Le mariage en islam est un acte sacré, régi par des principes juridiques et spirituels destinés à protéger les droits des époux et à assurer la stabilité de la cellule familiale. Il ne s’agit pas seulement d’une union civile, mais d’un contrat solennel dont la validité repose sur le respect de conditions précises établies par le Législateur. La question du tuteur (wali) et des témoins est au cœur des débats jurisprudentiels, reflétant la volonté de l’Islam d’encadrer l’engagement conjugal pour garantir le bien-être de la femme et la pérennité de la famille.

Les piliers et conditions de validité du mariage
En islam, le mariage repose sur des piliers dont la réunion en fait un mariage valide. Les piliers en sont l’affirmation et l’acceptation. La première consiste à ce que le tuteur de la femme dit : « Je te donne ma fille du nom de… ou ma sœur du nom de… en mariage ». Les conditions sont : la désignation des époux, leur consentement, l’établissement du mariage par le tuteur ou son mandataire et la présence de deux témoins musulmans. L’annonce et la diffusion du mariage peuvent tenir lieu de témoins selon l’avis le mieux argumenté.
Le contrat de mariage fait partie des contrats les plus importants dans la mesure où il a comme effet la constitution d’une nouvelle famille au sein de la société. Puisque chacun des deux époux est une partie contractante, le Législateur a lié la conclusion du contrat à leurs personnes et la validité du contrat à leur consentement mutuel. Il a accordé à la femme le droit absolu d’accepter ou de refuser celui qui la demande en mariage.
L'importance cruciale du tuteur (Wali)
La question du tuteur est centrale. La majorité des jurisconsultes (fouqaha) estiment que le consentement du tuteur de la femme est une condition de validité du contrat, sans laquelle il ne peut être valable. Ce point s’appuie sur la parole du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui) : « Point de mariage en l’absence du tuteur de la femme ». Ce hadith, rapporté par Abou Dawoud, at-Tirmidhi et Ibn Madjah, souligne que le mariage ne peut s'établir sans tuteur.
Une femme ne peut pas établir son propre mariage ni établir le mariage d'une autre, ni donner mandat à une personne autre que son tuteur pour établir son mariage. Si elle le fait, le mariage est invalide. En cas d'absence du père, le grand-père devient le tuteur. À défaut, les frères deviennent les tuteurs. Toutefois, un tuteur doit être majeur. L'atteinte de l'âge de majorité se signale par l'émission de sperme avec plaisir, que ce soit en songe ou à l'état de veille, l'apparition de poils durs autour du pubis ou le dépassement de 15 ans.
Conférence : Le tuteur de la femme musulmane
L'ordre de succession de la tutelle
Si le tuteur le plus proche refuse de la marier, le tutorat échoit à son autre tuteur plus lointain. L'ordre de la tutelle est généralement établi comme suit :
- Le père ;
- Le grand-père paternel ;
- L'arrière-grand-père paternel ;
- Le fils puis le petit-fils ;
- Le frère de sang ;
- L'oncle paternel ;
- Les proches de ceux-ci dans l’ordre d’héritage ;
- Le chef d’autorité ou le juge de la loi islamique.
Un tuteur n’a pas le droit de priver la femme dont il est le tuteur de se marier avec un homme dont le profil est équivalent au sien. En agissant ainsi, il la prive de son droit et se montre injuste envers elle. Si tous les frères sont si jeunes qu'aucun d'entre eux n'est majeur, la tutelle doit être transférée à ceux qui les suivent. À défaut de tous, le cadi se charge du mariage, en vertu de la parole du Prophète : « S'ils se disputent, l'autorité publique assure la tutelle à celui qui n'a pas de tuteur ».
La situation des femmes converties en pays non musulman
Pour les femmes converties vivant dans des pays non musulmans, la question du tutorat est plus complexe. Si les membres de la famille sont mécréants, tout comme l’État dans lequel la personne réside, elle est autorisée à choisir un tuteur parmi les musulmans. Celui-ci devra être quelqu’un de fiable, de confiance. Le centre islamique vers qui les gens se tournent habituellement remplace le chef d’État musulman. Ainsi, la femme qui n’a pas de tuteur se dirige vers le président du centre islamique pour lui demander son aide.
Il est recommandé aux centres islamiques de tenir compte de ce qui précède, car cela est plus sûr et plus sage. Dans un pays non-musulman, les femmes peuvent confier leur tutorat à quelqu’un s’il n’y a pas d’instance religieuse en place. Cependant, le mariage conclu en l’absence du tuteur et de témoins est nul selon l’ensemble des ulémas de la majorité. Celui qui s’y engage bien que connaissant sa nullité est un fornicateur.
L'école hanafite et la divergence d'opinion
Les Hanafites estiment que le consentement du tuteur n’est pas une condition de validité, en se référant au hadith : « Une femme qui a déjà été mariée est plus à même de disposer de sa personne que son tuteur ». Ils considèrent que les hadiths exigeant le tuteur concernent la fille impubère. Selon cette école, si la femme pubère jouissant de ses capacités mentales se donne elle-même en mariage, son mariage est valide s’il remplit les autres conditions, notamment la présence de deux témoins.
Il n’y a aucun mal à suivre l’avis d’Abû Hanifâ à condition d’avoir une raison valable, comme être étudiant en sciences religieuses et être convaincu que les arguments avancés par l’école hanafite sont solides, ou avoir obtenu une fatwa d’un homme de science de confiance. Toutefois, il est illicite au musulman de suivre ses passions en se tenant uniquement aux avis juridiques permissifs. Al-Chatibî a dit dans Al-Muwafaqât : « Le musulman qui ne cherche que les avis juridiques permissifs des écoles juridiques pour les suivre s’écarte ainsi de la piété et ne fait en réalité que suivre ses passions ».

L'enregistrement officiel et la protection des droits
L'enregistrement officiel du mariage n'en constitue pas une condition de validité religieuse, pourvu que les aspects fondamentaux soient respectés. Ce qui ne nous empêche pas d'insister sur l'importance de l'enregistrement et de conseiller de ne pas le minimiser afin de bien préserver les droits et éviter que des personnes peu raisonnables manipulent les contrats. Le mariage est fondé sur l’affection, la tendresse, la bonne compagnie et l’amour. Dieu dit : « Et parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité auprès d’elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté » (30 :21).
La recherche d'un tuteur, même dans des contextes isolés, demeure une démarche recommandée pour assurer la validité et la reconnaissance sociale de l'union. Solliciter des imams, des institutions religieuses ou des membres respectés de la communauté musulmane permet d'éviter les ruptures familiales et d'inscrire le mariage dans un cadre de sérénité et de conformité religieuse.