
L'expression « mauvaises herbes » est profondément ancrée dans notre langage, mais elle ne reflète pas toujours la réalité complexe du monde végétal. Utilisée en France pour désigner les espèces végétales croissant dans les parcelles cultivées sans y avoir été intentionnellement plantées, cette appellation est souvent jugée peu adéquate, mais la langue française n'en possède pas encore d'autre. Il est essentiel de déconstruire cette notion pour appréhender la richesse et l'utilité de ces plantes que nous considérons, à tort, comme indésirables. Jonathan Flandin, par exemple, souligne qu'il n'y a pas de mauvaises herbes et que toutes les plantes ont leur utilité, insistant sur l'importance des interactions naturelles.
Qu'est-ce qu'une « mauvaise herbe » ? Définitions et nuances
Le terme « mauvaise herbe » possède un sens malherbologique qui la désigne comme étant une « plante indésirable ». Cependant, cette définition reste vague. Il convient de considérer que la plante appelée mauvaise herbe s’est installée dans un lieu après la mise en place d’une activité humaine et qu’elle est devenue nuisible pour celle-ci de façon directe ou indirecte. Le plus souvent, ces plantes que nous qualifions d'« indésirables » proviennent de graines stockées dans le sol et qui attendent les conditions favorables pour germer : un terrain humide, bien éclairé et de préférence nu, sans concurrence d’autres plantes. Ce sont surtout des plantes sauvages locales.
On peut également les appeler des « plantes adventices », un terme dont l'étymologie latine « adventice » signifie « vient du dehors ». Autrement dit, il s’agit d’une plante introduite. Cependant, l’adventice est plutôt considérée comme une « plante qui croît spontanément dans les milieux modifiés par l’homme ». La différence est infime car la plupart des adventices sont des plantes introduites. Elles ne sont pas toujours mauvaises, cela dépend des cas.
Toutes les plantes que nous appelons « mauvaises herbes » ne le sont pas forcément. Elles ne le deviennent qu’à partir d’un certain seuil d’infestation car on ne peut considérer qu’une espèce est mauvaise si elle ne nuit pas à la culture dans laquelle elle croît. Lorsqu’une espèce est présente sans provoquer de compétition avec la culture et sans être dommageable, on parle d’espèce mineure. Lorsque l’espèce empêche le bon développement de la culture par des interactions chimiques et biologiques (nuisance directe) ou bien lorsqu’elle altère la qualité de la récolte ou augmente la pénibilité du travail (nuisance indirecte), elle est considérée comme espèce majeure. Ces plantes sont généralement devenues envahissantes ou gênantes en développant un certain nombre d’adaptations de leur reproduction (nombre de graines, mode de fécondation…) et de leur physiologie (croissance, compétitivité…).

Les bienfaits insoupçonnés des plantes spontanées
D’autre part, il existe certaines plantes adventices qui peuvent avoir une utilité pour l’homme (alimentaire, médicinale, textile…) ou pour la culture (amélioration de la structure du sol, apports d’éléments organiques). Force est de constater que dans un jardin au naturel, on ne doit pas craindre la nature. Il est essentiel de connaître les plantes sauvages, car la majorité est utile mais aussi très belle. Elles contribuent à la biodiversité, font preuve de résilience - car mieux adaptées à leur environnement local que les espèces cultivées - et nécessitent peu d’entretien. Il est possible de les « accueillir » sans pour autant tout accepter.
Prenons l'exemple des orties. Elles peuvent être effectivement considérées comme de « mauvaises herbes » car elles empêchent les autres plantes situées à proximité de grandir en les privant d’espace, en réduisant leur exposition au soleil et en se nourrissant de nutriments. Cependant, d’autres orties ne gênent aucune autre plante et sont utiles à la biodiversité d’un jardin. Elles abritent et servent de nourriture à beaucoup d’insectes qui tuent les parasites. En plus, elles permettent d’aérer le sol grâce à leurs racines et de l’enrichir afin qu’il soit plus fertile. Les jeunes pousses peuvent même être utilisées pour faire de la soupe, si le jardin n'est pas pollué. Donc, toutes les « mauvaises herbes » ne sont pas si mauvaises.
François d'Orly, un auditeur, rappelle que les gendarmes, petites punaises rouges et noires du jardin, peuvent se nourrir de certains parasites, illustrant parfaitement qu'il faut laisser la nature se réguler d'elle-même. Jonathan Flandin, interviewé sur le sujet, explique également que l'idée est de montrer que, dans la nature, il y a des interactions qui se font. Il a d'ailleurs évoqué les « Hôtels à insectes », de petites installations en bois qui permettent l’installation d'un certain nombre d'insectes comme des abeilles solitaires ou d'autres espèces qui vont permettre de réguler certains parasites dans le jardin.
Les insectes auxiliaires - Truffaut
L'approche « Zéro Pesticide » : Un engagement pour la biodiversité et la santé
La prise de conscience croissante des enjeux environnementaux et sanitaires a conduit à l'émergence de pratiques plus respectueuses de la nature. Nous sommes en pleine semaine internationale de l'alternative aux pesticides, un moment propice pour réévaluer nos méthodes de gestion des espaces verts. Selon l'Agence nationale de la biodiversité, l'Île-de-France est championne du zéro pesticide. Deux tiers des villes franciliennes sont passées au zéro pesticide. Cela signifie qu'elles ont arrêté d'utiliser des produits phytosanitaires chimiques dangereux pour l'environnement dans les espaces verts, sur la voirie, dans les cimetières et sur les terrains de sport.
La conséquence de cette pratique vertueuse est que « le végétal est de plus en plus présent dans les espaces publics… ». C'est la santé des gens qui est en jeu, comme l'explique Jonathan Flandin. Grégoire Loïs, écologue à l’Agence régionale de la biodiversité, était l'invité de France Bleu Paris pour discuter de ces sujets.
Cette approche s'inscrit dans un mouvement plus large de valorisation de la nature en ville, comme en témoigne la 13e édition de la Fête de la Nature, dont le thème est le « mouvement ». Jusqu’au dimanche 26 mai, près de 5 000 animations gratuites sont organisées partout en France, offrant au public l'opportunité de redécouvrir la richesse de la biodiversité locale. Des événements comme les illuminations extraordinaires du Jardin des Plantes, avec des sculptures lumineuses géantes le 18 novembre, contribuent également à sensibiliser le public à la beauté et à l'importance de la nature.

Identifier et gérer les plantes spontanées : Astuces et méthodes douces
Dans la pelouse, au pied des arbres, le long des haies, des murs et jusque dans les pots, des dizaines de petites pousses émergent de la terre dès que le printemps pointe le bout de son nez. Elles grandissent sous nos yeux, déploient leurs petites feuilles, mais, à ce stade, il est bien souvent difficile de les identifier et donc d’adopter avec chacune le comportement approprié. Pas de problème pour les vivaces, elles repoussent chaque année à la même place. Qu’en est-il de celles qui poussent dans des coins où vous n’avez rien planté ? S’agit-il d’une plante ornementale qui s’est ressemée ? Pour vous aider à faire la distinction, mais aussi à faire le choix, Bärbel Oftring, diplômée en biologie et spécialisée en botanique, zoologie et paléontologie, publie un ouvrage très visuel, où près d’une centaine de plantes spontanées y sont décrites.
Comment fait-on pour se débarrasser des adventices ? Il existe plusieurs moyens pour se débarrasser des plantes indésirables, si leur présence est jugée excessive ou nuisible. L’un d’eux consiste à désherber à la main. Il faut les arracher avec toutes leurs racines, car le moindre petit morceau qui reste leur permet de revenir très vite.
Ensuite, il existe une solution pour empêcher qu’elles repoussent : le paillage. C’est très simple, il suffit de déposer des déchets du jardin (tonte de gazon, feuilles mortes, pelures de cuisine, copeaux de bois, paille) sur le sol et de les répartir uniformément. Ceci permet de cacher du soleil les semences des mauvaises herbes qui ne pourront donc pas germer. Nicole de Rozay en Brie, une auditrice, partage son astuce : une pulvérisation d'eau chaude avec du vinaigre blanc pour éviter que les mauvaises herbes repoussent le long d'un vieux mur. Stéphane Marie, dans Silence, ça pousse ! Junior, apporte également des explications sur les plantes qui sont ou ne sont pas des « mauvaises herbes ». Ces méthodes respectueuses de l'environnement s'inscrivent dans une démarche de gestion durable des espaces verts.
