Le Maraîchage sur Sol Vivant en Ardèche : Techniques et Stratégies d'Installation

Le maraîchage, particulièrement en zone argilo-calcaire comme en Ardèche, représente un défi technique et physique majeur. La transition vers des pratiques agroécologiques, et plus spécifiquement vers le Maraîchage sur Sol Vivant (MSV), s’inscrit dans une volonté de restaurer la fertilité naturelle des sols tout en assurant la viabilité économique de l’exploitation. Cette approche repose sur trois piliers : la réduction ou l’arrêt du travail du sol, la couverture permanente des sols et des apports massifs de matières organiques.

Schéma illustrant les trois piliers du MSV : couverture, non-travail du sol et apport de matière organique

Fondements de l’installation et gestion du projet maraîcher

Réussir son installation nécessite de réunir sept clés fondamentales dès le début d’un projet maraîcher et à les entretenir tout au long de votre carrière. La motivation est fondamentale pour garder l’énergie nécessaire dans ce métier qui est difficile physiquement et facilement chronophage. Il faudra conserver sa motivation face aux pertes de cultures, aux aléas climatiques ou aux déboires commerciaux et rebondir. Il est fondamental de prendre un moment pour aligner ses rêves, son projet personnel, son projet professionnel et ses capacités physiques. Beaucoup de porteurs de projets démarrent remplis d’idéaux sur l’agriculture et surestiment leurs capacités à tout abattre de front.

Il est important de réagir correctement lorsqu’un événement inattendu pourrait avoir un impact important sur les cultures. Savoir estimer les ordres de grandeur du maraîchage permet de mieux se projeter sur l’ampleur des tâches à venir, et donc de mieux s'organiser. Par exemple, l’arrosage d’un semis au démarrage représente 15 mm, ce qui, avec 2 l/h par goutteur et 9 goutteurs/m², donne 50 minutes de goutte à goutte. Une estimation de rentabilité ITK, comme pour 2 kg de haricots récoltés en 1 heure vendus 8€/kg, donne 16€/h.

Le maraîchage étant une activité extrêmement chronophage, vous pouvez aisément vous entourer de personnes impliquées, et profiter de nombreux échanges de bons procédés : coup de mains familiaux ou amicaux contre légumes, wwoofing, stagiaires, ou chantiers participatifs. Créer ces dynamiques renforcera aussi votre entreprise dans les temps difficiles. Un lien fort avec ses clients ou AMAPiens peut être un des piliers pour traverser les zones de turbulences.

Stratégies d'organisation et planification

La commercialisation peut devenir rapidement et surtout dans un premier temps extrêmement chronophage pour le maraîcher. Se retrouver à faire plusieurs marchés par semaine pour ne vendre que 100 € par marché est évidemment beaucoup moins efficace que de réussir à tout regrouper en une ou deux ventes. Ainsi il faut dimensionner son AMAP, son marché ou son autre système de vente en fonction de cet objectif et se donner les moyens de l’atteindre.

On entend souvent parler du surmenage dans le milieu agricole. Il peut être lié à deux paramètres : la surcharge de travail et l'organisation de son temps face à cette charge. Pour améliorer son organisation et la vision de son travail, la clef principale est l’anticipation. Il est intéressant de prendre en note ce qui est réalisé au long de l’année : rendement, décalage de séries, problèmes d’enherbement et/ou de ravageurs. Ces notes forment une base utile à la prise de décision et à l’amélioration de la planification de l’année suivante.

L'agronomie des sols vivants en contexte calcaire

L'agronomie des sols vivants n'est pas celle de l'agriculture classique. Le sol contient plusieurs éléments : argiles, limons, sables, de la matière organique ainsi que des organismes vivants. Ces organismes ont une action d’humification et minéralisent la matière organique. En Ardèche, les sols sont souvent fortement argilo-calcaires. Si les sols sableux ont moins de réserve utile que les sols argileux et si évidement les cailloux déforment les carottes, c’est avant tout la nutrition du sol et l’activité biologique qui crée la fertilité des sols.

Infographie comparant la structure d'un sol travaillé versus un sol vivant (MSV)

Les mesures de pH au champ donnent une information sur le pH de l’eau libre de la parcelle, ce qui explique qu'elles soient extrêmement variables. Les rhizodépositions et la biologie du sol tendent vers un pH de 6,5 - 7, qui est précisément le pH de confort du végétal. Les sols maraîchers sont souvent des “anthroposols”, c’est à-dire des sols construits par la main de l’homme, année par année. Le MSV peut facilement reconstruire biologiquement les sols grâce aux outils que sont les apports de matières organiques, les plantes et l’irrigation.

Attention au phénomène normal de faim d’azote qui découle d’action d’apport important de matière organique. Cette immobilisation d’azote due au développement des micro-organismes saprophytes est normale et finit toujours par passer. Elle peut néanmoins durer jusqu’à 5 mois. Il faut donc la prévoir en amont dans l’itinéraire technique.

Techniques de gestion des cultures et adventices

Lorsque le sol est constamment couvert, le désherbage est largement diminué. Toute perturbation du sol modifie les conditions d’humidité, de température, de lumière. C’est cette perturbation qui déclenche la germination. Sans travail du sol, elles germent peu. Pour les courges, une bâche peut être mise en place sur le paillage, ou directement sur la prairie broyée, roulée. Pour les bulbilles, on peut procéder en deux phases : bâchage à l’automne et en hiver, débâchage à la plantation pour installer ses rangs de bulbilles et paillage par-dessus.

C’est un manque à gagner énorme que de se passer de système d’irrigation en MSV car la réussite des semis et plantations est conditionnée à une bonne hygrométrie du sol et de l’air. Enfin, l’irrigation permet de décupler les rendements et donc tout le travail déjà réalisé sur la culture.

Mettre en place ses cultures: planification, rotation, association de cultures

Diagnostics et suivi agronomique

Les diagnostics de sol montrent l’importance de réaliser des analyses de sol complètes (physico-chimiques et organo-biologiques) ainsi que des observations de la structure des sols avant la mise en place des pratiques de conservation du sol. Les analyses montrent une augmentation de la MO libre, ce qui signifie qu’il y a de l’énergie pour nourrir la vie du sol, mais il faut veiller à l'équilibre avec la MO liée.

Certains sols prennent en masse et l’arrêt du travail du sol ne permet pas de reprendre la structure du sol mécaniquement. L’amélioration biologique de la structure du sol prend du temps. Dans ces cas-là, un profil de sol est conseillé pour améliorer le diagnostic physique du sol et envisager des actions correctives adaptées. La modification d’un système de culture ne doit pas être prise à la légère. Le mieux est de commencer sur une petite parcelle pour se faire la main, avec un diagnostic de sol. S’il y a une compaction, il faudra envisager une fissuration accompagnée d’un couvert végétal à fort enracinement avant de réduire le travail du sol.

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