Les feuilles de fougère séduisent par la finesse de leur découpe et la richesse de leur feuillage. Ces plantes ancestrales, dépourvues de fleurs, se distinguent par un mode de reproduction unique basé sur les spores. Les feuilles de fougère portent sous leur face inférieure des structures reproductrices particulières. Les sporanges, petits amas brunâtres, libèrent des spores microscopiques qui germent pour former un prothalle. La fécondation nécessite un environnement humide car les gamètes mâles nagent vers les femelles. Une fois fécondé, l’embryon de la nouvelle fougère utilise les réserves du prothalle qui finit par mourir.

Les fougères des murs urbains en France
Quelles sont les plantes qui poussent sur les murs en ville ? Partons à la rencontre de quatre fougères communes à observer sur les murs de nos villes en France hexagonale : la Scolopendre, la Rue des murailles, la Capillaire des murailles et la Fougère mâle.
La Scolopendre (Asplenium scolopendrium L.)
La Scolopendre, de la famille des Aspleniaceae, est une plante vivace de 20 à 60 cm, à souche épaisse gazonnante. On la trouve sur les rochers humides, sur les vieux murs ou encore dans les puits, dans toute la France et la Corse. Ses feuilles ont le pétiole écailleux ainsi que le rachis, plus court que le limbe. Le limbe est 4 à 6 fois plus long que large, largement lancéolé, ferme, entier ou ondulé-rongé, rarement divisé au sommet, un peu rétréci inférieurement, profondément échancré en cœur à la base, à oreillettes arrondies et convergentes. Les sores, structures productrices des spores, sont grands, parallèles entre eux et obliques à la nervure médiane de la feuille.

La Rue des murailles (Asplenium ruta-muraria L.)
La Rue des murailles, de la famille des Aspleniaceae, est une plante vivace de 3 à 15 cm, glabre et à souche courte brune. On peut la croiser dans toute la France hexagonale et en Corse, sur les vieux murs et les rochers (surtout calcaires). Ses feuilles sont d’un vert mat, coriaces, à pétiole vert comme le rachis et souvent aussi long ou plus long que le limbe. Son limbe est ovale, triangulaire, bipennatiséqué. Les segments primaires inférieurs sont plus longs que les moyens, les secondaires peu nombreux et écartés, à lobes pétiolulés, obovales en coin, lobulés, entiers ou denticulés. Ses sores sont linéaires, à la fin confluents. Ses indusies sont à bord cilié ou frangé.
La Capillaire des murailles (Asplenium trichomanes L.)
La Capillaire des murailles, de la famille des Aspleniaceae, est une plante vivace de 6 à 35 cm, glabre, à souche courte. Elle pousse sur les murs et les rochers, dans toute la France et la Corse. Ses feuilles sont courtement pétiolées, à pétiole et rachis d’un brun noir luisant sur toute leur longueur, plans en dessus et très étroitement ailés de chaque côté. Son limbe est lancéolé-linéaire, un peu rétréci à la base et pennatiséqué. Ses segments sont très nombreux (15 à 40 paires), distincts jusqu’au sommet, ayant au plus 6 à 8 mm de long et de large, ovales ou obovales-rhomboïdaux, finement crénelés-dentés, tronqués et un peu en coin à la base. Ses sores sont linéaires et à la fin confluents.
La Fougère mâle (Dryopteris filix-mas (L.) Schott)
La Fougère mâle, de la famille des Dryopteridaceae, est une plante vivace à souche très épaisse gazonnante. On la trouve dans les bois mais aussi sur les rochers et les murs ombragés dans une grande partie de la France et en Corse. Ses frondes mesurent de 30 cm à 1 m, et sont courtement pétiolées, à pétiole et rachis peu écailleux, oblongues-lancéolées, très atténuées inférieurement, bipennatiséquées, non glanduleuses. Son limbe est terne, assez souple. Ses pennes sont nombreuses, étroitement lancéolées, pennatipartites sans point noir au point d’insertion. Ses sores sont assez gros (1,5 mm), peu nombreux, toujours distincts, en lignes rapprochées de la nervure médiane et couvrant à peine les 2/3 inférieurs des lobes.
Choisir et soigner les fougères d'intérieur
Diversité et enjeux d'identification
L’identification des fougères étant assez difficile à travers les livres, il est utile de noter que les fougères ont généralement des feuilles (thalles) pennées, c'est-à-dire une tige découpée en de multiples lobes. La confusion est fréquente, notamment avec le Polypode commun ou les diverses espèces de Polystics.
- Polypodium vulgare : Fougère de petite taille, à feuille unique peu lobée et souche rampante. Elle pousse notamment sur les murs, parfois sur les rochers moussus des bois.
- Polystichum aculeatum : Les polystics sont des fougères rares à aspect un peu « plastique » (raide au toucher). Elles recherchent des stations à atmosphère plus fraîche/humide à proximité de mare ou surtout de ruisseau.
Certaines espèces comme l'Adiantum capillus-veneris (Capillaire de Montpellier) sont également emblématiques des zones humides urbaines ou des vieux murs calcaires. L'aspect plastique, lisse, vert et non poilu est une caractéristique souvent partagée par plusieurs espèces de la famille des Aspleniaceae.
La Fougère-Aigle : une espèce entre utilité et envahissement
La fougère-aigle ou Grande Fougère (Pteridium aquilinum) fait partie de ces plantes qui apportent des oligo-éléments intéressants dans le sol ou aux plantes directement. Cette plante sauvage fait partie de la famille des Dennstaedtiaceae. Elle est apparue juste après la dernière période glaciaire au début de l’Holocène, c’est-à-dire il y a 12.000 ans. Elle est envahissante et cosmopolite, c’est-à-dire qu’on la trouve dans toutes les zones tempérées du globe à des altitudes variant entre 0 et 2000 m.
Écologie et toxicité
La fougère-aigle se développe en pleine lumière ou demi-ombragée, sur des sols de toutes natures pour peu qu’ils soient acides et assez profonds. Elle est indifférente à l’humidité du sol. Elle peut atteindre une taille de 2 m selon la composition du sol. La fougère aigle possède un rhizome noir, fibreux et ramifié, rampant à plusieurs dizaines de centimètres sous le sol. Il lui permet de coloniser rapidement son milieu. Ce sont autant de facteurs qui font qu’elle est considérée depuis le XIXe siècle comme une mauvaise herbe.
Pteridium aquilinum contient de la prunasine qui libère par hydrolyse de l’acide cyanhydrique sous l’action de deux enzymes présentes dans la plante et agissant en même temps. La thiaminase est une enzyme de dégradation de la thiamine, que l’on trouve aussi dans la prêle des champs Equisetum arvense. La plante est toxique pour les hommes et les animaux. Pour l’homme, l’activité cancérigène de la fougère a été prouvée depuis 1996. La substance identifiée provoquant des cancers et des mutations génétiques est le ptaquiloside.

Usages au jardin
En fin de saison, en automne plus particulièrement, quand les feuilles commencent à jaunir, on la récolte de préférence sèche ou jaunissante, sa vocation première sert alors de protection contre le gel de toutes les plantes sensibles comme la mâche, la chicorée sauvage, l’artichaut ou la roquette. Au printemps, c’est dans les fraisiers qu’elle donne le meilleur grâce à son action antifongique contre la pourriture grise. Riche en minéraux, le résultat de la fermentation anaérobique montrera la présence riche en silice, en potassium, en calcium, en phosphore et en oligo-éléments bien assimilés par les plantes.
Cependant, la prudence reste de mise. Il est fortement déconseillé de couper les fougères en automne, qui est le moment du développement des spores, car elles libèrent des poussières potentiellement cancérigènes pour l’homme. De plus, il faut se méfier des massifs de fougères aigles, elles sont une plante hôte d’un nombre important de variétés de tiques.
Entretien des fougères en milieu cultivé
Une fougère prospère à la mi-ombre, loin des rayons directs du soleil. Un excès de lumière provoque le jaunissement des feuilles et affaiblit la plante. Il convient d’éviter les courants d’air qui favorisent l’apparition de parasites et de maladies. Le sol doit rester légèrement humide en permanence, sans jamais présenter d’eau stagnante au fond du pot. Un drainage insuffisant entraîne la pourriture des racines et compromet la santé de la plante. En été, les besoins en eau augmentent tandis qu’en hiver, il suffit d’arroser deux fois par mois.
Le rempotage d’une plante en pot s’effectue de préférence au printemps ou en été, dans un contenant 20% plus grand que le précédent. La croissance lente des fougères permet d’espacer les rempotages tous les 3 à 4 ans. La fertilisation se limite au printemps et à l’été, en divisant par deux la dose recommandée sur l’emballage de l’engrais. Un surdosage nuit davantage qu’un manque de nutriments. L’entretien se résume à retirer les feuilles mortes ou flétries au fur et à mesure. Des feuilles jaunes indiquent généralement un excès de lumière. Il suffit d’éloigner la plante de la fenêtre pour retrouver une coloration normale. Une croissance ralentie ou l’absence de nouvelles feuilles signalent un manque de lumière. Plusieurs espèces de fougères s’adaptent bien à la culture en intérieur, comme l’Asplenium ou le Platycerium.