Le compostage en tas est une technique fondamentale pour transformer les déchets organiques en une ressource précieuse. Que vous soyez un jardinier amateur ou un professionnel, comprendre les mécanismes de décomposition permet de produire un humus de haute qualité. Cette méthode, accessible et efficace, repose sur des principes biologiques simples que nous allons détailler.
La stratégie du compostage en deux étapes
Il existe plusieurs manières de faire un compost : en silo, en tas, progressif (on additionne les matières au fur et à mesure) ou en deux étapes (on stocke les matières, et on les mélange en une seule fois). C’est cette dernière méthode que nous avons adoptée.
La méthode est très simple : on stocke séparément les composants du compost. Quand on en a stocké suffisamment, on les mélange en une seule fois, dans un tas qui doit faire au moins un mètre cube. Il est important de stocker séparément les différentes matières, sinon elles commenceraient à composter imparfaitement avant le mélange, et le tas définitif risquerait de ne pas monter suffisamment en température.
Le mélange étant effectué en une seule fois, le tas chauffe beaucoup (autour de 70°), ce qui permet d’éliminer pas mal de sources pathogènes, les graines… De plus, la décomposition est très rapide, et le compost est mûr en moins de 6 mois.

Les trois piliers de l'équilibre du compost
Pour réussir son compost, il faut respecter trois équilibres fondamentaux :
- Equilibre azote/carbone. Pour composter, le mélange doit être équilibré en matières azotées et carbonées. Les déchets ménagers sont un peu plus azotés que l’équilibre, et en général beaucoup plus compacts et humides. Les tontes fraîches de pelouses sont très azotées, très humides et très denses. A l’inverse, la paille est très carbonée, très sèche et très peu dense. En règle générale, le composteur mélange habituellement 2x volume de matières brunes par rapport au volume de déchets alimentaires.
- Equilibre aqueux. Il faut suffisamment d’eau dans un compost, car les microorganismes responsables de la fermentation en ont besoin.
- Equilibre structurel. Le tas ne doit pas être trop tassé, il manquerait d’air.
Préparation et mise en place du tas
Le tas doit être au contact du sol, où se trouvent les microorganismes dont on a besoin. Il doit être bien aéré à la base. Il est donc utile de bêcher l’espace de compostage s’il est trop tassé, et dans tous les cas, de le recouvrir d’une vingtaine de centimètres de paille. Cette paille se décomposera avec le tas, et pourra y être incorporée ultérieurement.
Le mélange doit être complet dès le départ. On ne fait pas de couches successives des différents éléments, mais on mélange préalablement l’ensemble, avant de mettre en tas. On arrose assez généreusement à mesure de l’avancée du tas, avec du purin d’ortie ou de consoude dilué.
Comment monter un composteur ?
Processus de maturation et retournements
Après quelques jours, le tas se met à chauffer. Il garde sa température maximale ensuite pendant une semaine environ. Quand la température redescend, c’est-à-dire deux à trois semaines après la mise en tas, il est conseillé de retourner le tas, et d’en profiter pour le rééquilibrer le cas échéant. Un second retournement est conseillé dans le mois qui suit.
Il n’est plus recommandé d’y adjoindre de nouveaux matériaux, ils auraient beaucoup de retard, mais il est possible de procéder à quelques réajustements : le laisser sécher s’il est trop humide, l’arroser s’il est trop sec… S’il est bien équilibré à ce moment-là, il est alors possible de le laisser mûrir sans le retourner durant plusieurs mois.
Au premier retournement, les composants ne doivent presque plus être reconnaissables, et le compost ne doit quasiment plus sentir mauvais. Au second retournement, il doit commencer à ressembler, visuellement et olfactivement, à de l’humus. Après 2 à 3 mois, la décomposition est quasiment terminée, et le compost entame sa phase de maturation, terminée 4 à 6 mois après la mise en tas.
Protection et gestion des conditions climatiques
Il est important de bien protéger le tas. En été, dans les régions sèches, il faudra le protéger du dessèchement par une bonne couche de paille, par exemple, et l’arroser régulièrement. Il est important de le protéger aussi de la pluie. Une pluie importante sur un compost peut stopper immédiatement le processus, lessiver une bonne partie de ses minéraux, et imposer un retournement supplémentaire du tas.
Utilisation du compost selon sa maturité
Le compost demi-mûr peut être utilisé en surface, en paillage. Il ne peut être utilisé pour les semis, car il brûle les graines trop fragiles. Le compost mûr peut être incorporé à la terre, notamment pour les semis. Pour les cultures en pleine terre, il peut être utilisé en surface pour nourrir vos cultures. N’hésitez pas à déposer sur vos planches 2 à 3 kilos de compost par mètre carré.

Le compostage statique aéré (ASP) : une approche technique
Le compostage en tas statique aéré (ASP) est une méthode efficace de gestion des déchets organiques. Grâce à l'aération forcée, il accélère la décomposition tout en minimisant les odeurs et en conservant l'espace. Le compostage en ASP est un processus aérobie. L'air fourni pour l'oxygénation de la matière organique dans le tas accélère le processus de compostage.
Un système d'aération utilise des ventilateurs avec des tuyaux perforés pour pousser (pression positive) ou tirer (pression négative) l'air dans le tas de compost. Il n'est pas nécessaire de retourner le tas statique aéré, car l'oxygène est fourni en continu pour la décomposition.
Optimisation et surveillance technologique
La température est très volatile dans le processus de compostage en tas statique. Il est recommandé d'utiliser le système de surveillance de la température sans fil Periskop avec une application mobile qui envoie des alertes en cas de situations anormales. La caractéristique principale de Periskop est son contrôleur de relais pour le contrôle de la ventilation qui permet de gérer la ventilation dans les installations de compostage.
Réalités du terrain et flexibilité
Le compost en tas est la façon la plus rapide pour effectuer de grosses quantités de compost, que l’on peut utiliser au potager pour nourrir nos plantes. Il demande peu d’interventions, et offre à la fin une fertilité indispensable au bon développement des plantes.
En pratique, n’importe qui peut composter en tas, et n’importe où. La montée en chaleur n’est pas indispensable du tout. Comme pour n’importe quelle façon de composter, le compost doit être de préférence à mi-ombre. En plein soleil, il sèchera rapidement, ce qui diminue drastiquement l’action des micro-organismes. À l’opposé, s’il est trop à l’ombre, il risque de se gorger d’eau et d’entrer en putréfaction.
Guillaume, jardinier expérimenté, partage son approche : "Je réalise souvent plusieurs petits tas de compost à droite à gauche dans le jardin. Je m’en sers à tout stade : du compost très jeune, très grossier, au compost très mûr que j’ai « oublié ». Avec plusieurs petits tas un peu partout, pas de montée en température, mais une certaine praticité : on est jamais très loin de la poubelle !"
Conseils pratiques pour le jardinier quotidien
Pour activer plus rapidement la décomposition de la matière, vous pouvez la broyer à l’aide d’une tondeuse ou d’un broyeur. Certains préconisent aussi l’ajout d’orties (fraîches ou en purins) pour accélérer le processus.
Si votre tas ne chauffe pas, il peut y avoir plusieurs raisons : le tas peut être trop petit, il peut manquer d’humidité, d’azote ou d’aération. Retournez le tas, et arrosez-le si nécessaire, et vous devriez retrouver une montée en chaleur. Si le tas commence à avoir une odeur déplaisante, c’est généralement dû à un excès d’humidité, cumulé à un surplus d’azote. Retournez le compost en y ajoutant de la matière sèche et votre problème devrait se réguler rapidement.
Pensez à recouvrir systématiquement les déchets de cuisine, surtout la viande et le poisson, par de la matière carbonée. Recouvrez les déchets, cela évitera d’attirer les déconvenues.

Comparaison avec d'autres méthodes de gestion organique
Le compostage en tas n'est qu'une option parmi d'autres. Voici un aperçu rapide des alternatives :
- Bokashi : Temps de traitement de 3 semaines. Permet de prétraiter ou stocker des déchets alimentaires qui se transforment en une matière fermentée acide.
- Composteur rotatif : Temps de traitement de 6 semaines. À utiliser sur un sol nu en automne ou à mettre en tas pendant 3 à 5 mois pour qu'il finisse sa maturation.
- Lombricomposteur : Temps de traitement d'environ 4 mois. Idéal pour l'intérieur ou un espace extérieur à l'ombre.
Choisir son système dépendra de la quantité de déchets, de l'espace disponible et du temps que vous souhaitez consacrer à cette activité. Le compostage en tas reste la méthode de référence pour les grands jardins de plus de 1000m² où la matière organique est abondante.
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