La Permaculture en Pratique : Itinéraire de Maraîchers Passionnés

La permaculture n'est pas seulement une méthode de culture, c'est une philosophie de vie qui s'ancre dans le respect des écosystèmes et le partage des savoirs. Au cœur de cette transition agricole, des maraîchers comme Romain Claudel, installé au Bosquet de la Goulotte, redéfinissent notre rapport à la terre en s'appuyant sur l'observation fine et l'expérimentation.

Schéma illustrant les zones de permaculture, de la zone 1 (proche de l'habitation) à la zone 5 (sauvage)

L'observation comme fondement du design permaculturel

Pour tout maraîcher s'engageant dans la permaculture, le premier outil n'est pas la bêche, mais l'observation. Romain Claudel a dû apprendre à lire son terrain pour en comprendre les contraintes géologiques et climatiques. Sur plusieurs parcelles de son terrain, Romain a pu constater une faible épaisseur de terre, d’environ 20 à 30 cm maximum en dessous de laquelle se trouve directement la roche mère qui dans son contexte est du gore (ou gorrhe) aussi appelé arène, plutôt granitique chez Romain. Il s’agit d’une roche sédimentaire friable, ne retenant pas l’eau et formant des sols souvent acides, très drainants et assez pauvres en nutriments.

C’est par l’observation des différentes parcelles de son terrain que Romain a pu constater les couloirs de vents qui posaient des problèmes pour installer des cultures. Il a notamment repéré un couloir où s’engouffre le vent du nord sur sa parcelle en hauteur qui entraîne des gelées régulières sur tout un pan de terrain. Autre facteur limitant non négligeable sur un domaine en pleine nature : les passages destructeurs de certains animaux sauvages. Romain et son ami Thibault qui l’aide beaucoup au jardin ont également pu constater les dégâts des sangliers qui labourent tout là où ils passent. Heureusement, pour le moment, ces passages de sangliers ont été limités en périphérie de leur terrain, ne dégradant pas trop les récoltes vivrières se trouvant au cœur du jardin potager de la famille.

L'expérimentation et l'adaptation des techniques

La permaculture impose une remise en question constante. Romain a ainsi subi plusieurs revers et échecs à cause de fortes chaleurs dont il n’a pas pu atténuer suffisamment les effets. Cela lui a permis de constater, sur un de ses jardins potagers faits de buttes surélevées, que ce support de culture n’était pas adapté dans un tel contexte, car il se dessèche trop rapidement sous l’effet combiné de la chaleur et du vent.

Après sa découverte de la permaculture, Romain se plonge à fond dans notre formation en ligne. Inspiré aussi par des vidéos de Philip Forrer, le fameux « jardinier en slip », il installera sur cette parcelle une série de buttes de permaculture façon Philip Forrer, avec, entre autres choses, du bois et des aiguilles de pin trouvés sur place. L’ajout important de matières organiques lors de la fabrication des buttes de permaculture apporte les conditions de fertilités qu’il manquait au départ.

l'Abondance Végétale (selon Philip Forrer) - culture sur buttes

La structuration du lieu : zones et écosystèmes

L'organisation spatiale est primordiale. La zone 1 de Romain et sa famille était constituée principalement d’un parking que Romain n’appréciait pas du tout en termes de ressenti. Puis, quand le projet a été accepté par tous, Romain, aidé de son ami Thibault, a transformé l’ensemble du parking en jardin potager. Pari réussi pour ce potager en zone 1 que Romain et sa famille peuvent observer et choyer régulièrement en y apportant facilement soins, arrosages et amendements.

Par ailleurs, Romain a transformé une ancienne mare en serre souterraine, appelée walipini. Trouvant cela très ingénieux, Romain se lance dans la réalisation d’une serre de ce type à l’emplacement de l’ancienne mare. En parallèle, le propriétaire précédent sur leur lieu a cultivé de façon classique, pendant plus de 26 ans, un potager en contrebas de leur maison d’habitation. À leur arrivée sur place, Romain et sa famille ont décidé de ne pas y toucher et de le laisser s’enherber de plantes sauvages. Puis, pour la saison 2017, ils ont repris en main cette parcelle très bien exposée sud-ouest et surtout très fertile de par sa topographie en bas de propriété qui permet de recevoir tous les nutriments drainés depuis le haut du terrain.

Diversification : agroforesterie et apiculture

L'écosystème du Bosquet de la Goulotte intègre également des arbres et des abeilles. Ce bois en bordure protège les terrasses du vent, crée des niches écologiques pour la biodiversité et va favoriser l’arrivée de champignons et donc de mycorhizes (relations symbiotiques) avec les racines des divers végétaux implantés. Après deux ans d’expérimentations en tout genre sur son terrain, Romain a décidé de calmer le jeu. Il observe et se rend compte que le temps de la nature est plus lent que ce qu’il imaginait au départ.

La zone de jardin forêt est composée de buttes permanentes sur lesquelles ont été plantés des arbres fruitiers, des arbustes à petits fruits, des saules, des plantes vivaces. Le principe d'un jardin forêt est de mettre en place un écosystème stable et comestible. D'ici quelques années, cette zone produira de multiples ressources (fruits, légumes, plantes aromatiques et médicinales, osier, fleurs …) sans demander beaucoup d’entretien. C'est un jardin circulaire composé de planches de cultures surélevées et de buttes. Cette géométrie permet aux plantes de profiter de diverses expositions. Trois ruches ont été installées en 2016. Elles apportent leur soutien à la ferme en pollinisant et en fournissant divers produits (miel, cire, propolis…). La majorité des ruches sont des Warrés, car elles offrent une bonne alternative entre une apiculture naturelle et productive.

La dimension collective et le maraîchage local

Le partage des ressources et des compétences est au cœur de ces initiatives. Jérémy Caravati, menuisier, et Romain Claudel, maraîchers, viennent de Melisey. Ils ont en commun le souci de la permaculture. Les copeaux du menuisier servent à pailler les jardins du maraîcher, Les bacs sont en palettes recyclées et il lui fabrique aussi des ruches. « En échange je suis nourri », explique Jérémy Caravati. Réduire les déchets, protéger les oiseaux, créer une école alternative… Les sujets de discussions sont nombreux.

À Domfront, Romain Luchard, autre maraîcher bio, illustre également cette dynamique. Installé en bio depuis 2015, au village de La Guillerie à Domfront, Romain Luchard cultive uniquement des légumes de saison sur une superficie de 2 500 m2. En ce moment, il est occupé à semer ses radis, betteraves, laitues, petits pois, navets. « Comme j’agrandis le jardin, je réalise des nouvelles planches surélevées sur lesquelles je cultiverai mes légumes », informe-t-il. Romain est un adepte de la permaculture (production agricole économe en énergie et respectueuse des êtres vivants). Selon lui, cette technique ne présente que des avantages. « Elle favorise la vie du sol, l’écoulement de l’eau de pluie, réchauffe plus rapidement les planches et densifie les cultures », précise-t-il.

Photographie d'un panier de légumes de saison issus d'une exploitation en permaculture

Vers une autonomie financière et éducative

Face aux défis économiques, le recours au financement participatif est devenu une alternative solide. Je ne souhaite pas faire de prêt bancaire, car mon chiffre d'affaire n'est pas encore consolidé et je n'ai aucune idée de mes capacités de remboursement. Je choisis donc de passer par une campagne de financement participatif pour me passer des banques. L'idée que plein de personnes puissent apporter leur goutte d'eau au projet me donne de la force et du courage. J'ai choisi plus spécifiquement Blue Bees pour plusieurs raisons : tout d’abord, j'ai connu ce site grâce à l'association des Colibris, dont je suis membre depuis quelques années. Son fonctionnement me convient mieux que d'autres plateformes. Les autres projets présents sur le site et les organismes qui soutiennent Blue Bees (Terre de liens, Terre et humanisme…) se rapprochent de mes convictions.

La transmission est également un pilier du projet de Romain Claudel. Les dates de stage d'initiation à la permaculture seront définies ultérieurement. Il s'agit d'une formation non diplômante qui constitue les deux premiers jours d'un cours certifié de 72 heures. Le stage se déroule sur deux jours et comprend les éléments suivants : Définition et historique de la permaculture, les principes éthiques, les principes de design, l'observation, méthodologies de design, application de la permaculture, présentation d'un exemple concret, le mouvement permaculturel. Ainsi, par la pratique du maraîchage et l'enseignement, ces acteurs locaux construisent un modèle résilient face aux aléas climatiques et sociétaux.

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