
Le paysage de la justice économique en France connaît une transformation significative avec l'introduction des Tribunaux des Activités Économiques (TAE). Cette réforme, inscrite dans la loi d’orientation et de programmation du ministère de la Justice 2023-2027, vise à moderniser le traitement des difficultés des entreprises et à offrir un bloc de compétences juridictionnelles unifié. L'expérimentation de ces tribunaux, débutée au 1er janvier 2025 pour une durée de quatre ans, est une étape cruciale vers une justice plus accessible et adaptée aux réalités économiques contemporaines, y compris pour des secteurs spécifiques comme le maraîchage.
L'Évolution des Compétences : Des Tribunaux de Commerce aux TAE
Actuellement, les tribunaux de commerce sont compétents en matière de prévention et de traitement des difficultés des entreprises lorsque ces dernières exercent une activité commerciale ou artisanale. Cela inclut également les activités agricoles lorsqu'elles ont la forme d’une société commerciale. Avec l'avènement des Tribunaux des Activités Économiques, cette compétence est considérablement élargie.
Quelles Compétences pour les Nouveaux TAE ?
À partir du 1er janvier 2025, les TAE auront compétence pour statuer sur une gamme étendue de procédures, quel que soit le statut et l'activité du débiteur. Cette extension est fondamentale pour inclure des acteurs qui étaient auparavant traités sous des régimes différents. Les domaines de compétence des TAE engloberont :
- Les procédures d'alerte et les procédures amiables : Ces mécanismes permettent d'anticiper et de résoudre les difficultés d'une entreprise avant qu'elles ne s'aggravent.
- La désignation d'un conciliateur : Cette compétence est particulièrement pertinente pour les exploitations agricoles en difficulté, offrant une voie de résolution à l'amiable.
- Les procédures collectives : Il s'agit des procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire et de liquidation judiciaire, destinées à traiter les entreprises en cessation de paiements ou en voie de l'être.
- Les actions et contestations relatives aux baux commerciaux : Ces litiges doivent être nés de la procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire du débiteur, et présenter avec celle-ci des liens de connexité suffisants.
L'objectif principal de la mise en place de ces tribunaux est d'étendre la compétence des actuels tribunaux de commerce aux procédures amiables et collectives, offrant ainsi aux justiciables un bloc de compétences unique et plus facilement lisible.
La Composition des Tribunaux des Activités Économiques : Une Expertise Pluraliste
La composition des TAE est un élément clé de cette réforme, visant à intégrer diverses expertises pour une justice plus juste et éclairée. Les tribunaux des activités économiques seront composés des juges élus du tribunal de commerce, de juges exerçant la profession d’exploitant agricole et d’un greffier.
L'Intégration des Juges Agriculteurs
L'inclusion de juges exploitants agricoles est une innovation majeure. Cette mesure répond à la nécessité d'une meilleure compréhension des spécificités du monde agricole. Traditionnellement, les agriculteurs étaient jugés devant les tribunaux judiciaires, une situation qui pouvait ne pas toujours prendre en compte les particularités de leur activité. Avec les TAE, ces tribunaux deviennent compétents pour gérer les procédures amiables ou collectives des agriculteurs.
Cependant, cette intégration a suscité des inquiétudes. Monsieur Joël Giraud a attiré l'attention de Monsieur le garde des sceaux, ministre de la justice, sur ce point. Certains professionnels du secteur agricole craignent que ce projet d'expérimentation ne risque d'entraîner des conséquences graves sur les capacités de redressement des exploitations agricoles en difficulté. La crainte est qu'un jugement rendu par un juge lui-même agriculteur, désigné par un collège électoral composé des élus de la chambre d'agriculture du département, puisse être perçu comme partial et orienté.
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Le Gouvernement a répondu à ces préoccupations en soulignant que les juges des TAE, comme déjà ceux du tribunal de commerce ou du tribunal judiciaire, seront soumis aux règles de déport et d'impartialité, communes à toutes les juridictions judiciaires. Les juges des tribunaux de commerce, disposant d'une expertise en matière de procédures collectives et de prévention, seront légitimes et en capacité de juger l'intégralité des futurs litiges du tribunal des activités économiques dans le respect des principes d'indépendance et d'impartialité mentionnés dans les dispositions de l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, relatives au droit à un tribunal indépendant et impartial. De nombreux textes de l'ordre international ou européen s'appliquent également aux juges des tribunaux de commerce exerçant des fonctions judiciaires, réaffirmant les exigences d'indépendance et d'impartialité, y compris pour les juridictions formées de juges non-professionnels.
La Liste des Tribunaux des Activités Économiques Expérimentaux
Un arrêté du 5 juillet 2024 désigne les 12 tribunaux de commerce qui sont devenus des tribunaux des activités économiques à partir du 1er janvier 2025. Ces tribunaux pilotes sont répartis sur le territoire national, couvrant différentes régions sous l'égide de leurs cours d'appel respectives :
| Tribunaux de commerce | Cour d'appel |
|---|---|
| Tribunal de commerce de Paris | Cour d'appel de Paris |
| Tribunal de commerce de Marseille | Cour d'appel d'Aix-en-Provence |
| Tribunal de commerce de Lyon | Cour d'appel de Lyon |
| Tribunal de commerce de Nanterre | Cour d'appel de Versailles |
| Tribunal de commerce de Limoges | Cour d'appel de Limoges |
| Tribunal de commerce d'Avignon | Cour d'appel de Nîmes |
| Tribunal de commerce d'Auxerre | Cour d'appel de Paris |
| Tribunal de commerce de Saint-Brieuc | Cour d'appel de Rennes |
| Tribunal de commerce du Havre | Cour d'appel de Rouen |
| Tribunal de commerce de Nancy | Cour d'appel de Nancy |
| Tribunal de commerce de Versailles | Cour d'appel de Versailles |
| Tribunal de commerce du Mans | Cour d'appel d'Angers |
Il est à noter qu'un simulateur du ministère de la Justice est disponible pour aider à déterminer à quel tribunal adresser une demande.
La Contribution pour la Justice Économique
Dans le cadre de cette réforme, une contribution financière est mise en place pour certaines instances introduites devant le tribunal des activités économiques.
Qui est Concerné par la Contribution Financière ?
Les entreprises de plus de 250 salariés doivent verser une contribution financière pour les instances introduites devant le tribunal des activités économiques, à l'exception des procédures collectives. Cette contribution, nommée « contribution pour la justice économique », est due par l'auteur de la demande initiale lorsque la valeur totale des prétentions s'élève à plus de 50 000 €.
Il appartient au greffier de déterminer si le demandeur est assujetti à la contribution et d’en calculer le montant. Il ressort de ces textes que la contribution est exigible par l’auteur d’une demande initiale d’un montant supérieur à 50 000 €, par toute personne de droit privé employant plus de 250 salariés.
Le Secteur du Maraîchage Face aux Nouvelles Dispositions Judiciaires
L'intégration des activités agricoles dans la compétence des TAE est particulièrement pertinente pour le secteur du maraîchage, un domaine qui connaît un dynamisme croissant mais aussi des défis spécifiques.
Devenir Maraîcher : Statuts et Exigences
Pour les futurs maraîchers, plusieurs étapes et choix s'imposent :
- Immatriculation et MSA : La première étape consiste à immatriculer son entreprise afin d'obtenir les numéros Siret (ou Siren) nécessaires à l'identification de l'exploitation. Ensuite, il est essentiel de s'inscrire à la Mutualité sociale agricole (MSA) pour bénéficier de la couverture sociale des agriculteurs.
- Statut Juridique : Le maraîcher doit choisir le statut juridique de son activité. Exercer en nom propre est souvent plus simple et moins coûteux, surtout en tant que cotisant solidaire pour ceux qui débutent et ont une petite exploitation. En tant que cotisant solidaire, le maraîcher bénéficie de charges sociales réduites, ce qui est avantageux pour alléger la pression financière initiale. Cependant, ce statut est réservé à ceux qui travaillent entre 150 et 1 200 heures par an, et sur une superficie correspondant à un quart de la superficie minimale d'installation (SMI). Pour ceux qui veulent s'investir pleinement, le statut d'agriculteur à titre principal est plus approprié. Il nécessite de consacrer plus de 50 % de son temps et de ses revenus à l'activité maraîchère. Si l'option choisie est de créer une société agricole, il est nécessaire de rédiger les statuts de la société et de déposer le dossier de création au greffe. La Société civile d’exploitation agricole (SCEA) est une option flexible, avec au moins 2 associés et sans minimum de capital social requis.
- Formation : Il est possible de devenir maraîcher sans diplôme, en se formant directement auprès d'un employeur dans le secteur ou en se rapprochant de professionnels expérimentés pour acquérir les compétences nécessaires.
Certifications et Aides Spécifiques au Maraîchage
Le secteur du maraîchage peut bénéficier de différentes certifications et aides :
- Certification Bio : Pour ceux qui souhaitent devenir maraîcher bio, il est important de savoir que les légumes doivent être cultivés sans pesticides de synthèse. Si le terrain a déjà été exposé à ces produits, une période de conversion de trois ans est nécessaire avant de pouvoir obtenir la certification bio. Devenir maraîcher bio permet d’accéder au maximum d’aides proposées, y compris le crédit d’impôt si 40 % de l'exploitation est en production biologique. L’État propose une aide à la conversion et une aide au maintien, ciblée là où il y a un fort enjeu environnemental.
- Certification Haute Valeur Environnementale (HVE) : Cette certification est optionnelle et atteste des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement.
- Aides à la création d'entreprise : Il existe différentes aides à la création d’entreprise pour les maraîchers. Les maraîchers qui n’ont pas la certification bio bénéficient de moins d’aides.
Le budget nécessaire pour devenir maraîcher varie considérablement en fonction des projets et des ambitions de chacun, des aides et des financements obtenus.

Les Implications de la Réforme pour les Acteurs du Maraîchage
L'extension de compétence des TAE aux activités agricoles signifie que les maraîchers, qu'ils soient en nom propre ou sous forme sociétaire, pourront désormais relever de cette juridiction en cas de difficultés économiques.
Une Approche Unifiée pour la Prévention et le Traitement des Difficultés
L'avantage majeur de cette réforme est la mise à disposition d'un dispositif juridictionnel aux compétences élargies, capable de traiter de manière cohérente l'ensemble des procédures amiables et collectives. Cela pourrait simplifier les démarches pour les maraîchers en difficulté, qui n'auront plus à naviguer entre différentes juridictions selon la nature de leur activité ou de leur structure juridique.
L'intégration de juges exploitants agricoles au sein des TAE est censée apporter une connaissance approfondie des réalités du secteur, favorisant des décisions plus éclairées et adaptées. Cette expertise pourrait être cruciale pour des activités comme le maraîchage, où les cycles de production, les aléas climatiques et les spécificités du marché peuvent avoir un impact direct sur la santé financière des exploitations.
Perspectives Futures : Vers une Généralisation des TAE
L'expérimentation des douze tribunaux des activités économiques est une première étape. L’objectif est à terme de permettre la généralisation de l’extension de compétence des tribunaux des activités économiques à tous les tribunaux de commerce. Cette évolution promet une justice économique modernisée, plus efficace et plus juste pour l'ensemble des acteurs économiques français, y compris les maraîchers, les associations et les professions libérales qui pourront bénéficier de ces nouvelles compétences.

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