Le paysage routier français est en pleine mutation. Là où, autrefois, la tonte rase et systématique était la norme, une approche plus nuancée s’impose progressivement : le fauchage raisonné. Cette pratique, adoptée par de nombreux départements et gestionnaires de réseaux, cherche un équilibre délicat entre les impératifs de la sécurité routière et la préservation de la biodiversité.

Les fondamentaux du fauchage des bords de routes
Le fauchage routier sert à couper l’herbe et autres végétaux sur le bord de la route, sur une largeur d’environ 1,20 m. Les cycles de la nature impliquent que, à certaines périodes, la végétation pousse et prend plus de place sur le bord de la route. Le fauchage est essentiel pour garantir la sécurité des automobilistes, cyclistes et autres usagers de la route. La priorité du fauchage est destinée aux routes départementales de faible largeur. La priorité est également donnée aux interventions liées à la sécurité, pour assurer par exemple la visibilité de la signalisation routière, ou renforcer la visibilité des automobilistes dans un virage ou sur un carrefour. Ensuite, le reste du réseau routier est fauché à son tour.
Le fauchage des bords de route permet de dégager la visibilité dans les courbes, les carrefours et au droit de la signalisation. Il permet une bonne lecture des accotements lors de manœuvres au cours du stationnement. Le fauchage permet d’éviter que l’herbe ne déborde sur la route et que la chaussée ne devienne glissante. Il permet aussi l’accès et la surveillance des ouvrages routiers (murs, ponts, caniveaux, regards). Sur les routes les plus empruntées, des véhicules encadrent les chantiers pour annoncer leur présence.
La montée en puissance du fauchage raisonné
Pour protéger l’environnement, une méthode de fauchage appelée le fauchage raisonné a été mise en place il y a plusieurs années dans certains départements. Le fauchage raisonné permet de répondre aux besoins des usagers tout en respectant la nature. Les règles du fauchage raisonné sont les suivantes : limiter la hauteur de coupe à 10 cm du sol, limiter les interventions au strict nécessaire, et réaliser le débroussaillage des fossés et des talus en automne pour ne pas perturber la reproduction des espèces qui vivent dans ces milieux.
Chaque intervention doit être réfléchie. En effet, l’herbe repousse moins vite si l’on attend le stade du développement de l’épi. C’est la hauteur d’herbe atteinte, estimée à 40 cm maximum dans les zones de sécurité, qui déclenche l’intervention des services. L’objectif est de limiter deux interventions au maximum sur chaque site pendant la période de pousse : fauchage et dégagement de sécurité avec un débroussaillage autour des glissières et de la signalisation. En plus de préserver la biodiversité, le fauchage raisonné permet d’économiser de l’argent : le fauchage bas (moins de 10 cm du sol) use plus vite et plus fort les engins et induit une surconsommation de carburant.

Les bords de route comme corridors écologiques
Les bords de route sont des espaces de nature insoupçonnés qui abritent souvent une grande diversité animale et végétale. Ils constituent des zones refuge et des corridors pour les espèces de faune et de flore parfois remarquables et ils ont souvent un intérêt paysager et culturel. Les bords de route accueillent une diversité importante de plantes sauvages et de fleurs messicoles (coquelicots, boutons d'or, mélampyres, centaurées, etc.) qui constituent des ressources indispensables aux pollinisateurs dans des paysages où les espaces agricoles sont encore trop peu accueillants.
Depuis sa création en 2007, la DIR Méditerranée, gestionnaire du réseau routier national, se mobilise sur les enjeux du développement durable et recherche notamment à minimiser l’impact environnemental de son activité d’exploitant routier. Cela permet de favoriser les plantes vivaces, de préserver les rosettes de feuilles des orchidées. Par ailleurs, le couvert végétal étant préservé, on limite l’érosion du sol et la prolifération de certaines invasives. Cela permet à la végétation de fleurir, de grainer, et de se reproduire. Ainsi le cycle de vie est préservé pour une plus grande variété de plantes et de fleurs. Prenant en compte tous ces paramètres, la DIR Méditerranée expérimente de nouvelles modalités de fauchage sur le réseau routier national des Alpes du Sud : sur une bande de sécurité de 1,5 m, correspondant à la largeur de l’outil de fauchage, une coupe sera effectuée à une hauteur de 10 cm lorsque la hauteur d’herbe aura atteint au plus 70 cm.
La gestion différenciée et la fauche tardive
Comme l’indique un guide de l’agglomération de Cergy-Pontoise, « le fauchage tardif est une méthode de gestion des prairies qui consiste à les faucher deux fois par an, en juillet et à l’automne, ou une seule fois en octobre. » L’emploi d’un matériel de fauchage, par opposition à la tonte et au broyage, est à privilégier car il est moins destructeur pour la faune. En effet, il épargne de nombreux insectes en ne pratiquant qu’un seul point de coupe. Le fauchage s’effectue en commençant si possible par le centre de la prairie pour faciliter la fuite des insectes pendant l’opération. Épargner quelques zones refuges, non fauchées, est favorable au maintien de la faune. Cette bande herbacée abrite chaque année des orchidées en particulier l’Orchis pyramidal et Orchis bouc.
Certaines municipalités décident volontairement de laisser pousser les hautes herbes sur le bord de la route ou sur les ronds-points. Cette fauche tardive consiste à tondre une seule partie de l’espace vert et de laisser pousser l’herbe sur le reste. Cette pratique a plusieurs avantages. Elle permet à la commune de faire des économies en réduisant ses coûts d’entretien des espaces verts. “Ça attire des abeilles, donc la pollinisation, ça attire des insectes, donc des chauves-souris, donc moins de moustiques ! C’est bénéfique pour tout le monde.”
Les avantages de la fauche tardive.
Responsabilité citoyenne et gestion des déchets
Depuis 2019, le Département de la Dordogne s’est engagé dans une campagne de sensibilisation à la gestion des déchets notamment en bord de route. Les agents des routes en ramassent de grandes quantités sur les accotements routiers, notamment avant chaque intervention de fauchage. Avant de réaliser un fauchage du bord des routes, un ramassage des déchets est organisé afin d’éviter que les engins dispersent les déchets en fauchant et qu’ils ne s’abîment. Ces mesures sont appliquées sur l’ensemble du réseau routier départemental et elles font l’objet d’une information aux communes.
Vers une vision globale du patrimoine écologique routier
Le Parc national de forêts est un territoire reconnu comme exceptionnel pour la richesse de sa biodiversité, la qualité de ses paysages et pour son patrimoine culturel. Les habitats naturels des bords de route font partie intégrante du patrimoine écologique du territoire et méritent d'être valorisés et préservés. Visibles par tous au quotidien, ils constituent des vitrines représentatives de la biodiversité. Le Parc national de forêts vous invite à découvrir comment il accompagne la communauté de communes Auberive-Vingeanne-Montsaugeonnais dans l’évolution de ses pratiques de fauche le long des routes communales, avec l’appui du Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne. Sous le mode de l’expérimentation, le fauchage va être adapté pour respecter le cycle de vie des espèces, tout en garantissant la sécurité des usagers.
La ville de Draguignan a décidé de préserver autant que possible la biodiversité et pour cela, elle a décidé de ne plus débroussailler aux abords des routes quand il n'y a pas de risque incendie. Ne vous y trompez pas ! Vous circulez dans le Var, sur les routes de Draguignan et il y a des herbes folles ? C'est normal. Dans les espaces où le risque incendie est nul, la ville a décidé de ne plus faucher les herbes. Le fauchage aura donc lieu au mois de septembre et pas avant. L’article L. 322-3 du code forestier dispose que dans les communes où se trouvent des bois classés en application de l'article L. 321, ou inclus dans les massifs forestiers mentionnés à l'article L., une attention particulière doit être portée aux risques. Objectif : éviter la sixième extinction massive de la biodiversité après la disparition des dinosaures il y a 65 millions d'années. En France, il n’est pas rare de voir des ronds-points fleuris ou de hautes herbes le long des routes. Si vous vous déplacez en voiture, vous avez sans doute remarqué que certains ronds-points et bords de route sont moins entretenus qu’avant. Les fleurs sauvages apparaissent, l’herbe n’est pas tondue et les insectes se multiplient. Pour limiter l’apparition des mauvaises herbes, certaines municipalités appliquent un paillage à partir de chanvre, de coco ou d’écorces. Comme la fauche tardive demande peu d’arrosage et d’entretien, les agents utilisent moins de produits phytosanitaires comme les pesticides et les herbicides, ce qui réduit leur impact environnemental tout en leur faisant réaliser des économies.