L’agriculture occupe une place centrale au sein de l’économie et du paysage du Pays Basque. Avec près de 4 500 fermes et plus de 8 500 actifs, ce secteur constitue souvent la première activité économique du territoire. Cette particularité régionale génère des impacts sur l’environnement, bien que la part importante des prairies permanentes favorise des effets bénéfiques, notamment sur le maintien de la biodiversité. Au-delà des cultures, la forêt joue un rôle majeur avec une superficie de près de 75 000 hectares. Si la forêt publique représente le tiers de cette surface et se concentre essentiellement en montagne, la forêt privée en occupe les deux tiers, incluant la quasi-totalité de la forêt paysanne. Le milieu forestier ne constitue pas qu'une ressource économique ; il est le refuge d'une faune et d'une flore variées, essentielles à l'équilibre naturel et au bien-être humain.

La dynamique du secteur maraîcher
La grande majorité des fermes maraîchères du Pays Basque est engagée en bio ou en phase de conversion à l’agriculture biologique (AB). En moyenne, ces unités exploitent deux hectares, auxquels s’ajoute une quinzaine de fermes conventionnelles. Débutants et anciens confondus, le chiffre d’affaires annuel oscille en moyenne entre 30 000 et 40 000 euros par unité de temps complet.
Historiquement, les zones maraîchères étaient solidement implantées sur la frange littorale, notamment à Anglet. Cependant, une grande part des bonnes terres a été grignotée par l’urbanisation. Cette pression foncière force les nouveaux arrivants, souvent en reconversion professionnelle, à s'installer sur des terres de moindre qualité, en zone de montagne, voire à franchir la frontière. C'est le cas de Cédric Constant, résidant à Hendaye, qui n’a pu trouver à cultiver qu’à Lezo, un petit village de Guipuscoa. Il témoigne : « Je suis un agriculteur non-résident, considéré comme un auto-entrepreneur, sans aide du côté français, ni interlocuteur. »
Le maraîchage comme vecteur de biodiversité
La pratique du maraîchage impose une gestion rigoureuse des sols. Francis Larrea, producteur à Mendionde installé en 2012, souligne : « En maraîchage, il faut plus de terre que vous ne cultivez pour laisser reposer la terre ». Avec 2,5 hectares et 1 500 m² de serres, il défend le principe du « bio, facteur de biodiversité » et des circuits courts. Son exploitation illustre la dépendance aux politiques publiques, qu'il s'agisse des primes de la Politique Agricole Commune (PAC) ou des indemnités en cas de calamités indexées sur les surfaces. La maîtrise des coûts, notamment celui de l’eau, reste une préoccupation majeure, bien que le prix soit actuellement garanti par la Communauté d’agglomération Pays basque.
La question de l'eau est cruciale. Jean-Bernard Iceaga, maraîcher à Hélette, a su valoriser une source présente sur son foncier familial, évitant ainsi le recours au réseau urbain. Cette autonomie lui a permis de restaurer un terrain épuisé par trente ans de monoculture laitière. Grâce à un régime sans intrant chimique et à la pratique du couvert végétal, la terre a retrouvé une seconde vie. « Le maraîchage a un grand avenir. Logiquement, il faut retrouver une nourriture locale en légumes, fruits et viande. Dans la situation actuelle, on a tout intérêt à redynamiser le local et valoriser une alimentation saine. Il faut faire sauter l’idée du bio plus cher, et songer à ses bénéfices », affirme-t-il.

Les défis de l'installation et la formation
Malgré les obstacles, des vocations naissent. Pantxika Halsouet anime chaque année le BPREA maraîchage à Hasparren, où une dizaine de personnes sont formées. Ce diplôme de niveau BAC attire un public varié, souvent hors cadre familial. « 70 % d’entre eux s’installent à terme, au Pays basque ou ailleurs », précise-t-elle. Néanmoins, les freins sont nombreux : baisse des aides à l’apprentissage, explosion des coûts de production, sécheresses répétées et hausse du prix des matériaux. « Certains jeunes installés n’ont pas eu les moyens d’irriguer à l’été 2022. Les problématiques climatiques sont aiguës », ajoute-t-elle.
Se former est une étape indispensable. Depuis le 1er janvier 2023, il est nécessaire pour s’installer et bénéficier des aides de disposer d’un diplôme agricole de niveau 4 minimum (BAC ou BPREA) ou d’un diplôme non agricole de niveau 4 avec deux ans d’expérience justifiée. Le territoire basque propose une offre riche pour accompagner ces projets. La Communauté Pays Basque finance des associations comme BLE (CIVAM Bio) et l’Association des Producteurs Fermiers du Pays Basque (IDOKI) pour accueillir les porteurs de projet, à condition qu'ils soient passés par le PAIT64.
L'agriculture biologique au Pays Basque
Pratiques culturales et résilience territoriale
Afin de favoriser un travail de qualité et contribuer au partage de l’emploi, les surfaces cultivées sont volontairement de petite taille. Les cultures sont obligatoirement de plein champ ou en serres non chauffées, une nécessité pour protéger les végétaux du froid et de la pluie abondante au Pays Basque. Le maraîcher privilégie des variétés anciennes locales et issues de semences biologiques, mieux adaptées au climat et au terroir.
La gestion quotidienne repose sur une observation attentive des cultures et la mise en œuvre de pratiques respectueuses de l’environnement :
- Rotation des cultures pour préserver la fertilité du sol.
- Fertilisation organique et préparation soignée des terres.
- Paillage biodégradable pour maintenir l'humidité.
- Désherbage mécanique excluant tout intrant chimique de synthèse.
Ces méthodes, alliées à une récolte manuelle à maturité, garantissent une production de haute qualité nutritionnelle. Pour les agriculteurs déjà installés, des fonds comme VIVEA permettent de financer des formations continues, tandis que le service de remplacement offre la possibilité de s'absenter de la ferme pour se former, moyennant une aide financière spécifique. Ce modèle, bien que confronté à des réalités économiques et climatiques complexes, demeure un pilier de la résilience alimentaire et du maintien de la vitalité rurale du Pays Basque.
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