Les Mauvaises Herbes à Fleurs et Fruits Mûrs : Reconnaissance, Impact et Utilisations Inattendues

illustration de diverses

Les jardins et les terrains cultivés sont souvent le théâtre d'une lutte incessante contre les « mauvaises herbes », ces plantes indésirables qui concurrencent nos cultures. Pourtant, derrière cette appellation générique se cache une diversité incroyable d'espèces, dont certaines, malgré leur statut d'envahissantes, révèlent des caractéristiques étonnantes, des propriétés insoupçonnées et des cycles de vie remarquablement efficaces. Comprendre ces plantes, leurs fleurs et leurs fruits, est essentiel pour une gestion éclairée et parfois, pour découvrir des usages inattendus.

L'Achillée : Une Héroïne de la Guerre de Troie et des Jardins

L'achillée, une espèce très tolérante et cosmopolite, se rencontre dans tous les jardins et pelouses, même piétinés. Son nom est chargé d'histoire, tirant son origine d'Achille, le héros grec qui l'aurait utilisée pour soigner les blessures de ses soldats durant la guerre de Troie. Elle a été surnommée « herbe à la coupure », « herbe à la saignée », « herbe-aux-charpentiers », « herbe-aux-militaires », et « saigne-nez », des appellations qui témoignent de ses emplois traditionnels pour traiter les plaies et les blessures de toutes sortes. Cette persistance dans nos espaces verts est un rappel de sa robustesse et de sa capacité à s'adapter à divers environnements.

La Bourse-à-pasteur : Une Histoire de Pauvreté et de Vertus Médicinales

La bourse-à-pasteur, plus rarement appelée bourse à berger ou mollette de berger, est une herbe discrète mais présente. Son nom provient d'une analogie touchante : on dit qu'à la ceinture des bergers d'autrefois, pendait une bourse, vaguement triangulaire, toujours plate, symbolisant leur pauvreté. C'est en raison de la ressemblance des fruits de la plante avec cette fameuse bourse qu'elle a hérité de son nom. Au-delà de cette anecdote, la bourse-à-pasteur est réputée pour ses propriétés médicinales. Elle serait un antiseptique urinaire et aurait la propriété de dissoudre les calculs aux reins, mais c'est pour ses propriétés hémostatiques qu'elle est le mieux connue. Sa présence peut donc être perçue différemment une fois ses vertus comprises.

infographie des propriétés médicinales de la bourse-à-pasteur

Le Chardon : Des Fleurs Imposantes aux Racines Ancrées

Les chardons, reconnaissables par leurs fleurs imposantes, souvent jaunes ou mauves, donnent des fruits en forme de plumeaux que les enfants adorent souffler. Leurs racines sont bien fixées et souvent la bêche est nécessaire pour les déloger. Ces plantes, bien que considérées comme des mauvaises herbes, jouent un rôle dans la biodiversité en offrant nectar et pollen à de nombreux insectes. Leur ténacité témoigne d'une stratégie de survie efficace.

Le Chiendent : Un Envahisseur Rhizomateux

Le chiendent est un nom usuel désignant plusieurs graminées se ressemblant plus ou moins. Ces graminées produisent de longs rhizomes blancs très envahissants et tenaces qu'il convient d'enlever dès que vous les apercevez en bêchant. La difficulté à les éradiquer réside dans leur capacité à se propager sous terre, rendant leur élimination superficielle inefficace. La compréhension de leur mode de reproduction est cruciale pour une gestion réussie.

Le Liseron : Un Grimpant Étouffant et aux Fleurs Joliés

Le liseron, membre de la famille des convolvulacées, n'est plus à présenter. Ses fleurs, blanches ou roses, sont très jolies, mais il est grimpant et peut envahir très facilement des pieds de tomates ou légumes en tout genre, les étouffant. Sa capacité à grimper et à se propager rapidement en fait un adversaire redoutable pour les cultures. L'observation de ses fleurs peut être trompeuse quant à son caractère envahissant.

Le Mouron des Oiseaux : Prolifique et Indicateur de Sol

Souvent à fleurs rouges, mais parfois bleues, le mouron des oiseaux est une plante comestible qui produit plus de 2000 graines par individu et envahit facilement nos jardins. Il adore l'azote, et sa présence en abondance peut éventuellement révéler un déséquilibre à ce niveau dans le sol. Cette caractéristique en fait un bio-indicateur intéressant pour les jardiniers, signalant un excès d'azote qui pourrait être corrigé.

diagramme illustrant la corrélation entre la présence de mouron des oiseaux et la richesse en azote du sol

L'Ortie : Urticante, mais Riche en Azote et Ténace

Inutile de la présenter, l'ortie est urticante mais aussi riche en azote pour les purins. Les sols trop riches sont concernés par cette plante très connue même des jeunes enfants. Les fleurs sont innombrables et les racines sont tenaces. Sa réputation urticante masque ses propriétés bénéfiques, notamment pour la création d'engrais naturels, si l'on sait la manier. Sa ténacité, due à ses racines robustes, en fait une plante difficile à éradiquer.

La Renoncule : Un Fléau par ses Graines et Stolons

Les renoncules sont assez tenaces également, car leurs graines nombreuses et leurs stolons robustes et longs en font un fléau en quelques temps. Leur capacité à se propager à la fois par graines et par stolons rend leur contrôle particulièrement difficile. La vigilance est de mise pour éviter une infestation rapide de ces plantes.

L'Euphorbe : Une Cosmopolite Discrète des Terrains Cultivés

Plutôt discrète, cette euphorbe est cosmopolite et s'invite très facilement dans les terrains cultivés qu'elle adore. Sa capacité d'adaptation à différents environnements la rend omniprésente. Bien que discrète, elle peut devenir envahissante si elle n'est pas gérée.

Le Fumeterre : Envahissant mais Éradicable avec Insistance

Le fumeterre est une herbe très connue de notre jardin. Il peut devenir très envahissant, mais cela n'est pas le plus difficile à éradiquer, si on insiste pour l'éliminer. Sa persistance nécessite une intervention régulière et déterminée pour éviter qu'il ne submerge les cultures.

Les Moutardes et Colzas Sauvages : Des Problèmes pour les Cultures Voisines

Des petites fleurs bleues et discrètes, elles sont très jolies quand on s'y attarde mais peuvent aussi se multiplier très rapidement par leurs nombreuses graines. Si les champs de colza ou moutarde ne sont pas loin de chez vous, cela peut expliquer pourquoi vous pouvez en voir pousser facilement dans votre jardin. Il ne faut pas les laisser car elles transmettent de nombreux parasites ou maladies (mildiou, altise…). Leur proximité avec les cultures agricoles peut avoir des conséquences néfastes, nécessitant une gestion attentive.

1 Qu est ce qu une mauvaise herbe

La Morelle Noire : Une Solanacée Toxique mais Consommée Ailleurs

Peu connue, toxique, la morelle noire est considérée comme une mauvaise herbe. Elle est pourtant consommée dans de nombreux pays du monde car peu exigeante. La morelle noire fait partie de la redoutable famille des solanacées, connue pour les célèbres empoisonneuses que sont la belladone, le datura, la jusquiame, la mandragore ou le tabac. Son nom latin, Solanum nigrum, la rattache au genre Solanum comme la tomate, la pomme de terre ou l’aubergine. La noirceur de ses fruits se retrouve dans ses noms latin (« nigrum » : noir) et français : morelle vient de maurella, petit Maure, population représentée au Moyen Âge sous l’aspect d’hommes à la peau sombre.

Plante herbacée annuelle, la morelle noire se rencontre dans les cultures, les jardins, les décombres et sur le bord des routes. Sa tige anguleuse mesure de 20 à 40 cm et porte de petites fleurs blanches regroupées par quatre ou cinq. La floraison en juillet-août donne des fruits en août-septembre. Sa baie présente une couleur verte, puis noire à maturité. La plante répand une odeur désagréable, ce qui éloigne les animaux qui refusent d’en consommer. Les éleveurs l’évitent pour leur bétail.

Ses fruits non mûrs et les parties vertes contiennent de la solanine, un alcaloïde également présent dans la pomme de terre. Elle était autrefois utilisée dans le traitement des maladies nerveuses, comme remède sédatif, en cataplasmes contre les dartres. Elle dilate les pupilles, comme la belladone. Ses feuilles entraient dans la composition du baume tranquille, de l’onguent populeum. Fruits mûrs et feuilles peuvent être consommés cuits, ce qui lui ôte sa toxicité. En effet, les alcaloïdes de la morelle noire provoquent des désagréments, mais pas la mort. Dans le langage des fleurs, elle symbolise l’effroi. Elle a été associée aux sorcières. Cette dualité entre toxicité et comestibilité, selon la maturité et la préparation, est fascinante.

Les Mûres : Confusion entre Ronce et Mûrier

La conversation autour des mûres révèle une certaine confusion entre les fruits de la ronce (comestibles) et ceux du mûrier (dont la toxicité a été débattue). Les mûriers existent en plusieurs sortes : la ronce classique, la ronce sans épines, le mûrier blanc (dont les feuilles nourrissent le ver à soie) et le mûrier rouge. Des personnes ont consommé les fruits des quatre types sans jamais être malades.

Les mûres du mûrier sont plus allongées que celles de la ronce, ayant la taille de la première phalange du petit doigt. Dans les souvenirs, les mûres d'arbre étaient sucrées et bonnes, avec une préférence pour les blanches par rapport aux noires. Les fruits mûrs du mûrier ne sont pas toxiques ; ils sont très (trop) sucrés et un peu écœurants, mais pas mauvais en modération. En revanche, les fruits verts et les autres parties de l'arbre contiennent des latex toxiques qui causent irritations, troubles intestinaux, etc. Le pollen peut également provoquer des allergies fortes chez beaucoup de personnes. Cette distinction est cruciale pour une consommation sans risque.

Le Sureau : Un Arbuste Tenace aux Baies Acidulées

Le sureau est un arbuste tenace qui pousse à profusion en Bretagne, et dont les baies, un peu acidulées, peuvent relever discrètement le goût des confitures de mûres. Le sureau, de son vrai nom Sambucus, fait partie de la famille des chèvrefeuilles. À la saison des mûres, ce sont souvent les baies de sureau rouge (baies rouge vif) qui sont ramassées pour donner un peu d'acidité à la gelée de mûre. Les fruits du sureau noir ne viennent qu'en septembre-octobre. Il est important de noter que les baies du sureau ont parfois été considérées comme très toxiques dans certaines régions comme la Dordogne, ce qui pourrait indiquer une confusion avec d'autres espèces ou une méconnaissance de la préparation appropriée qui ôte leur toxicité.

La Mauve des Bois : Une Intruse aux Multiples Bienfaits

La mauve des bois, bien que souvent arrachée sans un regard et passant pour une intruse, est une plante qui revient fidèlement d’une année sur l’autre grâce à ses graines. Elle est indisciplinée, d’où ce réflexe de l’arracher. Pourtant, ses feuilles légèrement lobées sont agréables au toucher. Cette plante ne demande ni arrosages constants ni d’engrais. Elle attire les insectes utiles et rend la terre plus vivante, offrant nectar et abri pendant une bonne partie de la belle saison, permettant ainsi au sol de s’améliorer naturellement.

La grande mauve se mange. Ses jeunes feuilles et fleurs peuvent être ajoutées aux salades. On peut la cuisiner en omelette ou même en gratins, comme les épinards. Les boutons de fleurs et les fruits, immatures, peuvent être conservés dans le vinaigre avec un filet d’huile d’olive, à la manière de câpres, pour relever salades et légumes. Les fruits, appelés des « fromages », sont comestibles et renferment des centaines de graines. Ces graines peuvent attendre l’hiver avant de germer au retour des beaux jours. Elle protège le sol et le garde frais lors des journées chaudes, jouant pleinement son rôle de paillage vivant. C'est une plante simple qui commence à se réchauffer au printemps, nécessitant une humidité constante mais modérée jusqu’à la levée, quelques semaines plus tard.

La Cymbalaire des Murs : Une Architecte Végétale Insoupçonnée

gros plan sur la cymbalaire des murs poussant dans les fissures d'un vieux mur

La cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis), confondue en permanence avec une mauvaise herbe opportuniste, est en réalité l'une des plantes les plus intelligentes qui soient, au sens mécanique du terme. Cette petite plante violette ne détruit pas les vieux murs calcaires, elle les protège. La cymbalaire fait partie du groupe écologique des chasmophytes, les plantes dites « fissuricoles », qui s'installent dans les fissures et anfractuosités de rochers, spécialisée dans les vieux murs à base de roche calcaire ou à ciment calcaire. Autrement dit, elle n'est pas là par hasard.

Elle est présente en Europe de l'Ouest seulement depuis le XVe siècle, venue d'Italie, de Slovénie et du Maghreb. Son surnom populaire, « Ruine de Rome », résume à lui seul cinq siècles d'histoire : son appellation commune témoigne de son origine méditerranéenne, et son expansion dans de nombreuses régions françaises est liée à ses propriétés médicinales. On la transportait comme remède et elle s'est installée dans les pierres. Elle tapisse fréquemment les vieux murs de touffes aux feuilles arrondies et luisantes et aux petites fleurs violettes à la gorge tachée de jaune.

Sa saison de floraison, qui s'étend d'avril à octobre, est très longue, offrant six mois de fleurs mauves sur une surface où la plupart des végétaux renoncent au bout d'une saison. La cymbalaire des murs est en outre une plante rustique, capable de résister jusqu'à -19°C. La cymbalaire des murs joue un rôle dans la prévention de l'érosion, en stabilisant les sols grâce à son système racinaire dense. Appliqué à un mur, ce mécanisme signifie que ses racines, en colonisant les fissures, consolident le liant friable entre les pierres plutôt que de le désagréger. Elles maintiennent les particules ensemble.

Ce qui est remarquable, c'est le comportement de ses graines. De mai à septembre, ses fleurs violettes se tournent vers le soleil jusqu'à leur fécondation (phototropisme positif), pour ensuite se détourner de la lumière (phototropisme négatif). Ainsi, le pédoncule se courbe en retournant la fleur vers le mur, afin que les graines soient déposées dans une fissure proche. La cymbalaire des murs retourne ses fruits là où elle a vu le jour : contre le mur. Les graines parviennent ainsi à germer dans un substrat quasi inexistant. Elles ne cherchent pas la terre grasse du potager, elles chercheent la fissure, le joint usé, l'interstice humide. Les plantes arrivées d'elles-mêmes ou les semis spontanés sont plus durables, notamment ceux qui vivent dans les fissures.

Ses feuilles circulaires ou réniformes, lobées, luisantes, charnues et comestibles sont légèrement concaves, ce qui lui vaut son nom Cymbalaria, la « nacelle » ou la « barque » en latin. Ces mêmes feuilles, comestibles et riches en vitamine C, sont agréables consommées crues et fraîches dans une salade. Une précaution reste de mise cependant : si vous trouvez cette plante en ville, il vaut mieux s'abstenir de la consommer à cause des sources de pollution, car les plantes qui se développent en milieu urbain sont souvent impropres à la consommation.

Côté médecine populaire, les usages anciens sont bien documentés. Autrefois, Cymbalaria muralis était utilisée en infusion pour lutter contre le scorbut, carence grave en vitamine C. Les feuilles et les fleurs contiennent du mucilage et des tanins, de la gomme et des acides. Employées fraîches, elles sont hémostatiques : appliquées directement sur une petite coupure, elles arrêtent le saignement.

Les insectes, eux, n'ont pas attendu qu'on leur explique la valeur de la plante. Les fleurs de la cymbalaire des murs sont mellifères, et le nectar qu'elles renferment attire de nombreux insectes pollinisateurs et abeilles. Six mois de ressources nectarifères sur une surface verticale, sans arrosage, sans engrais, sans intervention humaine. La réponse concernant son impact sur les murs dépend du type de mur et de son état. Sur une maçonnerie récente, avec joints en ciment Portland dur, la cymbalaire ne trouvera que peu de prise et ne causera aucun dégât. Sur un vieux mur en pierres sèches ou à la chaux, dont les joints sont déjà friables, ses racines jouent le rôle d'un liant naturel. Espèce sauvage présente ponctuellement partout en France, rencontrée le long des chemins ombragés ou dans les fissures d'un vieux mur, elle n'est pourtant pas à considérer comme une adventice : c'est une charmante petite plante élégante et non envahissante. Un tailleur de pierre qui travaille la restauration de vieux murs calcaires vous dira la même chose : quand il tombe sur une cymbalaire bien installée dans un joint, il travaille autour, car ce que la plante a mis des années à tisser avec la pierre, aucune truelle ne le remplace en une journée.

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