Face aux aléas climatiques, choisir la variété de maïs la plus adéquat, soigner son désherbage et piloter au plus juste l’irrigation sont essentiels pour sécuriser son maïs en agriculture biologique. Les stress biotiques tels que le stress hydrique (manque d’eau) et le stress thermique (excès de chaleur) sont les principaux risques auxquels est confrontée la culture de maïs. Dans un contexte où les années se suivent mais ne se ressemblent pas, impossible pour les agriculteurs de reproduire le même itinéraire technique tout-terrain.

Optimisation du choix variétal et sécurisation de l'implantation
En choisissant une variété précoce, il est possible d’avancer la floraison, phase critique où la plante a le plus besoin d’eau, et ainsi esquiver les fenêtres climatiques chaudes et sèches. « Un agriculteur qui a l’habitude d’acheter un maïs G3 en précocité pourra choisir un maïs G2, surtout en parcelle non irriguée », conseille Agnès TREGUIER. Selon elle, le choix de la vigueur de départ sécurise l’implantation de la culture, notamment si les conditions de levée sont limitantes. Une fois cette étape passée, ce critère n’a plus d’incidence sur la performance du maïs en cas de stress hydrique. En revanche, diversifier les variétés dans l’assolement sera un point-clé pour assurer le rendement global. « Consulter les résultats des réseaux d’essais est un bon moyen de connaître le comportement des variétés dans des milieux différents, et donc dans différentes situations de stress. »
Le catalogue français est riche d’un grand nombre de variétés bio qui ont fait leur preuve. Il faut privilégier les variétés avec une précocité adaptée pour permettre de récolter suffisamment tôt et dans de bonnes conditions a priori. Autres critères à considérer : niveau et stabilité du rendement, bonne vigueur de départ et pouvoir couvrant ; condition sine qua non pour que le maïs cultivé en bio prenne rapidement l’avantage concurrentiel sur les mauvaises herbes.
Maîtrise de l'irrigation et gestion des ressources
La période d’irrigation s’étend du stade 10-12 feuilles jusqu’au stade 50% d’humidité du grain, avec une période cruciale entre les 15 jours pré floraison et les 15 jours post-floraison (soit généralement en juillet). « Il est essentiel de bâtir un calendrier prévisionnel d’irrigation, puis de l’adapter pour intégrer chaque précipitation en mesurant leur impact avec des sondes tensiométriques, des sondes capacitives ou des stations météo connectées. Mais un simple pluviomètre peut aussi suffire ! », précise Bastien CHOPINEAU, Ingénieur régional Centre - Arvalis.
Dans les systèmes en polycultures élevages, le maïs est une source d’énergie facile à produire qui sécurise l’autonomie alimentaire des troupeaux. Peu gourmand en intrants, il est relativement facile à produire en bio. Ce qui n’exclut pas non plus d’être vigilant sur les exports de phosphore et potasse via les feuilles.
Présentation de la gestion de l'irrigation dans la culture soja - ARVALIS-infos.fr
Dynamique des adventices en milieu biologique
En situation de stress hydrique, la concurrence est forte entre plante d’intérêt et adventice. Le désherbage est donc un point clé pour limiter le détournement de l’eau. Souvent carencés en azote, les champs bio gèrent, de longue date, d’autres types de mauvaises herbes qu’en conventionnel. Les mauvaises herbes en céréales bio constituent également un sujet de préoccupation accru pour les producteurs ces dernières années, comme en conventionnel. Mais les raisons sont différentes. Si les problèmes de gestion des adventices s’accroissent, « c’est surtout parce que la sole de bio augmente. Les nouveaux producteurs doivent s’habituer à cette flore et apprendre à la gérer », explique Amélie Carrière, responsable du programme Agriculture biologique d’Arvalis.
En bio, les adventices sont d’une tout autre nature. « Ce ne sont pas réellement le vulpin et le ray-grass qui posent des problèmes, car les sols en bio sont généralement plus carencés en azote et donc moins favorables aux graminées, explique Amélie Carrière. Nous avons davantage de soucis de chardon, de rumex, de folle avoine, de xanthium… ». La flore adventice s’avère plus diversifiée en raison de rotations culturales plus longues et contenant donc des espèces plus variées.
La compétition entre les mauvaises herbes et le maïs se produit principalement dans les premiers stades de la culture du maïs, en raison de leur émergence tardive et de leur croissance lente au cours des premières semaines, la période critique étant évaluée par certains auteurs comme se situant entre la deuxième et la quatrième semaine après l’émergence, et par d’autres entre la troisième et la cinquième semaine.
Stratégies de lutte mécanique et préventive
En l’absence d’herbicide, les céréaliers bio ont recours à la lutte mécanique et à la prophylaxie (prévention), qui peuvent être utilisées en conventionnelle : rotations diversifiées et plus longues, décalage de date de semis, semis sous couvert végétal, usage de variétés couvrantes, désherbage mécanique, etc. Un climat sec en début de cycle permet de réaliser un faux-semis, durant la période de germination des adventices. Idéalement, un passage d’outils mécaniques juste après le semis (type herse étrille à l’aveugle), complété par 2 passages de bineuses après la levée doit permettre d’obtenir une culture régulière et un sol propre jusqu’à la récolte.
Le Groupement d’agriculteurs biologiques d’Armor (Gab 22) organisait le 27 mai une démonstration de désherbage mécanique à la herse étrille au Gaec de la sapinière à Bourbriac. « L’objectif est de revenir sur les prérequis permettant un désherbage mécanique efficace », introduit Sarah Choupault, animatrice technique au Gab 22. « En bio, nous conseillons de privilégier les semis tardifs, donc jamais avant début mai, pour limiter le risque taupin s’il n’y a pas de chaleur. Il faut viser une profondeur de semis à 5 cm pour anticiper le premier désherbage mécanique en post-semis. La densité de semis doit se situer autour de 105 000 grains/ha. »

Innovations technologiques et recherche agronomique
Diverses initiatives ont été lancées pour résoudre les soucis d’adventices en bio. Dans le cadre du plan Parsada, le projet Parad, doté d’un budget de 13,3 millions d’euros et porté par l’Inrae, est destiné à étudier leur biologie, et à trouver des leviers agronomiques innovants. Un volet robotique et numérique sera également travaillé. Le projet a été lancé en janvier 2025, pour une durée de cinq ans. Des essais sur le terrain, synthétisés par les fermes Dephy, permettront de valider les solutions proposées. Il ambitionne par ailleurs de renforcer les liens entre recherche et formation.
Citons un autre projet à plus petite échelle : BBSOCOUL, piloté par l’Institut Agro Montpellier. Le but est de produire un couvert végétal permanent, empêchant l’apparition d’adventice, sans pénaliser les rendements. Le principe est de cumuler cultures de luzerne et de blé dur bio. La luzerne est semée en premier, et par la suite régulièrement tondue lorsqu’elle dépasse le blé. Initié en janvier 2024, il est doté d’un budget d’un peu plus de 815 000 €, pour une durée de 42 mois.
La meilleure option sans produits chimiques est le brûleur de mauvaises herbes d’ENVO-DAN. Le nouveau E-Therm Selekt est un système innovant de brûleur désherbeur en ligne. Ce résultat est obtenu en assurant un mélange optimisé de gaz et d’air pendant la combustion et en protégeant en même temps la combustion contre le vent environnant. Ainsi, la chaleur de la combustion est entièrement utilisée pour le contrôle des mauvaises herbes, ce qui se traduit par une grande efficacité.
Gestion spécifique des adventices problématiques
Le datura se révèle plus complexe. Cette adventice annuelle devient problématique dans toutes les régions. La réglementation sur les seuils s’est durcie en alimentation humaine et va également évoluer pour l’alimentation animale. Il est primordial de ne surtout pas se laisser envahir. Comment ? En l’arrachant dès son apparition et en répétant les binages avant la fermeture du rang. Les zones claires (passage d’enrouleurs, dégâts de gibier) doivent être surveillées en priorité.
Des mesures préventives peuvent être appliquées simultanément. L'efficacité des différentes méthodes dépend surtout des espèces de mauvaises herbes et des conditions environnementales. Les cultures de grande taille et les variétés à feuilles larges permettent de mieux concurrencer les mauvaises herbes que les variétés de petite taille à feuilles étroites. Certaines variétés inhibent et font disparaître les mauvaises herbes tandis que d'autres les tolèrent.
La rotation des cultures est la mesure la plus efficace pour réguler la quantité de graines et de racines de mauvaises herbes sur une parcelle. Associer la culture principale avec une culture très compétitive avec les mauvaises herbes peut être un moyen très efficace de lutter contre l’envahissement des adventices. Il est important de semer en prenant en compte les conditions optimales de croissance des cultures, afin de favoriser leur développement et leur capacité à rivaliser avec les mauvaises herbes. Une gestion adaptée de la succession des cultures, de la date des semis et surtout de l’espacement entre les rangs ou les pieds de culture, sont des mesures qui permettent de limiter considérablement le développement des adventices.
Lutte biologique et agents pathogènes naturels
Des essais scientifiques dans de nombreuses cultures céréalières ont montré que le champignon Fusarium oxysporum (identifié au Burkina Faso, au Mali et au Niger), transmis par le sol, est très efficace contre la mauvaise herbe des sorcières, ou striga (Striga hermonthica et S. asiatica). D’autres espèces de Fusarium (F. nygamai, F. oxysporum et F. solani), trouvées au Soudan et au Ghana, sont également très efficaces. Ce champignon, ayant des propriétés herbicides contre le striga, est sur le point d'être inventorié dans les différents pays d’Afrique, afin de pouvoir être potentiellement utilisé par tous les agriculteurs à l’avenir.
Certaines bactéries peuvent infecter les racines des espèces de striga, et ainsi bloquer la germination des graines, voire détruire la semence. Ces bactéries des racines (appelées rhizobactéries) sont des agents de lutte biologique prometteurs pour l’avenir, dans la mesure où elles peuvent être produites facilement et à moindre coût. Elles peuvent ainsi servir d’inoculant, c'est-à-dire être ajoutées aux semences des cultures principales afin de lutter contre le striga dès la période de semis. Par exemple, les bactéries Pseudomonas fluorescens putida permettent d’inhiber la germination des graines de Striga hermonthica.
Vigilance et entretien des systèmes de culture
Bien que bénéfiques, les mauvaises herbes peuvent cependant modifier l'environnement de la culture d'une manière négative. Dans des cultures envahies d’adventices, la circulation de l'air et de la lumière est réduite entre les rangs de semis. Alors, dans cet environnement plus sombre et plus humide, les maladies trouvent des conditions idéales pour se propager et infecter les plantes.
L’un des majeurs principes de l’agriculture biologique vise à prévenir les problèmes plutôt qu’à les guérir. Ce principe vaut également pour la gestion des adventices. La phase la plus sensible d'une culture à la concurrence des mauvaises herbes, a surtout lieu lors de la période de germination et de croissance précoce de la culture. La concurrence avec les mauvaises herbes, à ce stade précoce de développement, peut impacter les récoltes à venir et peut rendre les cultures fragiles faces aux infections de parasites et de maladies. Si la concurrence avec les adventices apparaît plus tard dans le développement des cultures, alors les effets seront probablement moins désastreux. Cependant, il est conseillé de rester vigilant lors de la maturation des plantes, car certaines mauvaises herbes peuvent tout de même causer de fortes diminutions de rendements lors des récoltes.
Il est conseillé d’éviter d’introduire des graines de mauvaises herbes sur des parcelles propres (exemptes d’adventices), en prenant soin de nettoyer les outils agricoles ainsi que les pieds, les crins et le poil des animaux de trait. En bio, la gestion du salissement du maïs est à considérer avec beaucoup d’attention. Cultivé pour le grain ou le fourrage, le maïs se prête bien à la conduite en AB. En conditions non limitantes, la génétique permet des niveaux de rendements tout à fait satisfaisants. De plus, le maïs n’est pas sensible aux maladies et valorise très bien les engrais organiques. Rotation des cultures, travail du sol sont des leviers utiles à mobiliser pour minimiser l’impact des graminées estivales en culture de maïs.