La politique est un art fluctuant, où la cote de confiance des dirigeants peut s'apparenter aux montagnes russes. Jacques Chirac disait de mépriser les hauts et repriser les bas, une maxime qu'Emmanuel Macron a certainement dû méditer face aux secousses de la vie politique. Si les sondages sont des instantanés de l'opinion, leur analyse sur la durée révèle des dynamiques intéressantes, souvent influencées par le contexte national et international.

Les fluctuations récentes : un rebond lié à l'international
La cote de confiance d'Emmanuel Macron a récemment connu des mouvements contrastés. Selon un sondage Elabe pour Les Échos publié un jeudi 2 avril, elle était en baisse de deux points pour atteindre 23 %, interrompant une série de plusieurs enquêtes favorables au chef de l’État. Elabe notait qu'« après une hausse de 6 points le mois dernier liée au contexte international, la cote de confiance accordée à Emmanuel Macron recule légèrement ». Cependant, dans un contexte de tensions internationales, avec la crise du Groenland puis la guerre au Moyen-Orient, Emmanuel Macron avait enregistré des progressions dans plusieurs sondages de popularité ces dernières semaines. Il avait récemment gagné quatre points dans un sondage Toluna Harris Interactive et cinq points dans une enquête Ifop.
Cette dynamique où le président regagne des points grâce à sa gestion de l'international est une constante observée. Deux sondages récents viennent conforter cette séquence. L’étude Elabe pour Les Echos, publiée le 5 mars, indique que « 25% des Français déclarent lui faire confiance pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays, soit une hausse de six points en un mois et de neuf points en deux mois. Une telle progression reste rare » écrivait l'institut. L’enquête, réalisée les 3 et 4 mars, a pu mesurer les effets produits par l’allocution présidentielle du 3 mars à 20 heures. Simultanément, la défiance reculait dans des proportions similaires : 69% des Français (moins six points) déclaraient ne pas lui faire confiance, dont 44% « pas du tout » (moins six points). Ce dernier indicateur a même enregistré une baisse de 15 points depuis octobre, atteignant son plus bas niveau depuis huit mois.
Le sondage Vérian pour Le Figaro magazine, réalisé du 1er au 3 mars, ne prenait pas en compte l’intervention télévisuelle, mais « le rebond amorcé le mois dernier à la suite de niveaux historiquement faibles depuis septembre 2025, semble se confirmer ce mois-ci : 18% des Français (plus deux points) font confiance à Emmanuel Macron pour résoudre les problèmes qui se posent en France ». Pour rappel, il n’avait pas atteint la barre des 20% depuis juillet 2025.
Ces "effets drapeaux" jouent souvent au yoyo. En janvier, le baromètre de popularité Ifop pour l’Opinion enregistrait un mieux : réalisé en partie après le sommet de Davos et un discours où le Président se posait en premier opposant à Donald Trump, il indiquait une progression du chef de l’État, gagnant deux points pour atteindre 20% et s’éloigner ainsi du record d’impopularité de François Hollande. Mais en février, Emmanuel Macron repartait à la baisse avec un recul de deux points.
Pour Elabe, l’amélioration de ce début du mois de mars trouvait sa source dans une forte progression au sein du camp du Président : 67% (plus 19 points) de ses électeurs de premier tour - un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis mai 2025 - et 50% (plus 17 points) de ceux du second tour lui accordaient leur confiance. Cette progression apparaissait à l’inverse moins franche dans les électorats d’opposition : 15% (plus six points) auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 9% (plus trois points) auprès de ceux de Marine Le Pen et 20% (plus trois points) auprès des abstentionnistes.
L'impact des crises internationales sur la popularité présidentielle
L'histoire récente regorge d'exemples où les crises internationales ont eu un effet direct sur la cote de confiance des dirigeants. Il y a exactement un an, au moment où Donald Trump déclenchait sa guerre commerciale contre l’Europe, le président de la République gagnait des points sur l’international, passant de 18% en janvier 2025 à 27% en mars 2025, notait Elabe. Au moment de la guerre en Ukraine, déclenchée par les Russes le 24 février 2022, l’effet drapeau avait permis une confortable réélection d’Emmanuel Macron.
On observe que la réaction des Français n’est pas décalée par rapport à celle des responsables politiques. Dans l’ensemble, ils ont réagi avec mesure, voire de manière positive, à l’allocution du 3 mars. Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, disait « n’avoir rien trouvé de choquant » dans les propos du chef de l’État. Elle commentait que « le président de la République a exprimé, et c’est tout à fait légitime, la nécessité de la défense des intérêts français qui passe par évidemment la protection de nos compatriotes, particulièrement nombreux en Israël et aux Émirats arabes unis notamment - et la défense de nos bases militaires ». Marion Maréchal soutenait également le discours présidentiel, estimant que « la France et l’Europe doivent peser de tout leur poids en Méditerranée et au Levant. »
"XI JINPING menace et met en garde TRUMP : L'AFFRONTEMENT EST PROCHE SI LES USA NE RECULENT PAS !"
Si Jean-Luc Mélenchon estimait qu’il était « pénible d’entendre le Président français retirer toute responsabilité de la situation à Trump et Netanyahu », il reconnaissait que « le respect des engagements internationaux de notre pays, notamment avec Chypre, membre de l’Union européenne, est légitime ». Marine Tondelier (Les Ecologistes) désapprouvait cette guerre « qui n’est pas la nôtre », mais validait toutes les mesures annoncées par Emmanuel Macron qui allaient dans le sens de la protection des ressortissants et des intérêts français. Olivier Faure (PS) était sur la même ligne.
Comment expliquer cette adhésion à la position fixée par Emmanuel Macron ? Un ministre affirmait que « Les Français comprennent que la France n’a pas voulu cette guerre à la différence de Donald Trump. Quand le Président dit que la France n’a pas été informée, c’est bien ce qu’il veut signifier, il ne veut pas porter une responsabilité qui n’est pas la sienne. » Quitte à donner le sentiment d’un pays qui ne compte pas. Cet effet négatif est corrigé par la conviction que la France n’est pas belliqueuse, mais se défend.
La cote de confiance d'Emmanuel Macron a même gagné 6 points pour s'établir à 37%, portée par le contexte international, tandis que celle de son Premier ministre perdait 2 points (34%), selon un baromètre mensuel. « S'il fallait une preuve de l'importance accordée par les Français aux enjeux internationaux, le baromètre de ce mois-ci en constituerait une », notait l'institut.
Comparaisons avec d'autres personnalités politiques
Les dynamiques de popularité ne concernent pas uniquement le président. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, « plus discret après l’adoption du budget et lors de la séquence des élections municipales » selon l’institut Elabe pour Les Échos, a vu sa cote de confiance diminuer d’un point, à 24 %.
D’après la même enquête, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, reste la personnalité politique la plus plébiscitée, plafonnant à 38 % (+ 1 point), suivi de près par Edouard Philippe (Horizons). À 37 %, l’ancien Premier ministre enregistre une hausse de 4 points dans la foulée de sa victoire à l’élection municipale du Havre.
Derrière, Marine Le Pen (RN) progresse d’un point (34 %) à l’instar du chef des députés macronistes Gabriel Attal (33 %). La popularité du ministre de la Justice Gérald Darmanin (31 %) et celle du candidat des Républicains à la présidentielle, Bruno Retailleau (29 %), restent stables.L'enquête de l'Institut Toluna Harris Interactive, menée auprès d'un échantillon de 1.058 personnes, représentatif de la population françaises âgée de 18 ans et plus, réunie selon la méthode des quotas et réalisée en ligne entre le 25 et le 27 février, montrait que Marine Le Pen (37%, -1 point) était à égalité avec l'ex-Premier ministre Edouard Philippe (37%, +1 points).

Les défis persistants pour la popularité présidentielle
Malgré les hauts liés à l'international, Emmanuel Macron a aussi connu des périodes de baisse significative. Par exemple, il a accusé une chute de popularité de 6 points en un mois, en passant sous la barre des 50%, alors que son Premier ministre Édouard Philippe progressait au contraire d'un point à 54%, dans un sondage Ifop-Fiducial diffusé un mercredi.
Dans le "tableau de bord" mensuel de Paris Match et Sud Radio, le président de la République passait de la quatrième à la septième place, en ne recueillant que 49% de bonnes opinions parmi les sondés. Édouard Philippe, pour sa part, grimpait à la troisième marche du podium, dominé par Alain Juppé (60%, -1), alors que Nicolas Hulot, jusqu'alors indétrônable leader, passait en deuxième avec 59% de bonnes opinions (-3).
Philippe battait Valls chez les sympathisants PS. Le trio de tête était suivi par le ministre de l'Europe et des Affaires européennes Jean-Yves Le Drian (53%, +2), Laura Flessel (51%, -5) et Bernard Cazeneuve (51%, +3). La popularité du Premier ministre se confirmait par ailleurs lorsqu'il était comparé à ses prédécesseurs : 68% des Français interrogés disaient le préférer à Manuel Valls (26%), y compris chez les seuls sympathisants du Parti socialiste où Édouard Philippe demeurait préféré à 54%. Face à Jean-Marc Ayrault, Édouard Philippe dominait encore le duel, à 60%. Enfin, le Premier ministre, issu de LR, était très largement préféré à François Fillon : 63% contre 32%. Le score était encore plus important chez les seuls sympathisants LR : ils préféraient à 66% l'actuel Premier ministre, contre 27% dont les faveurs allaient au candidat LR malheureux à l'élection présidentielle de 2017. L'enquête avait été réalisée par téléphone les 4 et 5 mai auprès d'un échantillon de 1.008 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
Même si la crise du Covid écrasait les perspectives, dans un an tout juste, les Français seraient appelés aux urnes pour élire le ou la président(e) de la République. Candidat naturel à sa propre succession, Emmanuel Macron serait alors en position de force pour rempiler à l’Elysée. Même si le score de la prochaine élection présidentielle serait plus serré qu’en 2017, l’actuel président de la République triompherait de nouveau de sa rivale d’extrême droite, Marine Le Pen. Pour autant, en attendant l’échéance du scrutin, Emmanuel Macron entrait dans la dernière ligne droite de son mandat éreinté par l’opinion. Selon un baromètre mensuel Odoxa-La Dépêche du Midi, seulement 38 % des Français pensaient en effet qu’il était un bon président de la République, contre 61 % qui estimaient le contraire. Le bilan d’Emmanuel Macron depuis quatre ans était évalué tout aussi négativement : 62 % des Français le jugeaient "mauvais", contre 38 % qui le trouvaient "bon". Le chef de l’Etat était minoritaire sur l’ensemble du spectre politique, à l’exception évidente des sympathisants LREM qui, à une écrasante majorité, soutenaient son action (90 %). Handicapé par son costume de "président des riches" (73 %) ou son manque d’humilité (77 %), Emmanuel Macron souffrait d’une image dégradée dans l’opinion. Résultat des courses : à date, plus des deux tiers des personnes interrogées ne souhaitaient pas le voir se présenter à nouveau à la magistrature suprême l’année prochaine.
Après une chute quasiment continue lors de l’année 2018 (-23 points en 12 mois), la côte de popularité d’Emmanuel Macron a rebondi au mois de janvier 2019. Si l'on prend en compte sa cote de satisfaction moyenne parmi sept baromètres mensuels, le président de la République gagnait 3 points et atteignait 27,29%.
Le rôle du Grand Débat National
Entre 22% et 35% en fonction des sondages et des questions, la popularité d'Emmanuel Macron a connu des variations. Dans un baromètre Ifop pour le JDD du 20 janvier, Emmanuel Macron avait repris 4 points en un mois, pour s'établir à 27% de satisfaits. Le chef de l'Etat a connu des trajectoires similaires auprès de plusieurs autres instituts : Il gagnait 5 points selon le dernier baromètre Ifop pour Paris-Match (de 23% à 28%) ; il gagnait 4 points selon l’enquête réalisée par BVA (de 27% à 31%) et également selon Harris Interactive (de 31 à 35%) ; il gagnait 3 points selon le sondage réalisé par Ipsos (de 20% à 23%) ; il gagnait 2 points selon l’enquête Elabe (de 23% à 25%) ; il gagnait 1 point selon le baromètre de chez Kantar (de 21% à 22%). Au final, la popularité d'Emmanuel Macron se situait alors dans un intervalle compris entre 22 et 35% de satisfaction, au lieu de 20%-31% en décembre.
Le président de la République profitait certainement du grand débat national qu'il avait initié et qui lui avait permis de retourner au contact des Français, et surtout de retrouver une importante couverture médiatique. Emmanuel Macron avait en effet effectué deux prestations devant des maires qui avaient duré plus de 6h30 à chaque fois avant d'aller directement participer à un débat citoyen dans la Drôme.

Une embellie malgré les mauvais résultats électoraux
Publié un 25 juin, la cote de confiance du chef de l'État continuait de monter, et cela, en dépit des mauvais résultats de son parti aux élections, selon un baromètre mensuel Harris Interactive-Euros Agency pour LCI. Avec 50% de confiance, il retrouvait un niveau atteint en juillet 2020. L'embellie se poursuivait pour Emmanuel Macron. Alors même que son mouvement avait été sévèrement sanctionné par les élections régionales et départementales, la cote de confiance du chef de l'État continuait de monter dans l'opinion. Selon un baromètre mensuel Harris Interactive-EurosAgency pour LCI, la confiance en faveur d'Emmanuel Macron atteignait 50%, un niveau qu'il n'avait plus retrouvé depuis le mois de juillet 2020 - qui correspondait aussi à une période d'embellie sur le front sanitaire. Le président de la République gagnait ainsi 2 points par rapport au mois précédent, confirmant une hausse quasi continue depuis le mois de janvier 2021.
Selon les sensibilités politiques, Emmanuel Macron connaissait un repli chez les électeurs LR ( -10 points, 34%) et LFI (-2 points, 41%), mais progressait au sein de son propre électorat (+3 points, 96%), ainsi que chez les électeurs EELV (+ 6 points, 54%) et PS (+ 3 points, 56%). De son côté, le Premier ministre Jean Castex gagnait un point, à 41% de confiance. À droite, la prime était donnée aux présidents de région sortants. Un baromètre mensuel semblait en revanche témoigner de l'impact des élections régionales pour ce qui concernait l'opposition. Très clairement, la prime était donnée aux présidents sortants des conseils régionaux.