Maxime Schmitt et la Maison des Semences Paysannes : Un Combat pour la Biodiversité et le Goût dans les Alpes-Maritimes

Maxime Schmitt présentant des semences anciennes

Dans les pittoresques Alpes-Maritimes, où le soleil caresse les terres et l'histoire s'entremêle avec la nature, un homme aux allures de chercheur d'or moderne se bat pour préserver un héritage précieux : les variétés ancestrales de semences. Chapeau de paille, regard azur et teint hâlé, Maxime Schmitt, un ancien ingénieur chimiste, descend de sa vieille Fiat Panda avec une petite mallette bleue toute cabossée. Il n'est pas seul dans cette aventure. Avec Marie Bonneville, artisan semencière à la Brigue, et Sophie Vallet-Chevillard, ce trentenaire s'est lancé un défi un peu fou : sauver de l'oubli les trésors de la biodiversité agricole.

La Quête des Saveurs Perdues

Maxime Schmitt est animé par une conviction profonde : « On a une terre reçue en héritage qu'on doit protéger. Je travaille depuis 7 ans sur ce projet pour préserver la biodiversité issue de 10 000 ans d'agriculture. » Ce militant joyeux de la Maison des Semences Paysannes des Alpes-Maritimes parcourt inlassablement le territoire depuis janvier, tel un détective des saveurs. Son objectif est de retrouver les goûts d'antan, des saveurs qui, selon lui, ont été largement perdues. « Il y a beaucoup de recettes de nos grands-mères que nous ne sommes plus capables de faire parce qu'on n'a plus les produits qui correspondent », déplore-t-il.

Il cite des exemples concrets de ces espèces en voie de disparition, autrefois emblématiques des terres de la région, comme le brocoli de Nice, réputé pour son goût et cultivé il y a encore 10 à 20 ans dans la plaine du Var, et le poivron carré, essentiel pour les petits farcis niçois. La disparition de ces variétés est une réalité alarmante. « Un maraîcher de Carros était l'un des derniers à cultiver ce petit poivron, mais il y a deux ans, il a perdu ses graines », raconte Maxime. Depuis, il cherche désespérément cette « perle rare », espérant qu'un jardinier passionné la cultive encore.

Variétés de légumes anciens des Alpes-Maritimes

Un autre paradoxe souligné par Maxime est que nombre de légumes du terroir, comme la courgette longue de Nice, sont paradoxalement issus de semences provenant d'une autre région. « Elles sont produites loin d'ici », observe-t-il, mettant en lumière la dépendance vis-à-vis de semences extérieures, souvent moins adaptées au terroir local.

La Création de la Maison des Semences Paysannes Maralpines

C'est face à ce constat alarmant que l'idée de créer une « Maison des semences paysannes » des Alpes-Maritimes a germé. L'objectif est clair : récupérer les graines de variétés locales auprès des agriculteurs et jardiniers amateurs pour constituer une véritable « banque de semences patrimoniales ». Cette initiative est une réponse directe à la diminution de la biodiversité agricole dans la région, exacerbée par la standardisation de l'agriculture après la Seconde Guerre mondiale, qui a conduit à la disparition de 75 % des variétés cultivées par nos ancêtres.

Maxime Schmitt, avec ses amis et collaborateurs, œuvre pour que cette banque de semences ne soit pas un simple « coffre-fort ». « Ces graines, il faut les recultiver régulièrement », note Sophie Vallet-Chevillard, soulignant l'importance de la régénération et de la circulation des semences. L'objectif est de retrouver des variétés qui ont à la fois du goût et un bon rendement.

Dans sa mallette bleue cabossée, Maxime révèle des trésors. « Des amis m'ont ramené des pois carrés d'Italie », explique-t-il, ouvrant un petit sac d'où il sort une poignée de tomates sauvages venues d'Amérique latine, qu'il fait goûter avec enthousiasme.

Les Techniques de Préservation et de Revitalisation

La démarche de la Maison des Semences Paysannes ne se limite pas à la collecte. Elle implique également des techniques spécifiques pour adapter les semences à leur environnement et renforcer leur résilience. Maxime Schmitt en fait la démonstration en coupant une courge en deux, expliquant le processus de sélection : « On choisit la plus belle tomate, sur le plus beau plant, celui qui a le moins de maladie, qui a fait les plus belles tomates, celles qui ont le meilleur de goût. On l'ouvre, on récupère les graines à l'intérieur et on les fait sécher. »

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Selon les espèces, le mode opératoire varie. Une technique essentielle consiste à très peu arroser les semences. « Quand elles sont trop bien traitées, elles deviennent paresseuses. Alors qu'en étant économe en eau, elles vont enregistrer dans le génotype ces informations, et leurs racines iront chercher plus loin l'eau nécessaire », explique Maxime. Cette approche vise à renforcer naturellement les plantes et à les adapter aux conditions locales, favorisant ainsi une meilleure autonomie et résilience.

L'Importance des Échanges et le Cadre Juridique

La Maison des Semences Paysannes a également pour vocation de faciliter les échanges de graines entre agriculteurs et jardiniers. « Si on peut s'échanger des graines, ça permettra de réduire nos coûts. L'achat de semences représente plus de 10 % de notre chiffre d'affaires », explique l'ancien ingénieur chimiste Sophie Vallet-Chevillard. Maxime Schmitt confirme : « C'est l'objectif de notre collectif. »

Cependant, la mise en place de ces échanges n'a pas été sans embûches juridiques. En France, la vente de semences non inscrites au catalogue officiel est interdite par la loi. Face à cette contrainte, les juristes du Réseau des semences paysannes ont œuvré sans relâche pour élargir le champ d'action. Leurs efforts ont porté leurs fruits, et désormais, « les échanges entre paysans de semences et de plants libres de droits peuvent désormais se faire également dans le cadre de "l’entraide générale" agricole. » Cette avancée est cruciale pour la vitalité et la pérennité du projet.

Un Patrimoine Culinaire et Culturel à Sauver

La perte de biodiversité n'est pas seulement une question agricole, c'est aussi une perte culturelle et gastronomique. Yvonne, une habituée de l'épicerie « 21 paysans » rue Valperga à Nice, témoigne de cette nostalgie des saveurs d'antan. « Quand j'étais jeune, à Bonson, on cultivait dans les champs des haricots verts, très larges, on les mangeait en salade, ils étaient délicieux, mais on n'en trouve plus », regrette-t-elle. Aujourd'hui, elle se ravit de retrouver le bon goût des aubergines et tomates aux saveurs délicates proposées par Maxime Schmitt et ses acolytes. « C'est extraordinaire de retrouver le bon goût », s'exclame-t-elle, en suivant de près l'aventure de la Maison des semences paysannes maralpines.

Bocaux de produits locaux issus de semences paysannes

Maxime Schmitt insiste sur la qualité exceptionnelle des terres locales. « La terre est exceptionnelle ici », dit-il en prenant dans sa main une poignée de cette terre fertile. Un particulier a même accepté d'ouvrir son jardin pour en faire un « jardin à but pédagogique, pour montrer la diversité des espèces locales. »

Le projet a déjà permis de retrouver des dizaines de variétés locales, dont l'oignon rose de Menton, devenu l'objet d'une fête annuelle, célébrant ainsi sa résurrection. Mais la quête continue pour d'autres, comme le « petit carré de Nice », qui était la base des fameux petits farcis de la cuisine locale et n'a toujours pas été retrouvé en culture.

L'Engagement de Maxime Schmitt : Entre Oléiculture et Biodiversité

Ingénieur de formation, Maxime Schmitt s'est tourné vers l'oléiculture et la préservation des semences paysannes, une transition qui témoigne d'un profond engagement. Son parcours personnel, marqué par une enfance libre à Forcalquier, près d'un potager, a forgé sa relation à la vie et son sens des responsabilités. Après des études d'ingénieur et une expérience chez EDF, même dans le nucléaire où il a confirmé son antinucléarisme, il a rencontré sa femme Marine dans une Discosoupe (fête participative antigaspi). Ensemble, ils ont planté un potager, ce qui les a rapidement amenés à s'interroger sur les semences et leur provenance. « Tout commence par la semence, mais on pense rarement à elle », souligne-t-il.

Le couple est parti à vélo à la recherche d'alternatives agricoles et nourricières, s'installant finalement dans le petit village de Ceriana, en Ligurie (Italie), où Maxime produit désormais de l'huile d'olive. Ce cheminement personnel l'a conduit à co-créer la Maison des semences paysannes maralpines.

Pour Maxime, les beignets de fleurs de courgette farcis à la brousse ne sont pas qu'un plat délicieux ; ils résument les savoir-faire essentiels à la sauvegarde de la biodiversité et de l’humanité. C'est un plat « forcément local (les fleurs voyagent mal), très saisonnier, antigaspi (car on ne jette rien), qui parle aussi de variétés paysannes, de races locales de brebis (dont on fait la brousse) et de pois chiches, l’alimentation de demain. »

Son coin favori dans les Alpes-Maritimes est partout où l'on trouve un olivier centenaire. « Un bel olivier, un olivier centenaire. Et là tu te mets contre cet olivier, t'es appuyé contre un arbre où ça fait parfois 400-500 ans que nos anciens l'ont planté, cultivé pour se nourrir de sa délicieuse huile d'olive », explique-t-il, illustrant son lien profond avec la terre et son histoire.

Appel à la Participation et Événements à Venir

Maxime lance un appel vibrant à tous les habitants de la région : « Si vous avez des variétés que vous êtes le dernier à cultiver, vous pouvez nous contacter, et nous ferons tout pour les remettre en circulation, les redistribuer. »

La Maison des Semences Paysannes organise régulièrement des événements pour sensibiliser le public et encourager la participation. Par exemple, un rendez-vous s'est tenu le samedi 9 décembre 2023 au lycée Horticole d'Antibes, de midi à minuit. Cette journée a inclus des tables rondes, un spectacle de théâtre, des dégustations, un troc de semences, des activités créatives pour les enfants, un concert et des stands de nourriture et boissons, le tout dans une ambiance conviviale et avec une entrée libre.

Un autre événement passé a eu lieu un samedi 29 septembre, invitant le public à un chantier participatif de jardinage de 8h à 12h pour la mise en place du potager de la Maison des Semences, incluant la préparation des planches de culture, les semis et la taille des arbres fruitiers. Un repas tiré du sac a suivi à 12h, puis des ateliers de 14h à 18h avec la présentation de la Maison des Semences Paysannes, un troc de graines, une introduction à la permaculture et une projection.

Ces initiatives témoignent de la volonté de créer une dynamique collective autour de la préservation des semences et de la promotion d'une agriculture plus durable et respectueuse du terroir. Maxime Schmitt et la Maison des Semences Paysannes Maralpines sont des acteurs clés de cette lutte pour le goût, la biodiversité et l'héritage agricole des Alpes-Maritimes.

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