Techniques de multiplication végétative : Le marcottage et le bouturage du cerisier

La multiplication des végétaux est une pratique ancestrale qui permet de pérenniser des variétés, de conserver des caractéristiques génétiques précises et de renforcer la résilience des jardins. Contrairement au semis, qui génère une diversité parfois imprévisible, les méthodes de multiplication végétative - bouturage et marcottage - garantissent la transmission fidèle du patrimoine génétique de la plante mère, incluant ses propriétés de goût, sa maturité et ses résistances naturelles.

Schéma illustrant la différence entre la structure d'une bouture et celle d'un marcottage aérien

Les fondements du bouturage : conserver la génétique

Bouturer les plantes mères est une manière efficace et rapide de multiplier les plantes, vignes, arbres et arbustes, mais pas que. Cette technique permet de garder la génétique d'une plante choisie, ses propriétés, son goût, sa maturité, ses résistances naturelles. C'est possible d'opérer à partir des jeunes rameaux de bois vert de moins d'un an au printemps, avant le débourrage des bourgeons, juste à la sortie de l'hiver ou à la fin de l'été-début de l'automne.

Cela fonctionne également avec les rejets, un rhizome, une racine, voire d'une feuille selon le pouvoir régénérant de la plante. Saviez-vous qu'il en va de même pour les légumes ? Vous pouvez faire repousser les têtes des racines type carotte, betterave, salades, choux, blettes, pomme de terre et à peu près tous les légumes vivaces. Vous pouvez replanter les excroissances infertiles des tomates, des framboisiers ou des vignes par exemple, qui deviendront à leur tour des pieds adultes tout à fait productifs.

Il est essentiel de noter que l'ADN du rameau qui aura résisté au gel l'hiver va retransmettre au printemps le codage ADN de ces cellules à l'ensemble de la plante qui va se renforcer toute entière pour la prochaine saison; et cela fonctionne pour les attaques aux maladies, la résistance au vent, aux brûlures UV, à la sécheresse etc. En veillant à sélectionner ce type de rameau à la fin de l'hiver, la bouture conservera donc ces facultés acquises.

Le marcottage : une approche naturelle de la propagation

Le marcottage s'inspire de la multiplication végétative par rejet. C'est une manière de créer les conditions d'une branche qui se retrouve au sol, puis recouverte de feuilles mortes et de terre, va développer des racines pour s'implanter dans le sol. Une championne de cette propagation végétative est la ronce ! Toutes les plantes et les arbres ont la faculté de se multiplier par marcottage, spontanément ou artificiellement. C'est de loin notre technique préférée.

Pour améliorer les chances de réussite, vous pouvez ajouter une hormone de croissance naturelle. Le mieux est encore de la faire vous-même grâce aux ronces. En effet, la ronce, lorsqu'elle marcotte, sécrète une forte concentration d'hormone de croissance dans les radicelles et la ramification. En sectionnant cette partie blanche, vous pouvez l'écraser dans un mortier, la diluer avec de l'eau de pluie sucrée, la filtrer puis la verser dans votre substrat pour marcottage.

Hormone de bouturage en grande quantité́

Le marcottage aérien : principes et mise en œuvre

Le marcottage aérien est une méthode de multiplication végétative très répandue chez les amateurs de bonsaï, en vue d’obtenir un sujet enraciné à partir d’une branche d’un arbre souvent âgé. Cette technique peut tout aussi bien être mise à profit pour de l’auto-production de porte-greffe, ou multiplier directement des arbres non destinés à être greffés, vivant sur leurs propres racines.

Il se pratique sur les tiges horizontales basses de l'arbre comme sur les rameaux auxiliaires ou les têtes. Le plus logique est de choisir une branche à l'horizontal. Les plantes étant capables de se repérer dans l'espace et de ressentir la pesanteur, l'information sera plus logique sur un rameau horizontal. L'horizontal favorise la création de racines et la sortie d'un ou de plusieurs rameaux verticaux, le vertical favorise la montée de sève, l'irrigation du rameau et la production foliaire.

Nous allons peler la peau extérieure de la branche sur un centimètre ou deux, pour mettre à nu une toute petite partie pour faciliter la création de racines. Ainsi, en retirant le phloème, la sève descendante ne circule plus; seule la sève ascendante circule encore dans le xylème. Pour cette raison, il est donc essentiel de pratiquer le marcottage sur des extrémités ! Vous devez rapidement créer un univers de confinement avec de la matière organique stérilisée - pour éviter les pathogènes - avec de la fibre végétale ou organique opacifiante (sciure, fibres de coco, terreau) et arroser immédiatement !

La spécificité du cerisier : bouturage et marcottage

Le Cerisier du Japon de vos voisins suscite en vous une admiration sans borne ? Et si vous leur demandiez de faire une bouture ? Parmi les solutions proposées pour multiplier un cerisier japonais, la plus accessible pour le jardinier débutant est sans conteste le bouturage. Attention cependant pour le cerisier du Japon, car nous sommes généralement face à un arbre greffé : il a donc bénéficié des caractéristiques de son porte-greffe également.

Pour le cerisier du japon, le bouturage s’effectue toute l’année, à condition de bien choisir sa bouture. En automne-hiver, choisissez une jeune branche de moins de 2 ans, au printemps ou en été des tiges dites semi-aoûtées. Ce terme un peu barbare correspond à des tiges qui ont commencé à se lignifier (faire du bois) pour devenir des branches. Utilisez des lames stérilisées préalablement avec de l’alcool à brûler, afin de ne pas propager de maladies. Coupez en biseau pour pouvoir planter ensuite facilement votre bouture en terre.

Le cerisier du Japon ne se bouture pas dans l’eau : les racines ainsi produites seraient trop faibles pour bien implanter l’arbre en terre. Enduisez la base de votre bouture d’hormone de bouturage (facultatif), puis plantez-la dans votre godet ou votre terrine. La maîtrise de l’humidité est en effet primordiale : arrosez ou pulvérisez suffisamment mais sans noyer la bouture. Un emplacement lumineux et chaud (mini 20°C) est également requis.

La gestion des rejets et la santé des arbres fruitiers

Les rejets sont eux plus résistants. Il faut veiller à déterrer le rejet avec toute sa motte de terre symbiotique et ce, tout le long de ces racines pour limiter la casse des radicelles. Il faudra veiller à sectionner avec soin la racine mère qui le relie à l'arbre, comme un cordon ombilical. Appliquer sur les deux une cire d'abeille naturelle cautérisante et désinfectante, pour éviter la fuite des solutés et l'infection par des pathogènes, et pour économiser un stress supplémentaire aux plantes.

Dans le cas d'une forêt comestible, vous pouvez tout simplement favoriser des rejets dont l'implantation est favorable sans toucher au réseau racinaire. Dans le cas de la greffe, l'arbre hôte lutte toujours pour reprendre sa croissance et demande une maintenance des excroissances avant d'arriver à une tolérance stable ou subie. L'arbre fruitier est souvent plus petit. Le nanisme est une pratique de culture urbaine optimale, qui permet de garder à échelle d'homme un arbre fruitier. On peut même faire un arbre multifruits ou arbre cocktail avec plusieurs greffons sur le même arbre hôte et récolter ainsi pomme, poire, coings, pêche, prunes et cerisiers sur le même arbre de son balcon.

Un des plus tolérant est l'aubépine Crataegus sp.- C.monogyna en particulier-, c'est une espèce pionnière il est l’ancêtre sauvage de la majorité des arbres fruitiers des variétés de rosacées, il partage donc une partie commune de leur génétique. L'arbre d'origine reproduira toujours des rejets au niveau du tronc pour sa survie, et les graines du fruit hybride ne témoignent pas d'une symbiose car elles gardent la génétique majoritaire de l'arbre mère.

La résilience génétique face à l'uniformisation

La plupart des famines d'Europe auraient pu être évitées. Les grandes épidémies sur les cultures de pomme de terre par exemple sont dues au fait que toutes les cultures à travers l'Europe provenaient de clones de quelques pomme de terre mères seulement. Lorsqu'une pomme de terre s'est montrée non résistante à cette nouvelle maladie, tous les clones allaient inévitablement subir le même sort. Alors que dans une mixité génétique, il existe toujours des souches résistantes, et une capacité des plantes d'avertir leurs consœurs pour renforcer leur système de défense.

Illustration de la biodiversité génétique dans une forêt comestible par rapport à une monoculture

Une communauté de clones n'a aucun moyen de défense ni de réseau symbiotique d'entre-aide à qui faire appel; elles sont déconnectées de toute vie, comme des zombies fabriquées par l'agriculture industrielle et dépendante de la chimie. Que l'histoire nous serve de leçon. Ce que les semenciers de l'agroalimentaire ne semblent toujours pas considérer comme un facteur risque majeur. L'aléatoire doit re-faire partie des paramètres de l'agriculture proche de la nature plutôt que de l'hypercontrôle industriel. Le clonage extrême, les OGM et les méthodes agressives sur le végétal frôlent avec les risques de famine à répétition.

La greffe n'a donc pas d'avantage sur le long terme et n'est pas un héritage phylogénétique. Il est plus intéressant de jouer la carte de la pollinisation croisée. Cette stratégie, les angiospermes ont mis des milliers d'années à la développer et à la perfectionner pour obtenir des hybridations naturelles. Il est préférable de privilégier des méthodes qui respectent l'intégrité de la plante et favorisent ses interactions avec son environnement, son sol et ses partenaires microbiens.

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