Dans le monde merveilleux des composts et des fumiers, le choix est aussi varié que déroutant. Permettez-nous de décomposer la vraie nature de chaque élément et son apport au potager. À vos composts, prêt, fumier ! La plupart des sols se détériorent car leur taux d’humus baisse de façon trop conséquente. Pour remédier à cela, l’utilisation d’amendements organiques naturels est une pratique ancestrale qui retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse. Comprendre les interactions entre le fumier, la tourbe et le compost est essentiel pour quiconque souhaite cultiver un jardin vigoureux, fertile et durable.

La nature profonde des amendements organiques
Le terme de compost peut être utilisé pour désigner deux choses. La première renvoie à un mélange de terre, de tourbe et de sable appelé compost de rempotage. En bref, le compost est la résultante de la décomposition de la matière organique. À titre d’exemple, la décomposition de résidus d’une usine de transformation de crevettes, mélangée avec de la tourbe de sphaigne et de la chaux donne naissance à du compost de crevettes. On retrouve sur le marché plusieurs types de composts, dont celui à base d’algues et résidus marins, ou encore le compost de fumier de vaches, c’est-à-dire un fumier vieilli, donc décomposé.
Le compost sert essentiellement à nourrir la vie du sol via les micro-organismes. Ceux-ci décomposent la matière organique afin de la rendre assimilable pour la plante. Plus la vie microbienne est élevée, plus le sol est fertile. Le terreau, également appelé substrat, remplace ou enrichit le sol pour vos cultures. Il s’agit d’une combinaison de minéraux et de matières organiques qui change en fonction de la plante et de l’usage. Certains terreaux sont issus de l’argile, d’autres du sable, et d’autres enfin de la fibre de bois. Chaque élément a un rôle bien déterminé dans la croissance de vos plantes.
Le fumier de cheval : une bénédiction pour le potager
Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. Le fumier de cheval est particulièrement apprécié par de nombreux jardiniers, car il montre beaucoup de qualités fort intéressantes. Il est bien équilibré, grâce à sa teneur en paille, et est particulièrement apprécié pour les terres lourdes et argileuses, qu’il contribue réellement à améliorer.
Le fumier de cheval est un fumier dit « chaud », et pour cause, sa température peut atteindre 70°C en raison de la vive fermentation qui s’y produit. Il peut être utilisé en couches chaudes pour aider la croissance de jeunes plants ou pour la culture forcée des légumes. Lors de sa décomposition, il offre au sol tous les nutriments dont il est composé : minéraux et oligoéléments. Ses matières organiques favorisent également la formation d’une couche d’humus. La structure comme la composition du sol en sont améliorées, quelle que soit la qualité du sol au départ. Il est plus aéré, donc l’air et l’eau y circulent mieux, et l’humidité est plus facilement retenue.
La gestion du fumier : frais versus décomposé
Le fumier frais présente quelques inconvénients : il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante ; il peut contenir des restes de traitements médicamenteux, vermifuges par exemple ; il peut contenir des pathogènes. Il est conseillé de ne pas l’épandre juste avant de faire des plantations, il est préférable de le faire au moins 3 à 4 mois avant. La quantité d’azote qu’il contient est un peu importante pour certaines de vos plantations et risque de brûler leurs racines.
Le fumier décomposé, quant à lui, demande environ 6 mois pour être prêt. Le fumier de cheval, qui monte très haut en température, peut ainsi se débarrasser des éventuelles bactéries ou parasites qu’il peut contenir. Un fumier de cheval bien décomposé présente un NPK équilibré de 0,6 % d’azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait donc courir aucun risque aux racines de jeunes végétaux et les quantités de minéraux apportées au sol restent raisonnables. Vous pouvez donc l’épandre en quantité sans crainte, les doses conseillées étant de 1 à 3 kg par m² par an.
Fabrication de compost, à l'échelle locale !
Stratégies d'application et dosage au jardin
Pour bien mener le compostage, ne réalisez pas de tas trop hauts, dans lesquels le processus ne se passerait pas correctement. Installez-le sur des branchages, qui permettront à l’air de passer en-dessous et qui favoriseront l’écoulement du liquide qui se forme au cours de la décomposition. Il est conseillé de couvrir le fumier, par exemple avec de la paille, pour éviter le lessivage de tous les nutriments par la pluie.
En préparation de sol, incorporez le fumier en surface avant les semis ou les plantations, à raison de 3 à 5 kg/m². En entretien, épandez une fine couche chaque année à l’automne ou au printemps, puis griffez légèrement pour favoriser la pénétration. En pot ou bac, mélangez une petite quantité (10 à 20 %) à votre terreau pour nourrir durablement vos plantes. Sur les planches de culture, le meilleur moyen pour bien intégrer le fumier est de ne pas l’intégrer ! Il convient en effet de l’étaler sur le sol et de le laisser se décomposer jusqu'au moment des plantations.
La complémentarité des matériaux : tourbe, algues et sciure
La tourbe est un bon amendement pour les plantes de terres de bruyère ou pour gagner du temps sur la culture de plantes à bulbes fleurissant en été. Elle constitue l’amendement de prédilection pour les sols non calcaires, car elle améliore la qualité du sol en modifiant sa structure, en corrigeant son acidité et en lui apportant le calcium nécessaire.
Si vous habitez sur la côte, vous pouvez profiter de la présence d’algues pour en mélanger à la terre au moment du labour. Elles fourniront autant d’azote que le fumier classique, mais presque 3 fois plus de potasse et seront exemptes de graines, de mauvaises herbes et de maladies. La sciure de bois, en revanche, n’est pas un fertilisant, compte tenu du fait qu’elle possède un taux très faible en matières organiques. Veillez cependant à bien la composter, car non décomposée, elle risque d’absorber l’azote du sol nécessaire aux végétaux. Pour cela, vous pouvez la mélanger à du fumier décomposé et le laisser ainsi en tas durant une année.
Vers une approche permaculturelle du sol
Plutôt que vouloir enfouir le fumier de cheval épandu, celui-ci peut tout simplement être recouvert de matières ligneuses, comme de la paille, des feuilles ou du BRF. Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol. Cette méthode permet de nourrir le sol, de l’enrichir, sans pour autant nuire à la vie indispensable qui s’y cache.
Le compostage pour les particuliers est généralement une activité qui se fait en famille. Vous limiterez également les activités liées au ramassage et au transport des déchets. Grâce au compostage, certaines villes et communes d’Europe projettent d’atteindre le zéro déchet. Pour une meilleure décomposition, vous pouvez alterner la composition des couches de déchets (déchets verts, déchets bruns, cendre, activateur, etc.). Pour que l’aération du tas de compost soit meilleure, vous pouvez planter un pieu en son centre, et déposer les déchets tout autour, créant ainsi une cheminée au moment où le pieu sera retiré.

Les erreurs à éviter et les précautions à prendre
Par le passé, on pouvait se procurer du fumier frais directement à la ferme. Si une âme généreuse vous offre le fumier de ses quelques chevaux, soyez vigilant. Le système digestif du cheval ne lui permet pas d’assimiler tous les grains ingérés. Vous sèmerez alors une quantité industrielle de mauvaises herbes. Si vous êtes très patient, entassez-le dans un coin du jardin avant de le couvrir d’une bâche pour une durée de trois ans. Les grains vont pourrir et votre fumier sera exempt de mauvaises herbes.
Niveau sanitaire, le fumier doit être évité si les produits issus du potager sont consommés par une femme enceinte. Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l’ail ou l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier, elles ont horreur de ça. Le fumier de poule ou de pigeon, quatre fois moins nutritif que le fumier de ferme, doit être utilisé vieilli, séché et mélangé à la moitié de son volume en sable et terre sèche, car il a tendance à rendre les terres argileuses plus collantes et acides qu’elles ne le sont à la normale. En respectant ces principes fondamentaux et en observant le cycle naturel de vos cultures, vous transformerez votre sol en un écosystème riche et productif.