Guide technique et réglementaire : L’épandage de fumier et les technologies d'épandeurs

L’épandage de fumier constitue une étape cruciale de la gestion des effluents d'élevage et de la fertilisation des sols. Qu’il s’agisse de prairies, de cultures céréalières ou de plantations viticoles, le choix du matériel et le respect des normes environnementales conditionnent la réussite de cette opération. Entre la diversité des machines disponibles et les contraintes réglementaires croissantes, cet article fait le point sur les solutions techniques actuelles.

Schéma technique d'un épandeur à fumier avec système de hérissons verticaux

Les solutions matérielles pour l'épandage

Le choix d'un épandeur dépend avant tout de la nature des effluents, de la topographie des parcelles et de la puissance du tracteur disponible. Les constructeurs proposent une gamme étendue, allant des petits épandeurs compacts aux machines de grande capacité.

Les épandeurs à fumier Devès représentent la solution idéale pour les plantations et les terrains difficiles. Compacts et faciles à manœuvrer, ils répondent aux diverses contraintes topographiques de votre parcelle. Les épandeurs à fumier pour vigne sont particulièrement appréciés pour leur faible rayon de braquage. Avec l’option essieu directionnel, vous pouvez tourner « en bout de rang » sur une très faible longueur (4 m). Des hérissons verticaux à vis hélicoïdales assurent une excellente qualité d’épandage.

Pour les élevages recherchant robustesse et simplicité, les épandeurs GYRAX EDHV 65 et 80 sont des références. La conception de la caisse a été renforcée : haut de caisse monobloc à 5 plis, renforts verticaux soudés 100 %, flèche doublée, boîtiers de transmission robustes, grenaillage intégral et peinture polyuréthane haute tenue. L’épandage est régulier grâce aux hérissons verticaux EP8 Ø880 mm, à la caisse lisse sans rétention de matière et à la chambre de décompression. Le confort d’utilisation est renforcé avec le tapis à chaînes marines Ø12, la tension du tapis et le graissage centralisé.

Il existe également des épandeurs à fond poussant et des modèles à tablier accompagnateur. Le choix de l’épandeur dépend des effluents et produits à épandre, ainsi que de la puissance du tracteur disponible. Le prix des épandeurs à fumier est très variable selon la capacité, la charge utile et le niveau d’équipements. Affichant les tarifs les plus élevés, les plus performants embarquent un système de pesée et un dispositif de régulation du débit proportionnelle à l’avancement.

La gestion de la précision et du débit massique

Difficile de faire plus hétérogène qu’un fumier. Les conditions d’élevage, de stockage et la qualité de la paille influencent fortement sa composition et sa structure. Impossible dans ces conditions de raisonner son épandage avec autant de précision que pour un engrais minéral. Le premier enjeu est de régulariser la quantité épandue. Dans ce but, les constructeurs adoptent peu à peu la régulation du débit proportionnel à l’avancement (DPA) associée à la pesée embarquée.

Plusieurs solutions sont disponibles pour évaluer la masse de fumier :

  • Capteur sur le vérin de timon : La solution la plus simple, mais qui ne convient qu’aux tonnages importants, les variations de poids étant trop faibles sur les petits chargements.
  • Capteurs sur trains roulants : Fonctionne en combinaison avec le capteur de timon pour les essieux suspendus hydrauliquement, bien que la précision dépende de la régularité du remplissage.
  • Faux châssis de pesons : La technique la plus efficace, similaire aux épandeurs d'engrais solides. Bien qu'elle augmente le poids à vide et réduise la charge utile, elle garantit une précision optimale.

Avec cette information sur le poids de fumier obtenue en temps réel, il est possible de réguler la quantité épandue via un DPA massique. En fonction des réglages et des consignes de dose à l’hectare sélectionnés par le chauffeur, le calculateur gère automatiquement la vitesse d’avancement du fond mouvant, l’ouverture de la porte guillotine, la vitesse des hérissons et, le cas échéant, la rotation des disques de la table d’épandage.

Réalisation Films Vidéo Agriculture Épandage fumier bovin sur prairie épandeur Rolland

Anticiper le comportement du produit dans la caisse

Lors de l’épandage, la hauteur du tas de fumier dans la caisse subit des variations. La voûte de fumier formée se fracture en se déplaçant vers l’arrière de la caisse, générant un talus d’éboulis avec une variation de la masse volumique du produit en raison du foisonnement.

Le dispositif Rollcontrol Access-cible de Rolland prend en compte l’évolution de la forme du tas dans la caisse pour adapter le mouvement de la porte et la vitesse du tapis. Ce dispositif se fonde sur des courbes prédictives d’évolution de la masse volumique et des profils d’évolution d’éboulement du tas. Ce logiciel va piloter le mouvement de la porte et la vitesse du tapis en fonction de ces données afin d’obtenir une meilleure précision et une meilleure régularité longitudinale d’épandage. Cette connaissance du comportement du fumier évite par exemple d’utiliser un capteur de mesure de la hauteur du tas.

Analyse des éléments fertilisants en continu

Contrairement à ce qui se pratique pour le lisier, l’analyse en continu du fumier en est encore à ses balbutiements. Le groupe Samson a développé le premier capteur NIR pour son épandeur à fumier Pichon grâce à une collaboration avec l’Inrae. L’organisme de recherche a analysé 500 fumiers différents, du plus pailleux au plus pâteux, et mémorisé tous les spectres obtenus dans la base de données Epsolys.

Il utilise la méthode de spectroscopie en proche infrarouge. Un échantillonnage est prélevé à intervalle régulier. Les résultats obtenus sont comparés à la base de données Epsolys et permettent de déterminer le taux de matière sèche, l’azote ammoniacal ainsi que le taux de carbone, de phosphate et de potassium dans le fumier solide. Sur les épandeurs Samson et Pichon équipés de l’analyse de fumier, il est possible de raisonner l’apport de fumier en fonction de N, P ou K. L’objectif final est de réduire fortement le recours aux engrais minéraux.

Cadre réglementaire et gestion des effluents

Par leur accumulation, toutes les matières organiques fermentescibles comme le fumier peuvent être source de nuisances et de pollutions. Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) s'applique à toutes les structures, quel que soit le nombre d'équidés détenus. Il définit les distances minimales d’implantation des bâtiments et de stockage, les dispositions concernant l'entretien des logements et les modes d'évacuation des déjections.

La Directive Nitrates

La Directive Nitrates (directive européenne du 12/12/1991 et arrêté du 19/12/2011) a été mise en place pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle concerne l'azote provenant des effluents des structures agricoles. En France, la directive est transposée en un plan d’action national (PAN) que chaque région décline en un plan d’action régional (PAR).

Lorsqu’une exploitation équine est située sur un bassin en zone vulnérable, la Directive Nitrates vient s’ajouter au RSD. Les fumiers doivent obligatoirement être déposés sur une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d'égouttage vers des installations de stockage étanches ou des fosses de traitement.

Le dépôt au champ

Le dépôt au champ du fumier directement sorti des écuries est interdit. Une distance d'éloignement des habitations est établie à au moins 50 mètres. Lors de la constitution du dépôt au champ, le fumier compact doit tenir naturellement en tas, sans produire d'écoulement latéral de jus. La durée de stockage ne peut dépasser 10 mois et le retour du stockage sur un même emplacement ne peut intervenir avant un délai de trois ans.

Infographie illustrant les distances de sécurité pour le stockage du fumier au champ

Pour les structures équines, la quantité d'azote organique issu des effluents que l'exploitant peut épandre est plafonnée à 170 kg d'N/ha. Le diagnostic environnemental de l’exploitation d’élevage (DeXeL), mis en œuvre par l’Institut de l’Elevage (Idele), permet de déterminer les facteurs potentiels de pollution de l’eau et de calculer la capacité nécessaire de la surface de stockage du fumier.

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