Les rosiers, ces stars incontestées de nos jardins, nous gratifient de leurs éclats de couleurs et de leurs parfums envoûtants du printemps jusqu'aux premiers frimas de l'hiver. Cependant, leur beauté peut être éphémère face à l'appétit vorace de certains insectes. Parmi les nuisibles les plus redoutables, les larves de tenthrèdes, souvent confondues avec de véritables chenilles, représentent un danger réel pour le feuillage de vos précieux rosiers, mais aussi pour d'autres plantes ornementales et potagères comme les groseilliers, les fraisier ou encore les hydrangéas.

Qui sont ces "fausses chenilles" ?
La famille des tenthrédinidés, rattachée à l'ordre des hyménoptères, compte en Europe plus de 1000 espèces. Bien qu'elles ressemblent fortement aux chenilles de papillons, ces "fausses chenilles" sont en réalité plus proches des guêpes. Une distinction clé réside dans leur anatomie : les larves de tenthrèdes possèdent généralement six à neuf paires de fausses pattes (pseudopodes), contrairement aux vraies chenilles qui en ont moins de six paires. De plus, elles ne présentent qu'un seul ocelle (faux œil) de chaque côté de la tête, là où les chenilles en ont plusieurs.
Lorsque ces larves se nourrissent en groupe, le spectacle peut être saisissant. Elles s'installent en rang serré sur le bord des feuilles et commencent à les dévorer avec un entrain déconcertant. Leur appétit est tel que le limbe foliaire se réduit rapidement, ne laissant souvent que les nervures subsistantes. Face à une menace, elles adoptent des postures contorsionnistes, s'agrippant à la feuille par leurs pattes antérieures tandis que leur abdomen se relève en forme de "S", signe de leur défense.
La tenthrède du rosier - Monjardindansleslandes
Il est crucial de ne pas tarder à agir, car une attaque soutenue peut affaiblir considérablement la plante, la rendant plus vulnérable aux maladies. Les dégâts peuvent varier en importance : pour un végétal vigoureux et un petit nombre de larves, ils ne seront qu'esthétiques. Cependant, pour un végétal jeune ou affaibli, et en présence d'un nombre élevé de larves, la plante peut dépérir, voire mourir.
Les différents visages de la tenthrède
Il existe une grande diversité d'espèces de tenthrèdes, chacune avec ses spécificités.
- La Tenthrède du rosier (Arge pagana) : Ses larves, d'un vert plus ou moins pâle parsemé de points noirs, s'attaquent spécifiquement au feuillage des rosiers, en dévorant le limbe des feuilles.
- Ardis sp. : Cette larve jaunâtre à tête noire a la particularité de se développer à l'intérieur des pédoncules floraux, affaiblissant les boutons.
- Alliantus sp. : Reconnaissable à ses couleurs pastelles, avec un corps vert tendre, des nuances de rose et de mauve, et parsemé de pois blancs, cette larve possède une tête orange.
- La Tenthrède limace (Caliroa cerasi) : Principalement rencontrée sur les cerisiers, pruniers et poiriers, cette larve ressemble à une limace miniature, de couleur brun noir et visqueuse. Elle dévore le limbe des feuilles.
- Hoplocampa brevis et Hoplocampa testudinea : Ces larves, respectivement jaunâtres à tête rouge et blanchâtre à tête marron, s'attaquent aux jeunes poires et pommes en se développant à l'intérieur des fruits en formation.
- Hoplocampa minuta : Sa larve, d'un blanc teinté de jaune vert, se nourrit des prunes.
- La Tenthrède du groseillier (Nematus ribesii) : Les larves, d'un vert jaunâtre avec des points noirs, commencent par perforer les feuilles des groseilliers avant de les consommer entièrement.
- La Tenthrède de la rave (Athalia rosae) : D'abord gris clair ou vert clair, ses larves s'assombrissent avec le temps, devenant noires sur le dessus et grises en dessous. Elles s'attaquent aux choux et autres brassicacées.

Symptômes et diagnostic
Les dégâts causés par les tenthrèdes peuvent se manifester de différentes manières :
- Feuillage dévoré : Les feuilles sont grignotées, ne laissant souvent que les nervures (rosiers, fraisier, groseillier). Sur d'autres plantes comme l'hydrangéa, les feuilles peuvent être dévorées comme par des limaces.
- Perforations circulaires : Sur certaines feuilles, des trous ronds peuvent apparaître, causés par les larves.
- Toiles blanches : La présence de fines toiles blanches sur les feuilles, notamment sur les rosiers, peut indiquer une infestation.
- Larves pendantes sur fils : L'observation de petites chenilles vert clair, de 1 cm maximum, pendant sur des fils est un signe révélateur.
- Déformations des feuilles : L'ovipositeur de certaines femelles, ressemblant à une scie, peut endommager les feuilles lors de la ponte.
- Fruits attaqués : Sur les arbres fruitiers, les larves peuvent se développer à l'intérieur des jeunes fruits (poires, pommes, prunes), entraînant leur chute précoce. Les fruits qui parviennent à maturité peuvent présenter une trace circulaire liégeuse et dégager une odeur désagréable.
- Fanaison rapide des fleurs : Sur les rosiers, une fausse chenille consommant l'intérieur du pédoncule peut provoquer une fanaison rapide de la fleur.
- Taches grises à noires : L'apparition de taches grises à noires en stries sur les feuilles peut signaler un moment de stress, parfois lié à une attaque.
Stratégies de lutte : de la prévention à l'intervention
Une approche intégrée, combinant prévention et actions curatives, est la clé pour maîtriser la tenthrède.
Lutte Préventive : Anticiper pour Mieux Protéger
- Choisir des variétés résistantes : Optez pour des rosiers réputés pour leur vigueur et leur résistance aux maladies. Privilégiez les rosiers greffés sur porte-greffe, qui bénéficient d'une meilleure vigueur.
- Aérer les massifs : Évitez de planter vos rosiers trop serrés. Supprimez les rameaux qui se dirigent vers l'intérieur des arbustes pour favoriser une bonne circulation de l'air.
- Taille et nettoyage rigoureux : Enlevez régulièrement les bois morts et les branches atteintes par des maladies. À l'automne, retirez un maximum de feuilles malades, tant sur le rosier que sur le sol. Effectuez ces nettoyages par temps sec et utilisez des outils propres et désinfectés. Les coupes doivent être faites en biseau pour éviter la stagnation de l'eau.
- Gérer le sol : Ne laissez pas les feuilles malades sur le sol et évitez de les mettre au compost, car les champignons y prospèrent. Désherbez soigneusement pour éviter la concurrence et la prolifération de nuisibles. Gratter la terre au pied des rosiers, sans abîmer les racines, favorise l'aération. Un paillage peut également contribuer à un bon équilibre.
- Nourrir vos rosiers : Des rosiers bien nourris sont plus résistants. Apportez un engrais "rapide" au début de la saison et un engrais à diffusion lente (fumier de cheval bien mûr, corne séchée) à l'automne pour renforcer leurs racines.
- Arrosage adapté : Arrosez vos rosiers abondamment mais avec espacement, en veillant à ne pas mouiller le feuillage, de préférence tôt le matin ou en soirée. Les systèmes d'aspersion sont à proscrire, car ils favorisent le développement de maladies fongiques et peuvent brûler les feuilles au soleil.
- Associations végétales : Intégrez des plantes comme l'ail ou la ciboulette dans vos massifs pour repousser les maladies. Les capucines peuvent attirer les chenilles et pucerons loin de vos rosiers.
- Favoriser la biodiversité : Encouragez la présence d'insectes auxiliaires (oiseaux, musaraignes, fourmis, araignées, syrphes, coccinelles) qui se nourrissent de larves et d'insectes nuisibles. Laissez des zones de friche, des tas de bois ou de pierres, des haies, ou installez des nichoirs et des hôtels à insectes. Les oiseaux, en particulier les insectivores, sont des alliés précieux.

Lutte Curative : Agir Face à l'Infestation
- Intervention manuelle : Si l'infestation est ponctuelle, retirez délicatement les feuilles attaquées avec les larves et écrasez-les sur une surface dure. Si les larves sont peu nombreuses, vous pouvez les faire tomber dans un seau d'eau savonneuse.
- Insecticides naturels :
- Pyrèthre végétal : Utilisez un insecticide à base de pyrèthre végétal. Le Bacillus thuringiensis (BT), efficace contre les vraies chenilles, est inefficace contre les tenthrèdes.
- Eau savonneuse : Un jet d'eau tiède additionné de savon noir peut être pulvérisé sur les larves pour les déloger et les empêcher de s'installer.
- Décoctions et purins : Des préparations maison à base de prêle, d'ail, ou de purin d'ortie ou de rhubarbe peuvent être utilisées.
- Action mécanique au sol : À la fin de leur développement, les larves de tenthrèdes descendent au sol pour tisser un cocon et hiverner. Biner le sol au pied des rosiers et des groseilliers, à la fin du mois de septembre et de nouveau au printemps, permet d'exposer ces larves au froid et aux prédateurs, interrompant ainsi leur cycle de vie.
L'importance des auxiliaires naturels
Dans la lutte contre les ravageurs du jardin, l'écosystème joue un rôle primordial. Les oiseaux insectivores, les musaraignes, les fourmis, les araignées, mais aussi les syrphes et les larves de coccinelles, se délectent des larves de tenthrèdes. En accueillant ces précieux alliés dans votre jardin, vous créez un équilibre naturel qui limite les infestations.
Les musaraignes, par exemple, sont des insectivores actifs même en hiver, consommant leur poids en nourriture chaque jour. Leurs déjections enrichissent le sol, et leurs galeries aèrent la terre, améliorant le drainage. Les carabes, prédateurs nocturnes, sont de véritables champions de la lutte antiparasitaire, dévorant limaces, escargots, œufs d'insectes et chenilles. Les crapauds, quant à eux, peuvent engloutir des dizaines de proies par nuit. Les vers de terre, bien que souvent inactifs en hiver, continuent d'aérer le sol grâce à leurs galeries.
Pour favoriser leur présence, laissez des zones avec du paillis épais, des tas de branches, des coins un peu sauvages. Un jardin "trop propre" est un désert pour la biodiversité, vous obligeant à assumer tout le travail vous-même.

En adoptant une approche respectueuse de l'environnement et en observant attentivement vos plantes, vous pourrez profiter pleinement de la beauté de vos rosiers, préservés des assauts de la vorace tenthrède. N'oubliez pas que la patience et la persévérance sont souvent récompensées par un jardin sain et florissant.