La figure de saint Marc, souvent désigné sous le nom de Jean-Marc, occupe une place charnière dans l'histoire du christianisme primitif. Bien qu'il n'ait pas fait partie du cercle restreint des douze apôtres, son rôle de collaborateur étroit de Pierre et de Paul a fait de lui un témoin privilégié de la naissance de l'Église. Né dans une famille juive aisée, certaines traditions l'identifient au jeune homme, fils de la veuve Marie, qui suivit Jésus au moment de son arrestation dans le jardin de Gethsémani, vêtu d'un simple drap.

Le Parcours Apostolique et les Fondations de l'Église
Marc a commencé son service missionnaire aux côtés de Paul et Barnabas, son cousin. Cependant, il les quitta en cours de route lors du premier voyage, ce qui provoqua une tension avec Paul. Cet épisode souligne la fragilité humaine, mais la suite du récit montre que Dieu restaure même nos faiblesses et nous redonne une place dans son plan. L'apôtre Paul, depuis sa prison romaine en l'an 66, écrira à Timothée : « Prends Marc et emmène-le avec toi, car il me sera utile pour le ministère » (2Tm 4,11).
Après la mort du Prince des Apôtres, les traditions divergent sur ses derniers pas. Une ancienne tradition veut qu’il soit évangélisateur en Égypte et fondateur de l’Église d’Alexandrie. Une autre tradition rapporte qu’avant de rentrer en Égypte, il fut à Aquilée pour s’occuper de l’évangélisation de l’aire nord-est de l’Empire, où il convertit Ermagore, devenu premier évêque de la ville. En quittant Aquilée, il semble qu’en raison d’une tempête, il accosta aux îles Réaltines, noyau originaire de la future Venise, où un ange lui promit qu’en cette terre il aurait dormi dans l’attente du dernier jour.

La Passion et le Martyre en Égypte
L’évangéliste Marc mourut probablement entre 68 et 72, peut-être martyre à Alexandrie d’Égypte. Les Actes de Marc du IVème siècle relatent qu'il fut traîné par les païens à travers les rues d'Alexandrie, une corde au cou, le 24 avril. Jeté en prison et réconforté par un ange, il subit le lendemain une torture atroce qui mena à sa mort. Sauvé des flammes par des fidèles, son corps fut enterré dans une grotte avant d'être transféré dans une église au Vème siècle. Selon une légende de 828, deux marchands vénitiens auraient emporté, sous la menace des Arabes, le corps dans la cité de Venise où il est conservé aujourd’hui dans la Basilique qui lui est dédiée.
Marc, le « Sténographe de Pierre »
Marc est souvent considéré comme « le sténographe de Pierre ». Son Évangile, écrit entre l'an 50 et 60, est le plus ancien des quatre et a servi de source pour Matthieu et Luc. La tradition rapporte qu'il transcrivit la prédication de Pierre et ses catéchèses, destinées spécialement aux premiers chrétiens de Rome, sans les élaborer ni les adapter à un autre schéma personnel. C'est pour cela que son Évangile renferme la vivacité et la sincérité d'un récit populaire.
La langue utilisée est le grec, la langue la plus répandue de l'époque, et l'objectif des récits est de démontrer la puissance de Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui se manifeste dans les nombreux miracles qu'il accomplit. L'Évangile de Marc est le seul à utiliser le mot « évangile » dans le premier verset : « Voici le commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » (Marc 1,1).
Évangile de MARC Contexte Historique | Pourquoi Marc a-t-il été écrit?
Style Littéraire et Dynamisme du Récit
L'Évangile de Marc se distingue par un style direct et vivant, le plus court et le plus dynamique de tous. Il met l'accent sur les actions de Jésus plutôt que sur ses discours. Marc utilise un mot, le plus souvent traduit par « aussitôt » (euthys), quarante et une fois, pour attirer l'attention du lecteur et faire avancer l'histoire à un rythme rapide.
Une technique littéraire récurrente chez lui est le « sandwich » ou l'interpolation, où il insère un récit entre deux autres sections du texte. Le but est d'inciter le public à interpréter le récit central, la « viande », dans le contexte de ce qui l'entoure, le « pain ». L'identification de cette structure est cruciale pour saisir l'objectif et le message des récits. Par ailleurs, Marc présente plus d'une centaine de questions, invitant le lecteur à une réflexion constante sur l'identité de Jésus.
La Christologie et le Secret Messianique
Tout au long de son récit, Jésus ordonne souvent le silence, phénomène appelé le « secret messianique ». Après avoir chassé des démons, Jésus « ne permettait pas aux démons de parler, parce qu’ils le connaissaient » (Marc 1,34). De même, il commande sévèrement à ses disciples de n'en parler à personne après qu'ils aient exprimé leur conviction qu'il est le Christ. Jésus souhaitait garder secrète sa véritable identité jusqu'à son entrée à Jérusalem pour sa dernière semaine.
Le titre « Fils de Dieu » indique que Jésus est éternellement Fils du Père, partageant sa nature divine. Marc utilise également le titre « Fils de l'homme » pour désigner Jésus dans son humble condition humaine et son humiliation, faisant allusion à la figure du livre de Daniel. Jésus, en tant que Fils de l'homme, fait ce que seul Dieu peut faire : il pardonne les péchés, gouverne le sabbat et promet qu'il jugera le monde.
La Croix comme Centre de la Mission
Le verset clé du livre est souvent considéré comme étant Marc 10,45 : « En effet, le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. » Après que Jésus enseigne qu'il doit être crucifié, il poursuit en expliquant que les chrétiens doivent être « cruciformés ». Il déclare : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Marc 8,34). Marc nous oblige ainsi à nous demander si nous avons renoncé à notre amour-propre et à notre autonomie.
La fin de l'Évangile, qui s'arrête brutalement après la rencontre au tombeau où les femmes s'enfuient, effrayées, sans relater d'apparition, nous appelle à témoigner de Jésus. Marc nous laisse avec une décision à prendre : allons-nous « ne rien dire à personne » ou allons-nous obéir au commandement angélique d'aller proclamer l'Évangile à toute créature ?

Patronage et Symbolisme de la Cité
Saint Marc est le patron des notaires, des écrivains, des vitriers et des opticiens. Dès 1071, il fut choisi comme titulaire de la Basilique et Patron principal de la Sérénissime. Venise est restée indissolublement liée à sa personne, dont le symbole d'évangéliste, le lion ailé serrant un livre avec le texte « Pax tibi Marce Evangelista meus », est devenu l'emblème de la Cité, reproduit en plusieurs endroits de la ville et dressé partout où la Sérénissime porta sa domination. Les reliques de l'évangéliste sont également conservées au Caire, en Égypte, dans la cathédrale de Saint Marc, siège du patriarche copte orthodoxe Twadros II.