Marie-Pierre Semence : Une énigme littéraire et un engagement contemporain

L'Homme semence couverture

Le nom de Marie-Pierre Semence, bien que non directement lié à une figure historique ou littéraire unique, résonne à travers plusieurs contextes, soulevant des questions d'identité littéraire, d'engagement pour la biodiversité et de contribution universitaire. L'exploration de cette dénomination nous mène sur les traces d'une œuvre littéraire énigmatique, d'une entreprise familiale dédiée aux semences biologiques et d'une carrière académique distinguée.

Le mystère de "L'Homme semence" et l'hypothèse Maria Borrély

L'ouvrage "L'Homme semence" a captivé de nombreux lecteurs par la force de son récit et la beauté de son écriture. Cependant, l'identité de son auteure, Violette Ailhaud, demeure un mystère. L'éditeur, Jean Darot, qui a publié le manuscrit, n'a pas pu fournir d'informations précises, les doutes et les éléments qui lui parvenant suggérant que Violette Ailhaud n'est "probablement" qu'un pseudonyme. Le village qui sert de décor au récit, "Le Saule mort", n'est pas non plus son nom réel. Bien que l'auteure ait écrit et fini ses jours dans un hameau de la commune du Poil (Alpes de Haute Provence), l'action s'est déroulée ailleurs, dans un autre village des environs.

L'éditeur, dans une note de bas de page, affirme que le plateau où est "posé le village" est celui de Valensole, à l'est de Manosque et au sud de Digne. L'auteure insère quelques références qui, sans situer précisément le village, donnent des indications. Elle évoque la rivière l'Asse, la montagne de Lure, et Les Mées, où les hommes du bourg se sont rendus pour participer à la bataille entre républicains et armée régulière après le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte en 1851. Le "bois du Défend" est le seul lieu qu'elle désigne comme un endroit proche du village.

Carte du plateau de Valensole et des environs

La localisation du lieu, sorte de jeu de piste, est devenue un moyen de retrouver la trace de l'auteure en l'absence d'informations sur la personne derrière le pseudonyme de Violette Ailhaud. Le plateau de Valensole et ses nombreuses communes offrent de nombreuses possibilités. Cependant, compte tenu de quelques éléments épars - la rivière l'Asse, la vue sur la montagne de Lure, la vallée qui descend - les soupçons se resserrent sur quelques villages seulement : Bras-d'Asse et Puimoisson, essentiellement.

Un élément retient l'attention : une écrivaine de la région, Maria Borrély, contemporaine et amie de Jean Giono, a situé un de ses romans dans le premier de ces deux villages et a vécu près de quinze ans dans le second. Maria Borrély a écrit plusieurs ouvrages ayant pour décor les villages isolés des Basses Alpes. Proche de Jean Giono par ses thématiques - les villages isolés, les paysans aux âmes fortes, la nature des Basses Alpes - et par son style - dépouillé, vif et réaliste -, elle a connu un réel succès critique. Après sa mort, son fils Pierre s'est battu pour faire connaître ses livres, publiant un texte inédit et faisant rééditer ses romans.

LORD BYRON (1788-1824) – Une vie, une œuvre [1988]

En octobre 2006, en même temps qu'il sortait "L'Homme semence" de "Violette Ailhaud", Jean Darot, des éditions Parole, rééditait "Sous le vent", le premier roman de Maria Borrély. Cette coïncidence est étrange puisque les deux textes auraient, selon l'éditeur, tous deux pour décor le village de Bras-d'Asse. De nombreux éléments viennent renforcer l'impression de parenté. Le style est frappant de similitude avec l'écriture particulière de "L'Homme semence". On retrouve des phrases courtes, précises, qui s'enchaînent avec vivacité, ainsi que des phrases à virgules qui ne semblent pas connaître le "et". La prose est parsemée de mots provençaux ou, plus précisément, de mots locaux.

Des phrases courtes qui s'enchaînent, des phrases à virgules sans "et" et des mots "locaux" parsèment les récits de Maria Borrély, tout comme sa façon de nommer les personnages, à la paysanne, en faisant précéder leur nom d'un article. L'allusion à la rivière l'Asse dans "L'Homme semence" fait écho à la place de ce cours d'eau dans "Le Dernier Feu" de Maria Borrély. Les "iscles" (bancs de sable au milieu d'un cours d'eau) reviennent aussi sous la plume de Maria Borrély et sont présents dans "L'Homme semence". L'emploi particulier du mot "plaine" renvoie au plateau de Valensole dans "Sous le vent". La présence du vent, qui semble obséder Maria Borrély, traverse son œuvre. Jean Giono rapporte que Maria se plaint de ce mistral qui "troue les vitres" depuis Puimoisson, sur le plateau de Valensole, au-dessus de la vallée de l'Asse, où elle a vécu de 1918 à 1933 et où elle a écrit ses trois romans. Ce lieu correspond, bien plus que Bras-d'Asse, au décor de "L'Homme semence".

Le thème général qui traverse l'œuvre de l'écrivaine, la vie de villages reculés et souvent désertés, l'importance des femmes, le goût pour la description de ces âmes fortes et de leur quotidien, renforce ces coïncidences et amène à penser que Violette Ailhaud est un nom d'emprunt utilisé par Maria Borrély. Ce que l'auteure Ailhaud dit d'elle dans la préface rappelle l'écrivaine Borrély : une même foi républicaine et pacifiste, un même souffle de féminisme, une dose de régionalisme et de défense du provençal, un même enracinement dans la région du plateau de Valensole, un même passé d'enseignante. C'est l'esquisse d'une femme de gauche, lettrée et engagée. Une initiative due à "un instituteur responsable syndicaliste et SFIO" : Ernest Borrély, le mari et camarade de lutte de Maria.

L'étude du style de ses différents livres suggère que Maria Borrély a écrit "L'Homme semence" juste après son séjour à Puimoisson, qui s'achève en 1933. À la fin des années 1930, Maria opère un étrange tournant, abandonnant son style et les romans pour la poésie empreinte de mystique et de philosophie hindouiste. Elle est alors séparée de son mari, a abandonné l'enseignement, se consacre à l'écriture mais ne publie plus rien. Un roman demeuré inédit, malgré ses multiples réécritures, pourrait être un indice du refus de Maria Borrély de publier cette histoire un peu sulfureuse, et de sa réticence à faire paraître un récit de la même veine, "L'Homme semence". Son tournant mystique et littéraire, la consacrant à l'écriture de poésies où il est beaucoup question de Dieu, pourrait expliquer pourquoi "L'Homme semence" n'a été publié qu'après sa mort et sous un pseudonyme, respectant ainsi ses volontés. Son fils puis sa belle-fille ont fait paraître deux manuscrits inédits : "Les Mains vides" et "La Tempête apaisée".

Jean Darot n'a pas apporté de réponse aux questions précises sur les indices qui mènent de "L'Homme semence" à Maria Borrély, refusant de préciser qui étaient les ayants droit de Violette Ailhaud et ceux de Maria Borrély. L'aspect romanesque de la transmission du manuscrit - resté vingt-six ans chez un notaire puis remis à une descendante âgée de 15 à 30 ans - suggère qu'il pourrait faire partie du récit fictionnel lui-même. C'est très probablement l'auteure elle-même et non l'éditeur qui a rédigé cette courte précision sur l'histoire du manuscrit.

Les livres de Maria Borrély - "Sous le vent", "Le Dernier Feu", "Les Reculas", "Les Mains vides" et "La Tempête apaisée" - sont disponibles aux éditions Parole, tout comme "L'Homme semence". Maria Borrély avait également publié en 1928 un "essai sur le végétarisme" : "Aube… (Méditations sur la nourriture)", réédité en 1980 par les éditions Terradou.

Marie-Pierre Crosnier Mangeat et l'engagement d'Agrosemens

Logo Agrosemens

Dans un tout autre registre, le nom de Marie-Pierre Crosnier Mangeat est indissociable de la fondation éponyme, créée en 2020 en hommage à la mère disparue de Cyriaque et Judicaël Crosnier Mangeat. Cette fondation est liée à l'entreprise familiale Agrosemens, leader français sur le marché de la semence biologique.

L'histoire d'Agrosemens commence avec le rêve d'enfant de Cyriaque Crosnier Mangeat, qui, à l'âge de 4 ans, confie vouloir "planter des graines dans les pays où elles ne poussent pas". Devenu ingénieur d'études en agronomie, il s'associe en août 2002 avec son frère Judicaël, ingénieur en travaux publics avec une spécialisation en finance, pour donner vie à cette promesse.

Agrosemens tire son nom du latin "Semens", qui signifie "semeur de graines", une référence directe à sa vocation. L'entreprise collabore avec plus de 50 paysans semenciers qui produisent 80 % des semences vendues, le reste provenant de partenaires français ou européens, toujours 100 % bio. Chaque graine produite passe par les locaux de l'entreprise à Rousset, où elle est testée, conditionnée, puis expédiée à ses clients, dont 75 % sont français. Parmi eux : 12 000 maraîchers professionnels, horticulteurs, pépiniéristes et producteurs de plants pour les magasins bio ou les jardineries.

Depuis 2002, Agrosemens commercialise également une marque dédiée aux particuliers et jardiniers amateurs, "La Semence Bio". Les 320 variétés sont disponibles en ligne ou dans des enseignes comme Biocoop, Satoriz, Truffaut.

La mission qu'Agrosemens se donne depuis 2002 est de créer du sens et de défendre ses valeurs. L'entreprise s'engage pour une agriculture saine, locale et durable, respectueuse des personnes et des écosystèmes. Son objectif est de générer de la richesse sans délocaliser, en recréant de la vie économique au cœur des territoires, et en redonnant à l'agriculture sa place centrale dans la société, essentielle à la souveraineté alimentaire.

Agrosemens participe au développement d'une économie locale et créatrice d'emplois. Elle défend une vision de l'agriculture biologique résolument tournée vers l'avenir, fondée sur l'innovation, la formation et le transfert de compétences vers les agriculteurs. Sa mission est de conseiller, orienter et fournir des semences biologiques adaptées aux besoins réels du terrain et aux marchés de demain.

L'entreprise place la recherche et l'innovation au cœur de sa stratégie. L'acquisition de la société Delta International, spécialisée en R&D végétale et basée à Avignon, finalisée entre fin 2024 et début 2025, en est une preuve concrète. Dès 2015, avec la création de sa ferme semencière et expérimentale du Petit Sambuc dans le quartier des Pinchinats, labellisée Bio Cohérence et Demeter, Agrosemens affirme l'importance de l'innovation dans son développement.

Ferme expérimentale du Petit Sambuc

Le Petit Sambuc est un organisme agricole de sélection participative, de maintenance de variétés anciennes, de contrôle variétal, d'élevage de semences paysannes reproductibles de qualité professionnelle et d'essais agronomiques en collaboration avec d'autres structures telle que l'association Maraîchage Sol Vivant (MSV). Il s'agit d'un écolieu unique en France, triplement certifié en Bio, Bio Cohérence et Demeter, qui réunit toutes les pratiques agro-écologiques : planches permanentes, mandala permaculturel, verger agro-forestier, non-labour, engrais verts, zones de compostages, réimplantations de haies, animaux-jardiniers, etc. Les variétés sélectionnées sont ensuite cultivées dans un réseau de "Paysans Multiplicateurs" des quatre coins de la France.

Pour cette maison familiale, se mettre au service du bien commun va au-delà de son cœur d'activité. C'est pourquoi la fondation Marie-Pierre Crosnier Mangeat agit localement à travers diverses actions. La Semence Bio est entièrement composée de variétés anciennes, locales et reproductibles, dans une volonté de sauvegarde de la biodiversité.

Une photographe a réalisé un reportage au Petit Sambuc, décrivant la beauté du lieu, l'abondance des légumes, des fleurs, des teintes et des parfums. Elle souligne les soins attentionnés des jardiniers qui transforment la terre rouge et sablonneuse de Provence en une terre noire et grumeleuse où les plantes prospèrent à foison. Les oliviers et de nombreux fruitiers structurent cette plaine évoquant un gigantesque patchwork végétal, mettant en avant l'importance de l'agroforesterie. Elle salue l'engagement de l'équipe et la fiabilité d'Agrosemens, dont La Semence Bio est la marque pour les particuliers, proposant un choix variétal qui fait sens, sans légumes modernes sans goût ni légumes anciens trop fragiles.

Marie-Pierre Mairesse : Une carrière universitaire et un engagement institutionnel

Le nom de Marie-Pierre Semence peut également évoquer Marie-Pierre Mairesse, une figure distinguée du monde universitaire et de l'expertise comptable en France.

Marie-Pierre Mairesse a fait ses études supérieures à l'université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis de 1975 à 1979. Diplômée d'expertise comptable en 1992, elle a poursuivi ses études à l'université de Lille-2 de 1994 à 1997. Elle a d'abord enseigné au lycée Paul Duez à Cambrai puis à l'université de Valenciennes. Après avoir passé avec succès le concours de l'agrégation en sciences de gestion, elle a été nommée professeur des universités à l'université du littoral puis à l'IAE (Institut d'administration des entreprises) de Valenciennes en 1991.

De 2002 à 2005, elle a occupé le poste de directrice-adjointe de l'IAE. Elle a également dirigé le laboratoire d'analyses et de recherches interdisciplinaires en management des entreprises (LARIME) où elle a travaillé sur l'incidence de la fiscalité dans le financement des entreprises et en particulier sur la politique de transfert de fonds des groupes internationaux. Actuellement, elle développe des travaux de recherche sur les systèmes d'information comptable.

Logo de l'IAE de Valenciennes

Marie-Pierre Mairesse préside aujourd'hui l'incubateur régional MITI et l'observatoire régional de l'enseignement supérieur (ORES) du Nord-Pas-de-Calais. Membre de l'académie des sciences et techniques comptables et financières, elle fait aussi partie de l'association francophone de comptabilité (AFC) et de l'Association francophone internationale de finances (AFFI). Elle est expert judiciaire auprès de la cour d'Appel de Douai (Nord-Pas-de-Calais). Avant d'être élue présidente de l'université, elle avait occupé des fonctions de vice-présidente. Son parcours illustre un engagement profond dans l'enseignement, la recherche et les responsabilités institutionnelles, contribuant au développement des sciences de gestion et à l'expertise comptable en France.

Béatrice Perez : Spécialiste de l'histoire et de la civilisation espagnoles

Bien que non directement liée à la dénomination "Marie-Pierre Semence", il est intéressant de mentionner la professeure Béatrice Perez, spécialiste de l'histoire et de la civilisation espagnoles, pour illustrer la richesse et la diversité des parcours professionnels et académiques.

Béatrice Perez est professeure en études hispaniques à Sorbonne Université, et doyenne de la Faculté des Lettres depuis 2022. Spécialiste de l'histoire et de la civilisation espagnoles à l'époque moderne, elle se concentre sur l'Inquisition, les judéoconvers, les réseaux marchands et les circulations entre l'océan Atlantique et la Méditerranée. Elle est l'auteure d'ouvrages majeurs sur la question des judéoconvers dans l'Espagne de la fin du Moyen Âge et du début de l'époque moderne ("Inquisition, Pouvoir, Société. La province de Séville et ses judéoconvers sous les Rois Catholiques", Champion, Paris, 2007), lauréat du prix Alberto-Benveniste, et sur le rôle joué par les réseaux dans la circulation des hommes et les symboliques qui s'y rattachent ("Les Marchands de Séville. Une société inquiète", Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2016).

Elle est l'auteure de plusieurs volumes en codirections comme "Figures de la monarchie espagnole des Habsbourg. Charges, Fonctions, Parcours", Lisboa, Monografía, « Alberto Benveniste », 2021 [en collaboration avec Araceli Guillaume-Alonso] ou "Mercaderes y redes mercantiles en Europa", Paris, Éditions Hispaniques/Universidad de Sevilla/Cátedra Alberto Benveniste de Lisboa, 2019 [en collaboration avec Manuel F. Fernández Chaves et Rafael M. Pérez García]. Elle a co-dirigé pareillement de nombreux ouvrages en Open Source, dont un cycle sur les ports, les villes portuaires ou les grandes circulations marchandes.

Université Sorbonne

Béatrice Perez travaille également sur les noblesses et la promotion sociale et les conflits politiques ("Richesse et promotion sociale dans l'Espagne moderne", e-Spania, 43, 2022 ; "Les Comunidades de Castille. Guerre civile et restauration de l'ordre monarchique au XVIe siècle", sdd. Béatrice Perez et Sylvain André, 2024). Son travail témoigne d'une recherche approfondie et d'une expertise reconnue dans son domaine.

L'héritage de Paul Claudel : Une "semence" poétique et familiale

En complément de ces figures, le concept de "semence" peut également être exploré à travers l'héritage de Paul Claudel, dont l'épitaphe sur sa tombe à Brangues est devenue célèbre : "Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel."

Tombe de Paul Claudel

Cette "semence" dit à la fois l'orgueil du poète et dramaturge, certain que son œuvre lui survivrait, sa foi dans l'immortalité de l'âme et l'importance qu'avait pour lui l'idée de résurrection. En se faisant enterrer chez lui, avec cette épitaphe qui est comme une injonction à cultiver sa semence, l'écrivain a fait peser sur ses héritiers une lourde responsabilité.

Le château de Brangues, acquis par Claudel en 1927, est à la fois une maison de famille et un lieu de mémoire claudélienne. Il représente le port où il accostait, la terre de France enfin retrouvée, les racines du patriarche aux nombreux enfants et petits-enfants. Le château d'une cinquantaine de pièces, avec son mélange de styles moyenâgeux, Renaissance, XVIIe et XVIIIe siècles, offre un charme fou. Le parc, immense, se coule dans la douce campagne sous les monts du Bugey. "Un paradis colorié de champs, de chemins et de montagnes", selon Claudel.

Marie-Victoire Nantet et Violaine Bozon, les deux petites-filles de l'écrivain, sont les actuelles mandataires de l'œuvre. Elles assument la responsabilité de cet héritage, entretenant le domaine et la mémoire de leur grand-père. La "semence" de Claudel, au-delà de sa connotation religieuse, symbolise également la lignée familiale et la transmission d'une œuvre majeure à travers les générations.

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