L'Émergence d'un Écosystème Maraîcher Durable à Verdun

Le paysage agricole de la Meuse connaît une mutation profonde. À Verdun, un espace-test dédié au maraîchage biologique prend forme, fruit d’une collaboration entre le Grand Verdun, la municipalité et l’association GESSM. Ce projet ne se limite pas à une simple mise en culture ; il constitue un laboratoire vivant où se croisent transition écologique, insertion sociale et souveraineté alimentaire.

Vue aérienne schématique d'un espace-test en maraîchage biologique avec zones de culture, serres et zones de biodiversité

Une Genèse Collaborative au Cœur du Territoire

La mise en place de cet espace découle d'une volonté politique forte. La parcelle d’un hectare et demi « appartient à la ville de Verdun mais le projet est porté par la communauté d’agglomération du Grand Verdun. Il s’inscrit dans le territoire à énergie positive », confie Philippe Dehand, vice-président du Grand Verdun en charge de la transition écologique. Lors d’une visite technique organisée le vendredi 7 mars, les partenaires du projet ont pu découvrir les premières avancées sur le terrain, témoignant de l'engagement collectif des acteurs locaux.

Plusieurs structures sont impliquées, dont l’Adapei de la Meuse, AMIE, AMSEAA, ainsi que France Travail Verdun, les services déconcentrés de l’État et le Département de la Meuse. Cette synergie permet de structurer un modèle où l'accompagnement technique rencontre les besoins du terrain. « La Chambre d’agriculture a réalisé des analyses de sol et les terres sont propices au maraîchage. Et ce sera du bio. Il y a déjà deux ans sans intrant chimique, dans un an ce sera bon », poursuit Philippe Dehand.

L’espace-test permet d’expérimenter le maraîchage dans un cadre légal, avec un accompagnement technique et des outils adaptés. Il représente une étape importante vers un système alimentaire local plus résilient, capable de répondre aux défis climatiques et économiques actuels.

Le Maraîchage comme Levier d'Insertion Sociale

Au-delà de la production, le site se veut un moteur d'inclusion. Le projet accueille des chantiers d’insertion, offrant des parcours individualisés aux personnes en recherche d’emploi. La MFR, suite à un appel à projet, est chargée de mettre en place « un chantier d’insertion en maraîchage bio », confie Christelle Billard, directrice de la fédération territoriale des MFR Marne-Ardennes-Meuse, accompagnée de Christine Letrou, présidente de la MFR de Bras.

Ce sont quatre adultes bénéficiant de la formation « Technicien agricole », accompagnés de leur formatrice Nathalie Richier, qui ont relevé les manches pour labourer. Cet effort collectif a été rendu possible grâce à Daniel Dubaux du GAEC des Lilas à Champneuville et administrateur de la MFR et à son associé Jérémy Thomas. Un travail de recherche de « personnes en démarche d’insertion » se fera avec Pôle Emploi, la Mission locale, Cap Emploi… « Ils vont travailler sur cette parcelle et vont apprendre des techniques simples » et seront encadrés « par un encadrant technique qui reste à recruter ».

De la terre jusqu'au marché, un chantier d'insertion en maraîchage à Albi

Incubateur de Talents et Futur de la Filière

L’autre axe stratégique est de « donner la possibilité à un jeune sortant de formation de maraîchage de venir se tester. L’idée, c’est qu’il vienne chercher ses marques chez nous », souligne Philippe Dehand. Le but ultime est une installation pérenne en individuel. « Il y a de la place pour six à huit maraîchers sur le Grand Verdun ».

La réussite de ce modèle repose sur la complémentarité. « Le principe est que l’on soit complémentaire avec les maraîchers bio de Verdun », insiste Christelle Billard. « Ce sont nos conseillers techniques » avec Bio en Grand Est. Cette structure d'accueil permet de sécuriser le parcours des nouveaux installés, en leur offrant un filet de sécurité technique et matériel avant qu'ils ne volent de leurs propres ailes sur le territoire.

Synergies avec le Réseau de la Biodiversité

Le maraîchage biologique à Verdun s'inscrit dans une réflexion plus large sur la biodiversité agricole. En juin 2025, Verdun a accueilli le Forum Biodiversité, réunissant 60 conseillers agricoles des Chambres d’Agriculture venus de toute la France. Ce forum a permis de mettre en perspective les pratiques de terrain avec des enjeux nationaux.

La présentation de l’exploitation agricole GAEC de Génicourt a illustré cette dynamique. Cette ferme a été accompagnée dans l’implantation d’aménagements agroécologiques tels que des haies, des bandes enherbées et des bandes fleuries. Le projet LIFE Biodiv’Est, coordonné par la Région Grand Est et ses partenaires, agit notamment sur la biodiversité dans l’espace agricole. À travers son réseau de fermes pilotes, il permet d’expérimenter, suivre et valoriser des pratiques concrètes, en lien avec les réalités de terrain.

Schéma explicatif des corridors écologiques et des aménagements agroécologiques (haies, bandes enherbées)

Les thématiques abordées lors du forum faisaient directement écho au besoin d’une agriculture plus respectueuse du vivant. Les échanges ont porté sur les dispositifs agroenvironnementaux, tels que les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC), les paiements pour services environnementaux (PSE) ou encore le réseau Natura 2000. Le suivi et la gestion des auxiliaires de culture ont également été abordés, tout comme les aménagements paysagers favorables à la biodiversité. Les participants ont partagé des protocoles d’évaluation de la biodiversité et discuté de l’analyse de la vie des sols.

La Transition Écologique à l'Échelle du Territoire

Le projet de Verdun n'est pas un îlot isolé, mais une brique d'un édifice plus vaste. Labellisé Territoire à Énergie Positive pour la Croissance Verte, le Grand Verdun place la transition écologique au cœur de ses priorités. L'approche intégrée, qui conjugue production agricole et préservation du vivant, devient la norme pour les nouveaux projets.

L'accompagnement des agriculteurs dans la transition a fait l’objet de nombreux retours d’expérience lors des rencontres techniques. L’idée de « démarrer ce printemps » pour l'espace-test, comme le rappelle Philippe Dehand, marque le passage de la théorie à l'action. Cette volonté de structurer une filière locale, résiliente et inclusive, démontre que le maraîchage peut être un vecteur puissant de changement, autant pour les sols que pour les hommes qui les travaillent. La collaboration entre les élus, les techniciens, les associations d'insertion et les agriculteurs chevronnés dessine les contours d'une agriculture de demain, ancrée dans son terroir et ouverte sur l'avenir.

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