Macération de Mauvaises Herbes en Biodynamie : Une Approche Holistique pour un Jardin Sain

Dans le vaste monde de l'agriculture biologique et biodynamique, l'approche des "mauvaises herbes" est souvent réévaluée, les considérant non plus comme de simples fléaux à éradiquer, mais comme des indicatrices ou des compagnes potentielles. La macération de mauvaises herbes, terme englobant diverses préparations végétales telles que les purins, infusions, décoctions et macérations, est au cœur de cette philosophie. Ces techniques ancestrales, promues notamment par Rudolf Steiner, le père de la biodynamie, visent à renforcer la santé des plantes et la vitalité du sol, réduisant ainsi la dépendance aux intrants chimiques.

Tableau comparatif des préparations de plantes en biodynamie

Les Fondements de la Biodynamie et le Rôle des Plantes

L'agriculture biodynamique, initiée par Rudolf Steiner, va bien au-delà de la simple absence de produits chimiques. Elle considère la ferme comme un organisme vivant et autonome, où toutes les composantes (sol, plantes, animaux, et même les rythmes cosmiques) sont interconnectées. Cette vision holistique vise à créer un équilibre harmonieux.

Une Nouvelle Perspective sur les "Mauvaises Herbes"

Les plantes adventices, communément appelées "mauvaises herbes", sont traditionnellement perçues comme une menace pour les cultures, entrant en compétition pour la lumière, l'eau et les nutriments. Leur prolifération peut nuire à la qualité et à la productivité, et leur forte densité réduit l'aération, augmentant le risque de maladies. Cependant, en biodynamie, cette perception évolue. Elles ne sont plus considérées comme des parasites, mais comme des espèces compagnes ou des indicateurs de l'état du sol. Des pratiques culturales comme le désherbage mécanique, la définition de la largeur de l'inter-rang, la densité de semis, les faux-semis, l'utilisation de cultures intermédiaires ou d'engrais verts, le bâchage et la solarisation sont employées pour gérer leur présence sans avoir recours aux herbicides.

Les Préparations Biodynamiques : Un Cœur Végétal

Au sein de la biodynamie, les préparations à base de plantes sauvages courantes jouent un rôle central. Elles sont utilisées pour vivifier le sol, réguler les maladies et les parasites, et fertiliser le sol à travers le compost. Ces préparations, classées par numéro de 500 à 508, sont considérées comme des "plantes médicinales" pour le sol et les cultures.

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Typologie des Préparations de Plantes en Biodynamie

Pour garantir l'efficacité des préparations, la qualité de la plante utilisée est déterminante. Il est recommandé de choisir des spécimens bien développés, sans maladies ni attaques de ravageurs. La récolte idéale se fait en fin de matinée ou en début d'après-midi, par temps sec, lorsque la rosée est évaporée et que les plantes ne sont pas brûlantes. Les zones polluées doivent être évitées, et la réglementation locale respectée, notamment pour les espèces protégées. Les plantes peuvent être utilisées fraîches ou séchées. Pour le séchage, elles sont étalées en fine couche dans un endroit frais, sec, ventilé et à l'abri du soleil direct, puis retournées régulièrement pour éviter les moisissures. Une plante est sèche lorsqu'elle se casse nettement. Le stockage se fait dans un local sain, à l'abri de la lumière, dans des sacs en papier ou des boîtes en carton, en indiquant le nom et l'année de récolte.

Les plantes peuvent être préparées de différentes manières, chaque méthode ayant un effet spécifique. Les effets peuvent parfois être différents, voire opposés, selon la préparation utilisée. Par exemple, un purin d'ortie aura un effet fertilisant mais, du fait de sa forte teneur en azote, risque aussi d'attirer les pucerons, alors qu'une macération de tanaisie repoussera ces derniers, ainsi que les acariens.

Les Purins ou Extraits Fermentés

Les purins, ou extraits fermentés, sont parmi les préparations les plus courantes. Ils sont obtenus par macération et fermentation de la plante dans l'eau pendant plusieurs jours (généralement 10 à 14 jours). Ils concentrent les éléments minéraux et les composés utiles de la plante.

  • Préparation : Remplir un récipient (terre, bois ou plastique, jamais de métal) de plantes fraîches. On peut également placer la plante dans un sac perméable lesté et plongé dans le récipient. Compléter avec de l'eau de pluie, couvrir en laissant une aération. Remuer chaque jour jusqu'à disparition de la mousse à la surface (1 à 2 semaines). Filtrer le liquide.
  • Utilisation : Diluer le purin à 5% (1 litre de purin pour 20 litres d'eau) ou 10% (1 litre pour 10 litres d'eau) pour pulvériser sur les cultures, et à 10% ou 20% (1 litre pour 5 litres d'eau) pour arroser au pied des plantes. Certains purins peuvent être utilisés en cours de fermentation (4 jours au soleil) pour des effets puissants, mais avec prudence pour éviter les dégâts.
  • Intérêts : Stimulent la croissance, renforcent la résistance des cultures, aident à prévenir certaines maladies et à décourager des ravageurs. Le purin d'ortie est riche en azote, celui de consoude en potasse pour la floraison et la fructification, et le purin de prêle est intéressant en prévention des maladies cryptogamiques.

Les Infusions

Les infusions sont obtenues en extrayant les composés solubles de la plante avec de l'eau bouillante, sans fermentation. Elles conviennent aux plantes fragiles ou riches en composés volatils.

  • Préparation : Faire bouillir de l'eau, puis plonger la plante fraîche ou séchée. Laisser infuser pendant 24 heures.
  • Utilisation : Pulvériser la préparation non diluée de préférence le soir (éviter le soleil, sauf pour la prêle) et par temps sec.
  • Intérêts : S'utilisent en prévention pour renforcer les défenses naturelles des cultures ou limiter le développement de quelques maladies, comme l'infusion de tanaisie, utilisée comme anti-acariens et préventif contre la mouche des semis.

Les Décoctions

Les décoctions sont adaptées aux parties les plus dures des plantes (racines, tiges lignifiées, écorces, bulbes). Le trempage suivi de l'ébullition permet d'extraire des substances qui se libèrent difficilement par simple infusion.

  • Préparation : Mettre la plante fraîche ou séchée à tremper dans de l'eau de pluie pendant 24 heures. Faire ensuite bouillir pendant 20 minutes. Couvrir et laisser refroidir avant utilisation.
  • Utilisation : Pulvériser la préparation non diluée de préférence le soir (éviter le soleil) et par temps sec.
  • Intérêts : Utilisées pour des actions plus marquées, notamment sur certaines maladies. La décoction de prêle renforce les tissus des plantes et limite les maladies cryptogamiques (cloque, mildiou, oïdium, tavelure), et la décoction d'ail est un répulsif efficace contre le mildiou et autres champignons. Elle est riche en potasse, bore, silice et favorise la fructification. En tisane, elle prévient le mildiou et peut être mélangée avec du cuivre.

Les Macérations Simples

La macération simple se distingue par l'absence de fermentation ou d'ébullition. L'eau extrait doucement certains composés actifs.

  • Préparation : Mettre les plantes fraîches ou sèches à tremper dans de l'eau de pluie pendant 3 jours maximum. Filtrer.
  • Utilisation : Pulvériser la préparation diluée ou non, selon la plante, de préférence le soir (éviter le soleil) et par temps sec.
  • Intérêts : Action répulsive sur certains insectes ou limaces, ou un léger effet "coup de pouce" sur la vitalité des cultures. La macération de fougères est traditionnellement utilisée comme répulsif contre les pucerons lanigères.

Les Extraits de Fleurs

Ces préparations plus concentrées sont obtenues en pressant des fleurs fraîchement récoltées.

  • Préparation : Cueillir des fleurs tout juste écloses, les humidifier et les hacher (hachoir, mixeur). Mettre la mixture dans un sac en étoffe fine et presser pour en extraire le liquide.
  • Utilisation : Quelques gouttes ou petites doses diluées, en complément d'autres pratiques de protection. Les extraits de fleurs d'achillée millefeuille ou de tanaisie soutiennent la résistance générale des cultures.
  • Conservation : L'extrait obtenu pourra être conservé dans des bouteilles fermées (bouchon en liège de préférence).

Schéma des différents types de macérations végétales

La Prêle des Champs : Une Plante Phare en Biodynamie

La prêle des champs (Equisetum arvense), une plante vivace autrefois considérée comme une mauvaise herbe, a gagné ses lettres de noblesse en agriculture biodynamique. Elle fait partie des préparations préconisées par Rudolf Steiner.

La Décoction de Prêle

Largement utilisée en agriculture biologique et biodynamique, la décoction de prêle des champs est une solution naturelle pour protéger et renforcer la santé des plantes, et principalement celle de la vigne.

  • Action : La décoction, qui contient de la silice, est appliquée sur les plantes. Cette silice s'accumule autour de la base des feuilles, puis, avec le temps et sous l'effet du soleil, elle s'évapore et laisse derrière elle de la silice sous sa forme cristallisée. C'est un effet purement physique, il n'y a pas de réaction chimique qui tue les champignons. Elle est principalement utilisée en application foliaire (sur les parties aériennes) ou en arrosage au sol, souvent pour lutter contre les maladies cryptogamiques de la vigne.
  • Récolte et Séchage : Il est recommandé de récolter la prêle avant sa pleine floraison, c'est-à-dire au printemps ou au début de l'été, de préférence par temps sec. Si elle n'est pas utilisée aussitôt, elle peut être séchée en étalant les tiges dans un lieu sec et aéré, à l'abri de la lumière directe du soleil.
  • Utilisation :
    • En préventif : C'est la meilleure façon d'utiliser la décoction de prêle des champs.
    • En curatif : La préparation peut également être appliquée à l'apparition des maladies fongiques afin de limiter leur propagation.
  • Efficacité : Pour garantir l'efficacité, la qualité de la plante est déterminante.

Purin de Prêle

Le purin de prêle vigne est souvent comparé à la décoction, voire à la bouillie bordelaise. Contrairement à la décoction, qui est préparée par ébullition, le purin de prêle est obtenu par macération et fermentation de la plante dans l'eau pendant plusieurs jours (généralement 10 à 14 jours). Le purin est davantage utilisé comme traitement de fond pour renforcer les plantes.

Les Préparations Biodynamiques Spécifiques au Sol et au Compost

La biodynamie met un accent particulier sur la vitalité du sol et la qualité du compost, considérés comme les fondations d'une agriculture saine.

Le Compost Dynamisé

Le compost est uniquement fertilisé à l'aide de compost dynamisé. Un compost bien élaboré est un modèle d'organisation pour le sol. Son rôle premier, lorsqu'il est épandu, est de nourrir les micro-organismes, dont la digestion produira finalement les éléments absorbables par les végétaux. Bien alimentées en minéraux, les plantes en pleine santé captent l'énergie du soleil par la photosynthèse et fabriquent plus de sucres qu'elles n'en consomment. L'excédent évacué par leurs racines profite aux organismes du sol, qui ne savent pas fabriquer de sucres.

Le compost dynamisé reçoit six préparations, à base de végétaux sauvages, qui sont classées par numéro. Ces préparations biodynamiques du compost peuvent être considérées comme des plantes médicinales favorisant la transformation des déchets végétaux et animaux en une matière grumeleuse, homogène, plus riche qu'au départ (+ 74 % de magnésium et + 58 % d’azote pour un fumier) et bien vivante.

  • Préparât 502 : Achillée millefeuille (Achillea millefolium)
    • Confection : Les fleurs d'achillée sont séchées au soleil, puis enveloppées dans une vessie de cerf mâle qui est enterrée pendant 6 mois, d'octobre à avril.
    • Intérêts : Favorise l'assimilation du soufre et de la potasse, stimule la lumière. Apporte les forces de la lumière dans le sol.
  • Préparât 503 : Camomille (Matricaria chamomilla)
    • Confection : Les fleurs de camomille sont mises dans l'intestin grêle de vache et enterrées pendant 6 mois d'octobre à avril.
    • Intérêts : Favorise l'assimilation du calcaire et de l'azote, libère les oligo-éléments. Évite les pertes d'azote du compost.
  • Préparât 504 : Ortie (Urtica dioica)
    • Confection : Les feuilles d'ortie sont enterrées pendant 6 mois, sans enveloppe.
    • Intérêts : Favorise l'assimilation de l'azote, de la potasse et du calcaire. Apporte de l'azote au compost, empêche le processus de fermentation et les pertes d'azote.
  • Préparât 505 : Chêne (Quercus robur)
    • Confection : L'écorce de chêne est broyée, mise dans une boîte à vis de l'acide silicique et de l'hydrogène, puis enterrée dans le crâne d'un animal domestique (chat, chien…) dans un fossé boueux pendant 6 mois.
    • Intérêts : Combat les maladies cryptogamiques et apporte la force de prolifération, d'exubérance.
  • Préparât 506 : Pissenlit (Taraxacum officinale)
    • Confection : Les fleurs de pissenlit (Taraxacum officinale) séchées au soleil, puis enveloppées dans un mésentère de vache et enterrées pendant 6 mois.
    • Intérêts : Favorise l'assimilation de l'acide silicique et de l'hydrogène.
  • Préparât 507 : Valériane (Valeriana officinalis)
    • Confection : L'extrait des fleurs de valériane est obtenu en pressant les fleurs fraîchement récoltées.
    • Intérêts : Apporte la potasse et du calcaire et finalement ceux de l’azote. Apporte chaleur et vitalité au compost.
  • Préparât 508 : Prêle des champs (Equisetum arvense)
    • Confection : Infusion ou décoction.
    • Intérêts : Protection fongique.

Pour fabriquer un compost, Maria Thun conseille de délimiter 1 m2 avec 4 piquets. Des lattes de 1,25 m sont posées contre les piquets pour édifier des parois à mesure que les déchets sont déposés. Le tas est humidifié, couvert d'une bâche perforée et les préparations sont ajoutées quand il atteint 50 cm. Il faut continuer à le monter jusqu'à 1 m. S'il est constitué en une fois, les préparations sont introduites dans des trous séparés, entre 40 et 50 cm de profondeur.

La Bouse de Corne (Préparât 500)

La bouse de corne (préparât 500) est le remède fondamental en biodynamie. Elle est préparée par fermentation de bouse de vache, introduite dans des cornes enterrées tout l’hiver (d'octobre à avril). La bouse de corne est une sorte de compost concentré réalisé avec de la bouse de vache additionnée de poudre de basalte, de coquilles d’œuf et des six préparations biodynamiques du compost. Elle stimule la vie du sol et amplifie la constitution d’une structure grumeleuse favorable à la croissance des plantes. Elle favorise la pénétration des racines en profondeur et le développement d’un chevelu racinaire fin et dense.

  • Dynamisation et Utilisation : Elle est diluée dans de l'eau (100 g/ha, soit une demi-mesure de préparation 500 dans 15 à 20 litres d'eau pendant 15 à 20 minutes), puis dynamisée par un brassage énergique et continu pendant une heure. La solution est pulvérisée à grosses gouttes sur le sol, le soir, 1 ou 2 fois par an (au printemps et à l'automne, lorsque la chaleur et l'humidité du sol sont suffisantes). Une météo un peu couverte est idéale. On évite de pulvériser sous la pluie ou si une grosse pluie est prévue immédiatement après l'épandage. Une période racine en lune descendante (période de plantation) est optimale. L’épandage dans un rythme de trois fois consécutives, à intervalles réguliers, donne de bons résultats (un soir, un matin, un soir ; ou encore trois soirs de suite).

La Silice de Corne (Préparât 501)

La silice de corne, broyée (quartz moulu), s’adresse plus particulièrement à la partie aérienne des plantes. Elle agit en quelque sorte comme un surplus de lumière solaire, encourageant la floraison, la fructification et le mûrissement.

  • Dynamisation et Utilisation : Elle est dynamisée pendant une heure et pulvérisée juste après, en fin brouillard, sur les cultures au lever du soleil (1 à 2 grammes pour 15 à 20 litres d'eau).
  • Moment d'application : Il est important de tenir compte du stade de développement de la culture. Elle est appliquée lorsque la culture est en pleine croissance (fin du tallage des céréales, stade 3-4 feuilles en vigne, trois semaines après les repiquages des "légumes-fruit" d'été). On l'utilise aussi pour stimuler la maturation et la qualité alimentaire, lorsque les "fruits" se forment (après l'épiaison pour les céréales, à la véraison pour la vigne). Une dernière pulvérisation deux à trois semaines avant les récoltes assure une bonne conservation des fruits et légumes. Il faut éviter de pulvériser sur des plantes trop jeunes ou trop faibles, ce qui pourrait entraîner un blocage de la croissance.

Les Rythmes Cosmiques et le Calendrier Lunaire

En biodynamie, une grande importance est accordée aux rythmes dans la nature, notamment les rythmes circadiens et les rythmes saisonniers, qui influencent les récoltes et les traitements au moyen des préparations. Le calendrier lunaire et planétaire est un outil pour déterminer les moments propices aux différentes interventions culturales. Il met en rapport les phases de la lune et la position des planètes avec les parties de la plante (racine, feuille, fleur, fruit/graine), et les éléments (Terre, Eau, Air, Feu).

  • Influence Lunaire : Les agriculteurs biodynamiques travaillent avec la lune. Le matin, quand l'humidité s'échappe de la terre, celle-ci semble "expirer". En été, par temps sec, il ne faut ni biner, ni arroser. Il est préférable de le faire le soir quand la terre "inspire". Écarter les paillis pour que le soleil réchauffe le sol au début du printemps. Biner souvent afin d'économiser l'arrosage et d'inciter les racines à s'enfoncer.
  • Importance de l'Observation : Bien que le calendrier lunaire soit un excellent moyen d'apporter de la régularité, il ne doit jamais primer sur les réalités terrestres. Quand le sol est en bon état et que la météo est favorable, il est alors possible de s'appuyer sur les rythmes cosmiques.

La Viticulture Biodynamique : Un Exemple Concret

De nombreux domaines viticoles, y compris certains grands crus de Bordeaux, ont adopté les pratiques biodynamiques sur environ 92 000 hectares de terres cultivées. Cette approche permet non seulement de réduire les intrants chimiques mais aussi d'améliorer la qualité gustative des vins.

Les Pratiques au Vignoble

  • Travail du Sol : Le travail mécanique de la terre entre les rangs favorise la vie microbienne, l'aération des sols et l'enracinement profond. Sous les rangs (entre les pieds de vigne), le désherbant chimique est proscrit.
  • Concurrence Naturelle et Biodiversité : Des céréales sont plantées pour concurrencer naturellement les "mauvaises herbes" et nourrir les sols. Des haies et des bosquets sont implantés autour des vignobles pour favoriser la biodiversité (coccinelles, papillons, oiseaux, écrevisses).
  • Cycle Végétatif de la Vigne :
    • Après les vendanges : Les pieds morts sont retirés et leurs racines enlevées à l'aide d'une tarière.
    • Taille : Quand la température baisse, la sève descend dans les racines et la vigne entre en hibernation.
    • Tirage de bois : Les rameaux des vignes sont tirés et déposés au milieu des rangs.
    • Calage : Le pied de la vigne est attaché au fil de fer du bas pour le garder bien tenu dans le rang.
    • Pliage : L'aste est rabattue et attachée au fil de fer.
    • Épamprage : Les pousses non souhaitées sont retirées à la base et à la tête du pied. Les contre-bourgeons sont enlevés à la main pour éviter l'entassement du feuillage.
    • Effeuillage : Les feuilles côté nord ou ouest (selon l'orientation des rangs) sont enlevées à la main pour exposer les grappes au soleil et au vent, favorisant une maturation optimale et évitant la pourriture (Botrytis cinerea).
  • Vendanges : La décision du moment de la récolte de chaque parcelle est la plus importante de l'année. Les vendanges sont réalisées à la main dans des cagettes peu profondes pour éviter d'écraser les raisins.

La Vinification Biodynamique

En cave, l'intervention est minimale, laissant la nature faire son œuvre et préservant la pureté du fruit. Chaque parcelle a sa propre cuve (inox ou béton brut) thermo-régulée.

  • Phase pré-fermentaire : En gardant les températures très basses au départ (7-8 degrés), les composés phénoliques s'extraient doucement pendant cinq jours avec 4 remontages par jour (aspersion du jus pompé en bas de la cuve pour le réincorporer sur le chapeau de marc en haut de la cuve). L'essentiel de l'extraction se fait pendant cette phase, puis jusqu'en milieu de fermentation.
  • Macération : Les raisins macèrent dans leur jus pendant 15 jours à 3 semaines avec quelques remontages d'homogénéisation.
  • Élevage : Le reste est élevé dans des barriques de chêne français traditionnels de 225 litres avec un tiers de bois neuf renouvelé chaque année, en veillant à ce que les arômes du chêne ne dominent pas le fruit. Les chais à barriques enterrés, frais et humides toute l'année, sont un atout.
  • Sulfites : Aucun sulfite n'est ajouté jusqu'au mois de mai. Le sulfitage, si nécessaire, se fait à la mise en bouteilles, entre 1g et 3g, mais de plus en plus souvent aucun sulfite n'est ajouté. Les teneurs en SO2 totales sont inférieures aux cahiers des charges et aux moyennes.
  • Assemblage et Filtration : L'assemblage se fait en général à la fin de la période d'élevage, peu de temps avant la mise en bouteille. Les vins sont filtrés sur plaques de cellulose dégrossissantes.
  • Certification : Respect des cahiers des charges Demeter (depuis 2009 pour la vinification) et Agriculture Biologique (depuis 2012 pour la vinification), avec une certification Ecocert.
  • Création Spécifique : Élaboration de Crémant entièrement au domaine.

Les résultats obtenus sur les vins biodynamiques sont jugés satisfaisants, avec une très bonne tenue dans le temps et une régularité malgré les variations climatiques. L'objectif est de produire des fruits de meilleure qualité sur le plan organoleptique. Les raisins produits en biodynamie sont également plus faciles à travailler, leur équilibre naturel leur conférant une bonne résistance.

Vignoble biodynamique avec semis d'engrais verts

Les Apports des Macérations et Extraits Fermentés

Face à la pression sociétale et la flambée des prix des intrants, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers des pratiques visant à réduire la chimie tout en maintenant un haut niveau de performance. Les macérations de plantes, aussi appelées extraits fermentés ou purins, constituent un levier de plus pour rendre plus efficients les apports de fertilisants, améliorer la vie biologique du sol et obtenir des plantes plus saines pour alléger la charge fongicide.

Intérêts des Macérations

Le principe d’une macération est d'extraire les substances actives contenues dans une plante pour les pulvériser sur la culture ou sur le sol. Sous l’action des micro-organismes qu’elles contiennent naturellement, les espèces végétales utilisées (ortie, consoude, laminaire, luzerne, prêle, bardane) sont soumises à la fermentation. Le résultat est la production de molécules d’intérêt pour le sol et les cultures, notamment des oligo-éléments sous forme chélatée et des micro-organismes qui favorisent l’assimilation de ces éléments.

Les macérations agissent principalement sur deux points :

  • La protection des cultures : Certaines macérations, comme celles d’ortie et de laminaire, sont des stimulatrices des défenses naturelles des plantes.
  • L'amélioration de la vie biologique du sol : Elles enrichissent le sol en micro-organismes et en éléments nutritifs facilement assimilables par les plantes.

Les macérations achetées dans le commerce sont relativement onéreuses et se rapprochent d’un coût de fongicide pour certaines. L’efficacité étant plus faible que la chimie, la fabrication artisanale permet d’enlever cet inconvénient.

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Conservation et Résidus

Si les préparations de plantes ne sont pas utilisées tout de suite, elles peuvent être conservées quelques temps dans des bouteilles en verre, bien que leur efficacité diminue avec le temps. En général, quelques semaines au frais, à l'abri de la lumière, dans des contenants bien fermés. Au-delà, l'odeur et l'efficacité se dégradent nettement, surtout par temps chaud.

Les résidus de préparations restants après filtrage iront au compost ou seront simplement épandus sur les planches de culture.

Enjeux et Perspectives

L'utilisation des macérations de mauvaises herbes en biodynamie s'inscrit dans une logique de jardinage doux, respectueuse du sol, de la microfaune, des pollinisateurs et de l'ensemble de l'écosystème. Cependant, il est utile de garder les pieds sur terre. Les préparations de plantes ne sont pas des potions miracles qui effacent un sol compacté, un arrosage mal géré ou un manque de diversité au jardin. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs (état des plantes, météo, stade de la culture, qualité de la préparation), et les résultats sont parfois plus subtils qu’un "avant/après" spectaculaire.

Enfin, leur utilisation demande un minimum de rigueur. Une fermentation incomplète, un dosage trop fort ou un mauvais moment d’application peuvent stresser les plantes plutôt que les aider. C’est pour cela qu’il est important de bien comprendre les grandes familles de préparations et leurs usages principaux.

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