Mathieu Prunier Desautel : Fragments d'une Histoire Foncière et Sociale dans le Vézelay Médiéval

La figure de Mathieu Prunier Desautel, bien que ne se manifestant pas directement comme un personnage central dans les documents disponibles, s'inscrit dans un riche tissu de relations foncières et sociales au sein du Vézelay médiéval. L'étude de tels individus, souvent perçus comme mineurs dans la grande histoire, permet de reconstituer des pans entiers de la vie économique et quotidienne, révélant les intrications des propriétés, des héritages et des obligations. Les rares mentions de noms comme "Mathier Labour" dans des textes anciens comme le "Cartulaire de Vézelay" sont des jalons précieux pour appréhender la complexité des structures agraires et les dynamiques familiales de l'époque.

Manuscrit médiéval

Le "Cartulaire de Vézelay" : Une Fenêtre sur le XVe Siècle

Le "Cartulaire de Vézelay", un document fondamental pour la compréhension de cette période, est en réalité un procès-verbal établi par des Commissaires royaux en 1463 et 1464. Ce texte fut rédigé à la demande du roi Louis XI, témoignant de l'intérêt royal pour la gestion des terres et des ressources de la région. Sa transcription en 1772 par l'abbé CUREAU a rendu ce précieux témoignage accessible, offrant aux historiens une mine d'informations sur les coutumes, les propriétés et les habitants. Il dépeint un paysage où les terres, qu'elles soient arables, des vignes ou des chaumes, étaient minutieusement répertoriées, avec leurs tenants et aboutissants, c'est-à-dire les parcelles adjacentes et leurs propriétaires. Les mentions détaillées des redevances, souvent exprimées en deniers ou en mesures de grains comme les septiers d'avoine à la mesure de Paris, illustrent les obligations foncières et la nature des transactions économiques. La précision des descriptions, incluant parfois la nature des cultures ("plante" pour les terres cultivées, "chaume" pour les terres en jachère ou peu productives), offre un aperçu concret de l'agriculture de l'époque.

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"Mathier Labour" et le Réseau des Propriétés Locales

Dans ce dédale de parcelles et de noms, le nom de "Mathier Labour" apparaît comme un élément d'un réseau complexe de propriétés. Le "Cartulaire de Vézelay" mentionne : "Guillemin Thomas pour un autre demi arpent séant au dit lieu tenant à Jean Ogier d’une part et d’autre part à Mathier Labour …ci…1 d. Mathier Labour pour un demi-arpent tenant d’une part à Guillemin Thomas et d’autre part à Guillemin Porcheron l’ancien …2 d." Ces quelques lignes sont révélatrices de plusieurs aspects. Tout d'abord, elles confirment la présence de Mathier Labour en tant que propriétaire foncier, détenant au moins un demi-arpent. La mention des "deniers" indique les redevances qu'il devait, soulignant son insertion dans le système fiscal et seigneurial de l'époque.

Plus important encore, ces passages mettent en lumière la contiguïté de ses terres avec celles d'autres habitants du lieu, comme Guillemin Thomas et Guillemin Porcheron l'ancien. Cette information, apparemment anodine, est fondamentale. Elle permet de reconstituer, même partiellement, la configuration spatiale des propriétés et d'imaginer les relations de voisinage entre ces individus. Les terres n'étaient pas isolées, mais s'inscrivaient dans un maillage serré où chaque parcelle touchait à d'autres, créant des interdépendances et des potentielles interactions quotidiennes. Les limites des parcelles étaient souvent des éléments de tension ou de coopération, et leur description précise dans le cartulaire était essentielle pour éviter les litiges.

Une Société Paysanne aux Multiples Facettes

L'analyse de l'ensemble des noms et des propriétés mentionnées autour de "Mathier Labour" dessine le portrait d'une société paysanne où la terre était au cœur des préoccupations. On y trouve une multitude d'individus détenant des parcelles de tailles variées, allant du demi-arpent aux trois journaux (une mesure de terre qu'un homme pouvait labourer en un jour). Les redevances, souvent modiques (un, deux, ou trois deniers, parfois des oboles ou des pog), indiquent une économie de subsistance et des transactions de faible ampleur, mais néanmoins vitales pour les familles.

On peut observer la présence de noms de famille récurrents, suggérant des lignées familiales et des transmissions de propriété. Par exemple, les "hoirs Bernard le Denorat" ou les "hoirs feu Jean Picard et Jossier" témoignent de l'importance de l'héritage et de la continuité des familles sur les terres. Ces dynasties paysannes, bien que modestes, constituaient la base de l'économie locale. Le fait que certaines parcelles soient identifiées par le nom de familles passées ("la chaume qui fut Milot Rimbeau") souligne la permanence du lien entre les terres et leurs anciens occupants, même après leur disparition.

Toponymie et Usage des Terres

Le cartulaire est également une source inestimable pour la toponymie locale, c'est-à-dire l'étude des noms de lieux. Des désignations comme "la plante du prioré du dit lieu", "la Côte Caffard", "la vigne Notre Dame", "la Côte Arnolin", "le Champ des vielles Courvées", "les Bruaires", "le Crot de la Raine", "la Grand Brosse", "la Coste Gassot", "le Perrier Durand" ou "le Crot Chastelus" nous informent sur la géographie physique du Vézelay et sur les usages agricoles des terres. "Plante" désigne souvent des terres cultivées, tandis que "chaume" peut indiquer des terres en jachère, des pâturages, ou des terrains moins fertiles. Les "côtes" et les "vignes" sont des indices clairs de la viticulture, une activité importante dans la région.

Carte ancienne du Vézelay avec parcelles identifiées

Les mentions de "courvées" (corvées) et de "Monsieur" (le seigneur local, probablement l'abbé de Vézelay) rappellent les obligations féodales qui pesaient sur les tenanciers. La diversité des types de terrains (champs, vignes, prés, vergers, maisons, granges, tenanciers) montre une économie agricole variée, où les habitants cherchaient à exploiter au mieux les ressources disponibles. La division des propriétés en "ouvrées" (une mesure de vigne) et en "journaux" (une mesure de champ) illustre la micro-gestion des terres et l'importance de chaque parcelle, quelle que soit sa taille.

Les Redevances et le Système Économique

Les redevances sont exprimées principalement en deniers, une monnaie médiévale. Les termes "ob." (obole) et "pog." (pogesia ou un quart de denier) indiquent des subdivisions de cette monnaie, témoignant de la précision comptable de l'époque. Par exemple, "trois deniers ob." signifie trois deniers et une obole. Ces paiements, souvent annuels, constituaient une part non négligeable des revenus seigneuriaux et ecclésiastiques. La variété des redevances, qui pouvaient être fixes ou variables, révèle la complexité du système fiscal médiéval.

Certains passages décrivent des redevances spécifiques à des biens : "Item doit le dit Jean pour sa part de la maison et du Tenement tenant à la femme Guérin Robin, et au dit Jean d’autre part …18 d." ou "Item ob. Item doit à cause de Mariote sa femme sur la grange devant le moitier31 tenant à Pernot Seguin et les hoirs Bernard le Denorat d’autre part …16 d." Ces exemples montrent que les redevances pouvaient être liées à des maisons, des granges, ou des parts de tenures, et parfois même à des mariages, ce qui met en lumière les aspects juridiques et matrimoniaux de la possession foncière. La mention de "Mathier doit un denier de la maison dite « le four » tenant au dit four" est particulièrement intéressante, car elle suggère l'existence d'un four commun ou d'une installation liée à l'activité de boulangerie, impliquant potentiellement un service ou une rente liée à son utilisation.

Pièces de monnaie médiévales

Dynamiques Familiales et Sociales

Au-delà des aspects purement fonciers, le cartulaire laisse transparaître des dynamiques familiales et sociales. Les mentions de "femme feu Jeannot Compin", "Pernotte,, femme feu Jacquot Broullard", "les hoirs feu Jean Picard et Jossier" ou "les hoirs de feu Jean Villiers et Agnès sa femme, fille de feu Guillaume Juillien" sont des indices précieux sur la transmission des biens par succession et sur le rôle des femmes dans la possession foncière, souvent comme héritières ou gestionnaires de biens familiaux. La présence de "enfants de feu Jean Ogier son frère" ou "Perrenot, leur oncle" souligne l'importance des liens de parenté et des structures familiales étendues.

Les relations entre les individus ne se limitaient pas à la simple contiguïté des terres. Les ventes ("Huguenin Lemormat lui a vendu"), les partages ("moitié de la vigne", "tiers du champ") et les obligations communes ("dont le dit Tibe doit un denier, Guillaume Royer l’autre et Jeannot Thomas l’autre denier") témoignent d'une société où les interactions économiques et sociales étaient constantes et complexes. Les litiges et les accords sur les limites des terres ou sur les droits d'usage devaient être fréquents, et le cartulaire servait justement à documenter ces transactions pour prévenir les conflits.

L'Évolution des Paysages Agraires

Le cartulaire offre également des aperçus sur l'évolution des paysages agraires. Les mentions de "chaume à faire vigne" indiquent des projets de transformation des terres, où des zones de jachère ou peu productives étaient envisagées pour la viticulture, signalant une adaptation aux besoins économiques ou aux opportunités. Cette flexibilité dans l'utilisation des terres était essentielle pour la survie et le développement des communautés paysannes. Les descriptions détaillées des limites des parcelles, incluant des éléments naturels comme des chemins, des ruisseaux ou des bois, permettent de se faire une idée de l'environnement physique et de son évolution au fil du temps.

Au-delà des Noms : La Reconstitution du Quotidien

Bien que Mathieu Prunier Desautel ne soit pas un personnage de premier plan, l'étude de son insertion dans ce cartulaire et de l'environnement foncier et social qu'il dépeint permet de reconstituer des fragments du quotidien des habitants du Vézelay au XVe siècle. Cela inclut les tâches agricoles (labourer les champs, cultiver la vigne), les obligations (payer les redevances), les relations de voisinage (partage des limites, transactions foncières), et les dynamiques familiales (héritages, mariages). Ces informations, bien que fragmentaires, sont cruciales pour comprendre la vie dans les campagnes médiévales, loin des grands récits héroïques, mais au plus près de la réalité des gens ordinaires. La richesse du "Cartulaire de Vézelay" réside précisément dans sa capacité à nous ramener à cette échelle humaine, où chaque arpent de terre et chaque denier avait son importance.

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