
L'évocation de plantes telles que le séneçon, le pissenlit, le chiendent ou le chénopode peut sembler anodine. Pourtant, ces plantes "sauvages" qui poussent spontanément dans nos villes sont loin de l'être. Elles incarnent une part essentielle de la nature urbaine, offrant des fonctions écologiques cruciales, bien que trop souvent sous-estimées dans les approches traditionnelles de gestion des espaces verts. Face à l'urgence d'adapter les villes au changement climatique et de lutter contre l'érosion de la biodiversité, les collectivités sont de plus en plus enclines à s'engager dans d'ambitieux plans de renaturation. Après des années marquées par divers confinements, les citadins sont plus que jamais demandeurs d'un accès à des espaces de nature. Dans ce contexte, la perception, la gestion et la valorisation de la flore spontanée en milieu urbain deviennent des enjeux majeurs, nécessitant une compréhension approfondie de leur rôle et des moyens d'intégrer harmonieusement cette biodiversité dans le tissu urbain.
Les fonctions écologiques méconnues de la flore spontanée
La flore spontanée, souvent qualifiée à tort de « mauvaises herbes », joue un rôle multifacette et fondamental pour l'équilibre des écosystèmes urbains. Loin d'être de simples adventices à éradiquer, ces plantes "sauvages" contribuent activement à la vitalité des villes.
Un pilier pour la biodiversité urbaine
Ces végétaux favorisent l'installation et le maintien de la biodiversité en offrant une source d'alimentation et un habitat précieux pour une multitude d'espèces. Les arthropodes, les pollinisateurs, les oiseaux et les petits mammifères trouvent ainsi refuge et subsistance grâce à cette végétation. Les fleurs, les graines et les baies de ces plantes nourrissent une faune utile, incluant les insectes pollinisateurs et les oiseaux. Une zone laissée au naturel voit revenir des fleurs sauvages au bout de trois ans, ce qui entraîne le retour des insectes, la pollinisation et l'arrivée des oiseaux et des petits mammifères insectivores. Le pissenlit, le trèfle ou le géranium sauvage, par exemple, loin d'être des indésirables, ont leur rôle à jouer dans le grand écosystème que forment toutes les variétés de plantes et d'animaux.
La santé des sols et la gestion de l'eau
La flore spontanée participe activement à la fertilité des sols, notamment en stimulant l'activité biologique. Leurs racines enrichissent le sol en oligo-éléments et en minéraux. Fertilisation, drainage, et le tout gratuitement ! De plus, les adventices ont pour caractéristique d'améliorer la composition du sol en le rechargeant en azote, ce qui est bénéfique pour l'ensemble de la végétation. Elles limitent également l'érosion et le ruissellement en favorisant l'infiltration de l'eau dans le sol. Cette capacité à réguler les écoulements est cruciale, pouvant notamment éviter les inondations et les débordements des égouts dans les cours d'eau. Enfin, elles participent à réduire les pollutions dans l'eau en filtrant et en fixant les particules polluantes.
Des bienfaits pour l'air et le climat urbain
Plus globalement, la présence des adventices participe à végétaliser les villes, donc à épurer la qualité de l'air et à atténuer la formation d'îlots de chaleur. Les végétaux contribuent à réguler la température grâce à l'évapotranspiration, le transport de l'eau du sol et des plantes dans l'atmosphère, et à leur ombre. Des écarts de 2 à 10 °C sont constatés entre les rues d'une même ville selon leur degré de végétalisation. La régulation thermique assurée par les végétaux en ville peut même être une question de vie ou de mort, comme l'a montré la canicule de 2003 où la mortalité était plus élevée dans les rues les moins végétalisées. Les végétaux atténuent également la pollution atmosphérique et sonore, agissant comme de véritables barrières anti-pollution.
Contributions culturelles et sanitaires
La présence d’éléments de nature contribue au bien-être et à la bonne santé physiologique et psychologique des urbains. Outre leur apport esthétique, la présence d’arbres et d’espaces verts, le voisinage d’animaux dans les parcs diminuent le stress. La flore spontanée est aussi associée à une idée de « naturel », qui peut servir à compenser le formalisme du béton.
La perception de la flore spontanée en ville : défis et leviers d'acceptation
L'acceptation de la flore spontanée par les citadins est un enjeu complexe, influencé par des facteurs biogéographiques, la typologie des habitats et la communication. Le classement du pissenlit, du trèfle ou encore du géranium sauvage au titre de « mauvaises herbes » est un choix purement arbitraire qui s’explique par le simple fait que ces variétés se retrouvent là où on ne les a pas invitées.
Études sur la perception citadine
De 2009 à 2012, Plante & Cité a coordonné le programme d’étude Acceptaflore, en partenariat avec des experts de divers domaines. Ce travail d'enquête auprès de 420 personnes de sept communes différentes visait à appréhender la manière dont la population perçoit et se représente la flore spontanée des milieux urbanisés, et à analyser les facteurs d’appréciation ou de rejet de ces plantes. Il en ressort que la perception de la flore spontanée dépend du secteur biogéographique. Les évocations liées à la flore spontanée sont également différentes selon qu’elle se trouve dans des macro-habitats, comme une prairie urbaine, ou dans des micro-habitats, tels que les pieds d’arbres, où il est plus souvent proposé de la remanier.

Les habitants apprécient la flore spontanée quand il y a des fleurs et de la couleur. Ce qui déplaît le plus est lié au manque d’intervention humaine. Quand la végétation est abondante, elle évoque une idée de richesse. Elle doit aussi en évoquer les sensations et jouer sur l’esthétisme. La réticence réside plutôt auprès des habitants, qui ne sont pas toujours habitués à voir la végétation spontanée coloniser les rues. Pour certains, la présence des mauvaises herbes dans leur environnement quotidien est synonyme de manque d’entretien, ou encore de saleté, qui nuirait à la propreté de la ville.
Le rôle crucial de la communication
Certaines communes l’ont compris, la communication est essentielle pour changer les mentalités. À Strasbourg, un nain de jardin fait office de porte-parole pour défendre une gestion sans pesticides des espaces verts. À Rennes, on lutte non pas contre les mauvaises herbes mais contre les pesticides. La plateforme web ecophyto-pro.fr propose une galerie d’outils facilitant les campagnes de communication au sein des communes.
Au-delà des messages, on peut aussi travailler à une meilleure intégration de la flore spontanée dans les aménagements. Les dynamiques saisonnières de la végétation spontanée offrent des ambiances différentes qui peuvent parfaitement s’accorder à la végétation plantée dans les espaces verts. Des pelouses parsemées de pissenlits, aux murs bordés de plantes sauvages, en passant par la tonte différenciée des prairies, chacun peut y trouver son compte. Sur le terrain, les CAUE, les Fredons, les CPIE et les PNR peuvent accompagner les communes et les sensibiliser à ce travail en amont. C’est pour cette raison que des initiatives visant à sensibiliser le public et à promouvoir l’importance de la flore spontanée ont vu le jour. C’est le cas du programme Acceptaflore, qui a pour objectif de comprendre la perception de la végétation spontanée par le public pour sensibiliser la population.
L'apprentissage et l'observation participative
S’inspirant du succès rencontré par les sciences participatives auprès du grand public, les chercheurs se sont rapprochés des gestionnaires d’espaces de nature pour développer des observatoires participatifs orientés vers les professionnels. En 2012, Plante & Cité lançait le programme Florilèges en partenariat avec le MNHN, Tela Botanica, Natureparif, l’observatoire de la biodiversité urbaine du CD 93 et le pôle de gestion différenciée en Nord-Pas-de-Calais. Intégré au dispositif Vigie-Nature, la finalité de Florilèges est par exemple de produire un indicateur de la qualité écologique des prairies urbaines. Il est proposé aux gestionnaires de contribuer à la mesure des effets de leurs pratiques sur la biodiversité, tout en apprenant à mieux connaître les plantes sauvages présentes sur leurs sites. À moyen terme, ces évaluations permettront la création de référentiels techniques pour la gestion de la flore spontanée dans les prairies urbaines. Des initiatives proposant une meilleure compréhension de cette végétation ont également été lancées sous la forme d’applications, c’est le cas notamment de « Sauvage de ma rue », une application issue de l’observatoire participatif de Vigie-Nature. Lancé par le Muséum en 2011, « Sauvages de ma rue » s’appuie sur les observations des habitants pour inventorier la nature et la répartition des plantes sauvages des villes de France. Ce programme de sciences participatives améliore la sensibilité environnementale et les connaissances du public et alimente les bases de données scientifiques. Il a notamment montré que, depuis 130 ans, la population des plantes sauvages en ville évoluait peu en nombre, mais variait en espèces, pour céder la place à des variétés mieux adaptées au réchauffement climatique.
Gérer la flore spontanée : entre désherbage et solutions alternatives
La question du désherbage reste d'actualité et est souvent au cœur des relations entre la ville et la flore spontanée. Ses impacts environnementaux sur la santé humaine et, parfois, sur le budget des communes, sont de mieux en mieux connus.
L'interdiction des pesticides et l'émergence de la gestion différenciée
Jusqu’à récemment, la France était le premier producteur et consommateur européen de pesticides. Mais depuis la loi LABBÉ mise en application début 2017, l’usage des produits phytosanitaires est proscrit à l’ensemble des personnes publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales, et les établissements publics. La loi s’applique donc aux espaces verts, aux voiries et promenades ouvertes au public. Cette interdiction a accéléré l'adoption de pratiques de gestion plus respectueuses de l'environnement, notamment la gestion différenciée des espaces verts.
La gestion différenciée permet de mieux respecter l’environnement, d’ajouter du vert dans la ville et de limiter les interventions des agents municipaux sur la nature. Les collectivités adoptent de plus en plus des pratiques de gestion différenciée des espaces verts. Par exemple, tondre moins fréquemment certaines pelouses pour laisser fleurir des plantes sauvages, ou conserver des zones de friche propices à la petite faune. Le seuil de tolérance vis-à-vis des adventices, ces plantes souvent qualifiées à tort de mauvaises herbes, est revu. Dans les parcs, les jardins et sur les ronds-points, les parterres manucurés ont laissé place à des massifs plus authentiques. La présence de végétation spontanée en ville doit être peu à peu acceptée. Les agents municipaux des espaces verts appliquent à chaque lieu, un entretien spécifique et réfléchi selon leur type (parc, jardin, parcelle d’ornement), leur fréquentation, leur nature (sol plus ou moins fragile), etc. Les tontes régulières mènent à de la pelouse rase, un milieu monospécifique pauvre. À l’inverse, une zone laissée au naturel voit revenir des fleurs sauvages au bout de trois ans. Ce qui entraîne le retour des insectes, la pollinisation et l’arrivée des oiseaux et des petits mammifères insectivores.
Espaces Verts et gestion differenciée (Avec Gaelle AGGERI, Philippe CLERGEAU)
Prévention et alternatives au désherbage chimique
Dans les espaces où la flore spontanée ne peut être intégrée, il est possible d’en prévenir le développement et de remplacer les travaux de désherbage par le paillage, l’implantation de couvre-sol, l’enherbement. Plus ces pratiques sont anticipées dès la conception, plus la gestion écologique de la flore spontanée est facile. Les produits de fauche et de taille sont valorisés : les branchages sont broyés puis utilisés en paillage, les tontes sont compostées. Les services techniques ont appris à travailler sans produits chimiques néfastes aux endroits où néanmoins il faut limiter leur propagation. Ils recourent au paillage ou à la bâche biodégradable. Sur les murs, les zones pavées et les marches d’escalier, ils réalisent des réfections de joints.
En dernier recours, les opérations de désherbage peuvent faire appel à des solutions alternatives aux pesticides. Ces solutions exploitent des matériels pour le désherbage thermique (flamme directe, eau chaude, vapeur, air chaud), ou pour le désherbage mécanique dont le plus connu est la binette, mais aussi la balayeuse, les brosses rotatives et des techniques de travail superficiel du sol.
Outils d'aide à la décision et recherche appliquée
Les techniques alternatives sont légion et il est parfois difficile de s’y retrouver pour identifier la technique la plus adaptée au site à entretenir. Ainsi, Plante & Cité a coordonné de 2009 à 2014, en partenariat avec EVEA, le CETEV et la Fredon Ile-de-France, le programme COMPAMED ZNA sur l’étude de l’efficacité et des impacts environnementaux des différentes méthodes de désherbage. Un outil d’aide à la décision disponible sur compamed.fr donne la possibilité aux gestionnaires d’évaluer l’impact de leurs pratiques de désherbage et les accompagne dans le choix des itinéraires techniques et procédés sans pesticide à mettre en œuvre. Un ouvrage de référence, « Mieux intégrer la flore spontanée en ville : pour une approche écologique du désherbage », publié par Plante & Cité, offre également des lignes directrices essentielles.
La nature en ville : une complexité à embrasser pour un urbanisme durable
La nature est présente partout dans la ville. Végétaux, animaux vertébrés ou invertébrés peuplent en grand nombre les espaces choisis pour eux (parcs, jardins) ou délaissés par les humains (friches, égouts). Cependant, il serait erroné de parler d'un retour de la nature en ville, car celle-ci n'est jamais vraiment disparue mais s'est vue contrainte dans des espaces à la marge ou particulièrement encadrés. C'est dans ce contexte que les collectivités cherchent à développer une nouvelle offre de nature en ville, qui pourrait faire coexister différents besoins citadins et produirait de multiples bienfaits.
Une biodiversité particulière et fragile
L’abondance d’animaux et de plantes en ville n’est pas le signe d’une riche biodiversité. On retrouve partout les mêmes espèces, sélectionnées par les humains et/ou adaptées aux conditions urbaines (pollution, bruit, lumière, chaleur). Cette vie manque de la diversité nécessaire pour former des écosystèmes complexes et solides, dans lesquels une grande variété d’éléments interagissent entre eux et avec leur milieu, dans un enrichissement mutuel. L’écosystème urbain est donc à la fois très particulier et fragile.
La ville offre une grande diversité de milieux, chacun constituant un habitat favorable à certaines espèces végétales ou animales. Parfois, ces niches de biodiversité se cachent dans des endroits insoupçonnés. La vie se développe au fil de l’eau, du fleuve à la flaque. Les rives des fleuves, canaux et ruisseaux abreuvent quantité de plantes, et dès que la qualité de leurs eaux s’améliore, les poissons reviennent. Dans les rues, sur les toits, l’eau attire mollusques et insectes, mousses et algues. Les jardins et les potagers des particuliers, les parcs, accueillent aussi bien des espèces horticoles, cultivées pour l’ornement ou la consommation, que des espèces adventices, apparues spontanément, comme le pissenlit ou le trèfle. Une faille dans un mur, un espace entre deux pavés, le pied des arbres d’alignement, un terrain en friche… dans chaque coin de terre accessible, des végétaux plantent racine et les insectes, vers de terre et autres bactéries s’y démultiplient. La « saleté » des caniveaux abrite une biodiversité d’une richesse insoupçonnée. Bactéries, algues, champignons, éponges, mollusques… composent cette micro-faune et cette micro-flore. Selon une étude parisienne menée par le Muséum, 70 % de ces organismes se développe uniquement dans ces milieux spécifiques où il se nourrissent des déchets et des résidus de pollution qu’ils contribuent à réguler.
Freins à la biodiversité urbaine
Dense et artificialisé, le milieu urbain est souvent contraire aux conditions favorisant une riche biodiversité. Les villes sont des territoires très minéralisés qui limitent l’installation et la dispersion de nombreuses espèces. Le sol et le sous-sol sont les lieux de vie d’un quart des espèces vivantes de la planète. Bactéries, vers, mollusques, insectes, arachnides, vertébrés, champignons et plantes dépendent de ces milieux que stérilisent les revêtements en béton, de pierre, d’asphalte, etc. Au sein d’une même espèce, les individus doivent échanger leurs gènes afin de pérenniser l’espèce. Des espaces de nature trop petits et non connectés limitent ces rencontres. Dans certains endroits de la ville, les gaz toxiques émis par les chauffages, les transports, etc., nuisent à l’installation ou au développement de certaines espèces. Certains oiseaux ou mammifères farouches sont sensibles au bruit, ou encore, des animaux comme certaines chauves-souris rares dont les rhinolophes, sont perturbés par l’éclairage artificiel. Les villes constituent de véritables îlots de chaleur. Elles conviennent à certaines espèces comme les lézards et la pariétaire de Judée qui apprécient en outre les milieux minéraux, les falaises comme les murs. La chaleur repousse en revanche d’autres espèces comme la Centaurée jacée qui a peu à peu disparu des villes.
Les villes du futur : réconcilier urbanisme et nature
Les habitants, urbanistes et architectes intègrent peu à peu la nécessité d’inclure la nature aux projets urbains pour créer un écosystème durable. Depuis le début des années 2000, des lois tentent de freiner l’érosion de la biodiversité, la pollution et le réchauffement climatique, notamment dans les villes. La loi Grenelle (2007) a institué la création de trames vertes. Il s’agit de corridors végétaux reliant les espaces naturels entre eux (du pied d’arbre au jardin, en passant par les toits végétalisés et jusqu’aux parcs naturels en périphérie des villes) afin de faciliter la circulation des espèces et des individus. Le même principe guide la création des trames bleues concernant les cours d’eau.

« Ensauvager » les espaces verts, l'usage des produits phytosanitaires étant interdit depuis 2014 (loi Labbé) pour l’entretien des parcs, voiries, cimetières, terrains de sport. La gestion différenciée des espaces verts gagne du terrain : des espaces en friche côtoient des massifs composés, des ruches et des potagers sont installés sur des toits végétalisés. Les évolutions sont à penser sur le long terme et en abordant la ville comme un écosystème global. Ainsi, l’installation de ruchers en ville est ralentie pour éviter la compétition des abeilles domestiques avec les autres pollinisateurs. La végétalisation des toits reste encouragée, mais en renforçant les études sur le biomimétisme, qui consiste à calquer le comportement de la nature, on cherche à diversifier les espèces végétales utilisées et à désimperméabiliser et à végétaliser un maximum d’espaces de plein sol.
La recherche au service de l'urbanisme
Certains urbanistes et architectes participent à la recherche de matériaux et de pratiques écologiques. Le laboratoire CESCO (centre d’écologie et des sciences de la conservation) du Muséum mène ainsi des programmes publics/privés sur l’étude des interactions entre plantes horticoles et plantes locales spontanées ou importées et leur impact sur les sols et les espèces animales corrélées, ou encore sur l’édification de « murs vivants » renfermant de la terre et de l’eau et semés d’espèces locales. La ville devient vivable si l’on y apporte de la végétation, mais elle ne peut devenir durable qu’à la condition d’y favoriser une diversité d’espèces qui interagissent de façon à assurer un fonctionnement écologique, en un écosystème équilibré.
La recherche visant à définir et circonscrire le concept de nature en ville se heurte à plusieurs problématiques, auxquelles les aménageurs peuvent également faire face. En premier lieu, le caractère pluriel de la nature, dépendant de son angle d’analyse et donc des perceptions des acteurs (aménageurs, usagers, chercheurs). C’est pourquoi une catégorisation simplifiée des natures en ville (typologie basée sur l’état de la littérature scientifique) est proposée, c'est-à-dire une représentation en idéal-typique des perceptions dominantes de la nature par les citadins et des aménagements d’espaces de nature. Elle est le fruit de la perception d’une nature vierge (forêt, cours d’eau sauvage, animaux non domestiques) souvent hors de la ville ou encore une nature échappant au contrôle humain (mauvaises herbes, friches, animaux « nuisibles »). Elle nourrit souvent les désirs d'évasion citadine, permettant de se ressourcer et de renouer avec une forme de spiritualité. C'est une nature idéalisée, qui pour les écologues est davantage menacée que prospère. Elle s’apparente à une nature d’ornement (parterre de fleurs, jardins « à la française », pelouse, fontaine) dont l’objectif est esthétique et récréatif. La présence de cette nature procure du plaisir aux citadins mais ne répond pas forcément aux besoins des écosystèmes et au développement de la biodiversité. Il s'agit d'une nature dont la société tire des productions ou des services écosystémiques (ferme urbaine, récupération des eaux pluviales, insectes pollinisateurs, îlot de fraîcheur). Une nature qui peut parfois renouer avec une forme de "sauvage" mais sur lequel un contrôle écologique est assurée dans le but de promouvoir des solutions d'adaptation fondées sur la nature. Sans modération, c'est également une nature qui est mise sous pression anthropique et poussée dans ses retranchements.
Après la "nature", c'est le terme de « ville » qui est également sujet à débat. Certains chercheurs favorisent alors le terme « d’urbain » pour souligner les enjeux contemporains d’étalement urbain et de périurbanisation, utile pour penser à l’échelle d’un territoire plus vaste. D’autres continuent de penser la ville comme un espace concret mais en évolution (métropoles, ville multi-polarisée) pour la différencier d’espaces moins denses et dont les problématiques citadines divergent. Plutôt que de rester figé, l’enjeu est donc de faire émerger une conception dynamique en termes de gradient urbain-rural, pour nuancer l’opposition ville/campagne amenant à s'interroger non plus seulement sur la nature en ville mais sur la ville en nature. C'est-à-dire sur l'interpénétration de l'urbain et de la nature (trame verte et bleue, continuité et discontinuité, inégalité de présence d'espace de nature selon les quartiers) ainsi que sur la dépendance (matérielle, alimentaire, énergétique, etc.) des villes aux espaces naturels extérieurs proches ou lointains.
Par ailleurs, cette typologie peut être mise en perspective avec les classifications réalisées dans le cadre des programmes EFESE et EUNIS, proposant une catégorisation des écosystèmes et des habitats de manières à recenser et analyser la place de la nature à différentes échelles. Le programme EFESE présente d'ailleurs l'écosystème urbain comme champ d'étude des services écosystémiques. Nature sauvage et nature aménagée ne sont pas à mettre en opposition au sein d'un projet d'aménagement mais peuvent au contraire coexister à travers des habitats distincts, de même que la diversité naturelle peut exister à l'échelle d'une ville. C'est le cas par exemple, à Lyon, du parc Blandan où des espaces de prairies sont interdits d'accès et exempts d'entretien alors qu'à côté se trouvent des pelouses accessibles et des espaces récréatifs.
La création d’un parc induit inévitablement l’élaboration d’un nouveau paysage, qui naît dans la relation des perceptions des usagers et aménageurs au contact de la réalité matérielle de l’espace. Se questionner sur la position politique et aménagiste des collectivités vis-à-vis de la nature en ville, c'est mécaniquement interroger leurs besoins en ingénierie et en connaissance. C'est pourquoi le Cerema, qui œuvre au quotidien pour accompagner les projets des collectivités, cherche constamment à se donner les moyens de répondre aux problématiques locales. Cela passe par ce travail d'actualisation de la connaissance, au croisement des études scientifiques (sociologie, paysagisme, écologie, géographie) et des perceptions et ambitions des acteurs locaux (politique et citoyen, privé et public). Cette offre de service concrétise l'investissement du Cerema dans la compréhension des besoins en nature des collectivités et vise à apporter les outils et les ressources pour les accompagner dans la définition d'une stratégie de nature en ville. Le Cerema a publié une série de 4 fiches thématiques portant sur la nature en ville et les aménagements urbains.