Le Marcottage Aérien du Sapin Bleu : Guide Complet et Approfondi

Le sapin bleu, avec sa stature imposante et son feuillage distinctif, est souvent un joyau dans nos jardins. Cependant, sa croissance peut parfois devenir si vigoureuse qu'il en devient encombrant, poussant certains jardiniers à envisager son retrait. Avant d'en arriver là, la multiplication végétative offre des solutions élégantes pour le propager, permettant de conserver les caractéristiques génétiques du pied mère et de partager ces beautés. Parmi ces techniques, le marcottage aérien se présente comme une méthode efficace et respectueuse de la plante, offrant une alternative intéressante au semis ou au bouturage, surtout pour les conifères.

Sapin bleu majestueux dans un jardin

Comprendre la Multiplication Végétative et le Marcottage

La multiplication végétative est un ensemble de techniques horticoles qui permettent d'obtenir de nouvelles plantes à partir d'un fragment d'une plante mère. Ces nouvelles plantes sont génétiquement identiques au parent, garantissant la conservation de toutes ses propriétés, y compris la maturité, le goût et les résistances naturelles. C'est une manière efficace et rapide de multiplier les plantes, les vignes, les arbres et les arbustes, mais pas seulement. Elle peut être opérée à partir des jeunes rameaux de bois vert de moins d'un an au printemps, avant le débourrage des bourgeons, juste à la sortie de l'hiver ou à la fin de l'été-début de l'automne. Cela fonctionne également avec les rejets, un rhizome, une racine, voire une feuille, selon le pouvoir régénérant de la plante.

Le marcottage est une technique de multiplication qui s'inspire de la multiplication végétative par rejet. C'est une manière de créer les conditions pour qu'une branche, se retrouvant au sol et recouverte de feuilles mortes et de terre, développe des racines pour s'implanter. La ronce est une championne de cette propagation végétative. Toutes les plantes et les arbres ont la faculté de se multiplier par marcottage, spontanément ou artificiellement. C'est une méthode particulièrement intéressante pour les conifères qui offrent des branches longues, flexibles et proches du sol, comme le cyprès ou l'if. Le marcottage offre ainsi une reproduction respectueuse de la plante enracinant une branche attachée au pied mère sans la détacher initialement.

Schéma des différentes méthodes de marcottage

Les Avantages du Marcottage Aérien pour les Conifères

Le marcottage aérien est un procédé simple et peu coûteux pour obtenir de nouvelles plantes pour votre jardin. Il s'agit d'une technique de multiplication des végétaux pratiquée hors-sol. Contrairement au bouturage ou au semis, la marcotte reste attachée à la plante mère pendant le processus d'enracinement, bénéficiant ainsi de son soutien en eau et en nutriments. Pour les conifères, qui peuvent être récalcitrants au bouturage ou dont les semis peuvent entraîner des variations génétiques, le marcottage aérien est une méthode de choix. Les plants obtenus seront identiques au pied mère, conservant toutes leurs caractéristiques, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils seront bien vigoureux et donneront de très beaux sujets en quelques années.

Toute la technique sur le marcottage aérien

Cette technique permet de multiplier les végétaux de façon plus rapide que le semis ou le bouturage. Pour être précis, la mise en œuvre est plus longue que pour ces deux autres techniques, mais le taux de réussite est souvent plus élevé et les plants obtenus sont de meilleure taille au moment du sevrage. De plus, le marcottage aérien peut être appliqué sur des espèces sauvages en forêt, sur des spécimens aux caractéristiques atypiques, et permettre de revenir rechercher les plants à la fin du printemps ou à l'automne, pour les replanter en pleine terre.

La Période Idéale pour le Marcottage Aérien

Le marcottage aérien se pratique en général au printemps (avril à juin), lorsque la production de sève est la plus active. Cependant, l'idéal est de le réaliser à la fin de l'hiver, juste avant la remontée de sève du printemps, en février par exemple. Si le sujet est marcotté trop tard, il n’aura pas le temps de créer suffisamment de racines avant l’hiver. Il est recommandé d'opérer lorsque la température est au-dessus de 10°C, idéalement autour de 15°C. Évitez au-delà, même si cela reste possible. Il faut garder à l'esprit que la plante ne peut pas tout faire à la fois : créer des feuilles, des racines, des fleurs et des fruits. Cette période est la plus douce pour la plante et la plus proche de ce qui se passe en forêt. Pour le bouturage de conifères, la période idéale se situe en fin d'été et début d'automne (août-septembre), car les pousses de l'année ont eu le temps de s'affermir et l'énergie des plantes est encore disponible.

Matériel Nécessaire pour un Marcottage Aérien Réussi

Pour réaliser un marcottage aérien, vous aurez besoin de plusieurs éléments essentiels :

  • Un couteau bien aiguisé ou un sécateur désinfecté : Pour réaliser les incisions nettes sur la branche.
  • De la mousse (sphaigne) : Ou, à défaut, de la tourbe ou du terreau de semis. La sphaigne est particulièrement appréciée pour sa capacité à retenir l'humidité et sa nature stérile.
  • Un film plastique opaque ou du papier aluminium : Pour envelopper le substrat et maintenir l'humidité, tout en protégeant les racines de la lumière. Un film Kraft peut aussi faire l'affaire. Il doit pouvoir résister plusieurs semaines aux pluies et au soleil.
  • Du ruban adhésif ou des liens : Pour fixer le film plastique.
  • Optionnel : Une hormone de bouturage naturelle. Le mieux est de la faire soi-même grâce aux ronces. En effet, la ronce, lorsqu'elle marcotte, sécrète une forte concentration d'hormone de croissance dans les radicelles et la ramification. En sectionnant cette partie blanche, vous pouvez l'écraser dans un mortier, la diluer avec de l'eau de pluie sucrée, la filtrer puis la verser dans votre substrat pour marcottage.

Les Étapes Détaillées du Marcottage Aérien

Le marcottage aérien demande un peu de technique et de méthode. Voici les étapes à suivre pour maximiser vos chances de succès :

1. Sélection de la Branche

Pour garantir la réussite de la marcotte, sélectionnez une branche d’une bonne longueur et dont l’épaisseur doit être d’au moins 1 cm. Évitez cependant les trop gros diamètres. Le plus logique est de choisir une branche à l'horizontal. Les plantes étant capables de se repérer dans l'espace et de ressentir la pesanteur, l'information sera plus logique sur un rameau horizontal. L'horizontal favorise la création de racines et la sortie d'un ou de plusieurs rameaux verticaux, tandis que le vertical favorise la montée de sève, l'irrigation du rameau et la production foliaire. Si des feuilles existent déjà lorsque vous voulez réaliser l'opération, retirez-les délicatement sur un ou deux nœuds.

2. Réalisation des Incisions

Il existe plusieurs méthodes pour inciser la branche :

  • Méthode par annélation (enlèvement de l'écorce) : Faites une première incision circulaire sur la branche, en retirant le phloème. Faites une seconde incision à une distance égale à 1,5 fois l'épaisseur de la tige. Réalisez une incision reliant les deux premières et retirez l'écorce. Suite à cette opération, vous devez voir le bois de la tige. Ainsi, en retirant le phloème, la sève descendante ne circule plus ; seule la sève ascendante circule encore dans le xylème. Pour cette raison, il est donc essentiel de pratiquer le marcottage sur des extrémités !
  • Méthode sans incision (sur un nœud) : Vous pouvez aussi ne pas pratiquer d'incision. Dans ce cas, choisissez un nœud dans la tige, de préférence avec un œil à bois, et non un œil à fleurs. C'est la partie où se créent les feuilles ou les tiges auxiliaires. Cette fois-ci, en milieu sombre et humide, la plante va créer des racines plutôt qu'une feuille.

Essayez de réaliser l'opération le plus vite possible, quelques secondes sont idéales entre le moment où vous retirez la peau et l'arrosage de la fibre pour éviter la fuite des solutés et le dessèchement.

3. Application du Substrat

Récupérez la mousse (sphaigne) et essorez-la délicatement. Ensuite, insérez-la dans le manchon et réalisez une boule de la taille d'une balle de tennis. Si vous ne pouvez pas vous procurer de sphaigne, remplacez-la par de la tourbe ou du terreau. Vous devez rapidement créer un univers de confinement avec de la matière organique stérilisée - pour éviter les pathogènes - avec de la fibre végétale ou organique opacifiante (sciure, fibres de coco, terreau) et arroser immédiatement !

4. Enveloppement de la Marcotte

Enveloppez la boule de substrat et la partie incisée de la branche avec le film plastique opaque ou le papier aluminium. Fixez solidement le film à l'aide de ruban adhésif ou de liens pour éviter toute perte d'humidité. Le film doit être bien fermé pour créer un environnement humide et sombre propice à l'enracinement.

Illustration des étapes du marcottage aérien

5. Surveillance et Entretien

Lorsque le manchon est en place, surveillez tous les 15 jours le niveau d'humidité du substrat. En principe, aucun ajustement n'est à prévoir. Si la marcotte prend, la plante fournira elle-même l'eau nécessaire. Au bout de quelques mois, vous devriez voir apparaître des extrémités racinaires blanches ou rouges en fonction de la plante. Il faudra cependant être patient et attendre qu'elles deviennent brunes avant de procéder au sevrage de la marcotte.

6. Le Sevrage de la Marcotte

Une fois que les racines sont bien développées et ont bruni, vous pouvez procéder au sevrage de la marcotte. Coupez la branche juste en dessous du manchon, en prenant soin de ne pas abîmer la boule de mousse et les racines. Si vous avez procédé avec un autre substrat, ce dernier pourrait avoir tendance à se désagréger et emporter avec lui les nouvelles racines.

7. Plantation de la Nouvelle Plante

Pour cette étape, vous devez choisir un pot volumineux et profond et le remplir d'un mélange de terreau et de sable. Un mélange à parts égales de terreau ou tourbe et de sable grossier assure un bon drainage et limite le risque de pourriture. Ensuite, plantez la marcotte en prenant soin des racines et en recouvrant bien la mousse. Placez le pot à l'abri du soleil sous un climat chaud.

Autres Méthodes de Multiplication des Conifères : Bouturage et Greffage

Bien que le marcottage soit une excellente option pour le sapin bleu, il est important de connaître les autres techniques de multiplication des conifères, chacune ayant ses spécificités.

Le Bouturage des Conifères

Le bouturage est la méthode de multiplication la plus courante et la plus facile pour d'autres conifères comme les ifs (Taxus), les cyprès (Cupressus) et les faux cyprès (Chamaecyparis), les thuyas, les cryptomerias et les juniperus. Le succès du bouturage de conifères dépend de plusieurs facteurs, notamment le choix de la période, du matériel et la méthode d'entretien post-plantation.

  • Période idéale : Fin d'été à début automne (août-septembre), car les pousses de l'année ont eu le temps de s'affermir et l'énergie des plantes est encore disponible. Bouturer au printemps trop tôt ou en hiver sans conditions adaptées entraîne un faible taux d'enracinement.
  • Préparation des boutures : Prélevez des boutures ligneuses d'un an de 12 à 15 cm de long aux extrémités des rameaux latéraux. Elles doivent être saines (sans marques brunes) et vigoureuses. Évitez les boutures trop tendres (trop vertes) ou trop âgées (trop ligneuses). Pour que l'enracinement soit meilleur, faites des boutures à talon : la bouture doit comporter un petit fragment de bois de la tige qui la portait. Ce morceau de vieux bois est particulièrement propice à l'émission de racines. Tirez très doucement à la main afin de détacher la bouture avec un talon de 1 à 2 cm. Pour réaliser une bouture classique, coupez en biseau des tronçons de tiges à l'aide d'un sécateur ou d'un couteau bien affûté, puis taillez le bout inférieur en biseau.
  • Traitement avant plantation : Otez les feuilles ou les aiguilles sur les deux tiers de la hauteur. Taillez éventuellement le bouquet de feuilles terminales pour lui donner une forme de pointe. Trempez la base des boutures dans de la poudre d'hormone de bouturage (ou utilisez de l'eau de saule) en tapotant l'extrémité des tiges pour enlever le surplus, un excès pouvant compromettre l'enracinement.
  • Choix du substrat : Les sols sableux et perméables se prêtent parfaitement à la réalisation des boutures de conifères. Si la terre de votre jardin ne convient pas, préparez un substrat composé de 2/3 de tourbe et 1/3 de sable de rivière ou de matériau drainant comme la perlite ou la vermiculite, ou encore un mélange comportant à parts égales de la terre végétale, du terreau et du sable de rivière. Ce support de culture très perméable évitera aux boutures de pourrir. Vous pouvez aussi utiliser un terreau spécial semis et boutures vendu dans le commerce. Un mauvais choix de substrat, notamment un mélange mal drainant, favorisera le pourrissement.
  • Plantation : Piquez les boutures dans des pots en les enfonçant aux deux tiers. Le feuillage doit se trouver à environ 1 cm du substrat. Tassez délicatement au pied des boutures afin que le substrat adhère bien au bois. Vous pouvez évidemment en planter plusieurs dans un même pot à condition de les espacer suffisamment dans un pot d'au moins 20 cm de profondeur.
  • Maintien de l'humidité et emplacement : Placez les boutures dans un lieu très lumineux mais sans exposition directe au soleil, afin de prévenir les brûlures foliaires et un stress hydrique. Arrosez modérément mais régulièrement et maintenez une atmosphère humide. Pour que les boutures ne se dessèchent pas, placez une cloche ou un film plastique tenu par des arceaux en fil de fer ou des bâtons. Il faut éviter que le film ne soit en contact avec les feuilles. Aérez de temps en temps. Après quelques semaines, laissez les boutures à l'air libre. L'équilibre entre manque d'humidité et excès d'eau est essentiel.
  • Soins des boutures : Abritez-les durant l'hiver à l'intérieur ou sous châssis protégé du gel et patientez car l'enracinement demande du temps : de trois à six mois en moyenne selon les espèces, mais jusqu'à dix mois pour l'if par exemple. Apportez un arrosage léger et régulier en vérifiant que le substrat reste humide mais non détrempé. Avec cette méthode, vous pouvez atteindre un taux d'enracinement jusqu'à 90 % pour des espèces comme l'épinette bleue, le thuya ou le genévrier, particulièrement adaptés au bouturage.

Le Greffage des Conifères

Le greffage est plébiscité pour multiplier certaines variétés ou pour créer des formes ornementales précises lorsqu'un bouturage ou semis ne garantit pas la conservation des caractéristiques. La greffe dite « par fente latérale » se réalise en coupant un greffon d'environ 10 cm, en insérant sa base épointée et amincie dans une fente du porte-greffe.

Cependant, il est important de noter que la greffe n'a pas que des avantages. L'arbre hôte lutte toujours pour reprendre sa croissance et demande une maintenance des excroissances avant d'arriver à une tolérance stable ou subie. L'arbre fruitier est souvent plus petit. Le nanisme est une pratique de culture urbaine optimale, qui permet de garder à échelle d'homme un arbre fruitier. On peut même faire un arbre multifruits ou arbre cocktail avec plusieurs greffons sur le même arbre hôte et récolter ainsi pomme, poire, coings, pêche, prunes et cerisiers sur le même arbre de son balcon. Un des plus tolérants est l'aubépine Crataegus sp. - C. monogyna en particulier -, c'est une espèce pionnière, il est l'ancêtre sauvage de la majorité des arbres fruitiers des variétés de rosacées, il partage donc une partie commune de leur génétique.

L'arbre d'origine reproduira toujours des rejets au niveau du tronc pour sa survie, et les graines du fruit hybride ne témoignent pas d'une symbiose car elles gardent la génétique majoritaire de l'arbre mère. Les graines seront donc toujours plus proches de l'ADN du porte-greffe et non du greffon. Les semences sont souvent dégénératives lorsqu'il s'agit d'hybridation, particulièrement chez les plantes annuelles. Rares sont les hybrides stables, et se limitent souvent aux hybridations spontanées inter espèces, ce qui témoigne des limites de cette pratique. La greffe n'a donc pas d'avantage sur le long terme et n'est pas un héritage phylogénétique.

Il est plus intéressant de jouer la carte de la pollinisation croisée. Cette stratégie, les angiospermes ont mis des milliers d'années à la développer et à la perfectionner pour obtenir des hybridations naturelles.

L'Importance de la Diversité Génétique

Les grandes épidémies sur les cultures de pomme de terre par exemple sont dues au fait que toutes les cultures à travers l'Europe provenaient de clones de quelques pommes de terre mères seulement. Lorsqu'une pomme de terre s'est montrée non résistante à cette nouvelle maladie, tous les clones allaient inévitablement subir le même sort. Alors que dans une mixité génétique, il existe toujours des souches résistantes, et une capacité des plantes d'avertir leurs consœurs pour renforcer leur système de défense - notamment via l'épaississement de leur paroi cellulaire et l'augmentation de leurs tanins - dès la première attaque stressante. Et de faire appel au réseau d'entraide des micro-organismes du sol, des échanges symbiotiques avec des champignons, des bactéries, des enzymes de plantes compagnes, et de mobiliser les insectes, les oiseaux, les mammifères associés à la plante. Une communauté de clones n'a aucun moyen de défense ni de réseau symbiotique d'entraide à qui faire appel ; elles sont déconnectées de toute vie, comme des zombies fabriquées par l'agriculture industrielle et dépendante de la chimie.

La reproduction des plantes conifères repose largement sur la reproduction des plantes par graines dans la nature. Les conifères ne produisent pas de fleurs comme les plantes à fleurs classiques. Cependant, la croissance d'un conifère à partir de ces graines peut conduire à des variations génétiques, en particulier avec les conifères ornementaux ou variétaux. C'est pourquoi la multiplication végétative, notamment par bouturage, est très prisée pour obtenir un clone fidèle de la plante mère. Cependant, l'aléatoire doit refaire partie des paramètres de l'agriculture proche de la nature plutôt que de l'hypercontrôle industriel. Le clonage extrême, les OGM et les méthodes agressives sur le végétal frôlent avec les risques de famine à répétition.

Diversité des conifères

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