Le guide complet du paillage biodégradable : entre nature, technique et biodiversité

Nos jardins, nos balcons, nos parcs sont des refuges pour les oiseaux, les insectes, la faune du sol… Réunis ils forment ce que l’on appelle des corridors écologiques car ils permettent à la biodiversité de circuler. Balcon fleuri, potager, cour d’école végétalisée… Le champ des possibles est vaste. Tondre moins souvent, accepter des herbes folles, un coin de feuilles mortes ou un tas de bois, c’est offrir toit et couvert à une multitude d’espèces : pollinisateurs, hérissons, oiseaux ou amphibiens. La transition écologique des espaces verts est résolument collective. Partout en France, les communes, les jardiniers, les entreprises et les citoyens réinventent la manière de gérer la nature en ville. Ensemble, ils montrent qu’il est possible d’allier qualité de vie et préservation du vivant.

Illustration d'un jardin en permaculture avec paillage organique

Dans le cadre de la stratégie Écophyto 2030, de nombreuses collectivités réduisent l’usage des pesticides et expérimentent des pratiques plus respectueuses du vivant : paillage, désherbage thermique, plantes locales et gestion différenciée. Nos clients amateurs de jardinage nous interrogent souvent sur la meilleure méthode pour réaliser un paillage bio de qualité pour leurs plantations. Il s’agit d’un produit issu de l’agriculture biologique dont l’élevage ou la production, comme la récolte et la distribution, sont strictement encadrés.

Définitions et enjeux du paillage

Plusieurs labels existent, en France, le plus connu est le label AB (Agriculture Biologique). Mais alors, naturel, bio, biodégradable sont des termes quasiment identiques nous direz-vous ?

  • Paillis naturel : il s’agit d’un paillage d’origine végétale ou minérale, par opposition à une toile synthétique en polypropylène par exemple.
  • Paillis biodégradable : ce type de paillage se dégrade au fil du temps et intègre petit à petit le sol.
  • Paillis bio : il s’agit en fait d’un raccourci de langage. Ce terme signifie que le produit concerné respecte les critères imposés par le label français AB (Agriculture Biologique) ou européen (Eurofeuille).

Pour obtenir une certification bio, le paillage doit être issu d’une culture biologique. La production du paillis doit ainsi être réalisée sans pesticides ni engrais de synthèse. À l’exception notable de certaines bâches de paillage d’origine organique bénéficiant d’un label précis, seuls les paillages minéraux et végétaux peuvent être qualifiés de bio. Les paillis végétaux sont les plus courants. Ils se dégradent doucement, en apportant aux sols de nombreux micro-nutriments. C’est essentiellement la toile de paillage bio en jute, également appelée sisal, qui est utilisée pour réaliser de grandes dalles de paillage.

Schéma comparatif entre paillage minéral et paillage végétal

Particulièrement robuste et esthétique, le paillage minéral a l’inconvénient de ne pas amender les sols lors de sa lente décomposition, il est donc plutôt recommandé pour réaliser un paillage décoratif. Hérésie ou nécessité, il est important de parler de ces paillages qui ne respectent pas les exigences des labels bio. Ils sont couramment utilisés par les maraîchers en Europe pour le paillage de la salade, le paillage de la pomme de terre ou le paillage des tomates. Voici des produits tout à fait intéressants, respectueux de l’environnement, mais encore une fois situés en dehors des critères bio. Ces dalles sont souvent réalisées à partir de PLA (Acide Polylactique), obtenu après transformation industrielle de l’amidon de maïs. Elles ne peuvent donc prétendre répondre aux exigences imposées par les critères des labels bio.

Les différents types de paillages biodégradables

Le paillage biodégradable en paillettes est l’un des paillages les plus utilisés car il est facile à disperser sur le sol et donne un côté esthétique au jardin. Il en existe différentes sortes :

  • L’écorce de bois : Le plus souvent de l’écorce de pin. Il faut cependant souligner que les écorces de pin ont tendance à acidifier le sol. Il faut donc les utiliser avec parcimonie !
  • La paille : C’est le paillage biodégradable par excellence. En plus d’être facilement accessible, la paille présente l’avantage d’être bon marché.
  • Les écorces de coco : Contrairement aux écorces de pin, les écorces de coco ne vont pas influer sur l’acidité de votre sol.

Les paillages biodégradables en rouleaux sont plus pratiques à poser et beaucoup moins volatiles. Lors de leur dégradation, ils laissent passer les minéraux et éléments organiques nécessaires au bon développement des végétaux (contrairement aux toiles en polypropylène).

  • La toile de jute : ce paillage est fait de fibres de jute ou de sisal. Elle se dégrade naturellement et apporte un aspect plus naturel à votre jardin.
  • La toile de paillage en coco : elle présente une plus longue durée de vie. En se dégradant, la toile de paillage en coco se transforme en humus, nourrissant ainsi vos sols.
  • La toile en amidon de maïs : cette toile est issue de la fermentation du sucre et de l’amidon de maïs. Sa couleur permet une adaptation discrète à l’environnement et sa densité contribue à une manipulation très pratique.
  • La toile en bioplastique : la toile conçue à partir de bioplastiques optimise le potentiel de rendement de nombreuses cultures d’au moins 15-20% en moyenne.
  • La toile en biopolymère : cette toile est issue d’un mélange unique de deux biopolymères, l’un biodégradable, l’autre compostable, ce qui apporte une solution novatrice et respectueuse de notre environnement dans la gestion des espaces verts.

Installer une Toile de Paillage Tissée (à voir avant de poser)⚠️

Avantages et contraintes techniques

Les toiles de paillages biodégradables possèdent des avantages majeurs : elles bloquent l’apparition des mauvaises herbes en limitant le rayonnement solaire, limitent le phénomène de l’érosion des sols, diminuent les chocs thermiques et retiennent l’humidité en été réduisant ainsi la fréquence des arrosages. Cependant, il est important de prendre en considération plusieurs inconvénients : ces toiles sont moins résistantes que leurs congénères en polypropylène, leur longévité est moindre car elles se dégradent au fil du temps et leur prix est souvent plus élevé que les autres systèmes de paillage.

Il faut utiliser prioritairement du paillage fabriqué sur site ou disponible à proximité : pailles (blé, orge, triticale, lin, avoine, maïs), copeaux de bois, broyage de branches. Certaines collectivités ou privés peuvent procurer facilement et à moindre coût des paillages issus de la gestion de leurs activités : copeaux de bois (type bois énergie) ou provenant d’industrie de bois, ou bien des produits équivalents (écorces, sciures…) ou encore des refus de criblage de déchets verts.

Toiles en amidon de maïs (PLA)

Les toiles PLA (acide polylactique) sont des produits certes synthétiques, mais compostables et/ou biodégradables, résultants de la fermentation des sucres et amidons de maïs, voire de betteraves et autres cultures annuelles. À l’inverse des paillages minéraux, ces toiles ont l’avantage de se décomposer dans le sol, comme les paillages organiques : elles stimulent la vie microbienne en apportant de la matière organique fraîche utile aux microorganismes. Par ce processus, les plantes bénéficient donc également d’éléments nutritifs. Une de ces solutions est particulièrement résistante grâce à un procédé original de fabrication Spunbond (fils de PLA liés entre eux dès la sortie d’extrusion), pour un effet paillant allant jusqu’à 36 mois.

Toiles en fibres végétales et animales

Les toiles en fibres végétales sont de plus en plus nombreuses sur le marché : chanvre, jute, coco… ou mélanges de fibres naturelles. Avec une durée moyenne de 3 ans, elles restent en place et se dégradent progressivement en amendant le sol. Enfin, des feutres à base de laines de mouton (UAB) sont disponibles, avec des grammages de 300 à 600 g/m², pour une durée de vie de 18 à 36 mois. Ces paillages efficaces et durables favorisent l’utilisation de ressources renouvelables non polluantes.

Mise en œuvre et bonnes pratiques au jardin

Le paillage biodégradable s’inscrit dans une logique de gestion durable des plantations. Il répond aux attentes des filières agricoles et des entreprises engagées dans la réduction de leur empreinte écologique. Nous vous conseillons de procéder à la mise en place du paillage bio en automne ou au printemps et de travailler sur un sol nettoyé, amendé, désherbé et aéré. Votre paillage fertilisant bio n’en sera que plus efficace. Il pourra ainsi réguler la température au pied de vos plantations et limiter l’apparition de plantes adventices.

En terme d’épaisseur, nous conseillons habituellement une couche de 5 à 7 cm pour un paillis organique et de 2 à 3 cm pour un paillis minéral. La notion d’acidification des sols devra également être prise en compte. Le cas particulier du paillage bio pour fraisiers doit absolument être évoqué ici ! Ensuite, prévoyez une surface de toile suffisante pour couvrir la parcelle et rajoutez une trentaine de centimètres sur chacun de ses côtés. Découpez ensuite la toile, en prenant toutes les précautions utiles pour ne pas vous blesser. Incisez ensuite la toile aux endroits où vous souhaitez placer vos plants. Procédez à la plantation de vos fraisiers, puis refermez vos bords. Veillez à positionner des agrafes pour optimiser la tenue de la toile dans le temps.

Technique de découpe et de pose de la toile de paillage autour d'un plant

Pour lutter contre les adventices, il existe des toiles de paillage biodégradables qui se distinguent entre elles sur les plans suivants : composition, propriétés, durée de vie et prix. La perméabilité à l’eau des toiles de paillage est d’une importance cruciale, surtout dans les régions à faibles précipitations et en l’absence d’un système d’irrigation. La laine et le lin sont des matériaux hydrophobes, tandis que le chanvre, la jute et le PLA sont plus perméables à l’eau, donc préférables. Le grammage joue à cet égard aussi un rôle : plus la toile est fine, plus la perméabilité à l’eau est élevée. Quelle que soit leur épaisseur, elles doivent toutes être arrimées, par exemple avec des sardines ou des pierres.

Les films de paillage biodégradable noir en PLA offrent tous les avantages d'un paillage traditionnel, sans trace sur l'environnement. Labélisé "OK Compost", il est utilisable en agriculture biologique. Non perforé, il est idéal pour les cultures maraîchères saisonnières. Inutile de le retirer à la fin des cultures, il s'enfouit dans le sol pour l'enrichir. Le film de paillage noir biodégradable est fait à partir de matières renouvelables d'origines végétales (90% amidon de maïs). Cette matière biodégradable à 100% ne laissera aucune trace sur l'environnement : il n'a pas besoin d'être retiré. Il suffit de l'enfouir en fin de culture, les micro-organismes traitent le film comme d’autres molécules présentes dans la nature et dans le sol en produisant biomasse, eau et dioxyde de carbone.

A noter que ce film de paillage bénéficie des mêmes propriétés techniques qu'un paillage classique. Le film de paillage biodégradable est fragile, pensez à le poser avec délicatesse. Marchez sur le film de paillage régulièrement favorise sa dégradation. L'apport de terre se fait par le trou de plantation ou par les bottes de planteurs. Depuis plusieurs années, certains jardiniers utilisent ce film de paillage pour la culture d'ail, oignons, échalotes. Il permet d'obtenir de meilleurs résultats tout en limitant le pénible travail de désherbage. Ce film est très fin et est principalement utilisé par les professionnels car assez difficile à manier sans qu'il ne se déchire. Le film de paillage biodégradable est prévu pour la culture des salades ou des fraises. Il a une durée de vie d'environ 2 mois en été.

Vers une gestion différenciée des espaces verts

Les 6 bonnes pratiques qui font la différence dans nos espaces verts incluent :

  1. Tondre moins souvent pour laisser pousser fleurs et graminées. La pelouse rase est un désert pour la biodiversité. Vous pouvez aussi essayer une tonte en mosaïque qui alterne les zones courtes et hautes pour accueillir fleurs et insectes.
  2. Prévoyez des points d’eau car, par exemple, une mare naturelle accueille amphibiens et libellules.
  3. Vous pouvez aussi réduire l’arrosage en installant un récupérateur d’eau de pluie.
  4. Recyclez les déchets verts car le broyat nourrit les sols et sert de paillage. Les sols couverts restent fertiles et humides plus longtemps.
  5. Adopter le paillage biodégradable dès la plantation pour assurer la reprise des plants tout en limitant l’entretien.
  6. Favoriser l'usage de ressources renouvelables non polluantes comme les feutres à base de laine de mouton.

L'utilisation de ces techniques permet de limiter la pousse des adventices et donc du désherbage, de limiter l’évaporation de l’eau du sol et conserver un bon taux d’humidité, de garantir une bonne isolation thermique, évitant les chocs et stress thermiques néfastes pour les végétaux, et enfin d'assurer une bonne fixation de la terre sur les sols en pente, limitant ainsi le ravinement et de l’érosion. Le paillage biodégradable s’inscrit dans une logique de gestion durable des plantations et peut être intégré dans des dispositifs de Paiements pour Services Environnementaux (PSE) ou des projets Label Bas Carbone. Il répond aux attentes des filières agricoles et des entreprises engagées dans la réduction de leur empreinte écologique. Adopter le paillage biodégradable, c’est investir dans la pérennité des plantations, réduire l’impact environnemental et valoriser les pratiques agroécologiques.

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