La maltraitance animale dans les filières de production de cachemire et de viande de chevreau : Un regard critique sur le bien-être animal

Chèvre du Cachemire dans son habitat naturel

Le bien-être animal est une préoccupation croissante au sein de la société, et les projecteurs sont de plus en plus braqués sur les conditions d'élevage et de production de certaines matières premières et denrées alimentaires. Parmi les filières régulièrement dénoncées, celles du cachemire et de l'engraissement des chevreaux se distinguent par les pratiques qu'elles peuvent engendrer, soulevant des questions fondamentales sur la maltraitance animale.

La cruauté derrière la douceur du cachemire

Le cachemire, réputé pour sa finesse et sa douceur, est une fibre de luxe très convoitée, principalement utilisée pour la confection de pulls et d'écharpes. Elle est obtenue à partir du sous-poil des chèvres du Cachemire, des animaux curieux et très sociaux originaires de la région située à l'ouest de l'Himalaya, le Cachemire, mais dont l'élevage est aujourd'hui majoritairement concentré en Chine et en Mongolie. Cependant, cette production de masse s'accompagne souvent de pratiques cruelles et d'un mépris du bien-être animal, comme l'a maintes fois révélé l'association PETA (Pour une éthique dans le traitement des animaux) et d'autres organisations de défense des droits des animaux.

Des pratiques de tonte et de peignage brutales

Pour le peignage et la tonte, les chèvres sont généralement maintenues longtemps fixées au sol et attachées, ce qui représente un stress énorme pour les animaux, d'autant plus qu'ils ne sont généralement pas habitués au contact humain. Cette pratique est particulièrement pénible pour les chèvres en gestation ; elle peut même entraîner des dommages permanents aussi bien chez la mère que chez le chevreau à naître.

Les travailleurs, souvent pressés par le temps ou inexpérimentés, peuvent très facilement blesser les chèvres, surtout si les animaux ne sont pas en mue. Les chèvres ressortent fréquemment avec des blessures ouvertes (coupures) qui ne sont généralement ni soignées ni traitées contre la douleur. Ces blessures sont une source de souffrance intense pour les animaux. Les vidéos diffusées par PETA montrent des chèvres avec des membres tordus et dont les poils sont arrachés à l'aide de peignes métalliques acérés. Ces images, captées par l'association en Chine et en Mongolie, ont révélé l'horreur des pratiques où les chèvres sont terrorisées et souffrent jusqu'à l'agonie lorsqu'on leur arrache les poils, qu'elles sont frappées à coups de marteau et égorgées au couteau.

Militante PETA déguisée en chèvre, lors d'une action de sensibilisation à la tonte du cachemire

En outre, si les chèvres sont tondues par temps froid, elles risquent de mourir de froid après avoir perdu leur sous-couche, ou peuvent attraper des coups de soleil par temps chaud, surtout s'il n'y a pas d'abri pour les protéger. La vice-présidente de PETA en Europe, Mimi Bekhechi, fustige le sort réservé aux chèvres du Cachemire, « terrorisées, torturées, mutilées et violemment tuées pour que leurs poils finissent en vêtements qui sont tout sauf doux ».

Les mutilations douloureuses des chevreaux

À l'âge d'une semaine seulement, les chevreaux sont souvent écornés. Cette opération consiste à détruire les cornes à l'aide d'un fer chaud ou d'une pâte chimique corrosive, ce qui peut entraîner de graves brûlures, voire la cécité. Cette méthode est très douloureuse et peut avoir des conséquences mortelles.

Les chevreaux mâles sont souvent castrés à l'aide d'anneaux en caoutchouc ou de pinces, ce qui entraîne des douleurs et des traumatismes pendant des jours, voire des semaines, jusqu'à ce que les tissus des testicules finissent par mourir. Cela rend également les animaux plus vulnérables au tétanos.

Des conditions de vie extrêmes et un impact environnemental désastreux

Les chèvres du Cachemire sont souvent élevées dans des conditions climatiques extrêmement rudes, avec des températures extrêmes et sans la protection nécessaire contre la chaleur et le froid. Rien qu'en Mongolie, plus de 7,4 millions d'animaux sont morts entre janvier et mai 2024 en raison de la rigueur de l'hiver, ce qui représente 11,5% de tous les animaux élevés dans le pays. Ces chiffres soulignent la vulnérabilité des animaux face à des conditions d'élevage qui ne leur offrent pas une protection adéquate.

Par ailleurs, les chèvres du Cachemire sont des animaux de pâturage presque insatiables. Le nombre élevé d'animaux entraîne un surpâturage, ce qui nuit aux espaces verts, avec un épuisement des espèces végétales, pourtant vitales pour l'alimentation des chèvres. Cet impact environnemental est particulièrement prononcé en Mongolie, où la multiplication des élevages pour le cachemire détruit les pâturages. En Chine, le nombre de troupeaux de chèvres est si élevé que des tempêtes de poussières, dégageant des panaches de pollution, balaient désormais les champs broutés par les animaux.

L'abattage précoce et barbare

L'espérance de vie naturelle d'une chèvre est d'environ douze ans. Mais dans l'industrie du cachemire, elles sont tuées bien plus tôt, dès qu'elles ne produisent plus de laine de bonne qualité. Très souvent, les chèvres sont abattues sans anesthésie adéquate, voire sans anesthésie du tout. Elles sont ainsi soumises à une douleur et une peur inimaginables. Les images diffusées par PETA révèlent également que les animaux sont égorgés et laissés à l'agonie dans les abattoirs.

Réactions et alternatives

Face à ces révélations, de nombreuses marques de luxe ont été acculées et ont créé des labels éthiques. Cependant, ces initiatives sont jugées insuffisantes par les lanceurs d'alerte pour garantir un revenu suffisant aux bergers et surtout un réel bien-être aux animaux. L'association PETA « appelle les marques et les consommateurs à rejeter le cachemire et à choisir des alternatives véganes éthiques, durables et confortables ». En effet, des alternatives existent, telles que la viscose et le bambou, ou l'achat de vêtements de seconde main.

Le business caché du cachemire : des chèvres aux tonnes d’or blanc !

Le groupe H&M a par exemple décidé de ne plus vendre de cachemire "conventionnel" suite à une enquête de PETA, s'engageant à ne plus proposer de cachemire produit dans les usines chinoises et mongoles d'ici 2020. Le groupe a affirmé travailler "pour une chaîne d’approvisionnement plus transparente, où le cachemire provient de sources durables qui sont certifiées de manière indépendante par des normes qui couvrent à la fois le bien-être animal et les aspects environnementaux". Si vous choisissez néanmoins le cachemire, il est recommandé de s'assurer qu'il est certifié selon le Good Cashmere Standard (GCS), tout en gardant à l'esprit qu'un risque de souffrance animale subsiste.

La maltraitance des chevreaux dans les centres d'engraissement

Au-delà de la production de cachemire, le sort des chevreaux, en particulier ceux destinés à la production de viande, est également au cœur des préoccupations des associations de défense animale. En France, plus de 90% du cheptel caprin est dédié à la production de lait. Or, sans mises bas, pas de lactation. Les petites femelles vont servir à renouveler le cheptel laitier, quant aux petits chevreaux mâles, ils sont rapidement retirés de leurs mères après leur naissance, puis dirigés vers des centres d'engraissement. L'association L214 et FUTUR ont révélé des images cruelles de ces élevages, mettant en lumière des conditions de vie déplorables et une surmortalité alarmante.

La courte vie des chevreaux : sous-produits de l'industrie laitière

L'association FUTUR dénonce les conditions d'élevage des chevreaux dans un centre d'engraissement de Châteauneuf-de-Gadagne dans le Vaucluse. Les images montrent des dizaines d'animaux serrés, les uns sur les autres, avec des cadavres gisant à terre. "Les animaux peuvent rester parqués dans un camion toute une nuit sans boire ni manger, il y a des cadavres, ça pue", décrit une membre de l'association, Vuk. Elle explique que les chevreaux sont "stressés, sans aucun repère, parqués par centaines dans des étables et nourris avec du lait en poudre pendant plusieurs semaines. Beaucoup sont tellement affaiblis qu'ils meurent et il y a une odeur d'ammoniaque immonde qui ressort des bâtiments".

Chevreaux entassés dans un centre d'engraissement

Ces petits animaux sont considérés comme des "sous-produits" de la filière laitière. Selon L214, 80 % des chevreaux quittent l’élevage alors qu’ils ne sont âgés que de 3 à 8 jours. Les centres d’engraissement, qui effectuent eux-mêmes le "ramassage" dans les élevages, les entassent dans des camions. Ces centres peuvent engraisser de 1 500 à 70 000 chevreaux par an, selon leur taille.

Des conditions d'élevage propices à la souffrance et à la mortalité

Enfermés et entassés dans des boxes étroits, sans aucun accès à l'extérieur, les chevreaux sont privés de toute possibilité d'exercer leurs comportements naturels. Séparés de leur mère quelques jours à peine après leur naissance, ils sont ensuite enfermés dans des enclos pour être engraissés avant d’être envoyés à l’abattoir à l’âge d’un an.

La mortalité est importante. Chaque année, ce sont environ 15 % des chevreaux qui meurent avant même d’avoir atteint l’âge d’abattage, et partent à l’équarrissage. La filière caprine attribue cette mortalité précoce à la grande taille des ateliers d’engraissement qui regroupent des animaux issus de plusieurs élevages, au manque d’intérêt des éleveurs pour ces chevreaux à faible valeur économique (entre 0,90 et 1 euro 30 le kilo), ainsi qu’à leur transport sur de longues distances. En cause également : "Des problèmes pulmonaires liés à la mauvaise qualité de l’air en bâtiment". L'odeur d'ammoniaque, comme décrite par l'association FUTUR, témoigne de la mauvaise qualité de l'air ambiant dans ces bâtiments d'élevage intensif.

Les abattoirs : la dernière étape de la souffrance

Lorsque les chevreaux atteignent le poids idéal, environ 10 kilos, ils sont abattus pour être vendus et transformés en produit alimentaire. Cette viande est souvent destinée à l'exportation vers l'Italie ou le Portugal, précise le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux. Les associations dénoncent des abattages qui peuvent être tout aussi brutaux que ceux observés dans l'industrie du cachemire, avec des animaux égorgés et laissés à l'agonie.

Une filière en quête de responsabilité et de durabilité

Face à ces problématiques, la Fondation 30 Millions d’Amis dénonce régulièrement la souffrance, physique et psychique, infligée aux animaux exploités dans les bâtiments d’élevage intensif. Un rejet partagé par l’opinion publique puisque 83 % des Français interrogés souhaitent l’interdiction de ce modèle (Baromètre Fondation 30 Millions d’Amis /Ifop, 2023).

En France, le statut de sous-produit du chevreau pose de réelles difficultés pour les éleveurs, faute d'organisation du ramassage et de l'abattage. La production est très saisonnière et peu adaptée à la demande des consommateurs, tandis qu’à l’export, la concurrence s’avère rude. Un rapport du CGAAER publié l'an passé invitait les acteurs à co-construire les bases d’une filière pérenne et socialement acceptable, pointant « un risque bien-être animal très marqué ». Interbev a déposé un dossier dans le cadre de l’appel à projet « Structuration des filières » du Plan de Relance, et l’Institut de l’élevage pilote le projet ValCabri, visant à corriger les déséquilibres.

La tonte des animaux : entre nécessité et maltraitance

La question de la tonte des animaux à laine, comme les moutons, les alpagas et certaines races de chèvres (angora ou mohair), est complexe. Si elle est souvent nécessaire pour le bien-être de l'animal, elle peut aussi, dans certaines situations, être source de maltraitance.

La tonte, une nécessité pour le bien-être animal

Ne pas tondre certains animaux pourrait être interprété comme une forme de négligence et, parfois même, comme un acte de maltraitance. En effet, la toison de ces animaux, essentiellement destinée à les protéger du froid, devient très encombrante au printemps. Les animaux tondus sont ensuite plus légers, plus propres et débarrassés de leurs parasites externes (tiques, myiase, gales, mélophages…). Ne pas les tondre, au bon moment (une à deux fois par an, selon les races, les coutumes et la nécessité), et selon des méthodes éprouvées (en faisant appel à des gens expérimentés dont c’est le métier) pourrait, notamment dans les cas extrêmes, être assimilé à une forme de maltraitance, susceptible de faire l’objet de poursuites pénales. Les détenteurs de ces animaux à laine le savent parfaitement ; ils sont, en l’espèce, soumis à une obligation de soins et, à tout le moins, de prévention. La tonte de leurs animaux devient alors une nécessité, très largement compensée par l’obtention d’une laine, souvent de qualité et aux multiples usages.

Quand la tonte devient maltraitance

Paradoxalement, la tonte peut aussi conduire à des actes de maltraitance. Ainsi en est-il, par exemple, lorsque la tonte est faite à un moment inapproprié, ou trop tôt ou trop tard selon les usages locaux, afin que l’animal tondu ne souffre, par exemple, ni du froid - qui dure -, ni de la chaleur trop précoce alors que la laine n’a pas encore suffisamment repoussé pour procurer à l’animal une nouvelle protection efficace.

La pire situation, lors de la tonte des animaux, est celle qui est liée à leur contention, souvent défectueuse. La maîtrise de l’animal - qui doit avoir le moins peur possible - doit aller de pair, évidemment, avec la technicité, le geste sûr, la précision, la patience et la douceur du tondeur. Quand cela est fait dans les règles de l'art, il peut y avoir une véritable harmonie et peut-être même une forme de complicité entre l’opérateur et l’animal. Celui-ci n’est évidemment heureux que lorsque l’opération est terminée !

Par contre, lorsque le tondeur est inexpérimenté, brutal, maladroit, trop pressé, ou qu’il est équipé d’un matériel inapproprié ou de mauvaise qualité, cela devient un calvaire pour l’animal et l’on peut alors, dans ces cas-là, parler de maltraitance, voire même, parfois, de véritables actes de cruauté. Des films tournés notamment en Australie ou en Nouvelle-Zélande ont révélé des scènes de maltraitance avérée, voire de cruautés, directement liées au fait que les opérateurs - toujours très pressés - ne savent pas assurer une bonne contention des animaux et, provoquant ainsi leur indocilité réflexe, se montrent alors envers eux brutaux, voire cruels.

Tonte de moutons dans un élevage industriel

Les concours de tonte, bien que mettant en avant des professionnels habiles, posent également question. La rapidité d’exécution est l’un des critères retenus pour désigner les vainqueurs. Cette rapidité-record, source d’inconfort et, parfois, de gestes brusques pendant la tonte, se trouve ainsi en totale contradiction avec le concept littéral du bien-être des animaux soumis à ces épreuves. La dextérité du tondeur, la manipulation des animaux et la parfaite exécution de la tonte, sans éraflures ni blessures, ne seraient-elles pas des critères amplement suffisants pour départager les meilleurs candidats ?

Une tonte éthique et respectueuse

Une tonte bien faite repose sur quelques éléments majeurs et nécessaires : avoir affaire à un opérateur expérimenté, qui maîtrise sa technique, en connaît tous les secrets, respecte les animaux qui lui sont confiés, utilise un matériel de qualité, connaît les difficultés de la tâche et sait en prévenir les risques. Un bon tondeur ne frappe jamais un animal, sait rester ferme lors de la contention et parler à l’animal pour tenter de l’apaiser. À l’instar du vétérinaire qui doit toujours essayer de conserver un lien de confiance entre l’animal et lui, entre son propriétaire et lui, le bon tondeur doit être lui aussi un homme de l’art, expérimenté et respecté. La tonte des animaux - souvent opportune et parfois nécessaire - devient alors véritablement, si elle a d’abord été un acte de bientraitance, un élément de bien-être, en tous points conforme à l’esprit et à la lettre du désormais célèbre article 515-14 du Code civil : « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ».

Le business caché du cachemire : des chèvres aux tonnes d’or blanc !

Les autres animaux de la filière laine

Il est important de noter que d'autres animaux paient un lourd tribut à la production de laine, souvent issue de pays où la protection animale est inexistante. C'est le cas du lapin angora, épilé à vif tous les 100 jours pour conserver le "soyeux" et les qualités esthétiques de son poil. Sa peau très fragile est souvent arrachée lors de cette épilation, et le lapin est ensuite exposé au froid, ce qui lui est souvent fatal. La chèvre de l’Himalaya, dont la toison permet de tisser la laine pashmînâ, aussi appelée « l’or en fibres », et l'alpaga, un camélidé cousin du lama en Amérique du Sud, sont également exploités pour leur laine.

Vers un avenir plus éthique pour le bien-être animal

La sensibilisation aux pratiques de maltraitance animale dans les filières de production de cachemire et de chevreau est cruciale. Les associations de défense des animaux, à l'image de PETA, L214, QUATRE PATTES ou FUTUR, jouent un rôle essentiel dans la dénonciation de ces abus et la promotion d'alternatives plus éthiques.

Les consommateurs ont un pouvoir non négligeable. En évitant le cachemire "conventionnel" et en optant pour des alternatives véganes (coton biologique, chanvre, lin, bambou, ortie) ou des produits certifiés selon des normes rigoureuses en matière de bien-être animal, ils peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques. Les marques, sous la pression des consommateurs et des associations, sont de plus en plus amenées à revoir leurs chaînes d'approvisionnement et à s'engager pour une production plus transparente et respectueuse des animaux. Le mouvement mondial "Wear it Kind" vise à créer une demande pour des conditions meilleures pour les animaux dans l'industrie de la mode.

L'interdiction des procédés de tonte et de peignage cruels, des mutilations douloureuses, l'obligation d'abris pour protéger les animaux des intempéries, l'amélioration de la relation homme-animal, des normes plus élevées pour le transport et l'abattage, ainsi que des mesures contre le surpâturage, sont autant de pistes pour améliorer concrètement le bien-être des chèvres du Cachemire et des chevreaux.

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