Guide complet sur le compostage organique et la gestion des matières au jardin

Le compostage est le résultat de l’activité des bactéries, champignons, micro-organismes, cloportes, vers de compost et d’autres organismes. Pour que cette vie s’y développe à souhait, le compost doit être humide mais sans excès. Pour s’en assurer, il convient d’en prendre une poignée et de la serrer dans le poing. Si la poignée tient la forme du point et produit quelques gouttes de liquide sous la pression, l’humidité est correcte. Par contre, si elle se délite en poussière, le compost est trop sec et il faut l’arroser. Et s’il est trop humide, la poignée libérera de grandes quantités de liquides sous la pression et dégagera des odeurs désagréables. Il faudra, dès lors, y ajouter des matières sèches.

Schéma illustrant le test de l'humidité du compost avec la main

Favoriser une bonne aération et une structure optimale

Pour que la vie soit active dans le tas de compost, il faut de l’oxygène. Une bonne aération de la masse est très importante. Plusieurs techniques la permettent. L’aération se fait régulièrement avec une tige aératrice pour les futs de compostage. Pour les tas, prévoyons deux à quatre retournements par an au moins, à la fourche. En incluant des éléments structurants comme du broyat de branchages, de la paille, des feuilles mortes, nous donnons une porosité à la masse. Cela favorise une bonne aération. En retournant cette masse ou en la travaillant avec des outils, nous l’aérons en profondeur. C’est d’ailleurs une bonne occasion d’incorporer de nouvelles matières afin de relancer vigoureusement les réactions et la production de chaleur.

Le compost est mûr quand son odeur évoque celle des sous-bois. Lorsque c’est le cas, il peut être épandu au sol du jardin sans qu’il ne perturbe la germination ou la croissance des plantules. Par ailleurs, la taille du tas de compostage dépend de la superficie du jardin. Pour les maisons sans jardin, le petit bac à compostage de balcon, pour les épluchures et quelques feuilles mortes convient parfaitement. Jusqu’à 3 ares, le fut de 2 à 400 l et jusque 10 ares le bac de 1 m³ feront l’affaire. Nous installons même 2 à 4 bacs de 1 m³ pour 30 ares de jardin. Au niveau des plus grands jardins, un tas en forme d’andain allongé permet d’introduire les matières d’un côté. À chaque retourne à la fourche, nous faisons avancer les matières du côté opposé pour disposer, après un compostage de 6 mois à deux ans, d’un compost utilisable de l’autre côté.

Composter c'est facile !

Choisir les déchets et gérer la diversité organique

Les petites compostières sont placées à un endroit ensoleillé pour favoriser la montée de température. Les gros tas seront positionnés à mi-ombre vu leur volume. Les déchets de cuisine ont bien leur place dans le compost. Toutefois, leur odeur peut attirer les rats. Afin de limiter l’odeur attractive, il est possible de les recouvrir par d’autres matières : celles qui donnent de la structure (broyats de rameaux) viennent à point. Dans les grands jardins, le volume du tas de compost peut devenir important. Mais surtout, nous avons assez bien de matières brunes en automne et en hiver (feuilles mortes, broyats, etc.) et beaucoup de matières vertes en été (tontes, déchets de légumes, etc.).

Idéalement, stockons à côté du tas de compost les surplus de matières d’une saison à l’autre pour les incorporer ensuite dans le processus de fermentation. Il ne s’agit pas d’un gros travail supplémentaire, et les résultats finaux seront nettement meilleurs. De plus, comme le compostage se déroule plus vite, le compost utilisable peut être utilisé au jardin plus rapidement.

Le cas spécifique des tontes de pelouse et végétaux divers

Une question revient fréquemment pour les jardins munis d’une grande pelouse : comment résoudre l’évacuation des tontes ? Plusieurs méthodes sont possibles. Nous pouvons tondre un peu plus souvent et laisser les tontes en mulch. Quand la météo le permet, laisser l’herbe sécher avant de la ramasser… Plus sèche, elle aura moins tendance à former une masse qui s’acidifie. Une partie de la surface des grandes pelouses peut être reconvertie en prairie fauchée ou pâturée. Les matières des tontes peuvent aussi être compostées. Elles sont apportées telles qu’elles lorsque le tas d’accueil est déjà bien pourvu en matières brunes (feuilles sèches, broyats, etc.). Nous pouvons aussi les laisser sécher avant de les incorporer. Ce « foin » est plus structurant et a moins tendance à se tasser en fermentant. Cette option est privilégiée si le tas d’accueil contient peu de matières brunes structurantes.

Concernant les autres matières, les pelures d’oranges ou de citrons, par exemple, ne posent aucun problème. Elles se réduisent comme bien d’autres épluchures et trognons. Il est vrai que le compostage de très grandes quantités de pelures d’agrumes, comme près des usines de préparations de mets, ne se réalise pas sans certaines précautions. Cependant, les quantités correspondant aux consommations de ménages sont compostées sans problème. Les herbes sauvages issues des opérations de désherbage peuvent aussi y être placées sans souci. La température de compostage va maîtriser les capacités germinatives des graines. Les tailles de haies peuvent s’y trouver également. Les grandes quantités de thuya, de cyprès ou d’aiguilles de résineux ne se décomposent pas rapidement. Leurs propriétés fongicides peuvent s’exprimer et inhiber les fermentations. Les grandes quantités de broyats de ces plantes seront utilement utilisées comme paillis pour les zones ornementales du jardin. Nous pouvons composter les matières organiques provenant du jardin et de la cuisine, ainsi que les cartons d’emballage non colorés. Enfin, le marc de café, les sachets de thés ou de tisanes en papier peuvent y trouver leur place.

Précautions et matières à proscrire

Nous trouvons de nombreux sites web sur le compostage. Chacun nous prodigue des conseils et des illustrations intéressantes. Mais nous voyons aussi apparaître des interdits. Sont-ils fondés chez nous ? Les déchets de viande, de poissons, d’œufs et de fromages attirent les rats et seront donc évités. Les huiles et les graisses ont plutôt leur place au parc à conteneurs pour être recyclées. Quant aux cartons colorés, les cendres, les litières de chats, les os et les poussières d’aspirateurs, ils ne se compostent pas efficacement vu leur pauvreté en matières organiques.

Infographie comparative des déchets compostables et non compostables

Les restes de viande, de poisson et de fromage ne devraient toutefois pas lui être confiés, car ils dégagent des odeurs nauséabondes en se décomposant. « Ces déchets risquent en outre d’attirer les souris, les rats ou les renards dans votre jardin », explique Christian Henle, directeur de l’association Kompostforum Schweiz. Même si vous avez mangé un repas totalement végétarien, comme un wok de légumes, ne jetez pas les restes au compost. « Le problème vient du sel, souvent présent dans les aliments cuits », poursuit l’expert. « S’il se retrouve dans la terre du jardin, il peut nuire aux racines des plantes et empêcher leur croissance ».

La peau des fruits tropicaux ne se décompose que très lentement sous nos climats et n’est donc pas idéale. Si vous souhaitez la composter malgré tout, vous devez d’abord broyer entièrement les épluchures et bien les mélanger avec d’autres déchets verts. Attention toutefois aux feuilles de châtaignier, de noyer ou de chêne : elles contiennent des tanins qui peuvent freiner la croissance dans un potager, par exemple. Les vieux journaux et prospectus doivent être jetés dans la collecte de papier. Tout au plus pourrait-on ajouter au compost de petites quantités de papier journal, que l’on aura au préalable soigneusement déchiré et légèrement humidifié. Le papier glacé imprimé en couleur est absolument à proscrire. Les cendres du barbecue contiennent des traces de métaux lourds. Si l’on jette régulièrement les cendres dans le compost, ces substances nocives risquent de s’accumuler avec le temps et polluer le sol. Concernant la litière pour chat, l’urine et les excréments du matou sentent mauvais, c’est pourquoi le contenu de la litière ne doit pas être mis au compost.

Enfin, le Conseil fédéral a édicté une interdiction particulièrement stricte pour certaines plantes exotiques, les néophytes. Comme elles menacent fortement la biodiversité indigène, pas de pitié pour elles : elles doivent être arrachées dans le jardin et éliminées. Mais il ne faut pas les jeter dans le compost, car leurs graines risqueraient de se répandre dans l’environnement. Ces néophytes doivent être jetées avec les déchets ménagers dans le sac poubelle destiné à l’usine d’incinération.

Valorisation du compost mûr et fertilisation

Le compost peut se prévaloir d'être un engrais très utile pour le jardin. Selon les matières apportées au compost, celui-ci contient plus ou moins de nutriments. Sont très riches en éléments nutritifs, par exemple les épluchures de la cuisine, les déchets verts issus de la récolte de légumes ou encore les tontes de gazon. Le broyat de bois, les branchages et les feuilles sont par contre pauvres en nutriments et riches en carbone. Leur structure ne se dégrade que lentement et, à eux seuls, ils ne produisent pas de compost exploitable ou seulement après une très longue période. Il est conseillé de couper la matière de compost en menus morceaux, d'écraser les matières à coque dure et d'enlever les matières non organiques.

Le compost apportera au sol la matière utile pour la production d’humus et des matières minérales. Il est prêt après 6 à 24 mois. À ce moment-là, les vers de compost l’ont quitté parce qu’il n’y a plus de nourriture pour eux. Il sera utile au potager, placé en couche mince en surface ou incorporé aux 10 premiers centimètres du sol. En outre, il peut être séché en attendant d’être épandu dans le jardin. On peut le tamiser, bien que ce ne soit pas indispensable. Le compost est un amendement destiné à enrichir le sol, ce n’est pas du terreau. Une brouette de 80 l bien remplie apporte environ 40 kg de compost. Pour les légumes gourmands, les apports de 4 brouettées par are sont corrects. Concernant les moins gourmands, comme les laitues, scaroles, haricots, la moitié de cet apport suffit. Pour les oignons, ails, échalote, carotte, nous nous contenterons de l’arrière-fumure de l’an passé et n’apporterons rien avant leur implantation. Les légumes sensibles à l’excès d’azote telles que les racines de chicon, ont besoin d’un emplacement du potager sur lequel il n’y a pas eu d’apport de compost lors des deux dernières années.

Perspectives sur les matières organiques spécifiques

Bien que le henné (Lawsonia inermis) soit une plante fascinante utilisée depuis des millénaires pour ses propriétés cosmétiques, médicinales et colorantes, il est important de distinguer son usage capillaire de la gestion des déchets végétaux. Le henné, en tant que poudre de feuilles séchées, est un produit organique. Cependant, il ne constitue pas un déchet de jardin courant. Si vous utilisez du henné pour vos cheveux, les résidus de pâte fermentée pourraient techniquement être compostés en petites quantités, mais ils n'apportent pas de structure particulière au tas. La fermentation de la pâte (mélange de feuilles en poudre et d'eau tiède) permet de libérer les pigments, mais cette transformation est propre à l'usage cosmétique.

Il en va de même pour d'autres éléments, comme le thym ou le safran, qui sont des épices ou des aromates. Leurs restes peuvent rejoindre le compost sans difficulté, à condition de ne pas y ajouter de sel ou de graisses de cuisson. La gestion du compost repose avant tout sur l'équilibre entre les matières carbonées (brunes) et azotées (vertes). En respectant cette règle fondamentale, chaque jardinier peut transformer ses déchets organiques en une ressource précieuse, tout en évitant les nuisances olfactives ou la présence de ravageurs. Le compostage est un cycle vertueux qui, lorsqu'il est bien maîtrisé, permet de boucler la boucle de la fertilité au sein même de votre espace extérieur, transformant ce qui était considéré comme déchet en un précieux terreau pour le futur.

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