Le secteur agricole, pilier fondamental de l'approvisionnement alimentaire mondial, est régulièrement confronté à des défis majeurs, parmi lesquels les mauvaises récoltes. Ces épisodes, souvent perçus comme des fatalités naturelles, sont en réalité le résultat complexe d'une interaction entre des facteurs environnementaux, des pratiques culturales et des enjeux socio-économiques. Comprendre leurs causes profondes, anticiper leurs conséquences en chaîne et déployer des solutions innovantes est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire et la résilience des systèmes agricoles à l'échelle planétaire.

La Vulnérabilité de l'Agriculture face aux Aléas Climatiques
L'agriculture est intrinsèquement liée aux conditions météorologiques, qui par définition, ne sont pas prédictibles car elles se caractérisent par leur grande variabilité d'une année sur l'autre. Ces aléas climatiques constituent la cause principale des mauvaises récoltes. Les changements climatiques accentuent cette vulnérabilité, rendant les années atypiques et compliquées plus fréquentes.
Les Pluies Excessives et les Inondations : Un Fléau pour les Semis et les Rendements
Les précipitations anormalement abondantes représentent un défi majeur. En 2024, par exemple, la France a connu une année particulièrement difficile pour les céréaliers, risquant de faire la plus mauvaise moisson depuis 40 ans. Deux causes conjuguées, dues à l’excès de pluies, ont été identifiées : en raison des intempéries, moins de surfaces ont été semées et les rendements ont été faibles.
Les nombreuses pluies de l'automne et de l'hiver ont rendu impossible certains semis, car les champs étaient trop boueux. Dans certains cas, il a même fallu les recommencer après avoir été ravagés par les inondations. Au total, nettement moins de surfaces ont été mises en culture que les années précédentes. D'après le Ministère de l'Agriculture, la surface semée en blé tendre est en recul de 7,6 %, à 4,39 millions d'hectares, et celle d'orge d'hiver en repli de 5,9 %, à 1,28 million d'hectares.
De plus, le printemps pourri a favorisé les maladies et attaques fongiques, et le manque de rayonnement solaire n'a pas favorisé la croissance des épis, ce qui a fortement affecté les rendements. On estime que le rendement moyen sera de l'ordre de 62,5 quintaux par hectare, soit le deuxième plus mauvais du siècle (après 2016 où il était de 53,7), et nettement en dessous de la moyenne des 25 dernières années, qui se situe à 71 quintaux. La récolte 2024 de blé tendre ne devrait guère dépasser les 26 millions de tonnes, alors qu'on produit habituellement entre 35 et 40 millions de tonnes (35,6 en 2023). Cela serait pire qu'en 2016 où on avait atteint 27,6 millions de tonnes. Logiquement, le blé dur et l’orge ne seraient pas brillants non plus. Il est également important de mentionner les viticulteurs, qui anticipent de mauvaises vendanges en perspective en raison d'un printemps pourri.
L'excès d'eau peut également entraîner des problèmes de drainage, une rétention d'eau prolongée et une absorption d'eau insuffisante en raison d'une faible densité, d'une faible densité particulaire ou d'un manque d'oxygène dans le sol, ce qui rend le développement racinaire difficile et affecte sa fertilité.
La Sécheresse : Diminution de la Disponibilité en Eau et Stress des Cultures
À l'opposé des inondations, la sécheresse représente une autre menace majeure pour l'agriculture. L'agriculture est l'une des industries les plus durement touchées en période de sécheresse. Les effets croissants de la sécheresse sur l'agriculture causent des dommages considérables aux cultures et au bétail. Dans certains cas, les agriculteurs doivent prendre des décisions difficiles concernant la poursuite de leur activité.
La diminution de la disponibilité de l'eau pour l'agriculture est un problème majeur qui prendra de l'ampleur à mesure que les températures continueront à augmenter. Les agriculteurs rencontrent déjà des difficultés à cultiver suffisamment en raison des conditions sèches. De nombreuses cultures ont déjà été décimées à cause du manque de précipitations. Avec des ressources en eau réduites, il y a moins d'eau pour l'irrigation, ce qui peut entraîner de mauvaises récoltes et une augmentation des prix des denrées alimentaires.
Les zones frappées par la sécheresse ont tendance à avoir des sols pauvres, ce qui contribue aux carences nutritionnelles des cultures. Une pénurie de précipitations signifie que la nappe phréatique est inférieure à la normale, entraînant un ruissellement des nutriments. Certaines zones sont également privées d'humidité atmosphérique en raison des conditions de sécheresse au moment où elles en ont le plus besoin. Cela peut conduire à une augmentation du stress des cultures et à une diminution du rendement global. Le manque d'eau peut également rétrécir les racines des plantes, les empêchant d'absorber les nutriments dont elles ont besoin.
Quels sont les effets du changement climatique sur l'agriculture ?
Les Enjeux Agropédologiques et les Pratiques Culturales
Au-delà des facteurs climatiques, la fertilité des sols et les pratiques culturales jouent un rôle crucial dans la prévention des mauvaises récoltes.
L'Impact des Débris Végétaux et la Gestion du Sol
Le rapport décrit l'expérience des producteurs en ce qui concerne les systèmes à long terme de culture sans travail du sol et de travail réduit du sol. La majorité des producteurs retenus pour des consultations possédaient une vaste expérience du semis direct. Même dans un régime de culture sans labour, il peut y avoir des cas de débris végétaux insuffisants (généralement <30 %) pour protéger adéquatement les sols contre l'érosion. Le volume de débris nécessaires à la protection contre l'érosion dépend partiellement de l'orientation et de la quantité de chaume. Par exemple, avec un chaume sur pied élevé, il faut moins de débris car le chaume assure une meilleure protection. Même en vertu d'un régime de culture sans labour, il peut arriver qu'il y ait peu de chaume sur pied. Si possible, on peut limiter la fréquence d'utilisation, dans la rotation, des cultures qui produisent peu de débris afin de permettre l'accumulation d'une plus grande quantité de carbone.
La saine gestion des débris végétaux dans les régimes de culture sans labour désigne en général le broyage et l'étalement judicieux de la paille à la récolte, afin de permettre un bon dégagement par rapport aux résidus des cultures, le placement des semences et des engrais et le tassement au moment de l'ensemencement. Une manière courante d'assurer le dégagement par rapport aux résidus des cultures consiste à augmenter l'écartement des rangs. Toutefois, cela n'est pas toujours la meilleure solution car le vaste écartement des rangs peut avoir des effets nuisibles, notamment une plus grande vulnérabilité des jeunes semis aux dégâts causés par un gel précoce en raison de la plus faible capacité du sol à emmagasiner les rayons solaires. Les débris de lin continuent d'être un défi dans le cadre d'un régime de culture sans labour en raison de la faiblesse de leur taux de décomposition et de leurs piètres caractéristiques de dégagement par rapport aux résidus. On manque d'autres utilisations pour la paille de lin et c'est pourquoi on continue de la brûler dans une certaine mesure.
Les problèmes de débris excessifs doivent être pressentis et résolus immédiatement après la récolte. On recommande notamment de faire preuve de flexibilité à l'égard des débris de mise en bottes, en particulier en ce qui concerne la paille céréalière. L'enlèvement des débris est souvent considéré comme un impératif normal dans les secteurs irrigués et à forte teneur en humidité. Même si l'enlèvement des débris d'un champ peut avoir certains effets nuisibles immédiats (comme une baisse des apports de carbone et peut-être une baisse du piégeage du carbone), cela est fortement neutralisé par leur restitution ultérieure sous forme de fumier du bétail.

Gestion du Bétail et du Fumier dans les Systèmes de Culture
Les producteurs qui exploitent des fermes mixtes (c'est-à-dire qui pratiquent l'agriculture et l'élevage du bétail) éprouvent plus de difficulté à maintenir un régime de culture sans labour que ceux qui n'élèvent pas de bétail. On peut affirmer que la difficulté la plus grande et la plus manifeste est la gestion du fumier solide. Il est souhaitable d'incorporer le fumier solide afin de maximiser les avantages de la gestion des éléments nutritifs et de minimiser les odeurs et les risques de ruissellement des éléments nutritifs dans les sources d'approvisionnement en eau. Toutefois, l'incorporation compromet l'objectif d'un régime de culture sans labour.
Il existe un certain nombre d'autres problèmes ayant trait à la gestion du bétail et du fumier qui sont propres aux producteurs utilisant un régime de culture sans labour ou qui sont aggravés par l'incapacité à atténuer certains de ces effets par le travail du sol. Il faut autoriser le pâturage automnal du bétail dans les champs de chaume. Le fumier contient des substances potentiellement nocives comme des antibiotiques, des agents pathogènes et du sel. Il est un fait que des progrès considérables ont été réalisés grâce à l'injection de fumier liquide moyennant une très faible perturbation du sol. Le compostage peut représenter une solution intéressante pour améliorer la gestion du fumier solide en vertu d'un régime de culture sans labour, en éliminant les graines de mauvaises herbes et d'organismes pathogènes, en créant des formes d'azote plus stables et en réduisant les problèmes de dégagement par rapport aux résidus.
L'Importance de la Nutrition des Sols et des Cultures
Une fertilisation inadéquate, les inondations et même le manque d'eau peuvent nuire aux plantes et les rendre vulnérables aux maladies. Les zones frappées par la sécheresse ont tendance à avoir des sols pauvres, ce qui contribue aux carences nutritionnelles des cultures. La fertilité des sols et le succès des récoltes dépendent effectivement de l'état des terres. L'analyse du sol doit faire partie de la solution, en dépit de ses limites. Pour éviter des carences nutritionnelles importantes dans les cultures, il faut avoir un plan pour irriguer les cultures, même si elles sont résistantes à la sécheresse, utiliser des engrais et d'autres amendements du sol qui peuvent être absorbés par les végétaux et transportés à l'intérieur, et opter pour une rotation des cultures entre les champs chaque année, de manière à garantir que les champs reçoivent toujours les nutriments de la culture précédente.
L'Impact des Ravageurs, Maladies et Mauvaises Herbes
La prolifération de ravageurs, maladies et mauvaises herbes constitue une autre cause significative de mauvaises récoltes.
L'Augmentation de l'Incidence des Ravageurs et des Maladies
Combinée à la hausse des températures, la sécheresse augmente considérablement la présence de ravageurs et de maladies qui affectent principalement le fourrage, les cultures et le bétail. Leur gestion est particulièrement difficile pour les végétaux et les animaux stressés par la sécheresse. La monoculture, par ailleurs, a tendance à favoriser la prolifération de maladies et prédateurs en tout genre qui s'attaquent aux plantes. Les insectes transmettent généralement une multitude de maladies virales aux plantes. Par conséquent, les agriculteurs peuvent lutter contre ces maladies en contrôlant ces insectes.
Une prolifération de ravageurs est souvent due à un usage excessif de pesticides, pouvant entraîner de mauvaises récoltes. Malheureusement, de nombreux agriculteurs épandent des quantités disproportionnées de pesticides dans l'espoir d'éliminer un maximum de ravageurs. Or, cette méthode est inefficace et nuit à la fertilité des sols en détruisant les micro-organismes bénéfiques. Lutter contre l'anthracnose, une maladie fongique qui affecte la culture du piment, est un véritable défi. Ce fut le cas en Inde en 2014, lorsque ces ravageurs ont provoqué une perte considérable de récoltes.

Les Mauvaises Herbes et la Compétition pour les Ressources
Les plantes adventices présentent généralement une résistance plus forte que les plantes cultivées. Elles produisent également, par leurs racines, de l'allélopathie, un mécanisme qui inhibe la croissance de la plante principale. La prolifération des mauvaises herbes est probable en cas d'inondation dans certaines zones.
Conséquences des Mauvaises Récoltes
Les conséquences des mauvaises récoltes sont multiples et s'étendent bien au-delà des exploitations agricoles.
Impact Économique sur les Producteurs
Les conditions de sécheresse peuvent avoir un impact significatif sur la production agricole, différentes cultures et régions étant affectées de diverses manières. Le manque d'eau peut entraîner une baisse des rendements et, dans certains cas, une perte totale des cultures. La réduction du rendement des cultures est un autre effet de la sécheresse sur l'agriculture et elle a un impact considérable sur la production alimentaire. En effet, des sécheresses régulières peuvent réduire les rendements des cultures jusqu'à 30%. Le manque d'eau fragilise les tiges des plantes qui peuvent casser. Les fruits et légumes sont plus petits et offrent moins de saveur.
Pour les céréaliers français, par exemple, la moisson s'annonce laborieuse, tardive et longue (car entrecoupée de nombreux orages). C'est une très mauvaise affaire pour les céréaliers français, qui vont voir leurs revenus plonger cette année, car ils vont avoir la double peine : mauvaise production et prix faibles. Leurs revenus vont donc fortement chuter.
Implications pour les Consommateurs et le Marché Mondial
En 2024, les conséquences des mauvaises récoltes françaises seront quasi nulles pour les consommateurs, car la récolte mondiale sera, elle, excellente. Rappelons que les céréales, produits conservables plusieurs années et faciles à transporter, sont sur un marché mondial, qui fluctue chaque année en fonction de la météo ou des troubles géopolitiques dans l'un ou l'autre de la dizaine de grands pays producteurs. La Chine, premier producteur mondial, produit 4 fois plus que la France, et l'Inde 3 fois, mais ils ne participent pas au commerce international car ils consomment intégralement leur production (sauf en cas d'intempérie, qui les oblige à en importer).
En 2024, les difficultés météorologiques de la France n'ont heureusement pas été généralisées sur l'ensemble de la planète, malgré de fortes canicules en Inde et au Pakistan au printemps. Les autres pays producteurs européens comme l'Allemagne ou le Bénélux n'ont pas subi un tel revers. La production de blé tendre de l'Union européenne est, en effet, attendue à 118 millions de tonnes, contre 127 millions en 2023. Une baisse de 9 millions de tonnes, alors que la production française a chuté de 12 millions de tonnes ; certains pays ont donc vu leur production augmenter.
Il est peu probable que les cours mondiaux des céréales grimpent dans les mois qui viennent (sauf forte aggravation de la guerre Russie-Ukraine qui affecterait fortement les exportations de ces deux pays). De plus, la France produit en général, 3 fois plus de blé que les Français n'en mangent. Un tiers de la production est consommée sur place (pain, farines, pâtisseries, viennoiseries, crêpes, couscous, etc.), un tiers par nos animaux d'élevage (poulets, cochons, canards, lapins, veaux, etc.) et le troisième tiers est exporté ; c'est ce dernier qui va flancher. Ce sont les importateurs espagnols, marocains, sénégalais, etc. qui auront donc (un peu) de souci à se faire pour trouver d'autres fournisseurs en 2025.
Il est important de rappeler que notre sacro-sainte baguette est très peu sensible au cours mondial du blé, car il s'agit d'un produit artisanal dont les coûts sont d'abord constitués de main d'œuvre, loyer et énergie, la farine n'entrant qu'au niveau de 5 à 8 % du prix final. Lorsque le prix du blé monte, les produits les plus affectés sont les nouilles et la viande de poulet et de porc, dont la part du blé dans le prix final est beaucoup plus importante.
Vulnérabilité Alimentaire Mondiale et Risques de Conflits
Les mauvaises récoltes et les pertes de pâturages pour le bétail sont des effets directs de la sécheresse. La sécheresse peut entraîner une mauvaise pollinisation des cultures, ce qui conduit à une mauvaise récolte, en particulier pour les fruits et légumes qui dépendent généralement des insectes ou des animaux pollinisateurs. L'élevage souffre collatéralement des effets de la sécheresse sur l'agriculture.
Contrairement aux idées reçues, si la productivité agricole est de plus en plus forte, il n'en va pas de même pour le niveau des stocks au niveau mondial. Autrement dit, l'agriculture à l'instar d'autres activités économiques, fonctionne de plus en plus en flux tendu. Pour la majorité des autres secteurs industriels, ce fonctionnement en flux tendu répond aux spécificités d'un marché fluctuant et aux désirs de consommateurs versatiles. En agriculture, la gestion en flux tendu est plus problématique car ce secteur particulier est soumis aux aléas climatiques et à des délais de réponse plus ou moins longs. On ne relance pas la production agricole en appuyant sur un bouton ; il faut semer, cultiver puis récolter, ce qui prend du temps. L'industrie agricole a la responsabilité d'assurer les besoins alimentaires de la population mondiale, et ne peut pas compter sur des stocks importants.
Face à l'aggravation des risques liés au climat pour l'agriculture et l'alimentation, une pénurie alimentaire en Europe, bien que fictive, est très réaliste et pourrait nécessiter une politique urgente au niveau de l'UE. La pénurie alimentaire est bel et bien une réalité dans beaucoup de pays du Sud, comme le rappelle Karen Macours, économiste du développement à INRAE. Au Kenya, la chercheuse participe à un projet avec le CGIAR afin de proposer des mesures adaptées à l'appauvrissement des sols : bio-intrants et semences tolérantes aux maladies. La pénurie alimentaire peut être source de conflits armés. Raphaël Soubeyran, économiste de l'environnement à INRAE, étudie l'influence de la sécheresse sur les conflits en Afrique. Une baisse de rendement liée à la sécheresse entraîne une baisse des revenus des agriculteurs et peut les inciter à chercher d'autres revenus en s'enrôlant dans des groupes armés. La sécheresse peut aussi modifier le calendrier des éleveurs, les obligeant à revenir en plaine avant les récoltes, ce qui les expose à des conflits avec les cultivateurs.
Solutions et Stratégies pour une Agriculture Résiliente
Pour faire face à ces défis, une combinaison de solutions technologiques, agronomiques et politiques est indispensable.
L'Innovation Technologique au Service de l'Agriculture
Les drones et les capteurs peuvent contribuer à analyser la fertilité des sols. La prévention des agents pathogènes et des ravageurs est également possible grâce à une utilisation judicieuse des drones, permettant ainsi de garantir la santé des cultures lors des opérations de récolte. Concrètement, les agriculteurs peuvent détecter ces agents pathogènes et ravageurs grâce aux capteurs embarqués sur les drones avant que leur prolifération ne devienne incontrôlable.

Les drones permettent aux agriculteurs de pulvériser efficacement des pesticides à grande échelle. Contrairement aux méthodes conventionnelles, les drones sont plus rapides car ils dispensent les agriculteurs de pulvériser les pesticides au sol. De plus, leur pilotage s'effectue via un smartphone, permettant aux agriculteurs de tout surveiller et gérer depuis leur appareil.
Les progrès à venir de la robotique et de l'intelligence artificielle seront particulièrement utiles pour passer de meilleurs accords avec une terre nourricière qui contient 4000 espèces de bactéries et 200 de champignons dans une simple cuillère à café.
L'Optimisation de la Gestion de l'Eau
L'optimisation de l'irrigation par la gestion de l'eau est un autre élément essentiel. À l'échelle mondiale, les besoins en eau potable pour l'agriculture s'élèvent à 701 000 tonnes, dont 601 000 tonnes sont gaspillées. Des stratégies d'adaptation pour lutter contre les effets de la sécheresse sur l'agriculture doivent être mises en œuvre lors de l'utilisation de ressources en eau limitée en période de sécheresse. Parmi elles : les stratégies de gestion des cultures qui optimisent l'utilisation de l'eau, la conception de stratégies d'irrigation qui minimisent les déchets, l'utilisation de cultures résistantes à la sécheresse, la récupération et la réutilisation des eaux usées à des fins d'irrigation, et le privilège de l'agroforesterie comme moyen d'augmenter l'absorption et la capacité de stockage de l'eau.
Il va aussi falloir planter davantage d'arbres. Il n'y en a presque plus entre Paris et Reims par exemple, parce que l'on a expliqué au paysan que l'arbre était son ennemi. C'est d'une folie absolue : l'arbre protège du vent, emmagasine ou absorbe l'humidité, empêche le ravinement, héberge les animaux auxiliaires de cultures qui nous débarrassent des prédateurs. Il est urgent d'en replanter massivement.
La gestion de l'eau va être un problème majeur du XXIe siècle. Le trop d'eau est déjà un problème majeur, le pas assez d'eau l'est davantage encore. Il va probablement falloir envisager d'investir en agroécologie, apprendre à drainer les champs et faire des canaux de dérivation, par exemple. C'est un point sur lequel la France pèche considérablement aujourd'hui.
L'Amélioration des Pratiques Agronomiques
Pour assurer des rendements de cultures adéquats malgré les conditions de sécheresse, les agriculteurs peuvent mettre en place diverses stratégies : planter des arbres fruitiers et des cultures résistants à la sécheresse, opter pour des types d'irrigation adaptés comme le goutte à goutte qui offre une meilleure gestion de l'eau en période de sécheresse, utiliser du paillis pour garder l'humidité dans le sol, arroser de nouvelles graines tous les jours jusqu'à ce qu'elles germent, puis les arroser moins fréquemment à mesure qu'elles poussent, de manière à rendre les racines plus résistantes à la sécheresse, et ajuster les calendriers de plantation et d'arrosage en fonction des prévisions météorologiques pour atténuer les effets de la sécheresse sur les cultures.
En matière de lutte antiparasitaire, plusieurs méthodes efficaces existent. La méthode agronomique, en particulier, tend à avoir un caractère préventif. Elle nécessite avant tout d'étudier la composition du sol et de mesurer sa qualité. Cela inclut la nutrition, la durée d'utilisation, l'acidité, le niveau de la nappe phréatique et d'autres facteurs. De plus, il est essentiel de surveiller en permanence l'état de vos champs. Une protection optimale des cultures repose sur une réaction adaptée à la menace. Grâce à une surveillance continue des champs à l'aide d'indices de végétation, les agriculteurs peuvent identifier et localiser les zones infestées par les ravageurs.
La Sélection Variétale et la Génétique
La quasi-totalité des progrès des 50 dernières années ont été dans le sens de l'augmentation de la productivité en conditions normales. Mais à quoi ça nous sert de savoir potentiellement produire 10 ou 12 tonnes de blé à l'hectare, si ça ne marche pas quand il fait trop chaud, ou trop humide, ou trop sec. Il faut maintenant faire autant de progrès dans la résilience que nous en avons fait dans la productivité (théorique). Et marier les plantes entre elles, pour partager les risques. Planter une seule variété d'une seule espèce de plante sur 20 ou 40 hectares est une prise de risque considérable, et oblige à une énorme consommation de pesticides.
De nouvelles variétés en cours d'étude au CIMMYT (Centre international d'amélioration du maïs et du blé pour les pays du Sud) permettraient un gain de rendement mondial moyen de 17 %, qui pourrait atteindre jusqu'à 52 %, et ce dans les conditions climatiques de 2050 telles que définies par le scénario RCP 8.5. Toutefois, un gain de 52 % nécessiterait d'apporter quatre fois plus d'engrais azotés à la plante. Fournir quatre fois plus d'engrais azotés n'est pas une solution durable du point de vue environnemental et socio-économique. Il serait préférable d'améliorer l'efficience d'utilisation de l'azote par la plante, sachant qu'elle n'utilise aujourd'hui qu'environ 50 % des apports azotés. Favoriser la culture de légumineuses fixatrices d'azote, sélectionner des variétés avec une efficience accrue d'utilisation de l'azote, améliorer la teneur en matière organique du sol font partie des solutions.
La modélisation invite à jouer sur les dates de semis et à orienter la sélection vers des variétés adaptées aux différents stress climatiques selon les régions de France.
La Surveillance et la Prévention des Risques
La surveillance des cultures s'avère un outil puissant pour parvenir à une production agricole durable. Elle contribue à la mise en place d'un système agricole résilient en promouvant les connaissances et les pratiques agroécologiques. Le dépistage, la détection précoce et l'identification des ravageurs sont des moyens pour atténuer l'incidence accrue des ravageurs et des maladies animales dans des conditions de sécheresse.
À l'échelle de la France, une application créée par INRAE propose de suivre en temps réel les déviations climatiques par rapport à une norme calculée sur une période de 30 ans (1991-2020), et ce à l'échelle de petites régions comme à l'échelle nationale. Chaque jour, l'application intègre les données de Météo-France et calcule des indicateurs agroclimatiques d'intérêt pour les cultures d'hiver (type blé tendre) ou de printemps (type maïs) : nombre de jours de gel, nombre de jours très chauds, etc. Cela permet de voir comment l'année en cours se situe par rapport aux années passées et d'avoir des pistes d'action.
En France, la plateforme d'épidémiosurveillance en santé végétale, structure multipartenariale basée en partie sur le site INRAE d'Avignon, mène une veille sanitaire internationale pour anticiper les crises phytosanitaires liées aux espèces envahissantes. On peut également mobiliser les sciences participatives, en sensibilisant les citoyens à la surveillance.
Les Politiques Publiques et la Coopération Internationale
Les céréaliers français vont pouvoir bénéficier de la récente réforme de l'assurance-récolte, entrée en vigueur en 2023. Cette dernière se déclenche dorénavant dès que le rendement est de 20 % au-dessous d'une moyenne établie sur cinq ans (sachant que 2022 et 2023 ont été de bonnes années). Dans la plupart des régions elle va donc être mise en œuvre.
Le rapport Food Alert suggère d'augmenter la part des protéines végétales dans nos régimes, de privilégier les élevages autonomes pour réduire nos importations de soja, de développer l'agroécologie pour diminuer la dépendance de l'agriculture européenne aux intrants et d'augmenter, en cas de crise, la surface cultivée en allégeant les contraintes sur les jachères via la PAC. Le rapport met aussi en avant l'innovation alimentaire et le développement de nouvelles sources de protéines : végétales, issues des insectes ou encore des microorganismes.
INRAE apporte son expertise et son appui pour la gestion de la ressource en eau dans l'Hexagone, où les plus fortes consommations d'eau sont en lien avec l'agriculture irriguée (58 %). Les scientifiques proposent en particulier des méthodes de concertation innovantes pour aider l'ensemble des acteurs concernés à construire des projets territoriaux au sein des bassins-versants en France (Les PTGE ont été mis en place par le gouvernement en 2019 pour encourager une gestion collective et économe en eau). D'autres travaux mobilisent l'économie comportementale et la modélisation pour étudier des leviers efficaces d'économie d'eau : tarification progressive, paiements incitatifs pour les agriculteurs ou compteurs d'eau « intelligents » jouant sur la norme sociale, labels « économe en eau » pour les agriculteurs et les consommateurs.
Opportunités et Perspectives Futures
Malgré les défis, le changement climatique pourrait créer de nouvelles opportunités pour l'agriculture. Par exemple, l'augmentation des températures permettrait de mettre en place sous 10 ans dans le Bassin parisien une succession de 2 cultures par an, avec ou sans recouvrement des périodes de culture (relay-cropping). Le sol ainsi couvert en permanence stockerait plus de carbone et la production serait augmentée, sous réserve toutefois de l'absence de stress hydrique.
De même, l'extension déjà observée plus au nord de certaines cultures semées au printemps (maïs, tournesol, sorgho, lin, chanvre…) est favorable à la diversification et permet de rompre le cycle de développement de certains ravageurs, parasites ou pathogènes. L'évolution du climat semble également favorable à la progression des légumineuses (pois chiche, soja…), sous réserve que les agriculteurs en tirent une marge suffisante. Leur développement irait dans le sens de la transition agroécologique et de l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Il est toutefois encore trop tôt pour conclure à un effet du changement climatique sur la répartition spatiale des cultures annuelles en France, d'après le rapport d'étude DIVAE 2023.