Le fumier, souvent perçu comme une matière brute et peu attrayante, est en réalité une ressource naturelle d'une richesse inestimable pour un sol sain et productif, particulièrement dans le cadre d'une approche permaculturelle. Il est le résultat d'un mélange complexe de matières organiques, comprenant les urines et les déjections animales (crottins, bouses, fientes, crottes), ainsi que la litière qui absorbe ces liquides, comme le foin, la paille, le broyat ou la sciure. Cette combinaison confère au fumier une double nature : il est constitué à la fois de matières très sèches et carbonées, et de matières humides. Loin d'être un simple déchet, le fumier est un véritable berceau de vie pour notre sol, apportant à terme les nutriments essentiels à la croissance de nos cultures.

L'Utilisation du Fumier Frais : Précautions et Méthodes
L'utilisation du fumier frais demande des précautions spécifiques pour optimiser ses bénéfices et éviter tout dommage aux cultures. L'une des règles fondamentales est de ne jamais enfouir le fumier frais directement sous terre. En effet, sa fermentation anaérobie, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène, dégage des substances toxiques qui peuvent nuire aux racines des plantes. De plus, lorsqu'il est disposé en petits tas irréguliers, le fumier frais se décompose mal, entraînant des pertes importantes d'azote, ce qui réduit considérablement son efficacité en tant qu'amendement.
Dans le contexte de la permaculture, où l'on cherche à travailler avec les cycles naturels, une approche privilégiée pour le fumier frais consiste à le laisser se décomposer dans des conditions optimales. Il est conseillé de l'épandre en dehors des périodes de culture, idéalement à l'automne. Le sol, encore chaud et actif, favorise sa décomposition durant l'hiver. L'épandage en surface permet aux macro-organismes du sol de se régaler de cette matière grossière, se multipliant ainsi et initiant le processus de décomposition. Le fumier frais, bien que moins stable et homogène, stimule la vie biologique du sol.
Au potager d'Olivier, l'expérience montre que l'apport de quelques pelletées de fumier frais en surface du sol pendant l'automne peut démultiplier la vie biologique. L'incorporation se fait généralement sur les 10 premiers centimètres du sol, utilisant une grelinette ou un croc, afin de déranger le moins possible la vie du sol. Cette méthode est à mille lieues des contraintes d'un labour, préservant ainsi l'écosystème du sol.
Le Compostage du Fumier : Une Transformation Essentielle
La solution idéale, et la pratique la plus répandue, consiste à composter le fumier frais avant de l'utiliser. Le compostage, idéalement pendant au moins 18 mois en amas, permet d'assainir le fumier, éliminant ainsi tout risque sanitaire potentiel, notamment les résidus médicamenteux parfois présents dans les urines des animaux traités. Le processus de compostage permet au fumier de se valoriser de lui-même, un peu comme si l'on mélangeait les ingrédients d'une recette pour qu'ils s'harmonisent. La litière imprégnée d'urine et les déjections se bonifient mutuellement dans un équilibre d'humidité et d'oxygénation, aboutissant à un compost de grande qualité.

Les avantages du fumier composté sont nombreux. Il prend deux fois moins de place qu'un fumier frais, car la paille se décompose et s'émiette. Cela réduit également la logistique de transport. Le fumier composté est parfaitement homogène et stable, libérant très lentement ses minéraux, ce qui permet une utilisation tout au long de l'année. De plus, la phase de compostage à chaud élimine une grande partie des graines d'adventices, réduisant ainsi leur présence dans le sol. Ce fumier composté, qualifié de grossièrement composté, nourrit directement les micro-organismes du sol.
Au potager d'Olivier, le fumier est utilisé en grande partie une fois composté. Il est disposé en tas dans un coin ombragé pour maintenir une bonne humidité, et le tas est brassé tous les quinze jours. Cette pratique assure une maturation optimale du compost.
La Composition et la Valeur Nutritionnelle du Fumier
Le fumier n'est pas une substance homogène ; sa composition varie en fonction de l'animal dont il provient, de sa litière et de son état de compostage. En général, le fumier est considéré comme un amendement plutôt qu'un engrais au sens strict, car ses concentrations en azote, phosphore et potassium sont inférieures à 3%. Il est loin des engrais industriels qui peuvent contenir plus de 30% d'azote, ou même de certains engrais naturels comme le sang séché, qui titre 14% d'azote.
Cette faible concentration en minéraux et la richesse en carbone du fumier ont un double impact. D'une part, la décomposition des molécules complexes du fumier par la vie du sol demande du temps. L'azote, notamment, est présent sous forme organique, intimement lié au carbone. Sa minéralisation, c'est-à-dire sa transformation en formes assimilables par les plantes, peut prendre plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour le phosphore et le potassium, bien que plus rapides à être disponibles, leur libération nutritive demande également plusieurs semaines à quelques mois.
Cette lenteur de libération des nutriments fait du fumier un apport idéal pour les cultures gourmandes et à cycle long, comme les légumes d'été tels que les tomates, aubergines, poivrons et courgettes. Au potager d'Olivier, le fumier est apporté une fois par an à l'automne, en quantités généreuses : une bonne brouette pour 10m², voire deux si la ressource est disponible, surtout pour les parcelles destinées à ces cultures exigeantes.
Les Différents Types de Fumiers et Leurs Particularités
La richesse d'un fumier est inversement proportionnelle à la taille de l'animal dont il provient. Les fumiers de lapin et de poules sont, par exemple, au moins deux fois plus concentrés en minéraux qu'un fumier de vache ou de cheval. Il est crucial de tenir compte de cette différence pour ajuster les quantités apportées.
Fumier de Lapin : Particulièrement riche en potasse, il répond aux besoins exigeants des cultures comme les tomates, pommes de terre et betteraves. Souvent pailleux, il est plus efficace lorsqu'il est composté pour éviter de brûler les cultures. Il nécessite environ 90 jours de stockage pour un bon compostage, en maintenant l'humidité et en cassant les mottes. C'est un fumier "chaud", idéal pour alléger les sols lourds.
Fumier de Volaille : Très utilisé dans les potagers, il est également courant en agriculture en raison des quantités disponibles. Il est considéré comme un fumier "chaud", montant rapidement en température. Il est parfois utilisé pour créer des "couches chaudes" pour le semis, en alternant fumier frais et paille ou foin.
Fumier de Cheval : C'est le fumier le plus répandu et le plus utilisé dans les potagers. Il est plutôt conseillé pour les sols légers car il est lourd et froid. Il met du temps à se décomposer sans grande montée en température. Une fois composté, il peut être utilisé sur tout type de sol.
Fumier de Vache : Sa richesse nutritive est similaire au fumier de cheval, mais légèrement supérieure, notamment en potassium. Les bouses, complétées d'une litière de paille, mettent du temps à se décomposer sans trop de montée en température. Il est souvent utilisé pour les sols légers.

Le Fumier en Granulés : Une Alternative Pratique
Pour les jardiniers qui n'ont pas accès au fumier frais ou qui manquent de moyens logistiques, le fumier composté en sac, disponible en jardinerie, constitue une alternative pratique. Le fumier de cheval est le plus couramment trouvé dans le commerce. Ces fumiers, souvent desséchés, sont plus légers et faciles à transporter. Ils améliorent le sol et nourrissent les cultures futures.
Il est important de noter que le fumier de jardinerie est fréquemment enrichi d'algues marines ou d'autres apports organiques. Cette addition vise à compenser la faible concentration en minéraux du fumier de base, permettant d'enrichir une plus grande surface du potager avec un seul sac. Les doses recommandées pour le fumier desséché sont généralement de 500 grammes par mètre carré cultivé.
Compostage du fumier.
Alternatives et Compléments au Fumier
Le jardinier dispose de nombreuses cartes en main pour enrichir et améliorer son sol. Si l'accès au fumier présente des difficultés, d'autres solutions existent :
- Compost ménager et végétal : Ces composts apportent une richesse progressive au sol.
- Paillages diversifiés : Le broyat, le foin, la paille, les tontes de gazon et les feuilles, utilisés en paillage, se décomposent lentement et enrichissent le sol au fil des mois.
- Engrais naturels : Une multitude d'engrais naturels peuvent être utilisés pour compléter les apports et répondre aux besoins spécifiques des cultures.
En exploitant judicieusement le fumier et en le combinant avec d'autres pratiques de jardinage durable, il est possible de créer un sol fertile, vivant et résilient, véritable pilier de la permaculture. L'objectif est de nourrir la terre pour qu'elle puisse à son tour nourrir nos cultures, dans un cycle vertueux et respectueux de l'environnement.