des solutions pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement, en phase avec les objectifs de développement durable. Dans les critères agronomiques ont été regroupés la date de semis, l’adaptation aux conditions climatiques locales, à la sécheresse, l’adaptation aux sols, la résistance à la verse, le précédent cultural (blé sur blé ou blé sur maïs), la rusticité ou la prévention au vu des dégâts causés par le gibier (blés barbus).

Agriculteur inspectant un champ de blé

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